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ABBAYE DE SAIHT-MELAINE

de chasser ces chanoines scandaleux, ei de remettre en leur place les religieux de Saint-Melaine. Cette expédition fut faite en 1152, avec le consentement du duc et des seigneurs de Vitré. L'abbé Hervé obtint en 1145 une charte d'Alain, comte de Pentbièvre et de Richemont, qui conûrmait toutes les donations faites à l'abbaye de Saint-Melaine par les seigneurs de Penthièvre, et en particulier la supériorité qu'ils lui avaient donnée sur celle de Saint-Sauveur de Guingamp. Cette église avait été érigée en abbaye sous la dépendance de Saint-Melaine; mais la modicité de ses revenus obligea les abbés de Saint-Melaine à la remettre en son premier état de prieuré conventuel.

Guillaume Chalopin obtint en 1148 une bulle du pape Eugène III, qui imposait silence aux anciens chanoines de Notre-Dame de Vitré, et confirmait ce qui avait été fait en 1152 par Hamelin, évéque de Rennes. Il fit ratifier en 1152, par Henri, comte de Penthièvre, toutes les donations faites à son monastère par ses prédécesseurs. Le duc Conan IV, Robert, seigneur de Vitré, Josse, archevêque de Tours, et Alain, évôque de Rennes, lui donnèrent de pareilles lettres en 1157 et 1158.

Guillaume Privé est indiqué comme abbé de Saint-Melaine dans une transaction passée le 24 février 1169, entre son chapitre et celui de Saint-Pierre de Rennes. L'année suivante, l'évêque et les chanoines reconnurent tous les privilèges accordés au monastère de Saint-Melaine, par les papes Urbain II, Calixte II, Innocent II, et Eugène III. Guillaume Privé vivait encore en 1180, suivant une charte de Saint-Jacques de Montfort.

Gervais, IIe du nom, fut commis en 1184, par le pape Luce III, pour juger le différend que les religieux de Sainte- Croix de Vitré avaient avec les seigneurs de la Ville-Rolland. Le même pape, par ses bulles datées du 1er juillet 1185, mit sous la protection du saint Siège l'abbaye de Saint- Melaine, et confirma toutes les donations qui lui avaient été faites. Gervais fut arbitre du différend que Pierre, évéque de Saint-Malo, eut en H87 avec les religieux de Marmoutier.

Geoffroi Moïse l oblint en 1191 une lettre de Herbert, évêque de Rennes, qui confirme l'abbaye de Saint-Melaine dans la possession des églises qui lui avaient été données par ses prédécesseurs. Il fut gratifié Tan 1208 de la terre de Marc il lé-Raoul, par Robert, seigneur d'Apigné, et vivait encore en 1224, suivant un acte capitulaire du chapitre de Saint-Pierre de Rennes.

Guillaume de Tinteniac fut élu en 1214 et mourut en 1220. En 1219, il présenta un sujet pour la cure de Planguenoual, et sa présentation fut admise par Etienne, évêque de Sain t-B ri eue.

Geoffroi II fut élu Tan 1120, et céda la même année, à André et Geoffroi Malciou, une partie de la dîme que Renaud de Pocé avait donnée à son monastère. Il mourut le 23 avril 1228, suivant la Chronique de Quimperlé.

Mathieu fut élu en 1228, ou au commencement de l'année suivante. Il permit en 1240 à Alain d'Acigné de bâtir une chapelle dans son manoir, et fit une association en 1245 avec Richard, abbé du Mont-Saint-Michel.

