IX. II
Maffei, et Messer Alessandro Manzuoli (a6). Ces travaux furent pour lui aussi instructifs que lucratifs.
Sur ces entrefaites, Francesco Primaticcio vint à Rome, et se servit de Vignola pour mouler une grande partie des statues antiques de Rome. Il l'emmena ensuite en France , où il l'employa à divers ouvrages d'architecture et à jeter en bronze les statues moulées à Rome; Vignola s'acquitta de cette tâche avec autant de soin que de succès.
Après un séjour de deux ans en France, il retourna à Bologne pour construire la façade de l'église de San-Petronio , comme il l'avait promis au comte Filippo Peppoli; mais d'envieux compétiteurs l'empêchèrent durant plusieurs années de mettre la main à cet édifice. Pendant ce temps, il entreprit le canal del Naviglio qu'il conduisit jusqu'à Bologne, dans une longueur de trois milles. 11 fut mal récompensé de cet utile et admirable travail.
L'an 1 55o> Jules III étant monté sur le trône pontifical, Vignola fut nommé architecte de Sa Sainteté , à la sollicitation de Vasari. Jules III prit Vignola à son service d'autant plus volontiers, qu'il l'avait connu à Bologne lorsqu'il y était légat. Il lui confia le soin de présider à la construction de sa Vigna, et de diriger les eaux de l'Acqua-Vergine. Vignola n'épargna rien pour satisfaire le pape ; mais il fut loin d'être dédommagé de la peine qu'il s'était donnée.
Vers cette époque, le cardinal Alexandre Farnèse, juste appréciateur du talent de Vignola, le chargea de bâtir le château de Caprarola dans un lieu solitaire,
mais éminemment pittoresque et propre à délasser du tumulte et du fracas des villes (27). Le cardinal montra non moins de jugement en choisissant un excellent architecte, que de grandeur en entreprenant un aussi vaste et aussi noble édifice. Le château de Caprarola forme un pentagone. Indépendamment d'une galerie large de quarante palmes et longue de quatre-vingts, qui occupe la face antérieure du bâtiment, on compte quatre appartements à chaque étage. D'un côté de la galerie, est un magnifique escalier circulaire en limaçon, qui part du sol et mon te jusqu'au troisième étage. Il est soutenu par des colonnes accouplées et enrichi de bal us très, de niches et de divers ornements d'une rare beauté. En face de cet escalier, c'est-à-dire de l'autre côté de la galerie, est un appartement qui commence par une pièce circulaire qui conduit dans une grande salle de quatre-vingts palmes de longueur sur quarante de largeur, décorée de stucs et de peintures représentant la chèvre Àmalthée allaitant Jupiter; puis la même chèvre placée dans le ciel au nombre des constellations ; et enfin , un autre sujet ou Amalthée joue encore un rôle. Sur les parois de cette salle, sont de superbes perspectives dessinées par Yignola, et peintes par son gendre. Vient ensuite un salon de quarante palmes de longueur, orné de stucs et de tableaux qui tous ont rapport au printemps. De ce salon, on va dans trois chambres, dont chacune a quarante palmes de longueur et trente de largeur. La première est dédiée a l'été, la seconde à l'automne, et la troisième à l'hiver.
Des stucs accompagnent les tableaux où sont figurées ces diverses saisons avec leurs attributs respectifs. Jusqu'ici nous n'avons décrit que la moitié du rezde-chaussée; la même distribution règne dans l'autre moitié : cet étage repose sur des cuisines, des offices, des caves et d'autres pièces du même genre taillées dans le tuf. Au centre du pentagone, Vignola a construit sur un plan circulaire, autour de la cour dont le diamètre est de quatre-vingt-quinze palmes et de cinq onces, deux rangs de portiques l'un au-dessus deTautre formant une galerie sur laquelle s'ouvrent les portes de tous les appartements. Ces portiques sont composés d'arcades dont les pieds-droits sont percés de niches. Les angles de la cour sont occupés par quatre escaliers en limaçon qui montent jusqu'au faite du château, et par des puisards qui reçoivent les eaux pluviales, lesquelles se réunissent dans une immense citerne. Nous nous abstenons de louer tous les détails qui ajoutent à la beauté de ce vaste édifice qui, par son ensemble et sa situation, a l'apparence d'une forteresse. Le château est précédé d'un perron ovale, et entouré de fossés et de ponts* levis qui conduisent dans des jardins ornés de fontaines aussi riches que variées, de ravissants tapis de verdure, et en un mot de tout ce que réclame une résidence vraiment royale. Au premier étage, on trouve les mêmes appartements qu'au rez-de-chaussée, et de plus, la chapelle qui est en face du principal escalier circulaire, dont nous avons parlé plus haut.
