LA COLONNE
Depuis peu de temps on avait élevé, en face du gracieux palais des Bartolini, une immense colonne antique de granit oriental. Elle avait été extraite des thermes d'Antonin , à Rome , et donnée par Le pape Pie IV à notre glorieux duc, lequel l'avait généreusement consacrée à l'embellissement de Florence , après l'y avoir amenée à grands frais. Cette colonne, ornée d'un* base et d'un chapiteau
kk LE CARREFOUR DBS TORNAQUINCl.
qui semblaient être en bronze, fut surmontée d'une admirable statue colossale en terre , de couleur de porphyre, représentant la Justice sous les traits d'une femme complètement armée, coiffée d'un casque, et tenant de la main droite une épée, et de la main gauche des balances.
LE CARREFOUR DES TORNAQUINCl.
La sixième décoration fut érigée dans le carrefour des Tornaquinci. Bien qu'elle fût appuyée au superbe palais des Strozzi, qui est propre à faire paraître petites les masses les plus vastes, bien qu'elle occupât un emplacement tout à fait ingrat, où aboutissaient des rues tortueuses et inégales; enfin, bien qu'elle eût à lut ter contre une foule d'autres inconvénients, elle fut construite avec tant de magnificence, de grandeur, de goût et d'habileté, que toutes ces difficultés semblaient avoir été rassemblées exprès pour la rendre plus belle et plus admirable. Ses riches ornements, ses arcs élevés, ses immenses colonnes couvertes d'armes et de trophées, et ses statues colossales, s'harmonisaient si merveilleusement avec le palais des Strozzi, que ces deux imposantes machines, loin de se nuire, se faisaient valoir mutuellement. Pour montrer avec quel art et quel bonheur on sut tirer parti de remplacement que l'on avait à décorer, nous croyons nécessaire d'entrer ici dans des détails plus minu-
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tieux que ne le voudraient peut-être les personnes qui ne sont point artistes. La rue de Santa-Trinità, qui donne sur le carrefour des Tornaquinci, est très-large, comme chacun sait. Le cortège devait suivre cette rue, puis celle des Tomabuoni, qui est très-étroite, et dont la moitié est occupée par la tour des Tornaquinci, qui est loin d'être belle. On construisit deux arcs de triomphe d'ordre composite, séparés par une magnifique colonne, et dont l'un conduisait dans la rue des Tomabuoni, tandis que l'autre cachait la vue de la tour, à l'aide d'une toile, où l'on avait peint, de manière à tromper agréablement les yeux, une rue bordée de maisons dont les fenêtres étaient ornées de tapis et garnies de spectateurs. A l'entrée de cette rue, on apercevait une jeune femme montée sur un blanc palefroi, et accompagnée de quelques estafiers. Cette figure produisait une telle illusion, que plus d'une personne éprouva le désir d'aller à sa rencontre, ou d'attendre son passage. Ces deux arcs de triomphe étaient flanqués de colonnes qui servaient de support aux architraves, aux frises et aux corniches, et qui, par leur dimension, étaient semblables à celle dont nous avons déjà parlé. Au-dessus de chacune d'elles était un tableau en clair-obscur, où l'on avait représenté des sujets dont nous nous occuperons tout à l'heure. Chaque arc de triomphe était couronné d'un entablement surmonté de statues, dont les proportions avaient été si bien calculées, que pas un de leurs détails n'était perdu, quoiqu'elles fussent à vingt-cinq pieds du sol. D'un
coté des deux arcs de triomphe, on en éleva un troisième, qui tenait an palais des Strozzi, et menait au Mercato-Vecchio; et de l'autre côté, un quatrième qui conduisait à la rue de la Vigna.Ces quatre arcs terminaient la large rue de Santa-Trinità, et offraient un coup d'œil d'une beauté et d'une magie inexprimables. Gomme on le sait, la rue de San-Sisto débouche dans celle des Tornabuoni, et donne directement sur le flanc de la tour des Tornaquinci. Pour masquer cette vue désagréable, on eut recours au moyen déjà employé; ou peignit sur une toile une rue bordée de maisons variées, et ornée d'une riche fontaine, où puisaient de l'eau une femme et un enfant, qui, de loin, paraissàient vivants. Une statue assise se trouvait au-dessus de chacun des quatre arcs de triomphe, et de chacune des cinq colonnes qui les séparaient, à l'exception toutefois de celle qui était placée au milieu. Cette dernière était surmontée de deux Victoires colossales, soutenant la couronne impériale et les armoiries de la maison d'Autriche, à laquelle cette décoration était spécialement consacrée, comme l'indiquait l'inscription suivante, tracée au bas de l'écusson :
Virtuti felicitatique ïnvictissîmac domus Austriac, majestatique tôt et tantomm imperatorutn ac regum, qui in ipsa flonrertmt, et nunc maxime florent, Floraotia auguste conjugio particeps tllius felicitatis, grato pioque auirao dicat.
