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Vies des savants illustres de la Renaissance

OUVRAGE ACCOMPAGNE DE PORTRAITS ET DE GRAVURES Dessinés, d'après des documents authentiques, par M. E. MOIUN

PARACELSE — RAMU?

JEROME CARDAN — BERNARD PAL1SSY GEORGE AGRICOLA — CONRAD GESNER — RONDELET ANDRÉ VESA LE — AMBROISE PARÉ — KOPERNIK TYCHO BRAHÉ — VA SCO DE GAMA MAGELLAN

TAfRJS

LIBRAIRIE INTERNATIONALE 15, Boulevard Montmartre, 15

A. LACROIX. VERBOECKIIOVKN .V 0". ÉDITEURS Q4 'Bruxelles, à Leipzig <?• à Livourne

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PRÉFACE

Le siècle de la renaissance marque la date de la rénovation intellectuelle de l'Europe. C'est l'époque précise de la grande révolution morale qui, au sortir des ténèbres du moyen âge, vient affranchir l'esprit humain, et ouvrir une carrière toute » nouvelle au développement des connaissances exactes. Dans les sciences ou dans la philosophie, on ne voit, à cette époque, que révolutions ou réformes.

Un simple moine augustin, Martin Luther, émancipe la. pensée religieuse, crée le libre examen en théologie, et enlève à l'Eglise romaine toute l'Angleterre, la moitié de l'Allemagne, les royaumes du Nord* les Provinces-Unies et des millions de Français.

Un modeste docteur de la Faculté des arts, Pierre de la Ramée, lance le premier cri de guerre contre Aristote. Il bat en broche la vieille scolastique et brise le cercle de fer qui, depuis tant de siècles, enchaînait les manifestations de la pensée dans les formules tyranniques de la parole du maître.

La réforme queRamus tente dans la philosophie pure, d'autres

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l'accomplissent dans les sciences exactes avec le même succès.

Kopernik ruine l'antique système de Ptolémée et révolutionne l'astronomie, en fixant le soleil au centre de notre univers.

Vasco de Gama et Magellan révolutionnent la géographie et la navigation: le premier, en découvrant la route maritime des Indes, par le cap de Bonne-Espérance; le second, en pénétrant dans l'Océan Pacifique, qui double l'importance de la possession du Nouveau monde ; et en exécutant, le premier entre tous les hommes, la circumnavigation du globe terrestre.

Paracelse ébranle l'édifice vermoulu de la médecine galénique, en introduisant dans le traitement des maladies les remèdes nouveaux fournis par la chimie, le mercure, l'antimoine, les composés du soufre, de l'arsenic et de l'antimoine.

André Vésale renverse l'anatomie de Galien, ou plutôt crée de toutes pièces l'anatomie, couverte jusque-là d'un voile impénétrable ; et il change ainsi les bases de la médecine et de la chirurgie.

Ambroise Paré complète cette transformation salutaire en élevant très-haut le niveau de la chirurgie, par ses bienfaisantes découvertes et observations pratiques.

Jérôme Cardan, Jean-Baptiste Porta, Guillaume Gilbert, Léonard de Vinci, réforment la physique, en rompant avec le système d'Aristote, c'est-à-dire en observant la nature, en cherchant, par l'expérience, les lois qui régissent ses phénomènes, en examinant les choses et négligeant les mots.

Conrad Gesner, Pierre Belon, Bernard Palissy, Guillaume Rondelet réalisent la même réforme dans l'histoire naturelle. Ils dressent des catalogues rigoureux des faits acquis, et composent de grands ouvrages didactiques, en prenant pour guides l'observation et l'expérience, en plaçant au-dessus de tout le témoignage des sens et l'empire de la raison.

George Agricola pose les vrais principes de l'exploitation des minerais et des gisements métalliques, et il crée ainsi une source de richesse publique, en même temps qu'il éclaire d'un grand jour la chimie des métaux.

PRÉFACE ni

La vie et les travaux de tous ces héros de la science et de la philosophie sont exposés dans ce volume. On y trouvera le récit détaillé de leurs laborieuses recherches, -de leurs combats contre la nature, et quelquefois contre l'ignorance et les préjugés de leurs contemporains. Tout en donnant une analyse attentive des découvertes et des ouvrages des savants les plus célèbres du seizième siècle , nous nous sommes attaché à peindre ces grands hommes avec leur physionomie réelle; nous nous sommes efforcé de les faire revivre sur le théâtre où s'écoula leur vie, avec leur génie et leurs faiblesses, avec leurs vertus et leurs défauts, en un mot dans leur vraie personnalité, conformément à l'esprit moderne des travaux historiques et biographiques.

Un tableau historique de Vètat des sciences au seizième siècle, placé en tête du volume, fournit le lien nécessaire pour rattacher entre elles ces biographies, et former de ces études diverses un ensemble clair et instructif.

L'histoire des sciences est tombée aujourd'hui, en France, sans que l'on sache bien pourquoi, dans un . abandon presque absolu. Cette branche de nos connaissances n'a aucune chaire dans nos Facultés, dans nos écoles, ni dans nos lycées. Elle n'a pas un fauteuil à l'Académie des sciences, à l'Académie de médecine, ni dans aucune autre société savante. Ainsi privée de toute émulation, l'histoire des sciences ne pouvait, comme cela est arrivé, que s'alanguir et s'éteindre dans notre pays.

Seulement, il est résulté de là que la jeunesse française est d'une complète ignorance en fait d'histoire scientifique. Comme elle trouve la science exposée tout d'une pièce, dans les traités classiques , elle n'est pas éloignée d'admettre que la zoologie remonte à Cuvier, la physique à Gay-Lussac, et l'algèbre à Bezout. Avons-nous besoin de dire qu'aucune partie des connaissances humaines n'a pu prendre naissance de nos jours, comme par un coup de baguette magique ; mais qu'elle a exigé le concours successif d'un grand nombre d'efforts dirigés vers un but commun et qui remontent quelquefois aux temps les

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plus reculés ? L'esprit humain ne s'est avancé que lentement, et par étapes successives, dans les laborieux sentiers du savoir et du progrès. L'objet que nous nous sommes proposé, dans l'ouvrage général dont le présent volume n'est que la suite régulière, c'est d'initier nos lecteurs à cette longue série d'efforts, en faisant connaître, tout à la fois, la vie et les travaux des savants illustres du temps passé.

La science est comme ces basiliques du moyen âge et de la renaissance, Saint-Pierre de Rome, le dôme de Florence, la cathédrale de Milan ou celle de Strasbourg, qui absorbaient, pour leur édification complète, plusieurs générations d'artistes, d'architectes et d'ouvriers, lesquels travaillaient avec abnégation et conscience, sans jamais espérer voir, de leurs yeux, le monument achevé. La tâche que nous nous imposons ici, c'est de remettre en lumière, pour leur rendre hommage et honneur, les noms de ces artisans et architectes dévoués, qui ont apporté, chacun en son temps, leur pierre à l'édifice de la science, sans avoir pu contempler eux-mêmes le monument définitif dont nous admirons aujourd'hui les vastes proportions et l'harmonie.

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