‹ Vies des peintres, sculpteurs et architectes. TrChapitre 6 sur 72 · RAPIT · texte numérisé non relu

RAPIT

TADDEO ZL'CCHERO. 130 La troisième : m, f. c. avctore incens a. vrbs res-

TITVITV*.

La quatrième : m. f. c. pactïonibvs tvrbatis pr*-

LIVM GALLIS NVNCI AT.

La cinquième : m. f. c. proditorem vinctvm fa-

LERIO REDVCBNDVM TRADIT.

La sixième : ma.trona.lis avri coixatione votvm

APOLLINl SOLVITVR.

La septième : m. f. c. ivnoni reginje templvm in aventino dedicat.

La huitième : signvm ivnonis reginje a vfjis romym transfertvr.

La neuvième : m. f. c anlivs dict decem

soc i os CAPIT.

Taddeo exécuta ensuite des travaux peu importants, mais assez lucratifs, jusqu'en i55o, époque à laquelle son père Ottaviano, sa mère et un de ses frères, nommé Federigo, vinrent à Rome pour le voir et pour profiter du jubilé.

Au bout de quelques semaines , Ottaviano et sa femme quittèrent Taddeo, et lui laissèrent Federigo, en lui recommandant de lui faire étudier les lettres. Mais Taddeo , ayant reconnu que Federigo avait plus de dispositions pour la peinture, lui enseigna le dessin , et lui évita la plupart des ennuis qu'il avait rencontrés à son début.

Cest vers ce temps qu'il peignit à fresque quatre sujets tirés de la vie de saint Ambroise et une frise

140 ÏADDEO ZUCCHERO.

sur la muraille à laquelle est adossé le maitre-autel de l'église Sant'-Ambrogio-de'-Milanesi (5).

Après avoir terminé cet ouvrage qui est d'une rare beauté, il représenta, sur la façade d'une maison non loin de Santa-Lucia-deila-Tinta , la Naissance d'Alexandre le Grand , et cinq autres sujets empruntés à l'histoire de cet homme illustre. Ces peintures furent très- admirées , malgré le voisinage d'une autre façade décorée par Polidoro (6).

Sur ces entrefaites, Guidobaldo , duc d'Urbin, appela à sa cour notre jeune artiste qu'il avait entendu citer avec éloges. Il voulait l'employer à peindre, dans la cathédrale d'Urbin, les parois de la chapelle dont la voûte avait déjà été couverte de fresques par Battista Franco.

Avant de quitter Rome, Taddeo laissa Federigo entre bonnes majns, et plaça un autre de ses frères en apprentissage chez un orfèvre de ses amis.

Il fut gracieusement accueilli à Urbin par le duc, qui lui indiqua les motifs qu'il avait à dessiner pour la chapelle de la cathédrale. Mais, à peu de temps de là, le duc, en sa qualité de général de la Seigneurie de Venise , ayant été forcé d'aller visiter les fortifications de la république, emmena Taddeo, qui lui fit une copie du tableau de Raphaël, qui est dans le palais des comtes de Ganossa.

Taddeo commença ensuite pour Son Excellence, sur une vaste toile, une Conversion de saint Paul, que l'on voit aujourd'hui encore inachevée à Sant'- Agnolo, chez son père Ottaviano.

De retour à Urbin , Taddeo s'occupa quelque peu

TADDEO ZUCCHERO. ltl

des dessins de la chapelle de la cathédrale. Il fit à la plume et en clair-obscur différents sujets de la vie de la Vierge, que conserve aujourd'hui son frère Federigo. Mais, soit que le duc n'eût point une ré* solution bien fixe , soit que Taddeo lui parût trop jeune, toujours est-il que ce dernier resta deux ans sans peindre autre chose qu'un cabinet à Pesaro, un écusson sur la façade du palais et le portrait de Son Excellence, grand comme nature. Enfin, lorsque le duc alla recevoir à Rome, des mains du pape Jules III, le bâton de général de la sainte Église, il ordonna à Taddeo de peindre la chapelle, et commanda que l'on fournit à notre artiste tout ce dont il aurait besoin; mais ses agents laissèrent Taddeo manquer de tout, si bien qu'après avoir perdu deux années à Urbin, il regagna Rome, où il s'excusa adroitement auprès du duc sans blâmer personne, et en lui promettant de se mettre à l'œuvre en temps utile.

L'an i55i,StefanoVeltronide Monte-Sansovino, ayant été chargé par le pape et par Vasarj de diriger les arabesques de la Vigna, qui avait apparteuu au cardinal Poggio, hors de la porte del Popolo, confia à Taddeo le soin d'y représenter l'Occasion arrêtant la Fortune, et voulant lui couper les cheveux avec des ciseaux. Taddeo déploya dans cette composition beaucoup de talent.