Dans la salle qui est précisément au-dessus de celle de Jupiter, Taddeo et ses auxiliaires retracè-
rent les belles actions des Farnèse, dans de riches encadrements en stuc. La voûte est divisée en six compartiments, dont quatre sont carrés et deux circulaires. Au milieu de ces compartiments qui courent le long de la corniche, sont trois ovales accompagnés de deux petits tableaux carrés, dont l'un représente la Renommée et l'autre Bellone. — Le premier ovale contient la Paix, le second les anciennes armoiries des Farnèse , avec la licorne pour cimier, et le troisième la Religion. — Le premier des compartiments circulaires est occupé par Guido Farnèse, entouré de nombreux personnages. Au-dessous de ce tableau est écrit : Guido Farneshis urbis veteris principatum cwibus ipsis deferentibus adeptus, laboranti intest inis discordiis civitati, seditiosa factione éjecta, pacem et tranquillitatem restitua anno i3a3. — Dans l'un des compartiments carrés, on voitPietroNiccolo Farnèse délivrant Bologne. Au-dessous on lit : Petrus Nicolaus se dis romance potentissimis hostibus memorabili prœlio super atis, imminenti obsidionis periculo Bononiam libérât, anno salutis i36i. — Vient ensuite un compartiment carré représentant Piero Farnèse nommé capitaine des Florentins. L'inscription est ainsi conçue : Petrus Farnesius reip. Flore nlinœ imperator magnis Pisanoriun copiés capto duce obsidionis occisis urbem Flore nt'iam triumphans ingreditur , anno i36a. — Le second compartiment circulaire renferme un autre Pietro Farnèse mettant en fuite les ennemis de l'Église romaine à Ortabello. — L'un des deux derniers compartiments carrés montre le signor
Ranieri Farnese élu général des Florentins à la place du signor Pietro, son frère. Au-dessous de cette composition on lit : Rainerius Farnesius à Florentinis difficili reip, tempore in Pétri fratris mortui locum copiarum omnium dux deligitur , anno i36a. — Dans le quatrième et dernier compartiment carré, on voit Ranuccio Farnese nommé général de l'Église par Eugène IV. Au-dessous est écrit : Ranutius Farnesius Pauli III P. M. rosœ aureœ munere insignitus pontificii imperator con* stituitur, anno Christi i435. On admire une foule de belles figures dans ces tableaux. Les stucs et les autres ornements dorés qui ornent la voûte sont également dignes d'éloges.
