L'ÉGLISE
DE
DIOCÈSES
Les apôtres ayant porté la lumière de l'Évangile jusqu'aux extrémités de la terre, on ne peut douter que les Gaules n'aient eu le même avantage que les autres provinces de l'empire romain, et que les nations qui n'en faisaient pas partie. Les persécutions que l'homme ennemi suscita à l'Église naissante purent bien renverser ses principales colonnes ; mais elles n'étouffèrent pas toute la semence que le père de famille avait jetée dans son champ. Les apôtres laissèrent des disciples, qui continuèrent leurs travaux et les arrosèrent de leur propre sang. Ce sang fut une source féconde de Chrétiens , que la violence despersécutions épura, comme l'or l'est dans la fournaise, et dont la bonne odeur se répandit d'abord dans les villes et ensuite dans les campagnes.
Les ravages que les Barbares firent dans les Gaules vers la fin du ive siècle et dans le suivant nous ont enlevé presque tous les monuments nécessaires pour bien constater ces vérités. Tous les fastes des premières Églises ont disparu. Les actes des premiers évêques ont été altérés ou par l'ignorance des copistes, ou par la vanité de ceux qui ont voulu élever leur Église au-dessus des autres. Mais Dieu, toujours fidèle dans ses promesses, toujours attentif à en faire connaître la vérité, a consigné dans la tradition des preuves authentiques de ce que j'ai avancé.
Jésus -Christ avait ordonné à ses apôtres d'enseigner toutes les nations. Saint Marc déclare qu'ils ont exécuté ce commandement. IUi aulem profecti prœdicaverunt ubique
coopérante*. Les Pères grecs et latins nous apprennent qut l'apôtre saint Paul prêcha l'Évangile dans les Espagnes. Si la sollicitude d'un grand nombre d'Églises ne lui a pas permis de passer dans les Gaules, il y a lait prêcher l'Évangile par ses disciples. Les Églises d'Arles, de Vienne et de Narbonne reconnaissent pour leurs premiers ëvêques Trophime, Paul et Crescent, disciples de l'apôtre saint Paul. Eusèbe de Césarée, interprétant le verset 10 du chapitre it de la seconde épître à Timot liée, dit nettement que Crescent alla dans les Gaules pour y prêcher l'Évangile : il est vrai que la Vulgate porte in Galaliam; mais si l'exemplaire dont s'est servi Eusèbe n'avait pas marqué le passage de Crescent dans les Gaules, il n'eut pas privé la Galatie de l'avantage d'avoir eu pour apôtre un disciple de saint Paul pour le donner aux Gaules. Une preuve évidente que le sentiment d'Eusèbe sur la mission de Crescent dans les Gaules était le sentiment commun des Orientaux, c'est que saint Épiphane et Théodoret se sont expliqués de la même manière.
Saint Justin, qui vivait vers l'an 140, reproche an Juif Triphon que sa nation n'était pas encore dispersée depuis l'orient jusqu'à l'occident. « Il y a quelques contrées, dit » ce saint martyr, où aucun Juif ne s'est encore établi; mais
> il n'y a aucune nation, soit barbare, soit grecque, dans
> laquelle on ne fasse des prières ei des actions de grâces à
> Dieu père et créateur de toutes choses au nom de Jésus » crucifié. » Si cette vérité n'eût été notoire, de quel front saint Justin eût-il pu la proposer à Triphon, qui était prêt à lui enlever cet avantage? Mais il faudrait être peu équfc table pour excepter les Gaulois des peuples dont parle saint Justin, puisque saint Irénée et les autres Pères^Ies j ont compris.
Saint Irénée était contemporain de Justin, quoique beaucoup plus jeune que ce saint martyr. Il avait étudié dans
« Ch. xvi, w. 70. Cyril. Jerosol., Calèches., 17. Epiphaniut, liber adversùs hœreses, cap. 27. Sanctus Chrysost., Prœf. in ep. ad Uebrœos; hom. 7, in taud. Pauiï, et hom. 76, in Malt h. Théodore tus, in ep. 7 Pauti ad Timot. Grcgorius M. lib. 31 Moral. , cap. 61. Eusèbe, II?. 3 de aon Hist., ch. 4. Epiphanius,/fcer.,âl. Theodoretua, in ep. 2 ad Timot., ir, 10.