Taddeo aida ensuite Prospero Fontana à exécuter une foule de peintures dans le palais neuf dont Vasari avait dessiné la cour et la fontaine, que continuèrent le Vignola et l'Ammannato, et que con-

H2 TADDEO ZUCCHKRO.

strtiisit le Baronino. Ce travail ne fut pas sans utilité pour Taddeo; car, sa manière ayant plu au pape, Sa Sainteté lui ordonna de peindre quelques chambres du Belvédère, diverses figures, et, dans une loge ouverte, l'histoire complète d'Hercule. Ces peintures furent détruites du temps du pape Paul IV, lorsque Ton voulut bâtir de nouveaux appartements et une chapelle.

Taddeo représenta différents sujets, et, entre autres, le Parnasse au milieu des voûtes des premières chambres de la Vigna du pape Jules III; puis il retraça en clair-obscur, dans le même palais, un sujet de l'histoire des Sabines de chaque côté de la porte principale de la loggia qui conduit à la fontaine de l'Acqua-Vergine. Tous ces ouvrages furent très-admirés.

Tandis que Taddeo était à Rome avec le duc, Federigo était retourné à Urbin, d'où il ne sortait guère que pour aller à Pesaro. Taddeo le rappela auprès de lui, et l'employa à peindre plusieurs frises dans la maison des Giambeccari, sur la place de Sant'-Apostolo, et dans le palais de Messer Antonio Portatore, près de l'obélisque de San-Mauro.

Le maître de poste Mattiuolo, ayant acheté un terrain à Campo-Marzio, y construisit une commode habitation, dont il pria Taddeo de peindre la façade en clair-obscur. Taddeo lui fit trois beaux sujets de l'histoire de Mercure, et laissa à d'autres peintres le soin de compléter, d'après ses dessins, la décoration de cette façade.

A cette époque, il consentit à décorer, dans l'é-

TADDEO ZUOCHERO. U3

glise deHa Consolazione , la chapelle de Messer Jacopo Mattei, malgré la modicité du salaire qui lui était offert, parce qu'il avait à cœur d'imposer silence à ses ennemis, qui l'accusaient de ne savoir peindre qu'en clair-obscur. Il commença aussitôt ce travail, mais ne s'en occupa que quand il se sentait en veine de bien faire. Il consacrait le reste de son temps à des ouvrages dont il attendait moins d'honneur. Il ne faut donc pas s'étonner si quatre années lui furent nécessaires pour achever sa chapelle. Il se surpassa lui-même dans les quatre fresques dont il orna la voûte, et qui représentent la Cène du Christ avec les Apôtres, le Lavement des pieds, la Prière dans le jardin des Oliviers, et la Trahison de Judas. Sur l'une des parois latérales, il peignit le Christ à la colonne, et, sur l'autre paroi, Pilate montrant aux Juifs le Christ flagellé, en disant : Ecce homo. Au-dessus de ce tableau, on voit Pilate se lavant les mains, et, au-dessus du Christ à la colonne, Notre-Seigneur devant Anne, beau-père du grand-prêtre Caïphe. Sur la paroi à laquelle est adossé l'autel, Taddeo figura la Vierge évanouie et les Maries aux pieds de Jésus crucifié. De chaque côté de cette composition, il plaça un prophète, et, au-dessus de l'encadrement en stuc, deux Sibylles. On admire encore les quatre Évangélistes qu'il exécuta sur la voûte, au milieu d'ornements en stuc. Ces fresques furent terminées en 1 556, et valurent à leur auteur, qui n'était âgé que de vingt-six ans, une grande réputation parmi les artistes. Taddeo fut ensuite chargé de décorer la chapelle

de Messer Mario Frangipane, dans l'église de San- Marcello. Il ne conduisit pas alors cette entreprise entièrement à fin, bien qu'il y eût employé, comme dans beaucoup d'autres occasions, quelques-uns de ces jeunes peintres étrangers qui viennent à Rome pour s'instruire et gagner un peu d'argent en travaillant à la journée.

Du temps de Paul IV, Taddeo orna de fresques les appartements que le cardinal Caraffa occupait dans le Vatican , au-dessus du corps de garde des lanciers. A la même époque, il fit, à l'huile, une Nativité du Christ, et une Fuite en Egypte, que l'ambassadeur de Portugal envoya dans son pays.

Le cardinal de Mantoue, désirant que tout l'intérieur de son palais fût peint avec une extrême célérité, confia ce travail à Taddeo, qui le termina promptement avec l'aide de nombreux auxiliaires, dont il sut tirer un si heureux parti, que l'on croirait qu'une seule main a pris part à cet ouvrage. En somme, Taddeo s'acquitta de sa tâche à la satisfaction du cardinal, et de façon à détromper ceux qui le jugeaient incapable de mener à bonne fin une si vaste entreprise.