Alain termina la contestation qui durait depuis plusieurs années, entre les comtes d'Oxford et les abbés de Saint- Melaine, touchant la nomination du prieur d'Hasfeld en Angleterre. Hugues de Ver, comte d'Oxford, prétendait que le patronage de ce monastère lui appartenait; les abbés de Saint-Melaine avaient aussi les mêmes prétentions, sans qu'on puisse dire sur quel fondement. Pour mettre fin à ce différend, l'abbé Alain passa en Angleterre en 1254. Il fut accompagné dans ce voyage d'un de ses religieux, chargé de la procuration de sa communauté. Ayant joint le comte, il lui représenta vivement les suites fâcheuses d'une pareille contestation, et le dérangement qu'elle causait dans le monastère d'Hasfeld. Pour y apporter un prompt remède, ii lui proposa de mettre l'affaire entre les mains de Foulques, évêque de Londres, dans le diocèse duquel était situé Hasfeld. Le comte accepta la proposition, persuadé de l'équité du prélat et de la droiture de l'abbé. Foulques, ayant examiné les titres et les raisons des deux parties, ordonna qu'à l'avenir, le prieur de Hasfeld venant à décéder, les

religieux s'adresseraient au comte d'Oxford pour lui demander la permission d'élire un autre prieur ; que le comte ferait ratifier l'élection du prieur par l'évéque de Londres; que le nouveau prieur annoncerait au plus tôt la mort de son prédécesseur et son élection à l'abbé de Saint-Melaine ; que l'on ne ferait point passer les religieux d'une communauté à l'autre ; que le prieur d'Hasfeld pourrait admettre des clercs au noviciat, selon la règle de saint Benoit ; que l'abbé de Saint-Melaine passerait en Angleterre de 6ept ans en sept ans, pour y recevoir les professions des novices, ou qu'il commettrait quelqu'un pour les recevoir, lorsqu'il serait empêché de le faire en personne; que les religieux d'Hasfeld iraient en procession an-devant de l'abbé lorsqu'il ferait sa première entrée dans leur église; que l'abbé pourrait y séjourner l'espace de quatre jours avec dix personnes et dix chevaux ; que l'abbé négligeant d'y venir en personne, ou de commettre quelqu'un en sa place, le prieur d'Hasfeld recevrait les professions des novices, avec permission de l'évéque de Londres et sans préjudice des droits de l'abbé; que tous les prieurs d'Hasfeld seraient obligés de faire serment de fidélité à l'abbé de Saint-Melaine, la première fois qu'il visiterait leur maison, et s'engageraient à observer le présent accord; qu'ils donneraient l'hospitalité aux abbés de Saint-Melaine, et à ceux qui les accompagneraient, toutes les fois qu'ils passeraient par leur monastère; que, pour les frais des voyages que les abbés feraient en Angleterre pour la réception des novices, les religieux d'Hasfeld paieraient annuellement, à l'abbaye de Saint-Melaine, vingt marcs d'argent rendus à leurs péril et fortune dans l'église de Saint-Paul de Londres, d'où l'abbé les ferait passer en Bretagne comme bon lui semblerait; qu'il en accuserait la réception par une quittance scellée de son sceau et de celui de son monastère. Telle fut l'ordonnance de l'évéque de Londres, à laquelle les parties se soumirent le 11 novembre 1254, sans aucune réservation : c'est le seul acte qui nous reste de l'abbé Alain.

Hervé II échangea en 1256 le prieuré de la Roche-Derrien contre celui de la Madeleine de Moncontour, possédé alors par les chanoines de Sainte-Croix de Guingamp. Deux ans

après, il obtint des moines de Preuilly une partie considérable des reliques de Saint-Melaine, qu'il transféra dans son église. Ca^reliques avaient été portées en Touraine dans le xe sièolfltfet déposées au château de Preuilly pour les soustraire à la fureur des Normands. Jean de Matefelon, archevêque de Tours, les leva de terre en 1224 et les mit dans une châsse d'argent. C'est de cette châsse que fut tirée la portion qu'obtint l'abbé Hervé Cet abbé vivait encore en 1272, selon un acte de présentation à la cure de Brehant.

