‹ Vies des peintres, sculpteurs et architectes. TrChapitre 19 sur 72 · LE BORGO DE' GRECI · texte numérisé non relu

LE BORGO DE' GRECI

A Fencoigmire du Borgo de' Greci on construisit un petit arceau , dédié à l'Allégresse publique qui

n L'ARC DE TRIOMPHE DE LA DOUANE.

était représentée sous la forme d'une femme couronnée de fleurs, et radieuse de joie. Au-dessous de cette statue on lisait : Hilaritas PP. Florent. Et on voyait au milieu de grotesques et de sujets tirés de l'histoire de Bacchus, deux charmants petits satyres qui portaient sur leurs épaules deux outres d'où tombaient, dans une magnifique fontaine , du vin blanc et du vin rouge, et d'où parfois s'élançaient avec impétuosité des jets d'eau qui inondaient les buveurs qui ne savaient point s'arrêter à temps. A côté était écrit : Abite lymphœ vini pernicies. Audessus et autour de la statue principale, des satyres et des bacchantes buvaient, dansaient, chantaient, se livraient à toutes les folies qu'inspire l'ivresse, et semblaient répéter les mots contenus dans l'inscription dont ils étaient accompagnés et qui était ainsi conçue :

Nunc est bibendum, nunc pede Hbero pulsanda tellus.

Pour recevoir et accompagner la sérénissitne princesse, Florence, ainsi qu'on l'a vu, avait distribué en divers endroits les plus ém inentes vertus. Une seule semblait jusqu'alors avoir été oubliée. Nous voulons parler de la vertu civile de qui dépend souverainement la bonne administration des peuples et des états. Ce n'est pas qu'on n'eût pu prouver qu'elle avait jadis hautement distingué plusieurs des

fils de Florence; mais, comme elle avait tout récemment brillé du plus vif éclat chez nos princes, on pensa qu'on ne saurait mieux la mettre en relief qu'en représentant les actions de ces magnanimes seigneurs. Cette résolution ne fut point inspirée par la flatterie, mais par la gratitude des citoyens, comme le reconnaîtra quiconque ne sera pas aveuglé par l'envie. Il suffira , en effet, pour s'en convaincre, de jeter les yeux sur le juste et saint gouvernement des états de Florence et sur leur mémorable et glorieux agrandissement dont on est certainement autant redevable à la force, à la constance, à la patience et à la vigilance du duc qu'à la faveur de la fortune, comme l'exprimait parfaitement l'inscription suivante placée en bon lieu :

Rébus urbanis constituas, finibus imperii propagatis, re militari ornata, pace ubique parta, civitatis, imperiique dignitate aucta, memor tantorumbeneficiorum Patria prudentiœducisopt.dedicavit.

A l'entrée de la place ducale, on construisit donc un merveilleux arc de triomphe appuyé d'un côté contre le palais ducal, et de l'autre côté contre 1 édifice où l'on a coutume de distribuer le sel au peuple. Ce monument, dédié à la vertu civile, était semblable à celui que Ton avait consacré à la Religion, dans le carrefour alla Paglia , et n'en différait que par son élévation et sa magnificence. Il était orné de quatre immenses colonnes corinthiennes au milieu desquelles passa le cortège. Au-dessus de l'architrave de la corniche et de la frise divisée en trois compartiments, on voyait un second entablement surmonté d'une statue assise que l'on reconnaissait

pour la Vertu civile à son air grave et majestueux , au sceptre qu'elle tenait dans sa main droite, au globe placé sous son autre main, et à son diadème royal. Entre les quatre colonnes corinthiennes étaient deux niches renfermant les compagnes inséparables de la Vertu civile. A droite était la Force, principe de toutes les actions magnanimes et généreuses, et à gauche la Constance qui les guide et les exécute. Entre le fronton des deux niches et la corniche, deux médaillons circulaires peints en couleur de bronze représentaient, l'un, quantité de galères et de navires pour rappeler les soins donnés par le duc à la marine, et l'autre, le duc à cheval, visitant ses états et pourvoyant à leurs besoins. Sur le principal entablement où nous avons dit que la Vertu civile était assise, on voyait séparées d'elle par quelques vases magnifiques d'un côté , et précisément au-dessus de la Force, la Vigilance si nécessaire dans toutes les actions humaines, et de l'autre côté, au-dessus de la Constance, la Patience. Ici je ne parle pas de cette patience qui tolère les injures et que les esprits pusi 1 la n i mes on t décorée d u n o m de ver tu , je parle de celle qui a fait tant d'honneur à Fabius Maximus, et qui consiste à attendre le moment opportun, sans se laisser entraîner par la témérité. Les trois compartiments, dont la frise était ornée, ainsi que nous l'avons noté plus haut, étaient séparés par des médaillons et des pilastres qui, prenant naissance exactement au-dessus des colonnes, montaient avec grâce jusqu'à l'entablement. Le compartiment du milieu, c'est-à-dire celui qui se trouvait

au-dessus de la grande porte de l'arc de triomphe, et au-dessous de la statue de la Vertu civile, représentait notre généreux duc remettant au prince le gouvernement de ses états. Ce tableau était accompagné de l'inscription suivante : Hegel patris virtutibus. A droite on voyait le même duc envoyant ses troupes s'emparer de la première forteresse de Sienne , et à gauche son entrée dans la noble ville de Sienne après la victoire.