De même que l'Autriche, ses villes, ses fleuves et son Océan avaient été conduits à ces splendides
noces et reçus par la Toscane, l'Arno et la mer Tyrrhénienne; de même on voulut que ses augustes souverains y vinssent dans toute leur pompe au* devant des Médicis, comme pour leur montrer à quelle glorieuse famille appartenait la noble vierge qu'ils leur présentaient. En conséquence, les huit statues assises dont nous avons parlé plus haut offraient l'image de huit empereurs de l'illustre maison d'Autriche. Au-dessus de lare de triomphe placé à la droite des armoiries, et conduisant dans la rue des Tornahuoni, s'élevait la statue de Maximilien II, aujourd'hui régnant, frère de la sérénissinie reine Jeanne. Sous les pieds de Maximilien était un vaste tableau, où Ton voyait l'élévation de ce prince au trône. On l'avait peint siégeant au milieu des électeurs spirituels et temporels : les premiers étaient accompagnés de la figure de la Foi, et les seconds de celle de l'Espérance. Dans le haut du tableau, de petits anges chassaient, du sein d'un nuage ténébreux, de mauvais génies. Par là on voulait indiquer que l'on espérait que l'Allemagne cesserait d'être troublée par les guerres de religion, ou encore que toutes les querelles, tous les dissentiments avaient disparu lors de l'élection de Maximilien, comme l'exprimait l'inscription suivante :
Maximilianus II salutatur împerator magno consensu Germanorum, atque ingenti lattitia bonorum omnium, et christiana? pietatis felicitate.
Au-dessus de la colonne voisine de la statue de
Maximilien, on reconnaissait l'invincible Charles- Quint; puis au-dessus de lare de triomphe qui menait à la rue de la Vigna le valeureux Albert II, et en6n au-dessus de la colonne qui se trouvait à l'extrémité de l'édifice, Rodolphe, qui, le premier, introduisit dans sa noble maison la dignité impériale, et l'enrichit du grand archiduché d'Autriche, dont il investit son fils Albert 1er, et dont sa famille prit ensuite le nom. Le souvenir de ce fait important était consacré par une peinture placée dans la frise, au-dessus de Tare de triomphe, et par cette inscription :
Rodolphus primus en hac familia tmp. Albertum primum Austri» priocipatu dooat.
Maintenant transportons-nous à gauche des armoiries. Au-dessus de Tare de triomphe qui masquait la tour des Tornaquinci , était la statue du religieux Ferdinand 1er, père de la princesse. Le tableau placé sous ses pieds rappelait la vigueur avec laquelle il avait défendu Vienne, Tan i5a<), contre les Turcs, ainsi que le témoignait l'inscription suivante :
Ferdinandus primus Imp., ingentibus copiis Turcarum cum rege ipsorum pulsis, Vieil na m oobilem urbem fortissime felicissimeque défendit.
Au-dessus de la colonne voisine on apercevait la statue de Maximilien 1er, et au-dessus de l'arc de triomphe, qui conduisait au Mercato-Vecchio, le pacifique Frédéric, appuyé contre un tronc d'olivier.
Quant à la dernière colonne adossée au palais des Strozzi, elle était surmontée de la statue d'Albert I", celui-là même auquel Rodolphe donna les états d'Autriche, et qui changea ses armoiries composées de cinq alouettes en champ d'or contre celles de gueules à la bande d'argent que porte encore aujourd'hui sa famille. On dit qu'il adopta ces dernières parce que , après l'effroyable bataille où il vainquit Adolphe, il se trouva tout le corps couvert de sang , à l'exception de la poitrine que protégeait line armure blanche. Le tableau placé à ses pieds le représentait tuant Adolphe et remportant les dépouilles opimes. Plus bas on lisait :
Albertus primus imper. Adolphum, cui legibus imperium abrogatum fuerat, roagno praelio vincit, et spolia opima refert.
Au-dessous de chaque empereur, on avait renfermé dans un riche écusson ses armoiries particulières, ce qui, avec les peintures dont étaient enrichis les piédestaux des statues, formait un coup d'oeil d'une beauté extraordinaire auquel ajoutaient encore une nouvelle magnificence les trophées, les croix de saint André, et une foule dedevises de la famille impériale qui ornaient les colonnes et tous les endroits où on avait pu les introduire. Tel était le spectacle qui s'offrait à ceux, qui suivaient la même route que le cortège. Enfin, en prenant le chemin opposé, c'est-à-dire en allant de la rue des Tornabuoni vers le carrefour des Tornaquinci, les yeux n'étaient peut-être pas moins agréablement flattés. En effet, de ce côté, on avait établi un corps x. 4
de décorations qui n'aurait aucunement différé de celui que nous avons déjà décrit, si le peu de largeur de la rue n'eût point forcé à ne le composer que de trois arcs de triomphe, tandis que l'autre en comptait quatre. L'arc de triomphe que le cortège rencontrait le dernier se montrait, au contraire, le premier aux personnes qui arrivaient par la rue des Tornabuoni. Il était surmonté de la statue en pied de Philippe Ier, père de Charles-Quint, et de celle de Philippe H, fils de ce grand empereur. Dans la frise qui se trouvait entre ces deux statues, on avait peint Philippe H assis et accompagné de l'illustrissime senor don Garcia de Toledo, avec l'aide duquel il avait contraint les Turcs à lever le siège de Malte que l'on avait représentée près de lui sous la figure d'une femme armée de pied en cap, et la poitrine couverte d'une croix blanche. En témoignage de sa reconnaissance, elle semblait offrir à Philippe II une couronne obsidionale comme l'indiquait cette inscription :
Melita erepta è faucibus immanissimorum hostium, studio et auxiliis piissimi régis Philippi, couservatorem suum corona graminea donat
Afin que la partie qui donnait sur la rue de la Vigna ne fût pas non plus sans quelque ornement, on jugea convenable de placer au bas de l'entablement, surmonté de statues, l'inscription suivante qui résumait la pensée renfermée dans cette grande et imposante édification :
Tmperio late fulgentes aspice reges ;
Austriaca hos omnes edidit alta domus, His invicta fuit virtus, his cuncta subacta,
His domita est tellut, servit et oceanus.