Etienne affeagea en 1378, à Raoul Begasse, quelques portions de terre sises sous le domaine de Rolland de Cucé. 11 céda en 1286, au seigneur de Châteaubriant, les dîmes qu'il possédait dans le territoire de cette ville, et ce seigneur lui donna trente-deux livres de rente annuelle sur les tailles et la cohue de Sain. On ne sait pas en quelle année il mourut ; mais il vivait encore en 1295, suivant un accord fait avec Tévêque et le chapitre de Rennes pour les droits de procuration.

Michel est indiqué comme abbé de Saint-Melaine dans une transaction datée de l'an 1298, et dans le règlement fait l'an 1518 par Alain, évêque de Rennes, pour l'établissement d'un vicaire perpétuel dans l'église de Vern. Il vivait encore en 1550, selon un acte du prieuré de Notre-Dame de Vitré.

Nicolas db Bré4l ou de Tréal, abbé de Saint-Melaine, échangea en 1328 quelques portions de terre avec Guillaume de Borgon. Cela suppose que Michel, son prédécesseur, se démit quelques années avant sa mort. Nicolas obtint en 1552, du duc Jean III, la permission de tenir tous les ans une foire le 14 septembre. Guillaume, évêque de Rennes, allant à Rome en 1541, nomma pour ses vicaires généraux l'abbé de Saint-Melaine, Guillaume Hequenville, chantre, et Jean, archidiacre du Désert. Nicolas mourut le 2 juillet 1552, et fut inhumé au pied du maître-autel de son église.

1 On en détacha depuis quelques parcelles pour les donner aux religieux de Saint-Etienne de Caen, en 1614, aux paroissiens de Saint-Melaine, près Châteaubourg, en 1617, et aux Dominicains de Bennes, en J6Î7, comme il paraissait par les actes capitulaires de l'abbaye.

Jean Le Babt, fils ou neveu de Macé, chancelier de Bretagne, fut élu en 1552. Partisan de Charles de Blois, il se trouva a l'assemblée tenue à Dinan la même année, pour la délivrance de ce prince. Il signa les lettres données aux ambassadeurs envoyés en Angleterre, et prêta une forte somme d'argent pour aider à payer la rançon de Charles. Sa maison étant exposée au pillage des partis qui couraient le pays, il acheta quelques maisons dans la rue du Fourdu-Chapitre, auprès d'une chapelle nommée Saint-Melaine- !e-Petit. Il y transporta tout ce qu'il avait de précieux dans son abbaye, et s'y logea avec ses religieux en attendant la fin de la guerre. Les chanoines de Saint-Pierre consentirent a cet établissement, à condition que les religieux retourneraient dans leur monastère aussitôt que la paix serait faite, et qu'ils vendraient leur hospice à des laïques. La province n'ayant été paisible qu'après la fin de la Ligue, les religieux se réservèrent cet hospice pour s'en servir dans le besoin. Ce ne fut qu'en 1614 qu'ils l'afTéagèrent pour cent livres de rente à Paul Hay, sieur des Nétumières, et à Gilles Du Lis, sieur Du Tertre. Jean Le Bart assista aux Etats tenus à Guérande en 1580, et signa le traité de paix conclu entre le roi de France et le duc de Bretagne. Il se démit sur la fin de ses jours en faveur de Guillaume Glé, et mourut au mois de décembre 1595. Son corps fut inhumé au pied du maître-autel de son église, ainsi que ceux de quatre de ses successeurs qui le suivent immédiatement.

Guillaume Glé paya le 12 septembre 1591, à la chambre apostolique, la somme de cinq cent huit livres en petits boucliers d'or, pour les provisions de son abbaye. Il tint son chapitre général le 8 novembre 1592, et mourut le 15 mai 1598.

Jean Rouxel reçut l'hommage de quelques-uns de ses vassaux le 14 décembre 1598, et prit possession de son abbaye le 25 septembre 1599. Il mourut le 10 juillet 1402.