Derrière. la statue de la Vertu civile (et en cela seulement cet arc de triomphe différait de celui de la Religion), s'élevait un piédestal un peu plus large à sa base qu'à son sommet , surmonté d'un superbe quadrige traîné par quatre merveilleux coursiers, qui peut-être ne le cédaient à l'antique ni en beauté ni en grandeur. Ce quadrige était occupé par deux anges qui tenaient une couronne de chêne avec cette inscription : Ob cives servatos. Dans les espaces qui restaient entre les tableaux, les statues, les colonnes et les niches, on avait disposé avec autant de goût que de magnificence des ancres , des victoires, des tortues ailées, des diamants, des capricornes et une foule d'autres devises de nos magnanimes seigneurs.

L'autre façade de l'arc de triomphe donnait sur la place, et était semblable à celle que nous venons de décrire, si ce n'est que, au lieu de la statue de la Vertu civile, on voyait, dans un ovale, un capricorne tenant un sceptre royal, terminé par un œil comme celui que portait, dit-on, l'antique Osiris. On avait entouré cette devise de ces mots : ISullum numen abest, en sous-entendant si sit prudentia. Dans Tune des

deux niches qui correspondaient à celles de l'autre façade était une statue de femme que l'on reconnaissait pour la Récompense, dont les princes se servent pour encourager les citoyens vertueux. Dans la seconde niche, on avait représenté le châ* timent réservé aux méchants, sous la figure de Némésis armée d'une épée. Dans l'un des deux compartiments circulaires peints en couleur de bronze qui correspondaient à ceux de l'autre façade, on avait figuré les fortifications dont le duc avait enrichi ses états, et dans l'autre l'admirable sollicitude dont il avait fourni tant de preuves pour maintenir la paix en Italie. Des autels et divers instruments de paix, accompagnés de ces paroles, Pax augusta, comme dans les médailles antiques, exprimaient cette idée. Au-dessus de ces deux tableaux et des statues des niches, on avait placé à droite la Douceur et à gauche la Bonté; la première pour rappeler l'affabilité que les princes mettent à écouter les réclamations de leurs peuples, et la seconde, la bénignité qui leur attire l'amour de leurs sujets. La frise, de même que celle de l'autre façade, était divisée en trois compartiments. Celui du milieu représentait la conclusion de l'heureux mariage de l'illustre prince et de la sérénissime reine Jeanne d'Autriche. A côté on lisait : Fausto cum sidere. Dans le compartiment de droite, on apercevait le duc tenant par la main l'excellentissime duchesse Leonora, son épouse, à laquelle il témoigna tant d'amour durant toute la vie de cette vertueuse princesse, que l'on peut à bon droit le proposer

comme un modèle de fidélité conjugale. Le compartiment de gauche était occupé par le même duc, qui semblait écouter, avec son inaltérable bonté, diverses personnes qui s'adressaient à lui. Là s'arrêtaient les décorations de la façade qui regardait la place; mais, sous la vaste porte qui livra passage au cortège, on avait peint, sur l'une des parois servant de support à la voûte, l'illustre duc entouré de vénérables vieillards, avec lesquels il semblait examiner des lois et des statuts. Ce tableau, destiné à consacrer le souvenir des réformes opérées par le duc dans la législation, était accompagné de ces mots: Le gibus emendes. Sur l'autre paroi, par allusion aux améliorations introduites par le même duc dans l'armée, on l'avait représenté, à l'imitation des médailles antiques, haranguant une multitude de soldats assemblés autour de lui. Audessus de sa tête, on lisait : Armis tuteris. La voûte, au lieu d'être ornée de rosaces, était divisée en six compartiments renfermant des devises, ou, pour mieux dire, des revers de médaille, dont les sujets étaient en rapport avec ceux des deux tableaux des parois. Pour signifier que les lois doivent toujours être exécutées avec sévérité, mais aussi avec justice, on avait peint, dans un compartiment, des chaises curules et des faisceaux consulaires, et, dans un autre, l'Équité, sous la figure d'une femme tenant des balances. Les deux compartiments suivants rappelaient la vertu militaire et la fidélité que les soldats doivent à leurs chefs. Le premier contenait une femme armée à l'antique, et le second de

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