‹ Vies des savants illustres ... du XVIII. siècleChapitre 13 sur 19 · THAIT DE BONTÉ DE H · texte numérisé non relu

THAIT DE BONTÉ DE H

Cet ouvrage engagea Haller dans une dispute scientifique qui fit grand bruit. Hamberger, professeur de physiologie à léna, dans une thèse sur U mécanisme de la respiration^ avait ajouté à des erreurs anciennes de nouvelles erreurs de son cru. En traitantcetle matière, dans ses Commentaires^ Haller avait attaqué, avec un grand succès, les idées de Hamberger. Celui-ci fit à ses contradicteurs une réponse injurieuse. Haller riposta par des expériences, ce qui était la meilleure des répliques. Hamberger ne put que leur opposer un pamphlet plein de fiel, suivi d'odieuses invectives, que Haller laissa sans réponse.

Haller se reposait de ses expériences de physiologie par l'étude de la botanique. Il allait souvent herboriser, dans les Alpes, avec un jeune docteur de ses amis, nommé Gesner. On raconte à ce sujet une anecdote qui fait bien connaître la tendresse de l'âme de Haller.

Un jour, après avoir épuisé ses forces dans une herborisation pénible, Gesner succombante la fatigue, s'endort sur la neige, au milieu d'une atmosphère glacée. Haller vit avec une inquiétude mortelle son ami plongé dans un sommeil qui pouvait le conduire à la mort ; son cœur lui suggéra le moyen de le dérober au danger. Malgré l'extrême intensité du froid, il se dépouille de ses vêtements et en couvre Gesner. Quand ce dernier se réveilla, il se jeta avec une reconnaissante effusion dans les bras de Haller» qui Avait fait certainement preuve d'un grand courage en s'exposant à un danger mortel pour sauver son ami.

Les excursions commencées dans les Alpes, en 1714, le conduisirent à former un herbier complet, composé de vingt volumes de feuiUes. C'est de cet herbier qu'il a extrait les plantes qu'il décrivit, et qui servirent de base à sa Flore helvétique [Enumeratio ^thadica siirpium Heltetim indigenarum).

Cet ouvrage forme deux volumes in-folio, orné d'un grand iH>mbrede planches. Il est accompagné d'un exposé historique de tout ce qui avait été écrit sur les plantes des Alpes, depuis Othon Brunfels juaqn'èi lui.

* Ce beau livre, dit Sennebier , est le fruit de quatorze ans de travaux. Je ne parle pas des voyages périlleux qu'il suppose, mais je "•\B son auteur infatigable lire et relire les ouvrages de deux cent ^^^^te-huit botanistes; citer chronologiquement et d'une manière ^"^^vllée chacun de ces auteurs lorsqu'ils parient des deux mille cinq

cents espèces de plantes appartenant à la Suisse; deviner souvent celles dont il trouve les noms ou les descriptions, au travers des noms différents qu'on leur assigne et souvent des peintures fausses qu'on en fait; indiquer, avec autant d'exactitude que de brièveté, les usages médicinaux de chacune; joindre à tous ces détails la plante elle^néme soigneusement conservée (1). *

C'est en 1742 que Haller fit paraître ce grand ouvrage.

En 1743, il publia le Système de botanique du jardin d$Goeî^ tingue. Il avait lui-même distribué méthodiquemeat les plantes de ce jardin.

En 1749, il réunit ses observations isolées sur divers génies et espèces de plantes et sur leur fructlEcatioa, eu un volume intitulé Opuscula botanica.

Haller admirait beaucoup Linné» mais il était partisan de la méthode naturelle en botanique. Il la cherchait, et s'il ne la découvrit pas, il en comprenait au moins les immenses avantages. Il n'adopta donc jamais le système de classification artificielle du botaniste d'Upsal. La correspondance qui s'établit entre ces deux grands hommes, est d'un grand intérêt. Nous allons la parcourir, car elle nous montrera l'un et l'autre de ces savants sous des aspects intimesetparticuliers, qu'il est assez curieux de mettre en évidence.

Nous sommes en 1737. Linnéapublié, en 1732, l^Flore deLapponie; en 1735, le Systema naturœ; en 1736, le Fundamenta botanica, enfin en 1737, le Gênera plantarum^ le Criiica botanicaei VHortus Clijfortianius.