On fit de même du coté du Mercato-Vecchio où
on lisait :
1 m périls gens nata bonis, et nata triumphis,
Quamgenusè cerfo ducere neroo oeget; Tuque nilens germen divins stirpis Hetruscis
Traditum agris nitidis, ut sola culta bees. Si mfhi continuât vestro de semine fructum
Carpere, et in natis cernere detur avos, 0 fortunatam ! vero tune nomine florens
Urbs ferar, in quam sors congerat omne bonum-
II parut convenable de placer dans le carrefour des Carnesccchi , qui est peu éloigné de celui des Tornaquînci, les magnanimes Médicis, pour recevoir les empereurs de la maison d'Autriche qui leur avaient amené la princesse. Ici, comme en plusieurs autres endroits, il est nécessaire que les personnes qui ne sont point artistes nous permettent de décrire au long, non-seulement la forme des arcs de triomphe et des divers ornements qui les accompagnaient, mais encore l'emplacement où ils furent élevés : car notre intention est de mettre en évidence et l'habileté des maîtres qui les exécutèrent, et le génie fertile et inventif du poète qui en fut l'or-
donnateur. De tous les emplacements dont nous avons eu et dont nous aurons à nous occuper, aucun ne fut peut«él re plus difficile à décorer que celui que présentait le carrefour des Carnesecchi. En effet, la rue, en tournant vers Santa-Maria-del-Fiore, fait à droite un angle obtus, tandis qu'à gauche et en face on rencontre une petite place sur laquelle donnent deux rues, dont Tune vient de la place Vecchia, et l'autre de la grande place de Santa-Maria-Novella. Sur cette petite place vraiment dépourvue de toute proportion , on construisit un édifice dont la partie inférieure était octogone. Les portes dont on le perça étaient carrées et d'ordre toscan. Au-dessus de chaque porte on pratiqua une niche flanquée de deux colonnes surmontées de corniches, d'architraves et d'autres riches et pompeux ornements d'ordre dorique. Enfin, au-dessus des niches on mit plusieurs tableaux d'une rare beauté. Les portes, avons-nous dit, étaient carrées et d'ordre toscan; néanmoins nous devons noter que les deux qui livraient passage au cortège étaient d'ordre corinthien et avaient la forme d'un arc de triomphe. Une espèce de vestibule se trouvait entre la porte d entrée et celle de sortie, qui toutes deux étaient splendidement décorées. Maintenant que nous avons indiqué la forme générale de l'édifice, nous aborderons ses détails et nous commencerons par la porte en guise d'arc de triomphe qui s'offrait la première aux regards du cortège. Elle était placée entre deux statues armées de pied en cap dont chacune était posée au-dessus d'une gracieuse petite porte et
renfermée dans une niche ornée de deux colonnes. La statue que Ton apercevait à droite représentait le duc Alexandre, gendre de Charles-Quint, tenant d'une main son épée et de l'autre main son bâton ducal : A ses pieds on lisait ; Si fata aspera rumpas, Akxander eris. A gauche on voyait le valeureux seigneur Jean de Médicis, tenant la hampe dTune lance brisée. Au bas était écrit : Jtalum /brtiss. ductor. Dans la frise on avait peint au-dessus de Jean de Médicis la foudre de ce seigneur, et audessus d'Alexandre sa devise composée d'un rhinocéros et de ces mots : No vueho sin vencer. La porte du milieu, large de plus de sept brasses et haute de plus de quatorze, était surmontée de la statue assise du valeureux et prudent duc Cosme près duquel étaient, paisiblement couchés, un lion et une louve, emblème de Florence et de Sienne. Aux pieds du duc on lisait : Pietate insignis et armis. Cette statue, placée entre les deux devises dont nous venons de parler, était accompagnée d'un tableau où l'on avait figuré, par allusion à l'élection du duc Cosme, le jeune David oint par Samuel. Au bas étaient tracés ces mots : A Domino factum est istud. Au-dessus de la corniche s'élevaient la couronne ducale et les armoiries de la famille des Médicis soutenues par deux Victoires. Enfin au-dessus de la principale entrée régnait l'inscription suivante :
Virtuti felicitatique 4Uustrissiraac Medicex familiac, quae flos Italiae, lumen Hetruriae, decus patriac semper fuit, nunc ascita sibi Casarea sobole, civibus securitatem et omni suo imperio dignitatem auxit, grata patria dicat.
En pénétrant sous Varc, on trouvait une espèce de loggia , dont la voûte élégante était couverte de devises, et où l'on voyait, vis-à-vis Tune de l'autre, deux niches gracieuses pratiquées dans deux pilastres servant de support à lare d'entrée. Les parois qui soutenaient la loggia étaient ornées de tableaux, dont les sujets étaient en rapport avec les statues renfermées dans les niches. Ainsi celle de Cosmel'Ancien, le premier fondateur de la puissance des Médicis , était accompagnée d'un tableau où l'on avait représenté le Sénat de Florence lui décernant le titre de père de la patrie , comme l'exprimait parfaitement l'inscription suivante :
Cosmus Medices, vetere honestittîmo omnium senatas consulto reoovato, parons patriae appellatur.
I * partie supérieure du pilastre , dans lequel on avait ménagé la niche de Cosme, était ornée d'un petit tableau contenant le portrait du magnifique Pierre de Médicis, père de Laurent l'Ancien. La statue de ce généreux Mécène, de cet illustre conservateur de la paix en Italie, occupait la niche placée en face de celle de Cosme. Au-dessus de sa téte on avait peint son frère, le magnifique Julien, père de Clément VIL Le grand tableau qui faisait pendant à celui de Cosme représentait le congrès où tous les princes italiens formèrent celte alliance qui , tant qu'elle dura , et tant que vécut Laurent , fut pour l'Italie une source de prospérités, de même que sa rupture fut pour le pays le signal de toutes
les calamités. Laurent , par ses conseils , avait déterminé cette alliance, comme le témoignait l'inscription suivante :
Laurentius Medices belli et pacis artibus excellens, divino suo consilio conjunetis animis, et opibus principum italorum, et ingenti Italiac tranquillitatô parta, parens optimi saeculi appellatur.