Il laissa également plusieurs fresques dans le palais de Messer Alessandro Mattei, où son frère Federigo en exécuta aussi quelques-unes. Cet essai encouragea Federigo au point qu'il peignit ensuite, d'après ses propres inspirations, un Parnasse chez un gentilhomme romain nommé Stefano Margani.

Taddeo, voyant que Federigo était assez fort pour marcher seul , mais que sa jeunesse empêcherait

qu'on lui confiât un travail important, se fit allouer une chapelle de 1 église de Santa-Maria-dell'-Orto, comme s'il eût du la peindre lui-même. Il se contenta d 'y représenter une Nativité du Christ, puis il céda la place à Federigo, qui commença dès lors à manifester le haut talent qui le distingue aujourd'hui.

A cette époque, Taddeo fut présenté au duc de Guise, qui voulait emmener en France un maître habile pour décorer un de ses palais. Il fut convenu que Taddeo se rendrait en France aussitôt qu'il aurait achevé les travaux qu'il avait en main, et que le duc lui donnerait un traitement annuel de six cents écus. Malheureusement, les guerres qui éclatèrent alors en France, et bientôt après la mort du duc de Guise, s'opposèrent à la réalisation de ce projet.

Taddeo s'occupa alors de terminer, à San -Marcello , la chapelle de Messer Mario Frangipane; mais il ne put y travailler longtemps sans interruption.

Charles-Quint étant venu à mourir, on célébra à Rome, en son honneur, de magnifiques cérémonies funèbres. A cette occasion, Taddeo retraça en vingtcinq jours les actions les plus remarquables de cet empereur, et moula en carton une foule de trophées et de superbes ornements. Six cents écus d'or lui furent payés pour ce travail, dans lequel l'aidèrent son frère Federigo et d'autres artistes.

Peu de temps après, il décora à Bracciano, pour le Signor Paolo Giordano, deux belles chambres ornées de stucs et de dorures. Dans l'une de ces

chambres, il figura l'histoire de l'Amour et de Psyché, et dans l'autre, où différents maîtres avaient déjà exercé leur pinceau, plusieurs sujets de l'histoire d'Alexandre le Grand ; il laissa à son frère Federigo le soin de terminer cette dernière partie de sa tâche.

Il peignit ensuite à fresque dans le jardin de Messer Stefano, près de la fontaine de Trevi, les Muses autour de la fontaine Castalie, et on Mont Parnasse.

Les marguilliers de la Madonna d'Orvieto, ayant entendu vanter Taddeo, l'appelèrent pour travailler à la décoration de quelques chapelles qu'ils avaient construites dans leur église, et où Girolamo Muziano de Brescia (7) avait déjà exécuté plusieurs tableaux; Taddeo représenta, dans l'une des chapelles, la Vie active et la Vie contemplative. 11 avait emmené avec lui Federigo, lequel peignit dans la niche de la même chapelle trois sujets tirés de l'histoire de saint Paul.

Après avoir achevé ces ouvrages, les deux frères tombèrent malades et quittèrent Orvieto en promettant aux marguilliers de revenir au mois de septembre suivant. Taddeo retourna à Rome, et Fedegiro à SantVAgnolo , où il fut retenu par ht fièvre pendant deux mois. Dès qu'il fut guéri, il alla rejoindre à Rome Taddeo qui se l'associa pour peindre en clair-obscur, sur la voûte et dans la niche de l'oratoire de Sant'-Agata des Florentins, à l'occasion des fêtes du jeudi et du vendredi saints, toute la Passion du Christ, plusieurs Prophètes et d'autres

sujets. Ge travail, exécuté en quatre jours, causa un profond étonne ment à tous ceux qui le virent (8).

Sur ces entrefaites, le cardinal Alexandre Farnèse pria Taddeo de se charger de la décoration du château de Caprarola, dont la construction, confiée à Vignola, que nous rencontrerons plus bas, était déjà fort avancée. Taddeo accepta cette proposition; mais, comme il ne voulait pas renoncer aux entreprises qu'il avait à Rome, il fut stipulé qu'il serait obligé seulement à fournir les dessins et les cartons des peintures et des stucs ; que les auxiliaires qu'il emploierait seraient payés* par le cardinal ; qu'il ne passerait lui-même dans le château que deux ou trois mois de l'année; qu'il irait inspecter les travaux toutes les fois que cela serait nécessaire; et enfin qu'il retoucherait tout ce que bon lui semblerait. Le cardinal lui assigna un traitement annuel de deux cents écus.