Chacune des quatre parois de la salle est couverte de deux tableaux : le premier que l'on rencontre en entrant à droite montre le pape Jules III, confirmant la souveraineté de Parme et de Plaisance au duc Ottavio et au prince son fils , en présence du cardinal Farnèse, deSant'-Agnolo, son frère, du camerlingue Santa-Fiore, de Salviati l'Ancien, du Chieti, du Carpi, du Polo et du Morone (a8). L'inscription qui accompagne cette peinture porte ces mots : Iulius III P. M, Alexandro Farnesio auctore Octauio Farnesio ejits fratri Parmam amistam restiluit, anno salutis r55o. — A coté, dans le second tableau, on voit l'empereur Charles- Quint, le prince son fils, le roi des Romains, et une multitude de barons allant au-devant du cardinal Farnèse, envoyé par le pape en qualité de légat auprès de Sa Majesté. — Le premier tableau que l'on
TADDEO ZUCCHEKO. 167
trouTe en entrant à gauche représente la guerre contre les Luthériens d'Allemagne, à laquelle le duc Ottavio Farnese prit part Tan 1 546. — Le second tableau renferme une foule de seigneurs escortant le cardinal Farnèse et l'Empereur avec ses fils placés sous un baldaquin , porté par divers personnages , peints d'après nature, et parmi lesquels on reconnaît Taddeo. — Entre les deux tableaux qui ornent les autres parois de la salle, est un ovale contenant le portrait du roi Philippe, avec cette inscription : Philippo Hispaniarum régi maximo ob eximia in domum Farnesiam mérita. L'un des ta* bleaux représente le duc Ottavio, épousant madame Marguerite d'Autriche, en préseuce du pape Paul III, du cardinal Farnèse le jeune, du cardinal de Carpi, du duc Pier Luigi , de Messer Durante , d'Eurialo da Cingoii, de Messer Giovanni Riccio de Montepulciano, de l'évéque de Conio, de la signora Iivia Golonna , de Claudia Mancina, de Settimia et de Dona Maria de Mendoza. — Le mariage du duc Orazio et de Diane, fille du roi de France Henri II, forme le sujet du tableau suivant au-dessous duquel on lit cette inscription : Henricus II Valesius Galliœ rex Ho ratio Far ne s io Castriduci Dianam filiam in matrimonium collocat, anno salutis 1 55-2. Diane et le duc Otazio, son mari, sont accompagnés de Catherine de Médicis, reine de France, de Marguerite, sœur de Henri II , du roi de Navarre , du connétable, du duc de Guise, du duc de Nemours, de l'amiral prince de Condé, du jeune cardinal de Lorraine, de Charles de Guise, qui plus tard fut
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cardinal, du signor Piero Strozzi, de madame de Montpensier et de mademoiselle de Rohau. — Dans l'ovale placé entre les deux tableaux de la dernière paroi, est le portrait du roi de France Henri II , avec cette inscription : Henrico Francorum régi max. familiœ Farnesiœ conservatori. L'un des tableaux, c'est-à-dire celui qui est à droite , montre le pape Paul III , nommant préfet de Rome le duc Oraxio, autour duquel se tiennent le duc Pier Luigi, le cardinal de Paris, Visco, Morone, Badia, Trento (29), Sfondrato et Ardinghelli. Au-dessous de cette composition on lit : Paulus III P. M. Horatium Farnesium nepotem summœ spei adolescentem prœfectum urbis créât, annosal. i549* L autre tableau renferme le même pape donnant le bâton de général à Pierre Luigi, et au fils de ce seigneur, qui n'était point encore cardinal. On y trouve les portraits du pape, de Pier Luigi Farnese, du duc Ottavio, d'Orazio cardinal de Gapoue,de Simonetto, de Jacobaccio, de San Jacopo, de Ferrara, du jeune signor Ranuccio Farnese , du Giovio , du Molza, de Marcello Cervini , du marquis de Marignan, du signor Gio.-Battista Castaldo, du signor Alessandro Vitelli et du signor Gio.-Battista Savent Le plafond de la salle suivante est orné d'un riche compartiment en stuc doré, au milieu duquel on voit le couronnement du pape Paul III, accompagné de cette inscription : Paulus III, Farnesius pontifex max ir nus Deo et hominibus approbantihus sacra tiard solemni ritu coronatur, anno salutis 1 534 , iij non, novemb. — Au-dessus de la corniche sont
quatre tableaux dont le premier représente le pape bénissant les galères de Civita-Vecchia, destinées à l'expédition dirigée, Tan i5359 contre Tunis ; le second l'excommunication lancée, en 1 53*7, contre le roi d'Angleterre ; le troisième, la flotte préparée contre les Turcs , en 1 538 , par l'empereur et les Vénitiens, avec l'aide du souverain pontife; le quatrième, les habitants de Pérouse demandant pardon au pape, en i54o, de leur révolte contre l'Église. Chacune des quatre parois dé la même salle est ornée d'un grand tableau. Le premier représente l'empereur Charles-Quint baisant les pieds du pape Paul Farnèse , à son retour de la glorieuse expédition de Tunis; le second, le pape Paul III établissant la paix entre Charles-Quint et le roi de France : ce tableau renferme les portraits du vieux Bourbon , du roi François , du roi Henri, de Laurent l'Ancien , du jeune Laurent , de Tournon , du jeune Bourbon et de deux fils du roi François (3o). — Paul III envoyant le cardinal de Monte en qualité de légat au concile de Trente, tel est le sujet du troisième tableau. Dans le quatrième, Paul III crée à l'occasion du concile plusieurs cardinaux dont quatre furent plus tard papes sous les noms de Jules HI, Marcel H, Paul IV et Pie IV. Pour tout dire en un mot, cette salle est décorée avec toute la magnificence convenable. — À coté, est une chambre qui sert de vestiaire. Elle est également enrichie de stucs et de dorures. On y a peint trois figures nues et un Alexandre le Grand couvert d'une armure et jetant au feu des vêtements de peau.
