‹ Vies des saints de BretagneChapitre 33 sur 130 · ABBAYE >E SAINT-MELAINE · texte numérisé non relu

ABBAYE >E SAINT-MELAINE

timent . C'est que Richard IL, duc de Normandie , ayant appris que les chanoines du Mont-Saint-Michel étaient trèsnégligents à s'acquitter des offices divins, les chassa et mit en leur place des religieux bénédictins qu'il tira des églises de Saint-Vandrille, de Jumiéges, de Saint-Taurin d'Evreux, de Saint-Bénigne de Dijon, de Saint-Ëvroul et de Saint- Melaine. Il y avait donc des religieux à Saint-Melaine en 066, qui est l'époque de l'établissement des Bénédictins au Mont- Saint-Michel. Mais il n'est pas difficile de résoudre cette objection en disant que ces religieux de Saint-Melaine, qui furent admis au Mont-Saint-Michel, étaient les mêmes qui avaient abandonné leur monastère pour se soustraire à la fureur des Normands, qui s'étaient retirés à Preuilli en Touraine avec le corps de leur saint patron, et qui étaient revenus en Bretagne lorsque la tranquillité y fut rétablie. Quand on a fait vœu de stabilité dans un monastère, on en est toujours censé religieux, quoiqu'on le quitte par obéissance ou par nécessité.

L'abbaye de Saint-Melaine était donc encore en ruines sous le règne du duc Alain III. Quelque bonnes intentions qu'eût ce prince pour cette maison, il ne put les exécuter : son rétablissement était réservé à GeofTroi le Bâtard, comte de Rennes. Touché de la désolation du sanctuaire, GeofTroi envoya en 1054 des députés au vénérable Sigo, abbé de Saint-Florent de Saumur, pour lui demander un homme capable de rétablir le monastère de Saint- Melaine dans son ancienne splendeur. Pour l'engager à entrer dans ses vues, il soumit Saint-Melaine à Saint-Florent. Sigo, après avoir consulté sa communauté sur une affaire aussi importante, choisit Even et l'envoya à Rennes pour seconder les bonnes intentions du comte GeofTroi.

Even ou Yvon était originaire de Bretagne, si nous en croyons d'Argentré. C'était un homme d'une naissance illustre et d'un mérite rare. Il avait tous les talents nécessaires pour fonder une colonie et pour la conduire à sa perfection. Arrivé à Rennes, il travailla avec succès au rétablissement de la maison dont son abbé lui avait confié l'administration. Les bâtiments commencés par le duc Alain III furent achevés en peu d'années; la bibliothèque

l'église de brbtagne.

fut fournie de bons livres, et il mit dans la sacristie tous les ornements nécessaires pour la célébration des divins mystères.

Il n'en demeura pas là. Dépourvu de saintes reliques, il s'adressa à Gervais, archevêque de Reims, qui avait une portion considérable de celles de saint Mélaine, et il le pria instamment de les céder à une église à qui elles appartenaient préférablement à toute autre. Gervais lui accorda sa demande, et lui écrivit dans cette occasion une belle lettre que Bollandus a rapportée dans le premier tome de ses Actes des Saints. Il ne manquait plus au nouvel établissement de Saint-M elainc qu'un nombre suffisant de religieux pour y faire l'office divin. La Providence y pourvut abondamment. L'éclat des vertus de l'abbé Even et les talents qu'il avait pour la conduite des âmes lui attirèrent peu à peu des disciples. Dans l'espace de vingt-sept ans qu'il gouverna l'abbaye, le nombre s'en accrut tellement qu'il s'en trouva cent à ses obsèques, tous profès de la communauté.

Ce serait sortir du sujet que de suivre l'abbé Even dans le voyage qu'il fit à Rome en 1076, avecGilduin, élu archevêque de Dol. Ceux qui voudront savoir la suite de son histoire la trouveront dans l'article des évéques de Dol, siège qu'il fut appelé à occuper. Nous y ajouterons seulement qu'il mourut le 25 septembre 1081, selon la Chronique de Nantes. Son corps fut inhumé dans l'abbaye de Saint-Melaine, dont il s'était réservé l'administration en montant sur le siège de Dol. Il fut levé de terre du temps de l'abbé Guillaume, et l'on trouva dans son tombeau une inscription gravée sur une lame de plomb l.

• Voici Cette inscription :

Anno domfnicae Incarnationis 1081, Rom. pontiflce Gregorio VII, consule Rhedonensi Gaufrido et Sil vestro episcopo, VII kal. octobris, Dom. Evenus, Dolensis archiepiacopus et abbas Sancti Melanii, vir strenuissimus omniuroque morum honestate praeclarus, pater piissimua, cœnoblique hujus reataurator mlriflcoa. Wèm ut primùra ahhatiam auacepit, unum tantummodô monacbum in ea invcnit ; infra vero 27 annos, quibus monaaterio prasfuit, in tantùm congregatio cretit, ut die obitû* aui perfectus nnmerus centum fralrum ibi remanseHt. ldcircô cTedendum est eum à Domino ion tricennum,nec ecxageaimutii, aed potioa centeaimuiu fttrcepiaae fructum.