En retournant sur la petite place on apercevait, dans la frise au-dessus de Tare d'entrée de l'édifice octogone, quatre ovales, contenant le portrait de Giovanni di Bicci, celui de Laurent, son fils, celui de Pierre-François, fils de, Laurent, et celui de Jean, père du belliqueux seigneur Jean de Médicis. En passant a droite, à la seconde face de l'octogone, on voyait, assise dans une niche entre deux colonnes, la statue de Catherine, reine de France, tenant en main le sceptre royal. Au-dessus on avait peint la même reine, majestueusement assise, et devant elle deux femmes armées, que Ton reconnaissait pour la France et l'Espagne. La première, agenouillée, lui présentait le roi très-chrétien Charles IX, et la seconde, debout, la reine d'Espagne, femme de l'excellent roi Philippe. Autour de Catherine, étaient rangés plusieurs petits enfants, auxquels la Fortune semblait réserver des sceptres et des couronnes. Entre l'arc d'entrée et la niche où siégeait Catherine, on avait mis un tableau contenant la Prudence et la Libéralité, pour indiquer à l'aide de quels guides les Médicis s'étaient élevés si haut. Au-dessus de ces deux personnages on avait figuré la Piété, accompagnée d'une cigogne, et en-
vironnée de petils anges qui lui montraient les dessins et les modèles des églises et des monastères bâtis par les Médicis. — Au-dessus du fronton de la troisième face de l'octogone, on plaça la statue de l'excellent et affable prince Don François, avec cette inscription : Spes altéra Florœ. Dans la frise étaient les portraits de ses quatre illustres frères, c'est-à-dire ceux du beau seigneur Don Garcia et de l'aimable seigneur Don Pietro, et ceux des deux révérend issi mes cardinaux Giovanni , de vénérable mémoire, et Ferdinando. Quant à la quatrième face de l'octogone, l'encoignure des maisons voisines n'ayant pas permis d'y pratiquer une niche, on se contenta d'y tracer les vers suivants :
Hi. quos sacra vides redimitos tempora mitra PontiOces triplici, Roinam totumque piorura Concilium rexere Pii : sed qui prope fulgent Illustri è gente insignes sagulisve togisve Heroes, claram patriam populumque potentem Imperiis auxere suis certaque salute.
Nam semel Italiam donarunt aurea secla, Conjugioaugusto décorant nunc, et mage firmant.
Au-dessus de cette inscription on peignit, dans deux ovales, les deux devises du duc, c est-à-dire le capricorne et les sépt étoiles , avec ces mots : /Vducia Fati, et la belette avec ces paroles empruntées à une devise du prince excellentissime : Amat Victoria curant. Les trois niches pratiquées dans les trois faces suivantes de l'octogone renfermaient les statues des trois souverains pontifes qui sont sortis de la famille Médicis. Ces érainents person-
nages honoraient la fête de leur présence, afin que la religion, de même que les armes, les lettres et* les sciences , concourût à imprimer un auguste caractère à ces splendides noces , et à leur présager un heureux avenir. On voyait, d'abord, Pie IV, qui, peu de temps auparavant, avait passé à une meilleure vie. Au-dessus de sa tête, on avait peint les deux cardinaux-légats, lui remettant les inviolables décrets du concile de Trente. Venait ensuite la statue de Léon X, surmontée d'un tableau où Ton avait représenté ce pape , retenant l'humeur belliqueuse du roi François I,r, et l'empêchant de bouleverser l'Italie, comme il aurait certainement pu le faire. Enfin le tableau dont était accompagnée la statue de Clément VII contenait le couronnement du grand Charles-Quint , à Bologne. — La huitième et dernière face de l'octogone, frappant sur l'angle aigu des maisons des Carnesecchi, ne put, comme la quatrième face, recevoir qu'une inscription , laquelle était ainsi conçue :
Pontifices summos Medicum dorons alta Leoneni,
Clementem deinceps, edidit inde Pium.
Quid totnunc refera m insignes pietate, vel armis
Magnanimosque duces egregiosque viros?
Gallorum inter quos late regina refulget :
Hœc régis conjux, hœc eadem genitrix.
Bien que nous ayons décrit minutieusement ces décorations, nous avons passé sous silence, pour ne pas ennuyer le lecteur, déjà fatigué peut-être, une foule de peintures et de devises, et mille ornements d'une rare beauté, dont on avait enrichi les
corniches doriques, et tous les endroits qui les réclamaient. Les amateurs peuvent, du reste, facilement imaginer que les moindres détails furent traités avec un soin et une habileté extrêmes. Disons encore que l'édifice était orné d'une foule d'armoiries, distribuées avec art. Ces armoiries étaient, Médicis et Autriche, pour l'illustrissime prince et pour Son Altesse; Médicis et Tolède, pour le ducpère; Médicis et Autriche une seconde fois, mais avec les trois plumes pour son prédécesseur Alexandre; Médicis et Boulogne de Picardie, pour Laurent, duc d'Urbin; Médicis et Savoie, pour le duc Julien; Médicis et Orsini , pour la double alliance de Laurent l'Ancien et de son fils Pierre; Médicis et Vipera, pour Jean, mari de Caterina Sforza; Médicis et Salviati, pour le glorieux seigneur Jean, son fils; France et Médicis, pour la sérénissime reine; Ferrare et Médicis, pour le duc et une des sœurs de l'excellentissime prince don François; et Orsini et Médicis, pour l'autre sœur du même prince, mariée à l'illustrissime seigneur Paolo Giordano , duc de Bracciano.
