‹ Vies des saints de BretagneChapitre 35 sur 130 · ABBAYE DE SAMT-MELAINE · texte numérisé non relu

ABBAYE DE SAMT-MELAINE

le nomma en 1624 à l'archevêché de Toulouse, et le pape Paul V le fit cardinal du titre de Saint-Adrien. Les progrès qu'il avait faits dans la théologie et la capacité qu'il avait pour les grandes affaires lui procurèrent diverses com missions dans l'Etat et dans l'Eglise. Ces différentes occupations lui rappelèrent peu à peu ses premières inclinations. En effet, il se démit de l'archevêché de Toulouse, sans avoir été sacré, pour commander nos armées en Allemagne, en Italie et dans les Pays-Bas. Il termina ses jours dans cette dernière vocation, et mourut à Rivoli, près Turin, le 28 septembre 1659.

Thomas Isnard deCastello*, comte de la Monta, abbé de Caramagne en Piémont, et conseiller au Conseil d'Etat du duc de Savoie, fut nommé à l'abbaye de Saint-Melaine eb 1639. Guichenon nous le représente comme un personnage fameux par ses ambassades et ses négociations. Les affaires d'Etat ne lui firent pas oublier son abbaye, dont il soutint les droits avec beaucoup de fermeté jusqu'à sa mort, arrivée en 1659.

Jules-Paul de Lionne, fils d'Artur, ministre d'Etat, et frère d'un des premiers vicaires apostoliques aux Indes, envoyés par le séminaire des Missions-Etrangères de Paris, fut nommé en 1659, et se démit en 1670. Il obtint successivement les abbayes de Marmoutier, Châlis, Cercamp, et le prieuré de Saint-Martin-des-Champs. Il mourut à Paris le 5 juin 1721.

Jean Destrades, ancien évéque de Condom, prit possession de l'abbaye le 14 août 1670. Il était fils de François Destrades, gentilhomme de la chambre du roi, et de Suzanne de Roquessa, et frère de Godefroi Destrades, maréchal de France. Ayant embrassé l'état ecclésiastique, il fut pourvu dans sa jeunesse de l'abbaye de Bonnefontaine, au diocèse de Comminges, et nommé à l'évêché de Périgueux en 1 646. Le roi le transféra à Condom au mois de septembre 1647. Fatigué du gouvernement de cette église, il la remit en 1670 entre les mains du roi, qui lui donna l'abbaye de

* Hist* de Savoie, p. 1120.

424 l'église de Bretagne.

Saint-Melaine. C'est dans cette maison qu'il se retira pour y finir ses jours dans le repos. Les bienfaits dont il la combla y avaient rendu chers son nom et sa mémoire. Il mourut le 13 juin 1684, et fut enterré au milieu du chœur des religieux. M. le maréchal Destrades fit mettre sur sa fosse une belle tombe de marbre, avec une épitaphe *.

François Destrades, neveu du précédent, conseiller et ambassadeur du roi à la cour de Savoie, fut pourvu de l'abbaye en 1684, et mourut à Passy, près Paris, le 10 mai

Michel de La Roche, chanoine et archidiacre de l'église de Paris, obtint l'abbaye en 1715, et mourut à Paris au mois d'octobre 1724. Il avait été choisi en 1696, par le pape Innocent XII, pour apporter la barrette au cardinal Cavallerini, alors nonce en France.

Martin Du Bellay, fils de François-René Du Bellay et • • • . *

... • Voici cette épitaphe:

Hic jacet reverendissimus et illustrissimus Joannes Destrades, Condomiensis episcopus qui pontificales infulas amplissimamque diœccsim, quam per annos decem piè sapienterque rexerat, niiro christianœ humilitatis exemplo spontè abdicavit, uni Deo sibique victurus.

Seceasit in Rhcdonense Sancti Melanii cœnobium

cni abbas piyefuit, cuj us aides instaura vit, quod amore praecipuo coluit, comitate, libéral i ta t e, caritate omnea sibi devinciens.

Suis se pa8torcni, egentibus patrem, afflictis solamen

exhibuit.

His laboribus probatus senex, Meritis quàm ai; ni s gravior occubuit Die XII mensis junii anno œtatis 75 K. S. H. 1685.

