LIBRAIRE DR LA FACULTE DR THEOLOGIE
Rue de» Grands- Augustin» , 9.
AVERTISSEMENT
En offrant au public le tableau historique de l'Eglise de Bretagne, depuis ses commencements jusqu'à nos jours, nous n'avons pas la prétention de lui prèsenter un ouvrage entièrement neuf. D'autres écrivains se sont, avant nous, occupés de cette matière, et l'ont traitée avec plus ou moins de succès. Dom . Morice, auteur de l' Histoire de Bretagne, et dont les recherches sur ce point ont été publiées par Dom Taillandier, a, par son exactitude et sa critique, surpassé tous ceux qui l'avaient précédé ; aussi avonsnous largement profité des fruits des veilles de ce laborieux érudit, et souvent, nous l'avouons sans peine, nous nous sommes bornés à les reproduire. Cependant on aurait une fausse idée de notre travail, si on le regardait comme une simple reproduction du sien. Dom Morice a commis des erreurs, nous les avons corrigées. 11 parait avoir ignoré certains faits, nous les avons connuset consignés. Plusieurs de ses articles sont trop courts, secs et sans intérêt; nous avons cherché à les rendre plus complets. Il n'a pu ou voulu presque rien dire des évêques qui vivaient de son temps; nous avons donné des notices sur ces prélats. Enfin, il y a près d'un siècle qu'il écrivait, et, depuis cette époque, que d'événements sont venus bouleverser l'Eglise de France, dont celle de Bretagne fait partie, et en changer la face! Quelle ma-
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tière abondante pour l'historien que la vie des évèques qui occupaient les sièges de notre province à la fin du xvme siècle! Quand il n'y aurait que cette différence entre le docte Bénédictin et nous, il semble que nous pouvons avec quelque confiance encore mettre au jour le tableau qu'il nous a aidé à faire, et que nous avons voulu tracer avec toute l'exactitude dont nous sommes capables.
Mais ce n'est pas le seul avantage que le temps nous donne sur nos devanciers. La littérature s'enrichit chaque jour de nouvelles productions historiques. Nous avons pu consulter plusieurs ouvrages de ce genre, qui n'existaient pas il y a un siècle; par exemple, les derniers volumes de l'important recueil connu sous le titre de Gallia christiana nova. Ils nous ont fourni des matériaux utiles. Nous pouvons en dire autant de divers autres livres récents qui traitent de la Bretagne. Mais ces productions nouvelles ne nous ont pas fait oublier les anciens acteurs; et nous les avons examinés avec soin. Nous croyons devoir indiquer ici les principaux ouvrages, soit anciens, soient modernes, dont nous nous sommes servis dans notre recueil, afin qu'on puisse bien coanaltre les sources où nous avons puisé. .
Le P. Albert le Grand, de Morlaix, nous a été d'un grand secours par les catalogues qu'il a dressés des évéques de Bretagne. Cet écrivain adopte sans aucun discernement les faits anciens les moins vraisemblables; mais il est exact pour ceux dont il a pu avoir une connaissance certaine
Le Gallia christiana des frères Sainte-Marthe, surnommé maintenant Aniiqua, pour la distinguer de
» Nous avons suivi la première édition de cet auteur, la seule qu'il a donnée et qu'on aurait du reproduire dans celle qu'on a récemment publiée.
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celle des Bénédictins, renferme de bons articles sur plusieurs évêques de Bretagne, et nous en avons profité.
La France sacrée, manuscrit en sept gros volumes in-8°, appartenant à la bibliothèque d'une respectable maison ecclésiastique de Paris, n'est qu'une traduction du Gallia christiana dont nous venons de parler; mais comme le traducteur est plus récent d'un demisiècle que l'ouvrage latin, il a ajouté à son travail plusieurs notices qui nous ont été utiles.
- Nous avons recueilli dans les Mémoires pour servir à l'histoire de Bretagne, par Dom Morice, trois volumes in-folio, divers détails précieux.
Les Mémoires du clergé nous ont appris plusieurs faits relatifs aux divers diocèses de Bretagne.
La belle collection du Recueil périodique connu sous le nom d'Ami de la Religion, que l'estimable M. Picot rédige avec tant de sagesse depuis 1814, nous a fourni plus d'une notice curieuse sur des évêques de Bretagne qui ont vécu de nos jours.
V Histoire ecclésiastique de Bretagne, par l'abbé Dérie, ne nous a pas été inutile; cependant, on apprend peu de chose de la partie précisément historique de cet auteur, car il n'a guère fait que classer par ordre chronologique les faits des Vies des Saints de Dom
ijODineau.