Il nous reste maintenant à décrire la sortie de l'édifice, mais il nous suffira de dire que, par sa dimension et ses proportions, elle était entièrement semblable à l'entrée. Néanmoins, en raison de sa moindre importance, son arc, qui donnait sur Santa- Maria-del-Fiore , avait été construit avec moins de magnificence, et au lieu de statues ne portait que l'inscription suivante :
Virtus rara tibi, stirps Hlnstrissima, quondam
Clarum Tuscorum detulit imperium.
Quod Cosmus forti pnrfunctus munere Martil
Prolulit, et justa eu m ditione régit.
Nunc eadem major dixiua è gente loannam
Allioit in regnum, oonciliatque thoro.
Qua? si crescet item ventura in proie nepotes,
Aurea gens Tuscis exorietur agris.
Les deux pilastres qui étaient au commencement du vestibule, et qui servaient de support à Tare de sortie, contenaient deux niches , dans Tune desquelles était le gentil duc de Nemours, Julien le Jeune, frère de Léon X, et gonfalonier de la sainte Église. Au-dessus de cette statue , ou voyait le portrait du magnanime cardinal Hippolyte, son fils, et à côté, un tableau représentait le peuple romain dédiant au duc de Nemours le théâtre Capitolin , comme l'indiquait cette inscription :
Julianus Medices eximirc virtutis et probitatis ergosummis a Pop. Rom. honoribus deeoratur, renovata specie antiqua? dignitatis ac ketitiao.
La seconde niche était occupée par le duc d'Urbin, Laurent le Jeune, armé de pied en cap, et tenant en main uneépée. Au-dessus de sa téte , on reconnaissait le portrait de son père Pierre. Quant au tableau qui faisait pendant à celui du duc de Nemours , il montrait Florence, remettant avec pompe le bâton de général à Laurent. Au-dessous de cette peinture on lisait :
Lainvntius Med. junior maxima invictœ virtutis indole, summum in re militari imperium maximo suorum civium amore, et spe adspicitur.
Dans le carrefour alla Paglia, ainsi nommé, parce qu'on y vend continuellement de la paille, on construisit un arc de triomphe qui ne le cédait aux autres ni en richesse ni en splendeur. En nous voyant présenter la plupart de ces décorations comme des chefs-d'œuvre de l'art et des modèles de magnificence, quelques personnes, peut-être, nous accuseront d'avoir obéi à un penchant naturel à amplifier les choses; mais elles peuvent être bien convaincues que ces diverses édifications laissèrent de beaucoup en arrière tout ce qui, jusqu'alors, avait été fait dans ce temps à Florence et ailleurs. Nous ajouterons même qu'elles furent ordonnées avec tant de libéralité par nos princes et exécutées avec une telle habileté par nos artistes, qu'elles surpassent toute croyance, et que la plume de l'historien est impuissante à exprimer et à rendre leurs beautés. Maintenant, retournons à notre sujet.
La rue qui va de l'Archevêché au borgo deSan-Lorenzo fait, en coupant la rue délia Paglia, une croix parfaite. Ce fut au milieu de ce carrefour que l'on construisit un arc de triomphe. Il ressemblait beaucoup au temple à quatre faces que l'antiquité avait consacré à Janus. Comme de l'endroit qui lui était assigné on apercevait l'église cathédrale, nos princes ordonnèrent qu'il fût dédié à la Religion , que la Toscane entière, et que Florence particulièrement,
ont toujours servie avec tant de zèle. La princesse ayant été reçue, à son entrée, par les principales vertus auxquelles Florence doit sa grandeur et sa gloire, on voulut que la Religion semblât l'avoir, en quelque sorte, attendue pour l'introduire dans l'église voisine. L'arc de triomphe comptait quatre faces : la première se présentait aux yeux de ceux qui allaient au carrefour des Carnesecchi; la seconde, en suivant la tige de la croix , regardait l'église de San- Giovanni et celle de Santa-Maria-del-Fiore; les deux dernières faces occupaient les extrémités du travers de la croix, et étaient tournées Tune vers San-Ix)renzo , et l'autre vers l'Archevêché. Pour rendre cette description aussi intelligible et aussi facile que possible , je dirai que la seconde face de l'édifice était exactement distribuée comme la première , et que Tare d'entrée de celle-ci s'élevait précisément au milieu de la rue, entre deux vastes niches , dont chacune était flanquée de deux colonnes corinthiennes couvertes de mitres, d'encensoirs, de calices, de livres sacrés et de maints autres objets sacerdotaux. Au-dessus de chaque niche et de l'entablement dont étaient surmontées les colonnes, on voyait un fronton qui produisait le plus bel effet. Venait ensuite une large frise ornée de consoles sculptées et dorées donnant à plomb sur les colonnes, et servant de support à un second entablement et à quatre immenses candélabres peints et dorés de même que les colonnes, les bases, les chapiteaux, les corniches, les architraves , et en un mot , tous les ornements sculptés qui se trou-