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s*a jeunesse sous saint Polycarpe, évêque de Smyrne et disciple de saint Jean l'Évangéliste a. Écrivant contre ies hérésies anciennes et modernes, il assure que l'Église, répandue dans tout l'univers et jusqu'aux confins de la terré, avait reçu des apôtres et de leurs disciples la profession quelle faisait de croire en un seul Dieu, Père tout-puissant, et en un seul Christ; que c'était la foi et la tradition des Églises d'Allemagne, d'Espagne, des Gaules ou des Celtes ét de l'Orient.
Tertullien, presque contemporain de saint Irénée, s'explique de la même manière sur fa publication de l'Évangile, dans son livre contre les Juifs, chapitre 7. Dans le dénombrement qu'il fait, en cet endroit, des nations soumises à Jésus-Christ, il y comprend non-seulement les Gaules, mais encore la Bretagne, quoiqu'elle fut inaccessible aux Romains. C'est donc le sentiment des Pères grecs et latins que les Gaules ont reçu la lumière de l'Évangile des apôtres ou de leurs disciples.
Nonobstant le poids de ces autorités respectables, on a vu des auteirs soutenir que l'Évangile n'avait pas été prêché dans les Gaules avant le me siècle. Ils se fondaient sur le témoignage de Grégoire de Tours, qui semble mettre ce grand événement sous l'empire de Dèce, créé Auguste l'an 251, et sur le témoignage de Sulpice-Sévère, qui rapporte la première persécution contre les chrétiens des Gaules à l'empire d'Aurèle,filsil'Antonin. Mais les Pères Sirmond et Ruinard ont fait voir, dans leurs savantes notes sur Grégoire de Tours, que ce saint n'a jamais nié qu'il y eût eu des évèques dans les Gaules avant les martyrs de Lyon et les sept évèques envoyés sous l'empire de Dèce. Pour ce qui est de Sulpice-Sévère, son autorité ne doit pas l'emporter sur celle des Père* grecs et latins que nous venons de citer.
Je sais qu'on forme des difficultés sur ce système. Les intervalles qui se trouvent entre les hommes apostoliques, que quelques Églises regardent comme leurs fondateurs et leurs successeurs connus, ont déterminé plusieurs savants à retarder la publication de l'Évangile dans les Gaules ; mais celte objection perd beaucoup de sa force, si l'on fait
« Liv. i, ch. 10.
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attention que les persécutions, les guerres et les Barbares qui ont désolé ce pays ont fait périr la plupart des monuments qui pourraient nous instruire de la suite des premiers pasteurs qui ont fondé dans les Gaules l'Église de Jésus- Christ.
Les fastes de l'Eglise de Bretagne, que j'entreprends d'éclaircir, ont subi le même sort que ceux des Gaules : ce qui nous en reste a même le défaut d'avoir été corrompu par des copistes ignorants, qui ont altéré les noms propres et souvent les ont dérangés. C'est un malheur auquel il n'est pas possible de remédier entièrement. Du reste, je n'avancerai rien qui ne soit tiré des conciles généraux et particuliers, des vies des saints, des chartes et titres des Eglises, et autres monuments authentiques. Sans vouloir élever une Eglise au-dessus d'une autre, je suivrai l'ordre que la notice des provinces donne aux cités de la troisième Lyonnaise, qui sont : Rennes, Nantes, Quimper, Vannes, Saint-Malo, Dol, Saint-Brieuc et Treguier. (Don Moricb.)