Parmi les autres sujets qu'il serait trop long d'analyser, nous citerons celui où Ton voit les hommes commençant à se couvrir de vêtements fabriqués avec des feuilles et d'autres productions agrestes. — De ce vestiaire on entre dans une chambre dédiée au Sommeil , pour laquelle le commandeur Annibal Caro fournit une foule de belles inventions poétiques (3i). À la vérité, la dimension de la chambre ne permit pas à Taddeo de les reproduire toutes; mais il en représenta la plus grande partie avec un rare talent. Dans la troisième chambre, qui est dédiée à la Solitude, il peignit avec ses auxiliaires le Christ enseignant les apôtres dans le désert, et à côté un saint Jean 9 qui est admirablement exécuté. Vis-àvis de ce tableau, on aperçoit des personnages qui se sont retirés dans les forets pour fuir le monde, et d'autres qui se sont crevé les yeux pour n'être point distraits de leurs méditations par les objets qui les entourent. Dans la même chambre on Ut au-dessous du portrait de l'empereur Charles-Quint: Post innumeros labores ociosam quietamque vitam traduxit; au-dessous de celui du dernier sultan, qui aimait la solitude avec passioti : Animurn a ne* gocio ad ocium revocavit; et sous celui d'Aristôte : Anima fit stdendo etquiescendo prudentior. D'autres personnages sont accompagnés des inscriptions suivantes : Quœ ad modum negocii , sic et ocu ratio habenda; — Virtutis et liberœ vùœ magistra optima solitudo ; — Plus agunt qui nihil agere videntur ; — Qui agit plurima plarimum peccat. En somme, cette salle est ornée d'une foule de belles
TADDEO ZUCCHEHO. 171
figures, et de plus est couverte de dorures et de riches ornements en stuc.
Revenons à Vignola, pour dire que les. livres qu'il" a écrits et publiés témoignent hautement de son habileté en architecture. Nous avons eu , du reste f occasion d'en parler dans la vie de Michel-Ange.
Taddeo, outre les ouvrages déjà mentionnés, en fit beaucoup d'autres, parmi lesquels nous citerons une chapelle de l'église des Orfèvres (Si), 'dans la strada Giulia, une façade en clair-obscur près de San-Girolamo , et la chapelle du maître-autel de Santa-Sabina. Son frère Federigo est actuellement occupé à peindre, à San-Lorenzo-in-Daraaso, un tableau représentant saint Laurent et le paradis. On espère que cette composition sera d'une rare beauté (33).