vaienl sur la même ligne que les consoles. Enfin, au milieu de l'entablement, un fronton plus élevé que les consoles portait un beau et riche piédestal sur lequel était assise la Religion chrétienne tenant une croix, et accompagnée de deux statues couchées à ses pieds, dont Tune, environnée de trois enfants, représentait la Charité, et l'autre l'Espérance. Dans l'angle du fronton , on voyait l'antique Labarum avec la croix et ces mots : In hoc vinces, et au-dessous , les armoiries des Médicis avec trois tiares en mémoire des trois pontifes qui appartenaient à leur famille. Sur l'entablement , on avait placé, au-dessus de chacune des niches flanquées de colonnes, une statue. Celle qui était à droite représentait une belle jeune femme , armée de pied en cap, et portant une lance et un boucher. A la grande croix rouge qui couvrait sa poitrine, on la reconnaissait facilement pour le nouvel ordre religieux de Saint-Etienne, fondé par notre glorieux duc. La statue qui se trouvait à gauche, au lieu d'être armée, était vêtue d'habits sacerdotaux, et au lieu d'une lance tenait une croix. Ces diverses statues , dominant 1 édifice entier, formaient un coup d'œil merveilleux. La frise, placée entre l'entablement supérieur et celui qui reposait sur les colonnes, était divisée en trois compartiments où l'on avait peint les trois principaux caractères affectés par la vraie religion depuis la création du monde. Dans le compartiment à droite, pour rappeler la religion qui régna à l'époque où les hommes, tout en obéissant aux lois de la nature , n'avaient point une parfaite con-
naissance de Dieu, on avait figuré Melchisédech offrant en sacrifice du pain, du vin et des fruits de la terre. Dans le compartiment à gauche, la religion de Moïse, moins imparfaite que la première , mais encore voilée d'ombres épaisses, était représentée par Moïse et Aaron sacrifiant à Dieu l'agneau pascal. Le compartiment du milieu, placé au-dessous des statues de la Religion, de la Charité et de l'Espérance et au-dessus de lare d'entrée, renfermait un autel surmonté d'un calice et d'une hostie. Quelques fidèles étaient agenouillés autour de cet emblème du véritable et évangélique sacrifice. Dans le haut du tableau planait le Saint-Esprit environné d'une foule de petits anges qui tenaient un cartel où on lisait : In spiritu et veritate. Au-dessous de cette peinture, deux autres petits anges supportaient une inscription qui reposait sur la corniche de l'arc, et qui était ainsi conçue :
Verac religion!, quac virtutum omnium fundamentum, publicarum rerum firmamentum, privntartim ornamentum, et humanao totius vit» lumen commet, Uetruria semper dux et magistra illius habita, et eadem nunc au tiqua et sua propria laude maxime floreus, libeolissime consecravit.
Dans la niche qui était à droite, entre deux colonnes, on avait peint, en clair-obscur, de manière à imiter le relief, notre duc actuel en costume de chevalier de l'ordre de Satnt-Étienne, et tenant une croix. Au-dessus de sa tète, on lisait :
Cosmus Medic. Floren et Senar. Dux H. Sacram D. Stephani militiam Christian» pietatis et bellicae virtutis domiciiiura fundavit aanoMDLXI.
6i LE CARREFOUR ALLA PAG LIA.
Sur le soubassement de la même niche , entre les deux piédestaux des colonnes, on voyait la Prise de Damiette par les chevaliers florentins; puis dans le fronton , placé au-dessus des deux colonnes, les armoiries du duc et une croix rouge, laquelle indiquait clairement qu'il était grandmaître et chef de Tordre de Saint-Étienne.
Pour raviver le souvenir des Florentins et des Toscans, qui avaient fondé des ordres religieux, et qui s'étaient distingués par la pureté de leurs mœurs et la sainteté de leur vie, on jugea convenable de placer dans la seconde niche, en pendant à la statue du Duc, celle de saint Jean Gualbert, chevalier et fondateur de l'ordre de Vallombrosa. On l'avait représenté en habit de chevalier, et pardonnant à un ennemi. Le fronton de la niche contenait les armoiries des Médicis et trois chapeaux de cardinal. Sur le soubassement , on avait peint le miracle opéré par saint Jean Gualbert à l'abbaye de Settimo, où, par son ordre , et à la confusion des hérétiques et des simoniaques, un religieux avait traversé sain et sauf un brasier ardent. Au-dessus de la niche , on lisait :
Ioannes Gualbertus eques nobiliss. Floren. Vallis Umbrosia? familiœ auctor fuit, anno MDLXI.
Telle était la décoration de la principale face de l'édifice.
En entrant sous l'arc, on trouvait quatre vestibules qui , en se coupant , laissaient au milieu un espace carré de huit brasses en tous sens. Là , les
quatre arcs s'élevaient à la même hauteur qu'à l'extérieur de l'édifice. Ils étaient accompagnés de pendentifs qui semblaient devoir supporter une petite coupole, mais , à l'endroit où elle aurait pris naissance , était une galerie de balustres dorés occupée par un chœur de petits anges d'une rare beauté. Le ciel seul servait de coupole, de sorte que le dessous de l'arc était parfaitement éclairé. Les quatre pendentifs s'élargissaient à mesure qu'ils montaient vers la corniche. Ils renfermaient quatre cadres circulaires où l'on avait représenté les quatre Évangélistes sous la figure d'animaux tels que les ont dépeints Ézéchiei et saint Jean. Mais parlons du vestibule du premier arc. Sa voûte était ornée de compartiments élégants et couverte des armoiries et des devises des ordres religieux qui avaient fourni les sujets des tableaux voisins. Sur la paroi qui était à droite et correspondait à la niche du duc, on voyait, dans un vaste tableau, ce prince donnant l'habit de l'ordre de Saint-Étienne à ses chevaliers avec tout le cérémonial accoutumé. Dans le loinr tain , on avait représenté la Ville de Pise et l'Édification du palais, de l'église et de l'hôpital. Sur le soubassement on lisait :
Cosinus Med. Flor. et Senar. Dux II equeitibus suis divino consiliocreatis, magniGcè, pièque insignia, et sxdem prebet, largèque rébus omnibus instruit.