Telle fut la fin de l'abbé Even, restaurateur de Saint- Melaine.

Gervais, religieux de Saint-Florent de Saumur, fut élu à sa place en 1080. On ne sait si cette élection se fît du consentement des deux communautés, ou si l'abbé de Saint- Florent la fit de son propre mouvement. Ce qui nous parait certain» c'est que la supériorité que le comte Geoffroi avait donnée aux religieux de Saint-Florent sur ceux de Saint- Melaine ne fut pas de longue durée. Les premiers nommaient toujours un sujet de leur communauté pour abbé de Saint-Melaine, et les derniers voulaient en avoir un qui fût tiré de leur corps. Cette diversité de sentiments donna lieu dans la suite à un grand procès entre les deux abbayes. L'affaire ayant été portée à Rome, le pape nomma des commissaires pour la terminer. La sentence des commissaires ne subsiste plus; mais le silence que l'on a gardé depuis sur cette matière ne permet pas de douter que les juges séparèrent les deux communautés, et laissèrent à celle de Saint-Melaine la liberté de faire son élection sans consulter celle de Saint-Florent. L'abbé Gervais mourut en 1109, et fut extrêmement regretté de ses religieux. Les grands talents qu'il avait pour le gouvernement et la haute réputation qu'il s'était acquise parla sagesse de ses conseils, l'ont fait placer par Orderic Vital au nombre des vénérables Pères du xue siècle.

Raoul fut élu en 4109 et mourut en 1116. Quelques mois avant sa mort, il transporta au prieuré de Saint-Nicolas de la Guerche les reliques de ce saint, que Ton conservait dans relise de Saint-Melaine. Ce prieuré avait été fondé par SiHVtre de la Guerche, évéque de Rennes, en considération de l'abbé Gervais. Guillaume de la Guerche, fils de l'évêque Silvestre, ratifia la fondation de son père en reconnaissance des reliques que lui apporta l'abbé Raoul.

Donoal, religieux du Mont-Saint-Michel, fut en 1116 élu abbé de Saint-Melaine, et en 1120 évêque de Saint- Malo. Il fut gratifié par Marbode, évêque de Rennes, de l'église de Notre-Dame de Vitré. Cette église avait d'abord

été fondée pour des chanoines qui la desservirent pendant plusieurs années avec édification. Mais comme il n'y a rien de stable ici-bas, les chanoines se relâchèrent peu a peu, négligèrent la célébration de l'office divin, dissipèrent les biens de l'Eglise, et se précipitèrent dans plusieurs désordres. Pour remédier aux abus et retrancher les scandales, Marbode, évéque de Rennes, et Robert, seigneur de Vitré, chassèrent les chanoines et mirent à leur place des religieux de Saint-Melaine. Ces derniers y séjournèrent peu d'années; car à peine Robert fut-il mort, que les chanoines se rassemblèrent et chassèrent à leur tour les religieux.

Raoul II a succéda à Donoal vers l'an 1120. Il y a apparence que son administration fut troublée par les religieux de Saint-Florent, qui se croyaient eu droit de donner un abbé à la communauté de Saint-Melaine. L'affaire fut portée devant le pape Calixte II qui la jugea ; mais les religieux de Saint-Melaine ne voulurent pas se soumettre à sa décision. Marbode, évôque de Rennes, chargé de l'exécution des ordres du pape, excommunia l'abbé et les religieux, et donna avis au pape de ce qu'il avait fait. Le pape approuva sa conduite et l'exhorta à continuer jusqu'à ce que les religieux eussent satisfait au jugement de l'Eglise, et réparé les mépris qu'ils avaient faits du saint Siège. On ne sait pas quelles furent les démarches des religieux et les moyens qu'ils employèrent pour se faire absoudre de l'excommunication ; mais ils satisfirent si bien le pape, qu'il prit en 1121, sous sa protection, leur maison et tous les biens qui lui appartenaient. L'abbé Raoul recouvra en 1123 l'église de Plelan, et mourut vers l'an 1126.

Hervé assista en 1427 à la réconciliât*^ l'église de Redon, faite par Hildebert, archevêque de Tours. L'année suivante il fit confirmer par le duc Conan III tous les dons et privilèges accordés à son abbaye par les ducs et seigneurs de Rretagne. Cependant les chanoines de Notre- Dame de Vitré n'avaient pas profité de leur disgrâce, et continuaient à vivre dans le désordre. Le pape en ayant reçu des plaintes, ordonna à.Hamelin, évéque de Rennes,

* Baloze, lib. 2, Miscellan,, p. 196.

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