Cette ville tire son nom des peuples qui habitaient son territoire et que Jules César appelle Rhcdoncs. Elle est située dans la haute Bretagne, au confluent des rivières de Vilaine et d'Ille. L'ancienne notice des provinces et des villes de la Gaule, rédigée au ive siècle, place Rennes au nombre des villes de la troisième province Lyonnaise, et lui donne le titre de cité, titre qui prouve son antiquité et qui montre quelle était alors son importance. Un écrivain du xie siècle, Rodolphe Glaber, religieux de Cluny, l'appelle la métropole de la nation bretonne. Elle a été effectivement regardée comme la capitale de la province, surtout depuis que le roi Henri II y eut établi le parlement en l'année 1553. Cette ville était autrefois murée et flanquée de grosses tours; il s'y trouvait une forte-
1 En latin Condate, et Rhedones en breton; Razon et Haon* Le diocèse de Rennes : Dirtcetis Rhedonensix,
resse nommée la tour de Rennes, qni plus d'une fois servit de demeure aux ducs de Bretagne ; mais elle fut détruite sous le règne de François Ier, par les soins d'Alain Marec, sénéchal de la ville. Depuis l'établissement de la religion chrétienne dans l'Armorique, Rennes a possédé un siège épiscopal, qui est suffragant de l'archevêché de Tours. Le diocèse de Rennes, autrefois borné au nord par ceux de Dol et d'Avranches, ài'estparceuxduMans et d'Angers, aumidipar celui de Nantes, et à l'ouest par celui de Saint-Malo, renfermait deux cent vingt et une paroisses, trois'collégiales, quatre abbayes, dont deux d'hommes, celles de Saint-Melaine et de Rillé, et deux de femmes, Saint-Georges et Saint-Sulpice, et vingt-trois prieurés à nomination royale. La ville épiscopale possédait dix paroisses, savoir : Saint-Etienne, Toussaint, Saint-Germain, Saint-Pierre-et-Saint-Georges,Saint-Martin, Saint-Laurent, Saint-Aubin, Saint-Hélier, Saint-Jean et Saint-Sauveur ; deux séminaires, dix prieurés, deux abbayes, Tune d'hommes et l'autre de femmes; sept communautés d'hommes et treize de filles. L'ancienne église cathédrale, commencée en 1 541 et démolie en 1755, à l'exception des deux tours, était dédiée à saint Pierre; et la nouvelle, construite sur le même emplacement, porte aussi le nom de ce saint apôtre. L'anniversaire de la dédicace de la cathédrale de Rennes se célébrait le dimanche qui suivait la fête de la Toussaint. L'évêque de Rennes était censé ne jouir d'un revenu que de trente-deux mille francs, et ses bulles n'étaient taxées à Rome qu'à mille florins; mais ce revenu, estimé à l'époque du concordat passé en 1517 entre le pape Léon X et le roi François 1er, avait sans doute éprouvé depuis ce temps une grande augmentation. Il prétendait avoir le privilège de sacrer le duc de Bretagne, lorsque la province avait des souverains, et il était conseiller né du parlement1. Le chapitre de la cathédrale de Rennes était
1 L'évôquc de Rennes était porté, lors de sa première entrée et à son installation dans sa ville épiscopale, par les sires de Vitré, de LaGuerche, d'Aubigné et de Cbâtcaugiron. Il en était ainsi de presque tous les évéques de Bretagne, et dans chaque diocèse il y avait quatre barons ou autres gentilhommcs chargés de ces fonctions, auxquelles étaient attachés pour eux certains droits ; mais depuis plusieurs siècles cet u^age est tombé en dé6tiétude.
composé de cinq dignitaires, qui étaient le trésorier, le grand chantre, l'archidiacre de Rennes, celui du Désert et le scolastique; de seize chanoines et de quatre seraiprébendés. Les dignités et les canonicats étaient à la nomination du pape et de l'évôque alternativement.
Lorsque l'Assemblée nationale osa tenter de bouleverser l'Eglise de France, par cette entreprise criminelle, connue sous le nom de constitution civile du clergé, elle voulut, à la place des anciennes métropoles, en créer de nouvelles, et désigna Hennés pour être le siège de celle du nordouest. Le diocèse, perdant le nom qu'il portaitdepuis tant de siècles, devait s'appeler évêché dllle-et-Vilaine. Cet établissement illicite, réprouvé par le saint Siège et par le corps épiscopal de Frauce, n'eut qu'une existence éphémère ; il disparut bientôt, avec ceux qui l'avaient formé. L'intrus qui avait envahi le siège de Rennes, et n'avait pas eu de prédécesseurs, fat aussi sans successeurs.