Linné fait un envoi de ses ouvrages à Haller, et lui demande des renseignements sur les semences des mousses, qu'il avoue ne pas connaître. Cette lettre abonde en renseignements précieux sur plusieurs plantes, et renferme les caractères génériques de VHalleria , plante dédiée à son illustre correspondant, et appartenant au groupe des Scrofulariôs. Linné annonce qu'il travaille à son Hortus CUfforUamui^ qui devait paraître la même année.

Le 24 mai 1737, Haller apprend à Linné (ju'il s'occupe da Synopsis des plantes de la Suisse, et qu'il a vu les semences des Hépatiques ^des Marchantia et des Musccides.

Linné lui répond le 8 juin. Il s'étend sur la nomenclatura* D

(I) Éioge historique ifA&oi HtUkr^ (koèie 1778.

rejette les terminaisons en ùtdes^ que Haller employait « parce qu'il n'aime pas les noms qui traînent une longue queue après eux » et que « les noms appendiculaires bouleversent et troublent la mAmoire. » Linné ajoute avec malice :

• Ne doit-on pas craindre qn'on étende cette nomenclature vicieuse ta règne animal, et qu'on en vienne à appeler le canard une petite oie amêraldes, le cygne une grosse oie anserastrum ? Pensez, je vous prie, aux inconvénients qui résulteraient d'un pareil abus. Je ne puis m'empècher de sourire quand je pense à ce botaniste qui, trouvant an eomvolvtUus à tige redressée, se crut par cela seul autorisé à fermer on nouveau genre, qu'il nomma convolvuloidet. >

linné touche ensuite à un sujet qu'il avait fort à cœur, c'estàrdire à soa système de classification des plantes.

t Je vous sais opposé, ajoute-t-il, à mes innovations relatives à la nomenclature, et disposé à écrire contre elles. Les botanistes n'avaient jamais abordé complètement la doctrine des noms : cette partie de la science étant demeurée intacte, je m'en suis emparé. Si i on réunissait la totalité des noms génériques qui ont été adoptés et changés depuis Tournefort jusqu'à ce jour, on en trouverait plusieurs milliers. Quelle est donc la cause de ce peu de stabilité ? Je la trouve dans l'absence totale de régies destinées à fixer la synonymie botanique. Tous les noms spécifiques sont vicieux, rien n'est plus certain; et nos successeurs s'en convaincront. Si donc oeux»ci doivent être changés, pourquoi ne cbangerait-on pas les noms génériques noonnus faux? Peut-on penser que les écrivains qui viendront après noos, adopteront, seulement parce que l'ancienneté leur aura donné une sorte de sanction, des noms tels que monolasiocallenomonophyilorum hyppophyllocarpodendron; je vous le demande, peut-on tolé» rer des noms barbares, des noms terminés en queue, des noms bâtards?»

Haller, dans sa réponse^ reoonnatt qu'en effets on a poussé trop loin le mode de nomenclature en otdsf , et il parle en ces termes de son amour pour la botanique :

J'ai dirigé toute mon attention sur les plantes de Suisse, mais en Farlagsmt mon temps entre la botanique, l'anatomie et l'exercice de la médeclae; bien diiférent en cela de vous qui êtes un prêtre entiè- ■eiBsiit dévoué an culte de Flore; j'ai étudié la botanique en dépit de tons les obstacles, depuis 1728, année pendant laquelle J'entrepris Jjn pénible voyage de deux cents lieue», à pied, à travers les Alpes. «a fiaille a toujours eondamné mes goûts et pourtant je ne vm dépens pas de les avoir satisfaits, je regrette même de n'avoir pas ou plus de temps à donner à cette étude favorite. »

Lorsque le Sjfnopsis helveiica parut, Linné écrivit à Haller une longue lettre, gui débutait ainsi :

c S'il est vrai que vous soyez certain de mon affection et de mon estime, quoique vous ne m'ayez jamais vu, vous prendrez en bonne part les remarques que je vais faire sur votre dissertation. 11 m*a suffi de la parcourir pour m'assurer de la grandeur de l'entreprise, et pour voir qu'aucun botaniste, à l'exception de Dillenius, ne pouvait vous ôtre comparé. Vous méritez de grands éloges, et, si je fais la part de la critique, c'est uniquement dans l'intérêt de mon instruction : ce qui me reste à vous dire ne sera connu que de vous et de moi. •

La plupart des observations annoncées par Linné étaient présentées sous la forme de doutes ; mais Haller a reconnu lui-même qu'elles étaient presque toutes fondées. Il s'excusa, dans sa réponse, sur le trouble de son âme à l'époque où il composa cet ouvrage critique ; car c'est alors qu'il venait de perdre une épouse adorée.