Nous eussions trouvé un grand secours dans l'histoire des évêchés, si chacun d'eux avait eu la sienne ; mais, il faut bien l'avouer, la Bretagne est sur ce point une des plus pauvres provinces de France. Ainsi, les églises de Rennes, de Vannes et de Quimper n'ont aucun monument historique qui leur soit particulier, quoique ces sièges aient de tout temps été assez célèbres. L'église de Nantes est plus heureuse;
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elle a eu dans l'abbé Travers un écrivain qui deux fois a fait son histoire : la première, abrégée, est imprimée dans le septième volume des Mémoires du P. Desmolets ; la seconde, bien plus étendue, a été longtemps conservée manuscrite ; elle est maintenant publiée et défigurée par une main indigne de toucher à l'histoire ecclésiastique. Léon a des annales qui parurent en 1747, mais qui sont extraites du P. Albert le Grand, et n'olfrent aucun intérêt. Le P. Desbayes, génovéfain, a rédigé, sur les Mémoires du P. Le Large de la môme congrégation, une Histoire étendue et curieuse des évêques de Saint-Malo, qui n'a pas été imprimée : nous l'avons beaucoup consultée. L'église de Dol a plusieurs pièces historiques qui sont précieuses, c'est le catalogue de ses anciens archevêques et les actes relatifs à son différend avec l'église de Tours. On trouve dans le Mercure de 1707 une lettre très-bien faite sur l'antiquité du siège de Dol. Elle est sans nom d'auteur, et elle n'a d'autre titre que celui-ci : Lettre d'un abbé de Bretagne établi à Paris. M. RufTelet, chanoine de Saint-Brieuc, publia, en 1771, ses Annales briochines, petit livre estimé; cependant, pour le Catalogue des évêques, il ne dit guère rien de plus que Dom Morice, qu'il ne fait le plus souvent que reproduire, en y changeant un peu les termes. Nous possédons pour l'église de Tréguier un extrait manuscrit des archives du chapitre de la cathédrale, et nous y avons trouvé plusieurs faits qui méritent d'être conservés.
Nous ne citons pas ici un grand nombre d'autres ouvrages, tels qu'Histoires particulières, Recueils, Vies, Mémoires, Notices, etc., que nous avons consultés, et qui nous ont fourni des lumières et des faits; mais nous ne voulons pas laisser ignorer que, par rapport aux couvents que possédait autrefois la Bre-
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tagïie, nous avons pu nous procurer les annales de divers ordres qui nous ont été d'une grande utilité.
C'est avec tous ces matériaux que nous avons entrepris le tableau de l'Eglise de Bretagne. Plusieurs motifs nous y ont déterminé et nous ont aidé à surmonter les obstacles que nous avons plus d'une fois rencontrés; Le premier a été de suppléer au Gallia chrutiana nova, dont les éditeurs, n'ayant pas eu le temps de publier le volume contenant la province ecclésiastique de Tours \ n'ont rien dit des évêchés de Bretagne. Le second a été de sauver de l'oubli, autant qu'il dépendait de nous, des églises autrefois illustres par les vertus, le mérite, la noblesse, l'éminence des dignités des prélats qui les ont gouvernées, et qui, dépouillées de leurs anciens titres par la révolution, sont aujourd'hui condamnées à l'obscurité la plus entière. Enfin nous avons voulu offrir à plusieurs familles respectables et anciennes, que la Bretagne possède encore, la satisfaction de retrouver leurs noms cités avec honneur à des époques reculées, ne doutant pas que ce ne soit pour elles un nouveau motif de s'attacher à la religion, qui les a elle-même autrefois honorées.
Nous ne nous le dissimulons pas, notre tableau affligera l'homme de foi et l'amateur des beaux-arts. Le chrétien gémira, en voyant renversés par le souffle mortel de l'impiété tant de monuments de la piété de nos pères, tant de temples d'où s'élevaient continuellement des prières qui attiraient sur les peuples les bénédictions du Giel, tant de refuges où la vertu et le repentir pouvaient se mettre à l'abri des dangers du monde, tant d'asiles toujours ouverts pour
1 On avait déjà imprimé les premières feuilles du tome xiv, contenant les pièces justificatives de l'église de Tours, lorsque la révolution arriva.
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VI AVERTISSEMENT
secourir l'indigence. 11 déplorera la spoliation de ces biens consacrés à Dieu depuis tant de siècles, le patrimoine des pauvres, respecté par tant de générations, et dont l'aliénation n'a servi qu'à enrichir quelques hommes cupides.
L'amateur des arts déplorera la perte de tant d'édifices élégants ou curieux, de tant de statues, vitraux et inscriptions qui les ornaient, et dont la vue, en reportant l'esprit au moyen âge, rappelait des souvenirs historiques aussi précieux pour la province que pour les familles dont ces monuments attestaient l'illustration.
Au moins tout lecteur réfléchi pourra tirer de notre livre ce grave enseignement : c'est que la religion édifie, conserve et perpétue, tandis que l'impiété ne sait qu'abattre, bouleverser et détruire.