Le concordat du 45 août 1801, qui supprima tant de sièges épiscopaux de France, conserva celui de Rennes, et le nouveau diocèse se vit considérablement augmenté. Il possède celui de Dol en entier, à l'exception néanmoins de certaines paroisses, enclavées dans d'autres diocèses ; une partie de celui de Saint-Maloavec la ville épiscopale ; le canton de Redon, qui était du diocèse de Vannes, et quelques paroisses de celui de Nantes. Il est borné au nord parle diocèse de Coutances,à l'est par celui du Mans, au midi par celui de Nantes, et a l'ouest par ceux de Vannes et de Saint- Brieuc. Il renferme maintenant trois cent soixante-deux paroisses, dont cinquante-neuf sont cures, et trois cent trois sont succursales.
La ville de Rennes est aujourd'hui divisée en sept paroisses, qui sont celles de Saint-Pierre, desservie dans l'église de Saint-Melaine, Saint-Etienne, Toussaint, Saint- Sauveur, Saint-Aubin, Saint-Helier et Saint-Germain.
Elle possède encore un grand séminaire, une maison d'Eudistes et une c'e missionnaires diocésains, trois maisons de religieuses cloîtrées, et plusieurs autres communautés de femmes.
MOCESE DR RENNES.
SÉMINAIRES
Le grand séminaire de Rennes fut établi, en 4670, par M. de La Vieuxville, évêque de cette ville. Ce prélat, touché des venus du père Eudes et des succès qu'il avait obtenus dans une mission qu'il venait de donner à Rennes, voulut confier l'éducation ecclésiastique des clercs de son diocèse à la congrégation que ce serviteur de Dieu a instituée et qui porte son nom. Les Eudistes prirent, au mois de mars 1670, possession de la maison qui leur était destinée. Ils l'occupèrent jusqu'en 1791, qu'ils en furent chassés pour avoir refusé de prêter le serment schismatique, exigé par la constitution civile du clergé. Les bâtiments du grand séminaire, envahis aussitôt par les agents du pouvoir qui gouvernait alors la France, n'ont point été rendus à leur destination primitive : ils servent aujourd'hui d'hôpital militaire. En 4808, lè séminaire diocésain fut rétabli, placé dans l'ancien couvent des Dames du Refuge, nommé la Trinité, et mis sous la direction de M. l'abbé Moi m, qui gouvernait l'ancien séminaire en 4791. 11 a été transféré, en 1820, dans l'ancienne maison des Carmélites, et c'est dans ce local qu'il se trouve maintenant.
Le petit séminaire avait pour fondateur M. de Lavardin, évoque de Rennes, qui, en 4708, forma cet établissement en faveur des écoliers pauvres. Il les plaça dans la rue Saint- Hélier; mais le bâtiment qu'ils occupaient ayant été cédé en 1770 pour former un dépôt général des mendiants de la province, la maison des religieuses Dominicaines de Sainte- Catherine, qui venaient d'être supprimées, fut affectée au petit séminaire. M. Blanchard, membre distingué de la congrégation des Eudistes à l'époque de la révolution, releva cet établissement dès que les circonstances le lui permirent, et le plaça dans l'ancien couvent des Cordeliers. Ce couvent ayant été détruit, deux petits séminaires furent formés en deux lieux différents : l'un à Vitré, et l'autre dans l'ancienne abbaye de Saint -Meen. Ce dernier subsiste seul aujourd'hui. > « * * * % : ..•
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COLLÉGIALES
Le chapitre de Notre-Dame de La Guerche était le plus ancien ; il fut fondé en 1206 par Guillaume, seigneur du lieu, et il était composé d'un chef cier et de onze chanoines. Le baron de La Guerche nommait à tous les canonicats.
André, seigneur de Vitré, fonda en 1209 la collégiale de la Madeleine de cette ville. Ce chapitre, qui avait pour chef un trésorier, était composé de douze chanoines. Le duc de LaTrémouille nommait à dix canonicats, en sa qualité de baron de Yitré, et 1 evêque de Rennes aux deux autres. « .
La collégiale de la Madeleine de Champeaux, fondée en 1441, devait son établissement aux seigneurs de L'Épi nay, qui avaient leur château dans cette paroisse. Un doyen, six canonicats réunis à des cures et neuf chapelains formaient ce chapitre.