Sur la paroi que l'on rencontrait vis-à-vis, et qui était attenante à la niche de saint Jean Gnalb < rt, on avait peint ce bienheureux fondant, au milieu x. 5
d'une sombre forêt, son premier et principal monastère, comme l'expliquait l'inscription suivante :
S. Ioannes Gualbertus in Vallombrosiano monte ab interventoribus et illecebris omnibus remoto loco, domiciliura ponit sacris suis sodalibus.
Passons maintenant à la seconde face de l'édifice. Déjà nous avons dit que, par sa hauteur, sa largeur et sa distribution, elle ne différait aucunement de la première; mais, au lieu d'être couronnée, comme celle-ci , par les statues de la Religion, de la Charité et de l'Espérance, elle n'avait, à son sommet, qu'un magnifique autel, imité de l'antique, sur lequel brillait une large flamme. A droite, c'està-dire du côté de San-Giovanni, s'élevait, précisément, au-dessus de Tune des niches flanquées de deux colonnes, la statue de la Vie contemplative, couverte d'habits modestes, et les yeux fixés au ciel. A gauche, on voyait la Vie active, revêtue d'un costume souple et léger, les bras nus et la tête ceinte de fleurs. La frise , placée entre les deux entablements, était divisée, comme sur la première face, en trois compartiments. Dans celui du milieu, on avait peint trois hommes vêtus à la romaine, présentant douze petits enfants à quelques vénérables vieillards toscans pour qu'ils leur enseignassent leur religion. A côté étaient écrits ces mots, empruntés à Cicéron : Hetruriœ principes, disciplinant c/oceto. Enfin, au-dessus du tableau, on lisait:
Frugibus inventis doctœ celebrantur Athenac, Roma ferox annis iniperioque potens :
At nostra liaec mitis provincia Hetruria, ritu
Divino, et cultu nobiliore Dei, Unara quam perhibent artes teouisse piandi
Numinis, et ritus edocuisse sacros :
Nunc eadem sedes ver» est pietatis, et illî
Hob nunquam titulos auferet ulla dies.
Comme les principales cérémonies de la religion des Gentils consistaient en augures et en sacrifices, on avait peint, dans le compartiment à droite, un prêtre examinant avec soin des entrailles d'animaux que les sacrificateurs lui présentaient sur un bassin, et, dans le compartiment à gauche, un Augure tenant un bâton recourbé, et observant des oiseaux qui volaient au-dessus de sa tête.
Maintenant occupons-nous des niches. Celle qui était à droite renfermait saint Romuald, lequel fonda, dans notre pays, sur les sauvages montagnes des Apennins, l'ermitage des Camaldules, où naquit l'ordre religieux qui porte ce nom. Au-dessus de la niche, on lisait :
Romualdus in hac nostra plena sanctitatis terra, Camaldulensium ordinem collocavit. Anno MXH.
Sur le soubassement, on avait représenté le songe de cet ermite, qui aperçut, pendant son sommeil, une échelle s'élevant jusqu'au ciel, comme celle de Jacob; et, sur la paroi du vestibule attenante à la niche, la fondation de l'ermitage des Camaldules, au milieu d'un paysage agreste, ainsi que l'expliquait l'inscription suivante :
Sanctus Romualdus , in Camaidule nsi sylvestri loco divinitus sibi ostenso, et divin» contemplationi aptissimo, suo gravissimo collegio sedes quietissimas extruit.
La niche placée à gauche renfermait le bienheureux Philippe Benizzi, notre concitoyen, qui, avec sept nobles Florentins , fonda Tordre des Servîtes. La niche ne pouvant contenir tous ces personnages, Filippo Benizzi, comme le plus digne, y entra seul. Au-dessus de sa tête, on lisait :
Filippus Benitius civis noster înstituit et rébus omnibus ornavit servorum familiam. An do MCCLXXXV.
Sur le soubassement, on avait figuré la miraculeuse Annonciation, soutenue par plusieurs petits anges, dont l'un répandait sur le peuple en prières une multitude de fleurs, emblème des innombrables grâces que chaque jour les fidèles obtiennent, en se recommandant à cette sainte image Le tableau du vestibule contigu à la niche de saint Philippe Benizzi représentait ce bienheureux et ses sept nobles compagnons abandonnant l'habit civil florentin pour celui des Servîtes, et travaillant à bâtir leur beau monastère, aujourd'hui renfermé dans les murs de Florence, et la célèbre église de TAnnunziata. Au-dessous de cette peinture, on lisait:
* Ici Vasari fait allusion à un miracle qui, dit-on , eut lieu i Floreoce, l'an ia5i. Les Servîtes, après avoir construit leur couvent, «raient chargé un artiste, nommé Bartolommeo, de peindre l'Annonciation de la Vierge. Lorsque Bartolommeo eut terminé l'ange, il se mit a chercher un type qui représentât dignement la divine beauté de Marie. Tandis qu'il était plongé dans de profondes réflexions, le sommeil le surprit. A son réveil, il trouva la téte de sa Madone achevée et si belle, qu'il se mit i crier à haute voix : Miracle ! miracli- ! Ce prodige attira le peuple en foule chez les Servîtes, et Dieu, pour le sanctionner, permit que cette Madone opérât de nombreux miracles qui, selon la chronique florentine, se renouvellent chaque jour.
Septem nobiles cives nostri in sacello nostran urbis, toto nunc orbe religionis , et sanctitatis fama clarissimo, se totos religioni dedunt, et semina jaciunt ordinis servorum B. Maria; Virginis.