Cependant ce n'est pas sans amertume qu'il relève certaines critiques de Linné :

c Vous qui semblez prendre tant de plaisir à me critiquer, avezvous bonne grâce à parler de l'indulgence que se doivent les botanistes?... Vous me censurez amèrement en défendant Pontederu, et quand vous me blâmez d'avoir noté les erreurs de Dillenius et de Vaillant, vous semblez oublier que vous-même les critiquez à chaque instant sans adopter jamais aucun de leurs noms. >

Cette lettre est du 12 septembre, et c'est dès ce moment que commença d'éclater entre nos deux savants, une mauvaise humeur, qui se changea peu à peu en une sorte d'animosité. Mais cette animosité n'était pas du côté du botaniste d'Upsal, qui, au mois d'octobre de la même année, écrivait à Haller :

c La lettre dans laquelle vous me dites que j'ai écrit dans des intentions malveillantes, m'a fait bouillir le sang dans les veines. J'atteste le Tout-Puissant qu'aucun botaniste n'est placé plus haut dans mon estime et ne m'est plus cher que vous I Ne pensez pas mal de moi. Vous me paraissiez ôtre d'un caractère franc et je comptais que vous recevriez de moi, comme je l'aurais reçu de vous, tout ce qui se présente à une plume qui glisse avec rapidité sur le papier dans des heures de loisir... Jugez-moi mieux, je ne suis pas méchant et si j'étais mal disposé pour quelqu'un, certes ce ^e serait pas pour vous •

Cependant en 1740, HaUer ne semblait pas mal disposé pour Linné, car il lui disait :

< Je ne puis vous en écrire plus long aujourd'hui; J'ai perdu une femme qui m'était chère par ses manières, ses qualités personnelles elles rapports de famille que je lui devais; puissiez- vous, longtemps heureux avec votre Morœa (1), jouir de votre réputation si justement méritée! et puisse le suprême régulateur de toutes choses ne pas vous faire connaître avec autant de sévérité qu'à moi, qu'il n'est rien icibas qui puisse nous rassurer contre les terreurs d'une inévitable et menaçante éternité : réputation, richesses, attachements les plus ^hers ne sont rien; la faveur divine est tout. •

En 1746, un ennemi déclaré de Linné, le docteur Rosen, vint à Berne, et réussit à brouiller les deux savants. La lettre de Haller qui tennine cette correspondance, fera comprendre cette rupture.

« J'ai vu dernièrement, écrit Haller, le 8 avril 1746, votre Flore d$ Suidi^ et j'ai observé avec plaisir les nombreuses plantes dont vous y faites mention; il ne m'a pas été aussi agréable de me voir si fréquemment et si exclusivement réfuté dans un ouvrage aussi court, et de lire une foule de phrases qui ne sont rien moins qu'amicales. Ce n'est pas de la sorte que j'en use avec vous lorsque nous différons d'opinion. Croyez-moi, en vous comportant ainsi, vous servez la cause de vos ennemis qui sont nombreux et moins impuissants que vous ne le supposes. .. Vous m'attaquez sans cesse et avec une intention évidente de me blesser. Mais considérez, mon cher Monsieur, combien il me serait aisé de faire tourner ces critiques contre vous-même, qui n avez sans doute tenu mon livre que quelques minutes entre vos mains. »

Au reçu de cette lettre, Linné vit bien qu'il perdait un ami. Il dédaigna de se justifier d'imputations injurieuses et sans aucun fondement ; nuds il ne cessa pas pour cela, sa correspondance purement sciencifique avec Haller, et il ne cessa jamais de témoigner publiquement son admiration pour lui. On lit dans la préface de sa Flore de Zélani$.