Muni d'une bonne pension et appuyé par un puis* sant protecteur, Taddeo résolut de ne plus accepter d'ouvrages indignes de lui, afin d'imposer silence aux personnes qui lui reprochaient de prendre par avarice toute espèce de travail, et de priver ainsi une foule d'artistes d'un gain qui leur aurait permis de se livrer à l'étude, comme il l'avait fait lui-même dans sa jeunesse. Taddeo cherchait à se justifier en disant qu'il n'avait agi de la sorte que pour être en état de sustenter Federigo et un autre de ses frères.

Taddeo s'occupa donc principalement des peintures du château de Caprarola et de celles de la chapelle de San- Marcello. Grâce à sa recommanda-

tion, Messer Tizio da Spoleti, intendant du cardinal, confia à Federigo le soin de décorer la façade d'une maison qu'il avait sur la place de la Douane, près de Sant'-Eustachio. Federigo, dont le plus ardent désirerait de travailler seul, se mit à l'œuvre avec joie, et représenta d'abord le Baptême de saint Eustache, de sa femme et de ses enfants, puis le saint apercevant, dans une chasse, l'image miraculeuse d'un Crucifix au-dessus de la tète d'un cerf.

Taddeo, comprenant de quelle importance était cet ouvrage pour la réputation de Federigo, qui n'avait alors que vingt-huit ans (g), allait souvent le voir travailler, et parfois même retouchait ce qu'il avait fait. Federigo souffrit pendant quelque temps ces corrections avec patience; mais bientôt, irrité d'être tenu en bride, il saisit un marteau, détruisit tout ce que Taddeo avait peint, et dans sa colère resta plusieurs jours sans vouloir retourner chez son frère. Enfin, des amis communs les réconcilièrent; toutefois il fut convenu que Taddeo serait libre de corriger à son gré les dessins et les cartons de Federigo, mais qu'il ne mettrait jamais la main à ses peintures à fresque ou à l'huile. En conséquence, Federigo acheva seul sa façade qui fut universellement admirée, et lui valut une place distinguée parmi les artistes.

Taddeo ayant été chargé de refaire dans la salle des Palafrenieri les Apôtres que Raphaël y avait peints en grisaille, et que l'on avait jetés à terre du temps de Paul IV, en exécuta un lui-même et abandonna les autres à Federigo, lequel s'acquitta très-

bien de cette tâche. Les deux frères s'associèrent ensuite pour orner de fresques une frise de l'une des salles du palais d'Aracelli.

Vers cette époque, Taddeo fut envoyé à Urbin pour faire le portrait de la signora Donna Verginia, fille du duc Guidobaldo, que Ton destinait en mariage au signor Federigo Borromeo.

Avant de quitter Urbin, Taddeo dessina un buffet que Ton modela en terre à Castel-Durante, et que le duc envoya au roi d'Espagne.

De retour à Rome, Taddeo présenta le portrait de la signora Verginia à Sa Sainteté qui le trouva très-beau ; mais, soit qu'il faille s'en prendre au pape ou à ses ministres, toujours est-il que le pauvre peintre ne fut pas même indemnisé des frais de son voyage.

L'an i56o, le pape voulut que Ton mît en état de recevoir dignement le duc Cosrae et la duchesse Eléonore, qu'il attendait à Rome, les appartements bâtis par Innocent VIII, lesquels ont vue sur la première cour du palais et sur celle de San-Pietro, et sont précédés déloges qui répondent sur la place où Sa Sainteté donne sa bénédiction aux fidèles. Taddeo fut chargé de les décorer et de couvrir de dorures les nouveaux plafonds. Il abandonna à son frère presque tout le soin de cette importante entreprise. Federigo s'acquitta très-bien de cette tâche, mais non sans avoir couru un grand danger ; car, en peignant des grotesques dans les loges, il tomba du haut d'un échafaud et faillit se tuer.

Peu de temps après, le cardinal Emulio distribua

150 TADDKO ZUCCHERO.

à plusieurs jeunes artistes, par Tordre du pape, les peintures que Ton devait exécuter dans le petit palais, orné d'une magnifique fontaine et de nombreuses statues antiques , que l'architecte Pirro Ligorio avait commencé dans le bois du Belvédère. Le jeune Federigo Barrocci, d'Urbin (10), Lionardo Cungi et Durante del Nero, de Borgo San* Sepolcro, décorèrent le premier étage. La première salle , qui se trouve au sommet de l'escalier en limaçon, fut peinte par Santi Titi, celle qui vient à la suite par Federigo Zucchero, frère de Taddeo, et une troisième par Giovanni del Corso, bon peintre de grotesques. Tous ces maîtres ne laissèrent pas de se distinguer; mais Federigo les surpassa dans quelques tableaux, parmi lesquels nous citerons la Transfiguration, le Centurion et les Noces de Cana (n). Dans la salle où s'exerça Federigo, sont deux tableaux d'Orazio Sammacchini de Bologne et de Lorenzo Costa de Mantoue.