Pierre de La Monnaie, prieur de Châteaugiron, fut élu le 25 juillet 1402, et béni la même aunée par Anselme, évêque de Rennes. Il obtint du pape Jean XXIII le droit de porter la mitre, l'anneau et les ornements pontificaux,

par lettres données à Constance en 1415. Nicolas V confirma ce privilège en 1449. Pierre mourut au mois d'août

Matthieu Bertrand, prieur de Lnmballe, fut élu en 1422, et député au concile de Baie en 1452. Il eut l'honneur de recevoir le duc François Ier dans son abbaye en 1443. Ce prince venait à. Rennes pour s'y faire couronner, et il fit son entrée solennelle dans la ville de la même manière que la faisaient les nouveaux évêques. Matthieu mourut en 1448.

Mathurin Le Lionnais fut élu en 1448, et fit le voyage de Rome l'année suivante, pour y demander justice au pape contre les abbesses de Saint-Georges et les archidiacres de Rennes, qui lui disputaient le premier pas dans les cérémonies publiques. Pendant son séjour à Rome, il obtint la confirmation de tous les privilèges de son abbaye. A son retour, il fut chargé de quelques commissions dont il s'acquitta avec tout le succès que le duc attendait de sa capacité. Le pape Sixte IV le nomma, en 1471, à l'évéché de Chitro en Turquie, et lui permit de s'en faire sacrer évêque pour aller y résider. Il retint le gouvernement de son abbaye jusqu'à Tan 1474 qu'il la résigna a son neveu, il mourut le 15 mai 1488 et fut inhumé dans la chapelle de Sainte-Anne, où l'on voit encore son tombeau.

Jean Le Lionnais, docteur en droit civil et canonique, fut élu en 1474 à la place de Mathurin, son oncle. Il assista en cette qualité aux Etats de Vannes en 1480, et y tint le second rang entre les abbés de la province. Le duc l'admit dans ses conseils en 1483, et le chargea de renouveler les anciennes alliances entre l'Espagne et la Bretagne. Le succès de cette commission lui en procura une autre en 1485 : ce fut de faire signer au roi de France le trailé de Bourges; commission qu'il partagea avec le chancelier et le grand-maître de Bretagne. Il mourut le 10 avril i486, et fut enterré dans la chapelle de Sainte-Anne.

Olivier de Brons, fils d'Olivier, seigneur de Brondineuf, fut élu le 24 mai 1486. Il était déjà prieur de Tremblay et abbé régulier de Saint-Aubin-des-Bois. Ces deux titres ne l'empêchèrent pas d'accepter l'abbaye de Saint-Melaine;

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mais il n'en fat paisible possesseur que quatre ans après. Le cardinal de Foix, soutenu de l'autorité du duc, s'empara de l'abbaye et en perçut les revenus jusqu'à sa mort, arrivée en 1491. Les religieux, instruits de cette nouvelle, élurent une seconde fois Olivier de Brons, que l'évêque de Rennes et les grands vicaires de Tours refusèrent de confirmer. D'un autre côté, le pape nomma à l'abbaye Antoine, cardinal du titre de Saint-Anastase, son neveu. La duchesse Anne défendit aux religieux de reconnaître ce cardinal pour leur abbé, et se déclara pour Olivier de Brons, son aumônier. Le cardinal n'ayant pu obtenir l'agrément de la duchesse, céda tous ses droits à Olivier pour une pension de cent cinquante ducats. Cette cession satisfit la duchesse, qui envoya au cardinal des lettres de naturalité pour posséder en Bretagne des bénéfices jusqu'à la valeur de cinq cents ducats. Eu conséquence de ces lettres, Olivier de Brons conféra au cardinal les prieurés de Bedesq et de la Celle-Guerehoise. Il mourut en 1500, et fut inhumé au pied du maître-autel de son église.

Robert Guibé, évéque de Rennes, fut nommé à l'abbaye de Saint-Melaine, par le roi Charles VIII et la reine Anne, son épouse, en 1500. Il mourut à Rome en 1513, et la saisie fut mise sur le temporel de l'abbaye le 23 novembre de la même année.