Pour ne rien taire de ce qui peut être utile ou agréable à nos lecteurs, nous ajouterons qu'à l'époque où Taddeo travaillait dans la Vigna du pape Jules III et à la façade de Mattiolo, il fit, ponr l'il-» lustrissime et révérendissime cardinal di Monte, deux petits tableaux, dont l'un est aujourd'hui dans la galerie de Son Excellence, au milieu d'une infinité de raretés antiques et modernes. Un des objets les plus curieux que possède cette galerie est un tableau de deux brasses et demie de dimension environ, qui, à la première vue, n'offre qu'une inscription sur un fond incarnat, et dont le milieu est occupé par un croissant. Au-dessus de ce tableau est fixé un miroir dans lequel on aperçoit le portrait du roi de France Henri II, entouré de ces mots : Henry H ro/de France. On voit encore ce portrait en posant
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le front sur le bord supérieur du tableau, et en regardant en bas; mais alors le portrait se montre dans un sens opposé à celui que présente le miroir. Ce portrait n'est visible que de ces deux façons, parce qu'il est peint sur vingt-huit petits gradins ingénieusement disposés entre les lignes de l'inscription. Les lettres placées au commencement, au milieu et à la fin de chaque ligne, sont un peu plus grandes que les autres, et forment, lorsqu'on les réunit , les mots suivants : Henricus Valesius Dei gratta Gallorum rex Lnvictissimus. Messrr Alessandro Taddei, secrétaire du cardinal, et Don Silvani Razzi, mon intime ami, auxquels je dois de nombreux renseignements, n'ont pu m'apprendre le nom de l'auteur de ce tableau. Ils m'ont seulement dit qu'il fut donné par le roi Henri au cardinal Caraffa, qui en fit ensuite présent à l'illustrissime cardinal di Monte. Voici l'inscription qui est tracée sur ce tableau, et qui seule frappe la vue de prime-abord :
HEUS TV QV1D ViDBS IflL VT BEoR
nlsi lvha.m crëscbntem et e Régions posItamqve eX Intervallo GRadatim vtI Crrscit nos Admonet vt iN
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Lvx IN nobis Amplissiua qlI ESt aeternus iLLb dator lu ci S In quo et a quO mort a les omneS Veram lccem Recipbrb si Speramvs in vanVM non spbrabiM9
Dans la même galerie, on voit un magnifique portrait de la signora Sofonisha Anguisciola peint par elle-même (34), et un antique manuscrit renfermant les Bucoliques , les Géorgiques et l'Enéide de Vir* gile. Les savants prétendent que ce livre a été écrit sous le règne de César-Auguste ou peu de temps après : il n'est donc pas étonnant que le cardinal Farnèse y attache le plus grand prix.
maintenant il ne nous reste plus qu'à clore la biographie de Taddeo Zucchero (35j.
Jeu bizarre de la destinée! le dernier des Romains et le premier des Vanlooteurs sont frères. Taddeo fait regretter Raphaël et Jules Romain ; Federigo fait pressentir le Bernin et Carie Maratte.
Taddeo meurt à trente-sept ans, après avoir produit presque autant que Raphaël. Sa vie est laborieuse et appliquée; mais il craint la concurrence et il aime l'argent. Aussi tous les travaux lui sont-ils bons, et la journée n'a-t-elle pas assez d'heures pour lui. Cependant, il faut le reconnaître, s'il renonce aux études pénibles et aux résultats qui ne s'obtiennent qu'avec lenteur, c'est que de tous cotés il est entouré de gens qui abattront la besogne plus vite et à meilleur marché que lui. En effet, ses dessins trahissent bien plus le manque de conscience que le manque de capacité. En un mot, Taddeo est le calque d'un grand homme tué par la concurrence;
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son frère Federigo, au contraire, n'en est que la charge grossière.
Pour les critiques d'art qui pâlissent sur les livres, pour les didacticiens qui ont inventé le parfait peintre, le parfait architecte, le parfait sculpteur, et autres perfections idéales, Federigo est une vigoureuse et complète organisation qui commande le respect; c'est un artiste modèle. Comme tout parfait peintre, il est à la fois sculpteur et architecte. Son mérite et son savoir sont à coup sûr bien étendus; car, sans sourciller, il couvre de fresques monumentales la vaste coupole de l'église métropolitaine de Florence. Sa manière est grande et large; car il peint, sur le dôme du Brunelleschi , plus de trois cents figures hautes de cinquante pieds, et il annonce à la postérité, dans un de ses écrits, que ces figures sont les plus gigantesques qu'on ait vues jusqu'alors dans le monde.