Federigo Zucchero peignit ensuite la petite loge qui a vue sur le vivier; puis il fit plusieurs sujets tirés de l'histoire de Moïse et de Pharaon, dans la salle principale du Belvédère, à laquelle on monte par l'escalier en limaçon. Il donna tout récemment les dessins coloriés de ces derniers tableaux au révérend Don Vincenzio Borghini, qui les coq serve précieusement. Dans le même endroit, il représenta l'Ange du Seigneur frappant de mort les premiers-nés des Égyptiens. Afin de terminer plus promptement ces divers ouvrages, il employa plusieurs auxiliaires. Federigo et les peintres qui avaient concouru aveclui

à décorer le palais, furent mal récompensés de leurs peines; car, lorsqu'il fut question de fixer ce qui leur était dû, ils eurent affaire à quelques-uns de ces artistes envieux et méchants que Ton rencontre malheureusement partout , et qui sont aveugles pour les qualités de leurs rivaux et pour leurs propres défauts. Ces gens, par leurs détestables menées, ont souvent arrêté l'essor des plus beaux génies.

Après avoir achevé les ouvrages dont nous venons de parler, Federigo peignit dans la salle du tribunal de la Ruota, à côté des armoiries du pape Pie IV, les figures colossales de la Justice et de l'Équité. Pendant ce temps, Taddeo travaillait , tantôt à Caprarola, tantôt dans la chapelle de San- Marcello.

Sur ces entrefaites, Sa Sainteté, ayant résolu de mener à fin la salle des Rois qui avait excité tant de contestations entre Daniel de Volterre et le Salviati, choisit l'évêque de Forli pour présider à cette entreprise. Le 3 septembre i56i, l'évêque de Forli écrivit à Vasari une lettre où il le priait de se rendre à Rome avec la permission du duc, et de se charger de cet ouvrage; ce qui, ajoutait-il, lui vaudrait non moins de profit que d'honneur, et serait très-agréable à Sa Sainteté. Vasari répondit que, se trouvant infiniment mieux traité par le duc qu'il ne l'avait été à Rome par les papes, il ne quitterait point le service de Son Excellence qui lui avait confié le soin de décorer une salle beaucoup plus grande que celle des Rois, et que, du reste, il ne manquait pas à Rome d'hommes capables de le sup-

pléer. Sa Sainteté, ayant reçu communication de cette réponse, donna mission au cardinal Emulio de distribuer les tableaux de la salle des Rois à plusieurs jeunes peintres, dont les uns étaient déjà à Rome, et dont les autres avaient été appelés de différents endroits. Deux grands tableaux furent allouées à Giuseppe Porta délia Garfagnana, élève de Salviati (12). Girolamo Siciolante da Sermoneta en eut un grand et un petit; enfin Orazio Sammaccbini de Bologne, Livio de Forli et Gio. Battista Fiorini de Bologne ( 1 3) en eurent chacun un petit. Taddeo, se voyant laissé à l'écart par le cardinal Emulio auquel on avait insinué qu'il songeait plus au gain qu'à la gloire, sollicita vivement le cardinal Farnèse de s'employer en sa faveur. Mais le cardinal lui répondit qu'il devait se contenter de ses travaux de Caprarola, et ne point les négliger pour entrer en lice avec d'autres artistes, et que d'ailleurs la réputation d'un ouvrage ne dépendait pas de la place qu'il occupait; que les bons ouvrages, au contraire, suffisaient ponr rendre célèbres les endroits où ils se trouvaient. Néanmoins Taddeo se remua si bien, que le cardinal Emulio lui accorda un des petits tableaux; mais, malgré ses instances, jamais il ne put en obtenir un grand. On prétend que l'Emulio agit ainsi, parce qu'il espérait que Giuseppe Salviati surpasserait tous ses rivaux, et que l'on détruirait peut-être leurs peintures pour les donner à refaire à son protégé.

Lorsque tous les tableaux eurent été amenés à bon terme, le pape voulut les voir. Il reconnut

avec ses cardinaux que Taddeo s'était montré supérieur à ses concurrents, bien qu'ils eussent.de leur côté déployé beaucoup de talent. Sa Sainteté ordonna alors au signor Agabrio de recommander an cardinal Emulio de confier un grand tableau à Taddeo. Notre artiste commença celui qui est à côté de la porte de la chapelle Pauline ; mais la mort du pape et les opérations du conclave l'empêchèrent de le continuer. Le dessin de ce tableau est dans notre collection , et nous fut donné par Taddeo luimême.