Fratri carissimo Gaufredus Destrades, Francise marcscallus, auioris hoc pignus et doloris monumentum posuit.

de Marthe-Suzanne de Rochechouart, obtint l'abbaye de Saint-Melaine en 1724, et le prieuré de Combourg en 1727. Il fut nommé à un grand vicariat de Tours en 1729, et à révéché de Fréjus en 1759. Ayant quitté son siège en 1766, il conserva son abbaye jusqu'à sa mort, arrivée en 1775. Ce prélat termine la série des abbés de Saint-Melaine. Ce titre et les revenus qui en dépendaient furent, cette même année, réunis à l'évéché de Rennes par les soins de M. de Girac, qui en était alors évéque.

ABBAYE DE S AINT- GILD A S-DE-RUXJIS '.

Cette abbaye, dont les commencements remontaient au vie siècle, était située dans une presqu'île de la côte de Vannes, nommée Rhuis, et dans la paroisse de Saint-Goustan. Elle était fondée pour neuf religieux; son abbé jouissait d'un revenu de six mille francs. Les bâtiments de cette abbaye sont maintenant occupés par des sœurs de la Charité de Saint-Louis. Son église, qui renferme plusieurs anciens monuments et possède de précieuses reliques, est devenue paroissiale.

CATALOGUE HISTORIQUE DES ABBÉS

Saint Gildas, surnommé le Sage ou Badonic <*,est reconnu pour le fondateur de ce monastère, de l'église duquel saint Gildas l'Albanien était le patron. Il était né dans la Grande- Bretagne en 494, et comme cette année fut fameuse par la victoire signalée que les Bretons remportèrent sur les Saxons, près du Mont-Badon, on Ta surnommé Badonic pour le distinguer des autres écrivains de ce nom. Elevé dans les maximes de la vie solitaire, il quitta sa patrie vers Tan 527 pour se soustraire à la fureur des Saxons et des Anglais qui la désolaient. La Providence le conduisit dans l'île

• AbbaHa Sancti Gildasii Ruyentis et Rhm igiensis.

• Mathœus IVestmons., p. 238. 1

d'Hoaat, où il trouva une solitude telle qu'il la souhaitait. Il passa ensuite dans la presqu'île de Rhuis et y établit un monastère. C'est dans ce lieu qu'il écrivit les deux traités qui nous restent de lui, et que l'on regarde comme la plus pure source de l'ancienne histoire des Bretons. Etant retourné à Houat, il y mourut vers l'an 570, plein de jours et de mérites a. Le malheur des temps nous a fait perdre la suite de ses successeurs jusqu'au xe siècle, que le monastère fut détruit par les Normands.

Dajoc ou Daoc * en était abbé lorsque ces barbares entrèrent dans la Bretagne. Instruit des maux qu'ils avaient faits dans les siècles précédents, il abandonna son église, et emporta avec lui presque tout le corps du saint fondateur de sa maison, et ceux de saint Patrice, apôtre d'Hibernie, de saint AI In h, martyr, de saint Patern, évêquede Vannes, de sainte Brigide, abbesse d'Ecosse, et plusieurs autres reliques. Il déposa ces précieux trésors ù Bourg-Deols en Berri, où il bâtit une église et un monastère sous le nom de Saint-Gildas. Ebbon, seigneur du lieu, contribua à cet établissement, et fit plusieurs dons au nouveau monastère qui a subsisté jusqu'en 1622, époque à laquelle il fut sécularisé. Après la retraite de Dajoc, les Normands détruisirent sa maison de Rhuis, et la réduisirent en une affreuse solitude. Us traitèrent de la même manière le monastère de Moriac ou Locminech.

Les choses, en 1008, étaient encore en cet état, lorsque le duc de Bretagne, Geoffroi Ier, touché de la désolation de ces deux sanctuaires, demanda à Gauzlin, abbé de Saiat- Benoît-sur-Loire, des religieux pour les rétablir. Afin de seconder les pieuses intentions du duc, Gauzlin lui envoya un de ses religieux nommé Félix, qui parut en Bretagne comme un autre Esdras. Félix s'appliqua avec un soin infatigable à l'œuvre dont il était chargé, et Dieu bénit tellement ses travaux, qu'en peu d'années il répara le premier de ces deux monastères, et le peupla de saints religieux. Sa commission finie, il ne pensa plus qu'à retourner à Fleuri.

« Foyez sa vie, rit* des Saint* de Bretagne, t. à Gall. christ., t. 2, p. 153, 1164.

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