ABBATE DE S AINT-MELAINE
Cette abbaye, située dans la ville de Rennes, était fondée pour douze religieux et un noviciat. L'abbé jouissait d'un revenu de neuf mille francs. Son église sert aujourd'hui de cathédrale, et un hôpital est établi dans les bâtiments. Elle doit son origine au saint évéque dontelle portaitle nom1. Il naquit dans le diocèse de Vannes, vers le milieu du v« siècle, et il apprit dès son enfance à aimer et servir Dieu. On ne sait pas quelle profession il suivit avant son épiscopat ; de quelque nature qu'elle ait été, sa vie fut si pure et sa con-
• Caisse établie à Paris pour percevoir les revenus des bitns ecclésiastiques, lorsque les bénéfices n'avaient pas de titulaires.
* Abbatla Sancti Melanii.
» D. Lobineau dit que le monastère ne fut fondé par saint Paterne qu'après la mort de saint Melaine.
ABBATE M SAIBT-MELÀIHfE. 407
duite si exemplaire, que saint Arnaud, évéque de Rennes, le désigna pour son successeur, avant que de mourir. Il fut promu à sa place le 6 janvier 485, et mourut au monastère de Platz, le 6 novembre 550, suivant le P. Le Cointe. Son corps fut transporté à Rennes, et inhumé dans le terrain ou a été depuis l'abbaye de Saim-Melaine, et qui était alors le cimetière de la ville. C'est dans le même lieu que le saint évêque avait établi un monastère pour y vaquer de temps en temps à la vie contemplative, comme l'avaient pratiqué le grand saint Martin et quelques autres évéques.
11 y a apparence qu'il se servit pour cet établissement du ministère de saint Paterne, qui fut dans la suite évéque d'Avranches ; • car Fortunat de Poitiers nous apprend que ce saint avait bâti un monastère dans le territoire de Rennes, et l'on n'en connaît point d'autre que celui de Saint-Melaine. D'ailleurs le grand nombre de religieux qui se trouvèrent aux obsèques de ce saint ne nous permet pas de croire qu'ils fussent tous babiiants du monastère de Plats ; il semble même que tous ces religieux se disputèrent la possession du saint corps, que le Ciel adjugea à ceux de Hennés. Le grand nombre de miracles que Dieu opéra à son tombeau porta les fidèles à y bâtir une église magnifique, qui fut réduite en cendres quelque temps avant l'épiscopat de Grégoire de Tours. Cet accident obligea les religieux à abandonner le Ueu et à chercher une autre retraite. Le roi Salomon II rétablit ce sanctuaire, le peupla de nouveaux religieux, et leur donna d'amples revenus pour leur subsistance. On conservait encore, sur la fin du xvié siècle, la charte de ce prince ; l'abbé de Montalais fut accusé de l'avoir supprimée pour justifier les grands retranchements qu'il fit dans l'abbaye. Lanoviuà, de l'ordre des Frères-Mineurs, met saint Melaine à la tète des chanceliers de France, dans son catalogue des chanceliers
• Imprimé à Paris en 1634, et à Strasbourg par Jacques Wencker en
CATALOGUE HISTORIQUE DES ABBÉS
Bertulphe a est le premier abbé dont le nom soit connu ; il assista au concile provincial de Châlons en 844, et y souscrivit comme procureur de Durioterus, évêque de Rennes.
àmbricbon fut témoin de la vente de deux pièces de terre faite aux religieux de Redon vers Tan 832.
La suite des abbés de Saint-Melaine nous est inconnue jusqu'à Tan 1054. Un acte copié par Du Paz, dans les archives de Saint-Pierre de Rennes, nous apprend que Thibaud, évêque de cette église, se démit sur la fin du xc siècle et se fît abbé de Saint-Melainê ; Dom Lobineau a fait imprimer cet acte dans les preuves de son histoire : mais outre que cet acte est très-inj urieux à la mémoire des évéques de Rennes, il est difficile de l'accorder avec la Chronique de l'abbaye de Saint-Florent de Saumur. L'auteur de cette Chronique assure que l'abbaye de Saint-Melaine fut ruinée par les Normands dans le xe siècle, et réduite en une affreuse solitude ; que le duc Alain III, ayant fondé en 1032 l'abbaye de Saint-Georges, entreprit aussi de rétablir celle de Saint-Melaine; qu'il lui fit plusieurs donations, entre autres la dime de la monnaie qu'il faisait battre à Rennes; que les guerres qu'il eut à soutenir contre son frère Eudon, et l'administration du duché de Normandie, dont il fut chargé pendant le voyage du duc Robert à la Terre-Sainte, le détournèrent de son entreprise; que les bâtiments restèrent imparfaits et la demeure si incommode, qu'il n'y resta qu'un seul religieux, encore avait-il de la peine à vivre. Tout cela suppose que depuis le règne des Normands il n'y avait point eu de communauté à Saint-Melaine, et par conséquent point d'abbé.
Il n'y a qu'une chose qu'on peut objecter contre ce sen-
1 Depuis l'impression de notre premier volume des Vies des Saints de Bretagne, on a trouvé dans l'église de Saint-Sauveur a Rennes des reliques considérables de saint Mclaine. On vient d'ajouter au bréviaire de ce diocèse un office propre et rédigé avec soin de ce saint évéque, ainsi qu'un autre de saint Arnaud, son prédécesseur.
* Labbe, t. 5, Concil.