Vers cette époque, Taddeo peignit , entre autres choses , un beau Crucifix , éclairé par des torches que tiennent des anges éplorés. Ce tableau était destiné par le cardinal Farnèse à l'église de Caprarola (i4)» ma's Û* est aujourd'hui entre les mains de Federigo, qui veut le conserver jusqu'à son dernier jour, en mémoire de son frère. Quant aux autres ouvrages que Taddeo fit pour Caprarola , nous n'en dirons rien pour le moment , attendu que nous aurons occasion d'en parler tout à l'heure au long , à propos de Vignola.

Sur ces entrefaites, Federigo fut appelé à Venise, par le patriarche Grimani , pour finir la chapelle de San-Francesco-della-Vigna , que Battista Franco avait laissée inachevée. Avant de s'occuper de ce travail, il orna les escaliers du palais Grimani de figurines fort gracieuses, entourées d'encadrements en stuc. Les fresques qu'il exécuta dans la chapelle de San-Francesco représentent l'histoire de Lazare et la Conversion de la Madeleine. Nous avons dans

15fr TADDEO ZUGCHERO.

notre collection les dessins originaux de ces compositions. Au-dessus de l'autel de la même chapelle, Federigo plaça un tableau à l'huile, renfermant l'Adoration des Mages. 11 fit ensuite, entre Chioggia et Monselice, quelques peintures fort estimées, dans une loge de la villa de Messer Gio. Battista Pellegrini, que Andréa Schiavone (i5) et les Flamands Lambert et Gaultier ont enrichie de nombreuses productions de leur pinceau.

Après le départ de Federigo, Taddeo continua les fresques de la chapelle de San-Marcello , pour laquelle il peignit à l'huile, en dernier lieu, la Conversion de saint Paul. Ce saint est renversé de cheval et frappé de stupeur en entendant la voix du Christ, qui, du milieu d'un groupe d'anges resplendissant de lumière, lui crie:«Saul, Saul, pourquoi me « persécutez-vous? » Les personnages qui entourent le saint semblent être sous l'empire de la plus profonde terreur. Trois sujets également empruntés à la vie de saint Paul remplissent trois compartiments en stuc de la voûte. Dans le premier on voit saint Paul prisonnier, débarquant à Malte et mordu par une vipère; dans le second le même saint ressuscitant un enfant, qui s'était tué en tombant d une fenêtre ; et enfin, daus le troisième, la Décollation de ce glorieux martyr. Sur les parois de la chapelle, Taddeo exécuta deux belles fresques, représentant , l'une saint Paul guérissant un boiteux, et l'autre, saint Paul frappant de cécité un faux prophète. Cet ouvrage, étant resté inachevé à la mort de Taddeo, a été terminé cette année par Federigo.

Tout en travaillant à la chapelle de San-Marcello, Taddeo fit plusieurs tableaux à l'huile, qui furent envoyés en France par l'ambassadeur de ce pays.

Francesco Salviati, ayant laissé imparfait en mourant le salon du palais Farnèse, le cardinal Sant- Agnolo Farnèse confia l'exécution des deux tableaux qui se trouvent en face de la fenêtre à Taddeo1, lequel s'en tira très-bien , sans cependant surpasser ni même égaler Salviati, contrairement aux assertions des méchants et des envieux, qui voulaient rabaisser la gloire de ce maître. Aux personnes qui prétendaient avec raison que Salviati était demeuré supérieur à Taddeo, celui-ci répondit qu'il fallait s'en prendre à ses élèves, qui avaient peint entièrement ces deux tableaux dont il s'était contenté de fournir les dessins; mais ces excuses ne furent point acceptées, parce que l'on ne doit point, quand on à la prétention de l'emporter sur un rival, mettre sa cause entre des mains faibles et inexpérimentées. Aussi le cardinal Sant'-Agnolo , homme souverainement judicieux , reconnut- il combien il avait perdu à la mort du Salviati , qui, en dépit de son arrogance, de son orgueil et de son mauvais caractère, n'était pas moins un peintre du plus haut mérite. Toutefois, à défaut de meilleurs maîtres, le cardinal prit Taddeo pour décorer la salle principale de son palais, dans l'espoir qu'il n'épargnerait aucun effort pour y déployer du talent.

LorenzoPucci, cardinal de Santi-Quattro, avait construit dans l'église de la Trinità une chapelle dont Perino del Vaga peignit le plafond et au de-

hors de laquelle il représenta entre deux Prophètes les armoiries du cardinal tenues par deux enfants. Lorsque Lorenzo Pucci mourut , les religieux de la Trinità, sans respect pour sa mémoire, vendirent sa chapelle à l'archevêque de Corfou, et souffrirent même que ce dernier substituât ses armoiries à celles du cardinal. Trois des murailles de cette chapelle étant complètement nues, l'archevêque de Corfou confia à Taddeo le soin de les décorer.