11 nous reste maintenant à décrire les deux faces qui se trouvaient aux extrémités des branches de la croix. Elles étaient beaucoup moins larges que les deux premières, à cause du resserrement des deux rues sur lesquelles elles donnaient. Aussi les arcs, au lieu d'être accompagnés de deux niches, étaient-ils seulement flanqués de deux colonnes. Us étaient, en outre, surmontés d'une frise, occupée par un tableau qui, avec une foule de devises et de peintures diverses, complétait leur décoration. Ce monument étant consacré à la gloire de la vraie religion, on voulut y rappeler le souvenir des principales victoires qu'elle avait remportées sur ses deux plus puissants ennemis, c'est-à-dire sur la sagesse humaine, représentée par les philosophes et les hérétiques, et sur la puissance humaine. En conséquence, du côté de l'archevêché, on avait peint, dans le tableau de la frise, saint Pierre, saint Paul, et les autres apôtres, remplis de l'esprit divin, discutant avec des philosophes, dont quelques-uns, remplis de confusion, tels que Denis l'Aréopagite, Justin et Panteon, déchiraient les livres qu'ils tenaient en main, reconnaissaient et acceptaient avec humilité la vérité évangélique. Ce tableau était accompagné de l'inscription suivante : Non est sapientidy non est prudent ia. Dans l'autre frise, du côté de San-Lorenzo, on voyait encore saint Pierre,
saint Paul, et les autres apôtres, prêcher intrépidement la vérité de l'évangile devant Néron et ses satellites. A côté on avait inscrit : Non est fortifado, non est potcntia, en sous-entendant contra Dominum, complément de cette sentence, empruntée à Salomon. Les quatre parois qui soutenaient les voûtes des deux arcs étaient également ornées de tableaux. Du côté de l'archevêché, on avait représenté le bienheureux Jean Colombini, honorable citoyen siennois, fondateur de la compagnie de Jésus, vêtu en pauvre, et donnant l'habit de son ordre à une foule de personnages qui le sollicitaient avec ardeur. Au-dessous on lisait :
Origo collegii pauperum, qui ab Jesu cognomenacceperunt, cnjus ordinis princeps fuit loannes Columbinus domo Senensis, anno MCCCLI.
Vis-à-vis de ce tableau, on voyait des gentilshommes siennois exprimant à l'évêque d'Arezzo, Guido Pietramalesco, le désir qu'ils avaient de créer l'ordre deMonte-Oliveto. Le prélat semblait les approuver, et les encourager à bâtir le saint et vaste monastère, dont ils lui montraient le modèle, et qu'ils construisirent en effet à Monte-Oliveto,surle territoire de Sienne. L'inscription jointe à cette composition était ainsi conçue :
Instituitur sacer ordo monachorum, qui ab Oliveto monte nominatur, auctoribus nobilibus civibus Senensibus. Anno MCCCXIX.
Du côté de San-Lozenzo, on avait figuré l'édification du fameux oratoire délia Vernia, exécutée
en grande partie aux dépens des pieux comtes Guidi, seigneurs de ce pays, et grâce aux soins du glorieux saint François, qui se retira dans cette solitude, où il reçut les stigmates de notre Seigneur Jésus-Christ, comme l'expliquait cette inscription :
Asperrimum agri nostri montem divus Francisais elegit , in quo summo ardore Domini nostri salutarem necem contemplaretur : isque notis plagarum in corpore ipsius exprcssis divinitus consecratur.
En face, on voyait le concile qui fut tenu à Florence par Eugène IV, lorsque, pour la réunion de l'église grecque à l'église latine, depuis si longtemps en désaccord, la foi reconquit sa pureté primitive, ainsi que l'attestait l'inscription suivante :
Numine D. 0. M. et singulari civium nostrorum religionis studio eligitur urbs nostra, in qua Gracia amplissimum membrum a christiana pietate disjunctum reliquo Ecclesiac corpori conjungeretur.
La nouvelle duchesse devait, comme cela eut lieu en effet, être reçue par tout le clergé à Santa-Mariadel-Fiore. On résolut alors d'ajouter encore à la magnificence étonnante dont brillait déjà cette cathédrale , la pompe que l'on pouvait attendre d'une quantité innombrable de lumières, de festons, d'écussons et de drapeaux. La porte principale, d'ordre ionique, ainsi décorée, offrait un coup d'oeil merveilleux. Elle était en outre ornée de dix bas-
reliefs d'une richesse extraordinaire dont les sujets étaient empruntés à la vie de la glorieuse mère de Notre-Seigneur Jésus-Clirtst. Ces bas-reliefs furent très-admirés. Aussi espère-t-on qu'un jour ils seront jetés en bronze, qu'ils formeront le digne pendant de ceux du temple de San-Giovanni , et que même ils les surpasseront en beauté, ayant été produits dans un siècle plus avancé. Ils étaient modelés en terre , complètement dorés , et encastrés avec élégance dans une porte de bois également dorée, et au-dessus de laquelle on voyait les armes des Médicis avec les clefs pontificales soutenues par le Travail et par la Grâce divine, et accompagnées d'une toile où étaient peints tous les saints protecteurs de la ville, qui semblaient adresser* pour son salut et son bonheur de ferventes prières au Christ enfant assis sur le bras de la Vierge. Au-dessus de ce groupe était une belle devise représentant un petit navire qui, grâce à un vent favorable, entrait à pleines voiles dans un port tranquille, pour montrer que les actions chrétiennes ont besoin de la grâce divine et du travail de l'homme ; ce qui était clairement exprimé par ces mots :
et encore mieux par cette inscription qui se trouvait au-dessous. :
Confirma hoc Deus quod operatus es in nobis.