‹ Vies des savants illustres ... du XVIII. siècleChapitre 14 sur 19 · ANTOINE DE JUSSIEU · texte numérisé non relu

ANTOINE DE JUSSIEU

Antoine était le frère cadet de la famille. Destiné à Tétat ecclésiastique, élevé au collège des Jésuites, il manifesta dès l'enfance son goût pour la botanique. Il négligeait ses devoirs, pour aller chercher des plantes dans la campagne : il faisait ïécole buissonniire pour herboriser.

A quatorze ans il avait déjà parcouru, en cherchant des plantes, les environs de Lyon, la Bresse, le Forez et même une partie du Dauphiné.

Ayant besoin d'un ouvrage de botanique pour classer ses plantes, il s'adressa à un médecin de Lyon, qui mit entre ses mains les Éléments de botanique de Tournefort. Ce livre décida de la destinée du Jeune homme. Sa philosophie achevée, il déclara à son père son goût décidé pour l'étude de la nature, et obtint de lui de passer du séminaire de Lyon à l'École de médecine de Montpellier.

Il devint bientât docteur de cette Faculté célèbre, et s'y livra pendant quelques années, à la pratique de l'art de guérir.

Il partit pour Paris en 1708, espérant assister aux cours de Tournefort, dont il avait tant étudié les ouvrages. Mais Tournefort ne professait plus, et il mourut cette année même. Isnard, qu'on avait fait monter dans la chaire vacante, n'y fit que quelques leçons, et se retira. C'est alors que Fagon, surintendant du jardin du roi, sur les bonnes impressions qu'Antoine de Jussieu avait laissées de lui à Montpellier, l'appela à occuper la chaire du Jardin du roi de Paris.

Les volumes de l'académie des sciences contiennent plusieurs mémoires botaniques d'Antoine de Jussieu sur les champignons, le cafe\ le simarouha^ le cierge du Pérou^ le cachou^ etc. ; ainsi que des observations sur les restes fossiles soit d'animaux,, soit de végétaux, sujet tout nouveau à cette époque. Le plus important de ces mémoires a pour titre Examen des causes des impressions des plantesy marquées sur certaines pierres des environs de Saint-Chau' Mont doi» le Lyonnais.

Dans ce mémoire Antoine de Jussieu raconte comment à la porte même de Saint-Ghaumont et le long d'une petite rivière, il voyait sur la plupart des pierres qu'il ramassait, des impressions d'une foule de plantes tellement différentes de celles que l'on trouve en France « qu'il lui semblait herboriser dans un nouveau monde. »

« Je considère, dit-il, chacune de ces pierres comme autant de volumes de botanique qui, dans une même carrière, composent la plus ancienne bibliothèque du monde, et d'autant plus curieuse que toutes ^s pUntes ou n'êxUlsnt plus ou que, si elles existent encore, ce n'est <iue dans des pays si èloif^iés que nous n'aurions pu en avoir eonnaistance, sans la découverte de ces empreintes (1). »

(I) Mémoù-ei de t Académie dee ecieneet pour l7iS.

On trouve dans ces considérations remarquables l'idée nouvelle des espèces végétales perdues , sur laquelle devaient insister plus tard les Buffon et les Guvier . Antoine détermina les plantes auxquelles se rapportaient ces impressions pierreuses. Il remarqua qu'elles ressemblaient beaucoup « à celles que le P. Plumier et M. Sloane avaient découvertes dans les lies de l'Amérique, et à celles qui avaient été envoyées des Indes orientales ou occidentales. >

Les autres mémoires d'Antoine de Jussieu sur les restes fossiles renferment, comme le précédent, des preuves d'une sagacité et d'un esprit d'observation qui le dirigeaient vers des sujets entièrement neufs, et sur lesquels les investigations des savants ne devaient pleinement s'exercer que beaucoup plus tard.

Antoine de Jussieu ne s'occupa jamais de méthode naturelle. Il se contenta du système de Tournefort. Ce botaniste avait, selon lui, su c fixer les principes d'une science qui jusqu'alors n'avaient été que très-vagues, i» Dans un mémoire inédit, < sur la nécessité d'un nouvel arrangement des plantes par rapport aux étrangères nouvellement découvertes, i il se défend de vouloir toucher àun système» « à une disposition de classes et de genres si heureusement inventés, et qui a attiré à son auteur tous les suffrages des gens les plus experts dans cette science. » Il propose simplement d'igouter au plan de Tournefort quelques classes, ou quelques sections nouvelles, pour y placer les plantes récemment découvertes dans les pays étrangers.

Il abandonnait pourtant son maître sur la question du sexe des plantes. Il ne voyait pas, comme Tournefort, des vaisseaux excrétoires dans les étamines 1 Éclairé par Vaillant, il disait : « Nous entendons par fleurs ce composé de parties appelées dans les plantes étamines et pistil^ servant à leur multiplication. »

Antoine de Jussieu joignait à son enseignement, à la direction du Jardin du roi, à ses voyages scientifiques et à ses études de botanique, l'exercice de la médecine. Il soignait de préférence les pauvres, qui, tous les jours, se rendaient chez lui en grand nombre. Il les aidait de ses soins et môme de sa bourse. Sa nombreuse clientèle médicale Fempécha d'appliquer toute son intelligence à la botanique.

C'est Antoine de Jussieu qui parvint à acclimater et à intro« duire dans l'île de la Martinique la plante du café.

Le caféier n'était alors cultivé qu'en Arabie et dans quelques

autres parties de rOrient. Antoine de Jussieu pensa que cette plante prospérerait parfaitement dans nos colonies d'Amérique. En 1720, il remit donc à un enseigne de vaisseau, le chevalier Desdieux, trois pieds de caféier, choisis dans les serres du Jardin du roi. La traversée fut longue, et à ce point périlleuse qu'on fiit forcé de ménager l'eau et de mettre à la demi-ration équipage et officiers. Desclieuz, comme s'il avait deviné d'avance les immenses résultats de la mission qui lui avait été confiée, aima mieux, pendant presque tout son voyage, se priver d'eau que d'en laisser manquer ses plantes.

Malgré son dévouement il eut le chagrin de voir périr en route deux de ses caféiers. Il arriva avec un seul pied à la Martinique. Mais ce pied prospéra à merveille. C'est de ce seul échantillon que sont sorties toutes les vastes plantations qui couvrent aujourd'hui les Antilles et les contrées chaudes du Nouveau Monde.

Antoine de Jussieu mourut d'une attaque d'apoplexie, à l'Age de soixante-douze ans, le 22 avril 1758.

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