Ainsi surchargé de travaux , Taddeo écrivait chaque jour les lettres les plus pressantes à son frère, pour qu'il revînt de Venise. Federigo, qui venait d'achever la chapelle du Patriarche, espérait alors être employé à peindre la principale façade de la salle du Conseil , où Antonio de Venise s'était jadis exercé (16); mais la rivalité et les intrigues des artistes vénitiens furent cause que cette entreprise ne fut allouée ni à eux-mêmes ni à Federigo.

Pendant ce temps, Taddeo, ayant un vif désir de voir les ouvrages ordonnés par le duc Cosme , et la grande salle commencée par son ami Vasari, se rendit un jour à Florence, avec le jeune Tiberio Calcagni ( 1 7). La ville et les monuments de peinture et de sculpture qu'elle renferme lui plurent tellement, qu'il y aurait volontiers demeuré plusieurs mois , s'il eût été moins accablé de besogne. 11 vit avec un extrême plaisir les quarante*quatre grands tableaux que Vasari exécuta dans la salle du palais en moins d'un an , avec laide seulement de Giovanni Strada (18), de Jacopo Zucchi (19) et de fiattista Naldini (20). Enflammé d'une noble ému-

lation, Taddeo retourna à Rome, avec l'intention de se surpasser lui-même dans les sujets dont il orna la chapelle de la Trinità, comme nous le dirons plus bas.

Malgré les sollicitations de son frère, Federigo ne put se décider à ne point passer le carnaval à Venise. Il peignit douze tableaux de sept pieds et demi de dimension en tous sens, et plusieurs sujets de l'histoire d'Hircanus, roi de Jérusalem , dans un théâtre en forme de colysée , construit par Andréa Palladio. Le talent et la célérité avec lesquels il exécuta ces ouvrages le mirent en grande réputation. Il accompagna ensuite dans le Frioul , d'où il rapporta de nombreux dessins, son ami Palladio qui s'y rendait pour jeter les fondements du pahiis de Ci vitale.

Après avoir visité Vérone et d'autres villes de Lora hardie, Federigo arriva à Florence au moment où Ton faisait de splendides préparatifs pour recevoir la reine Jeanne d'Autriche. Par Tordre du duc, il peignit une magnifique Chasse sur une vaste toile et plusieurs sujets en clair-obscur pour un arc de triomphe.

De Florence, il alla à Sant'-Agnolo pour revoir ses parents et ses amis , puis il rejoignit enfin son frère à Rome, le 16 janvier i566; mais il lui fut peu utile, parce que la mort du pape Pie IV et celle du cardinal Sant'-Agnolo avaient interrompu les travaux de la salle des Rois et du palais Farnèse(ai).

Taddeo, ayant achevé un des appartements de

158 TADDEO ZIIGCHEHO.

Caprarola et presque terminé la chapelle de San- Marcello , s'occupait alors de représenter dans la chapelle de la Trinità la mort de la Vierge. Quant à Federigo, il se mit à peindre à fresque, dans l'église des prêtres réformés del Gesù , une chapelle que Taddeo lui avait procurée, bieo que, pour le punir d'avoir tant tardé à revenir, il affectât de paraître médiocrement satisfait de son retour, dont au fond il était cependant enchanté, parce que Federigo le débarrassait ordinairement des soucis du ménage et du soin de surveiller leur frère qui étudiait l'état d'orfèvre. Quoi qu'il en fût, la réunion de nos deux artistes leur permit de s'arranger de façon à travailler en toute tranquillité.

Sur ces entrefaites, les amis de Taddeo cherchèrent à le marier; mais, accoutumé à vivre libre, il ne put jamais s'y résoudre, clans la crainte d'introduire, avec une femme, mille ennemis dans sa maison, comme cela n'arrive que trop souvent. Il se consacra donc exclusivement à son art, et fit le carton de la principale fresque de la chapelle de la Trinità, pendant que Federigo peignit un saint Pierre en prison pour le duc d'Urbin, une Vierge entourée d'anges, qu'il devait expédier à Milan, et une figure allégorique de l'Occasion, qui fut trausportée à Pérouse.

Le cardinal de Ferrare, après avoir employé une foule de peintres et de statuaires à décorer sa superbe villa de Tigoli (aa), y envoya en dernier lieu Federigo, qui laissa de nombreuses preuves de son talent dans deux chambres, dédiées l'une à la No-

blesse et l'antre à la Gloire (a3). Il retourna ensuite à Rome pour terminer la chapelle des prêtres ré» formés del Gesù. Il y représenta Dieu le Père au milieu d'un chœur d'anges, et le Saint-Esprit descendant snr la Vierge, à qui l'ange Gabriel annonce sa mission divine, et autour de laquelle sont six prophètes plus grands que nature.