Laurent Pucci, prêtre-cardinal du titre des Quatre- Couronnés, fut pourvu par le pape Léon X, le 26 novembre 1513, et obtint mainlevée du temporel de l'abbaye en 1514. Il se démit deux ans après, sans avoir tiré aucun fruit de son bénéfice. <

Noël Du Mabgat, religieux du Tronchet et prieur de Combourg, obtint du pape Léon X les bulles de l'abbaye de Saint-Melaine, le 8 avril 1516. Il fit confirmer par le même pape tous les privilèges de son abbaye et en obtint quelques nouveaux. On ne saurait assez le louer d'avoir réformé les abus qui s'étaient glissés dans son abbaye sous ses prédécesseurs, et d'avoir réparé l'église et les bâtiments qui tombaient en ruine. Il se démit en 1523 en faveur de François Chauveau, son neveu, et mourut le 20 février

1525. Son corps fut déposé dans la chapelle de Délivrance, où l'on voit encore son tombeau.

François Chauve au succéda à son oncle, et obtint ses bulles le 25 novembre 1525. La saisie mise sur le temporel de l'abbaye, après la mort de Noël Du Margat, donne lieu de croire que son neveu n'avait été regardé jusqu'à ce moment que comme un coadjuteur. Il mourut le 23 mai 1532, et la saisie fut mise sur le temporel de l'abbaye le 2 juin suivant.

Réné BoursaultdeMontejan, protonotaire du saint Siège, doyen de Gandé en Anjou, et aumônier du roi, prit possession le 25 juillet 1532, en vertu des bulles qu'il avait obtenues du pape Clément VII le 30 juin précédent. II prêta serment de fidélité au roi dans la chambre des comptes de Nantes, en 1539, et mourut en 1549.

Payen Le Sueur, dit d'Esquetot", chanoine de l'église de Rouen, fut fait conseiller garde-scel au parlement de Normandie en 1544, abbé de Saint-Melaine en 1548, et évêque de Coutances en 1550. Il mourut dans l'abbaye d'Evron, au diocèse du Mans, le 24 décembre 1551, et fut inhumé dans le même lieu.

Etienne Martel succéda à l'abbé d'Esquetot dans les abbayes de Saint-Jouin-sur-Marne et de Saint-Melaine, et dans le siège de Coutances. Il prêta serment de fidélité au roi dans la chambre des comptes de Nantes, en 1552. Il différa son entrée dans sa ville épiscopale jusqu'en 1558, malgré les désirs qu'exprimaient ses diocésains de voir parmi eux leur premier pasteur, sur la force duquel ils comptaient pour arrêter les progrès du calvinisme. Leur attente fut trompée : effrayé des approches des troupes des Huguenots, ce prélat prit lâchement la fuite et alla se réfugier pendant quelque temps dans l'abbaye de Saint-Melaine. Ayant ensuite passé dans celle de Saint-Jouin, il y mourut le 2G mai 1560.

Artur de Cossé *, fils naturel de Charles, comte de Brissac, maréchal de France, fut d'abord pourvu des abbayes de

« Gallia christ., t. 2, p. 1276.' t> Ibid.