Cosmopolite comme le Titien , Federigo est appelé et fêlé tour à tour à Venise, en Espagne, en Flandre et en Hollande. De retour à Rome, il s'aperçoit que la jeunesse manque d'instruction et de bons principes. Aussitôt il rêve la fondation d'une école puissante; mais, avant de réaliser ses projets de législateur de l'art, il veut combler une lacune immense et formuler sa théorie. Michel-Ange a été trop taciturne, Yasari trop bavard, Federigo sera substantiel. U se prend corps à corps avec la base de la peinture, avec le dessin. U publie, sur cette matière, un traité très-profond. C'est là qu/il analyse ses fameuses substances substantielles, qu'il décrit
ses formes formelles, qu'il démontre que l'érymoio* gie du dessin vient de ces mots: Signe de Dieu; qu'il prouve que la philosophie et le raisonnement philosophique sont un dessin métaphorique similitudinaire.
Une vie si bien remplie par le travail et le succès ne lui suffit pas. Il aspire à être le régénérateur de Fart, et il institue, sur de nouvelles bases , la célèbre académie de i595. Le peuple artiste enivré l'en déclare à l'unanimité président, et le ramène cnez un en triomptie. il tut remplace dans sa présidence par Laureti, auquel succéda, dit Lanzi, cette série d'artistes habiles qui se prolonge jusqu'à nous. Ce jour-là fut le dernier jour pour la grande peinture en Italie, et Federigo en fut le héros. Voilà tout ce qu'on peut sérieusement dire de lui comme peintre* Pour revenir à Taddeo, il n'est ni à mépriser ni à condamner, il est plutôt à plaindre. Quant à Federigo, il pourrait faire pleurer, s'il ne faisait pas tant rire.
NOTES
(1) Jacopone de Faenza devint habile en copiant les tableaux de Raphaël. Il fleurit dans la Romagne et l'on veut qu'il ait contribué à répandre le goût de Raphaël dans cette partie de l'Italie. Ses ouvrages sont décrit* par le Baldinucci, Dec. III, sec. nr,e. 141.
(2) Daniello de Parme, autrement appelé Daniello dePor, mourut en 1666.
(3) Voyez les biographies de Vincenzio de San-Gimignano , de
Polidoro et de Maturino , dans le tome VI , et celle de Baldassare Pentzzi dans le tome V.
(4) Ces peintures ont été détruites.
(5) Ces fresques ont été jetées à terre lorsque l'on restaura l'église de Sant'-Ambrogio.
(6) Ces peintures n'existent plus.
(7) Girolamo Muriano , né à Àcquafredda, dans l'état de Brescia, en 1498 , mort en 1590 suivant Ridolfî , mais plus vraisemblablement en 1592 , comme le dit Galetti , Inscr. rom.
(8) Ces peintures ont été gâtées par des retouches.
(9) Federigo écrit qu'il avait alors non vingt-huit ans , comme le
dit Vasari , mais dix-huit ans.
(10) Le Baroccio avait alors au moins trente-deux ans. Voyex
Baldinucci , Dec. I, par. 3, sec. iv.
(11) Federigo écrit qu'il ne peignit pas lui-même ces tableaux,
(12) Giuseppe ne peignit qu'un seul de ces tableaux, la Soumission de l'empereur Frédéric au pape Alexandre III.
(1S) La vie de Fiorini se trouve dans le Malvasia , tora. I, p. 335.
(14) Une copie de ce tableau fut exécutée sur le mur de la cba* pelle de Caprarola. Quant au tableau, il se trouvait , il y a maintes années , chez le marquis Vitelleschi.
(15) Vasari parle d'Andréa Schiavooe à la fin de la biographie de Battista Franco. Le Ridolfî a écrit la vie d'Andréa.
(16) Voyez la vie d'Antonio de Venise , tome I9'.
(17) Tiberio Calcagni est souvent cité par Vasari dans la vie de Michel-Ange Buouarroti.
(18) Jean Stradan de Bruges, né en 1536 , mort en 1605.
(19) Jacopo Zuccbî ou del Zucca , Florentin , né en 1541 , mort sous le pontificat de Sixte V. Voyez le Baglioni, p. 45.