Taddeo, de son côté, fit, dans l'église de la Trinita, une Assomption où il sembla irrésistiblement poussé à déployer tous ses efforts , comme s'il eût deviné que ce devait être son dernier ouvrage. Eu effet, il fut attaqué d'une maladie en apparence fort légère, occasionnée par les chaleurs de l'été, et qui malheureusement s'aggrava au point qu'il en mourut dans le mois de septembre de l'année 1 566, après avoir vu la plupart de ses amis, et reçu, en bon chrétien, les sacrements de l'Église. Son frère Federigo était alors également malade, mais il lui survécut. La mort, en frappan* ainsi coup sur coup le Buonarroti, le Salviati, Daniel deVolterre et Taddeo, causa une perte irréparable aux arts, et particulièrement à la peinture.

Taddeo avait une exécution pleine de hardiesse, et à la fois un style doux et harmonieux. Ses compositions sont abondantes. Les têtes et les mains de ses personnages sont d'une rare beauté. Nous en dirons autant de ses nus, où il eut soin d'éviter ces duretés, ces exagérations, dans lesquelles tombent souvent les peintres qui veulent paraître profondément versés dans la science de l'anatomie. Il en est d'eux comme de ce Lesbien qui tenait à passer pour

Athénien, et qui fut reconnu pour étranger par une femme du peuple, précisément parce qu'il parlait le dialecte d'Athènes avec trop de pureté. Taddeo avait un coloris très-agréable, et une facilité dont il abusa quelquefois pour obéir à son amour du gain, qui, pendant un certain temps, l'entraîna à rechercher toute espèce de travaillée qui, du reste, ne l'empêcha pas de produire une foule d'ouvrages admirables. Il eut toujours un grand nombre d'auxiliaires; mais il ne peut en être autrement lorsque Ton est chargé de vastes entreprises.

Taddeo était d'un tempérament sanguin, colère, et surtout lascif. Néaumoins, malgré sa passion pour les femmes, il sut constamment se conduire d'une manière honnête et discrète. 11 était fidèle à ses amis, et ne manqua jamais de les servir de tout son pouvoir.

Il laissa inachevées les peintures de la Trinità, de la grande salle du palais Farnèse, et du château de Caprarola; mais elles seront conduites à bonne fin par Federigo, qui sera le digne héritier de son talent, aussi bien que de sa fortune.

Taddeo fut inhumé par Federigo dans la Ritonda de Rome, près du tabernacle où repose Raphaël d'Urbin, qui, comme lui, vécut trente-sept ans. En effet, Raphaël mourut le jour du vendredi saint, qui avait été aussi celui de sa naissance; et Taddeo, né le ier septembre 1 529, quitta ce monde le deuxième jour du même mois, Tan 1 566. Federigo, reconnaissant des bons soins qu'il en a reçus, a l'intention de lui élever un tombeau dans la Ritonda , si on lui

TADDEO ZUCCHERO. 161 permet de restaurer le tombeau où il est enseveli (îi4)-

Nous avons dit plus haut que le splendide et royal château de Caprarola avait été construit pour l'illustrissime cardinal Farnèse par Jacopo Barozzi da Vignola. Quelques renseignements sur cet artiste peuvent donc ici trouver place. Jacopo Barozzi da Vignola, peintre et architecte bolonais, est aujourd'hui âgé de cinquante-huit ans. Dans sa jeunesse, il étudia la peinture, mais sans grand profit, parce qu'il fut mal dirigé dès le principe ; et, à parler franchement, il avait infiniment plus de dispositions pour Parchitecture que pour la peinture, cqmme le témoignent ses ouvrages. Il avait un goût si prononcé pour l'architecture et la perspective, que Ton peut avancer qu'il en apprit seul les éléments et les parties les plus difficiles. Il n'avait encore presque aucune réputation, lorsqu'il fit en ce genre, pour Messer Francesco Guicciardini, gouverneur de Bologne, et pour plusieurs de ses amis, de beaux dessins que le dominicain FraDamiano,de Bergame, reproduisit en marqueterie.

De Bologne, Vignola se rendit à Rome dans l'espoir que la peinture lui fournirait le moyen de soutenir sa pauvre famille. Il y exécuta d'abord quelques dessins d'architecture pour Jacopo Melighini, de Ferrare, architecte du pape Paul III (a5) ; puis il mesura tous les édifices antiques de Rome pour une académie de gentilhommes et de seigneurs qui s'occupaient d'architecture, et parmi lesquels on remarquait Messer Marcello Cervini, Monsignor

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