SaiiK-Jouin-sùr-Marne et de la Trinité de Lessai en Normandie. Le roi lui donna encore celle de Saint-Melaine en 1560. L'année suivante, il fut légitimé par son père et pourvu de l'évêché de Coutances. Il semble que tant d'honneurs et de biens auraient dû satisfaire son ambition ; mais les vases sacrés de l'autel, l'argenterie de la sacristie, et les ornements les plus précieux de l'église de Saint-Melaine devinrent l'objet de ses désirs, et il les enleva. Les religieux s'en plaignirent; mais il les maltraita et leur ôta encore tout ce qui fut à sa bienséance, même leur batterie de cuisine. Ne trouvant plus rien à piller, il permuta#en 1570 avec l'abbé .du Mont-Saint-Michel. Tel est le portrait peu flatté que Dom Morice fait de ce prélat. Rouault, curé de Saint-Pair-en-Mer, historien des évèques de Coutances, diocèse auquel il appartenait, en parle d'une manière bien différente. Il le représente comme un pasteur selon le cœur de Dieu, et tout dévoué pour le salut de son peuple. Il est certain qu'il eut beaucoup à souffrir pour la foi ; car, les Calvinistes s'étant emparés de Coutances au mois d'août 1562, ils ne se bornèrent pas à détruire tous les objets de religion qui leur tombèrent sous la main; ils s'emparèrent de la personne de l'évêque, le placèrent à rebours sur un âne, dont ils lui mirent la queue dans la main, et le conduisirent ainsi à Saint-Lô, au milieu des huées de la populace. Il resta quelque temps prisonnier dans cette ville, d'où il se sauva déguisé en garçon meûnier. Il se retira d'abord à Saint-Malo, puis dans son abbaye de Saint-Melaine, et revint au bout de trois mois dans sa ville épiscopale* Arturdë Cossé se montra également zélé pour l'Eglise et pour l'Etat ; aussi le roi Henri III l'employa-t-il dans des affaires importantes. Accablé de vieillesse, il se retira dans un château de son diocèse, nommé Loisellière, et y mourut le 7 octobre 1587. Il est à croire que ce prélat, se trouvant dépouillé de tout en rentrant à Coutances, demanda aux religieux de Saint-Melaine une partie de leur argenterie, et que quelque historien, fâché de le voir en obtenir, l'aura, dans sa mauvaise humeur, accusé d'avoir spolié entièrement l'abbaye.

François Le Roux, protonotaire du saint Siège et abbé du

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Mont-Saint-Michel, fut transféré à Saint-Melaine en 1570, en conséquence de sa permutation avec Artur de Cossé. II mourut au mois de mars 1572, et la saisie fat mise sur le temporel de l'abbaye dans le même mois.

Etienne Le Proust afferma les revenus de son abbaye à Michel le Petit, sieur de La Vallée, le 12 juillet 1574. On ne sait en quelle année il fut nommé, ni quelle fut celle de sa mort.

Mathnrin de Montalais, natif d'Anjou et aumônier du roi^prit possession au mois de juin 1575, et prêta serment fie fidélité dans la chambre des comptes de Nantes le 17 novembre suivant. Il fut ordonné diacre en 1580 par Aimar Hennequin, évêqùe de Rennes, et pourvu de la chantrerie de Saint-Pierre de Nantes en 1585. Son nom se lit dans les souscriptions du concile provincial tenu à Tours la même année. Il présida aux Etats assemblés à Rennes pendant la Ligue, et s'y acquit une grande réputation. On l'accuse d'avoir aliéné quelques biens de son abbaye, et d'avoir maltraité ses religieux pour contribuer à la fondation du collège de cette ville. Il décéda le 12 janvier 1603, et fut inhumé dans la chapelle de Saint-Benoît.

Pierre Du Lion, seigneur de La Cave, maître des requêtes de l'Hôtel, fut d'abord nommé à l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre, qu'il quitta en 1603 pour avoir celle de Saint- Melaine. Il fut dix ans sans avoir de bulles, soit qu'il n'eût pas le moyen de les payer, ou qu'il ne voulût pas en faire la dépense. C'est à lui que la congrégation de Saint-Maur dut son introduction dans l'abbaye de Saint-Melaine, faite au mois de décembre 1627. La mort termina ses jours en 1636.

Louis de Nogaret '\ (ils de Jean-Louis, duc d'Epernon, et de Marguerite de Foix, comtesse de Candale, fut nommé à l'abbaye de Saint-Melaine en 1657. Né avec des inclinations martiales, il les aurait suivies dès sa jeunesse si ses parents ne l'eussent obligé à embrasser l'état ecclésiastique par on abus alors assez commun parmi les grands. Le roi

« Cali. tkrist., t. «, p.«9«9.

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