(20) Naldini, né en 1537, vivait en 1590. Il fut élève du Pou-
tormo et d'Agnolo Brouzino. Borgbini parle au long de Naldini da os son Riposo.
(21) Pie IV mourut le 13 décembre 1565 , et le cardinal Sant'- Aogek) le 28 octobre de la même année.
(22) Le cardinal de Ferrare , autrement dit Uippolyte d*Este , mourut le 2 décembre 1572. Le Ciacconio dit, en parlant de ce seigneur : Rornae in Quirinali ac Tibure bortos amœnissimos in summo montis extruxit cum permagniflco prœtorio, statuis antiquis, picturis, etc.
(23) Les peintures de ces deux chambres ont été détériorées par rbnmidité.
(24) Taddeo fut inhumé dans la Ritonda , près du tombeau de Raphaël dUrbin. On grava au-dessous de son buste l'épitaphe suivante :
TADjEO . ZYCCARO IN . OPPIDO . Dl VI . ANOBLI . AD . BIPAS MKTAVBI . NATO P1CTOBI . B1IMIO VT . PATBIA . M0BIBV8 . PICTVBA BAPHABL1 . VBB1NATI . SIMILLIMO ET . VT . ILLE . N AT ALI . DIE IX . POST . ANNVM . SBPTIMVM . ET . TBIGES1MVM
VITA . FVNCTO ITA . TVMVLVM El DEM . PR0X1MVM PEDERICVS . FBATBI . S VA V ISS . MOEHENl» POS . ANNO . CHRISTIAN Al . SAL M . D . L . XVI
MAGNA . QVOD . IK . MAGlfO . TIMVIT . BAFHAKLE . PIH.#CQV» TA OIO . M . MAUHO . FEliTTMVIT . OIHITAIX.
(25) Melighino, architecte très-médiocre, est mentionné par Vasari dans la vie d'Antonio da Sau-Gallo et ailleurs.
(2G) Voyez, dans le tome II des Letterc pittoriche , une lettre adressée par Claudio Tolomei au comte Agostino de* Landi , et dans laquelle il est parlé fort au lonjj de cette académie.
(27) 1 * plan de ce palais a été publié. Les peintures dont il est
orné ont été gravées sur cuivre et à l'eau forte par Georges Preninner en 1748.
(28) Le cardinal Farnèse est Alexandre, neveu de Paul 111; le cardinal Sant'-Agnolo estRanuzio Farnese; Santa-Fiore est le cardinal Guido Ascanio Sforza ; Salviati l'Ancien est le cardinal Giovanni; Chietti est le cardinal Giovanni -Pietro Caraffa, évéquede Chieti , et plus tard pape sous le nom de Paul IV ; Carpi est le cardinal Ridolfo Pio.
(29) Trento , c'est-à-dire le cardinal Cristofano Madruzio , évêque et prince de Trento.
(30) Ces peintures ont été gâtées par des retouches.
(31) Voyez la lettre 99e des Uttortpittoriehe, t. III.
(32) Cette chapelle a beaucoup souffert du temps et surtout de maladroites restaurations.
(33) Le tableau de l'autel de la chapelle de San-Lorenzo représente non le martyre de saint Laurent comme le dit Vasari, mais saint Damas et saint Laurent revêtus de leurs habits sacerdotaux.
(34) Vasari parle de Sofonisba Anguisciola dans la biographie de Properzia de' Rossi et dans celle de Girolamo de Carpi.
(35) Le musée du Louvre possède six dessins de Taddeo Zucchero représentant l'Adoration des bergers , l'Adoration des mages, Jésus préchant dans le temple et convertissant Marie-Madeleine , Jésus bénissant le pape saint Grégoire , les Apôtres rassemblés autour du tombeau de la Vierge , et le Mariage d'Octave Farnèse avec Marguerite, fille de Charles-Quint.
On trouve, dans le même musée, six dessins de Federigo représentant Salomon entouré de ses ministres, l'Annonciation, une composition mystique, l'Adoration des mages et deux Évangélistes.