• En Allemagne et parmi les botanistes suisses, Haller est signalé comme un second Boerhaave... il est connu du monde entier, comme le plus infatigable des savants, et il est aujourd'hui sans rival dans la médecine et Tanatomie. Considéré comme botaniste il a cer-

'i) Liooé avait dédié h M femme qd genre oommé Mprœa, parce qu'elle éUit fille an médecin Horsus.

tainement examiné et décrit un plus grand nombre de plante» que toute autre personnes. C'est bien injustement que Ton m'a accusé d'avoir écrit contre cet excellent homme. Je désire que tout le monde sache que je tiens et que j'ai toujours tenu ses publications en haute estime et que je suis môme chaque jour occupé à les étudier. Jamais, jamais travaux plus importants n'ont paru dans aucune villa de l'Allemagne. >

Linné donna d'autres marques de son estime pour Haller, dans le cours de l'ouvrage que nous venons de citer, la Flore de Zeiande. Mais le savant de Berne répondit assez mal à ce témoignage.

t Vous déclarez, écrivait-il à Linné, à cette occasion, que vous m'aimez, et que vous m'êtes dévoué : pourtant j'ai vu dans votre dissertation que vous me blâmiez amèrement d'avoir réuni les passiflores et les curcubitacées; puis vous m'adressez une lettre pleine de phrases piquantes. Si c'est là votre manière d'exprimer votre amitié, comment donc exprimez- vous votre haine? >

Nous ne pousserons pas plus loin l'analyse de la correspondance de ces deux illustres savants. Nous l'avons citée parce qu'il est toujours curieux de connaître les grands hommes dans l'intimité de leur vie littéraire. Il est certain que Linné redoutait beaucoup les attaques de Haller contre son système de classification des plantes, et qu'il n'aurait pas été fâché, pour cette raison, de rester son ami. <c Ai-je jamais rien écrit contre la classification que vous suivez ? » écrit-il à Haller. Il proteste, ailleurs, que la méthode naturelle doit être préférée à tout système artificiel de classification, et il ajoute avec une certaine noblesse : «c Vous auriez plus à perdre que moi dans ces débats ; car je puis sans rougir recevoir des conseils sévères de vous ; en serait*il de même pour ceux que je pourrais vous donner ? »

On chercherait en vain dans les lettres de Linné quelques ex^ pressions fâcheuses contre Haller. Au contraire celles de Haller sont semées de phrases pleines d'amertume. II faut même ajouter que Haller eut le tort de publier des lettres confidentielles, ce qui porta à Linné, déjà âgé, un coup qui ébranla sa sauté, et lui occasionna sa première attaque d'apoplexie.

£n résumé, Linné voulait être l'ami de Haller, qu'il admirait ; mais ce dernier voyant en Linné un rival, en possession de la faveur universelle du monde savant, eut la faiblesse d'en être jaloux, et de supporter impatiemment la renommée du botaniste d'Upsal.

Par sa oondnite envers Linné, Halkr, en cette circonstance, a donc mérité les reproches de l'impartiale postérité.

Cet aperça mir les relations de Linné avec Haller serait incomplet si nous ne faisions connaître quelques-uns des jugements publiés par Haller sur les principaux ouvrages du naturaliste suédois. On y Yerra que sa critique est parfois trop vive et porte à faux. Il n'en a pas moins reconnu l'importance des travaux de

A Toecasion de la Flore de Laponie, Haller s'exprime ainsi :

• Ce fut en 1732, que Linné produisit cet opuscule. 11 avait entrepris une grande réforme botanique, et il atteignit presque complètement son bat. Doué par la nature d'une âme ardente, d'une imagination très-vive et d'un esprit systématique, il parvint, aidé par la puissance deaott génie et par une foule de circonstances favorables, qui mirent dans ses mains une prodigieuse quantité d'objets précieux, à opérer nna révolution en bistoire naturelle, et il eut, lui vivant, le plaisir de voir plusieurs de ses contemporains adopter ses nouvelles idées : il ne fiant pas se dissimuler qu'il décrivit, mieux qu'on ne l'avait fait avant lai, 168 plantes et leurs diverses parties, etc. Ce fut dans la Flora Lappostca que l'on vit pour la première fois les classes principales fondées sur les étauilnes, et leurs subdivisions sur les pistils, en considérant leur nombre» leur situation et quelquefois même leur proportion (i). >

A l'occasion du Systema naturœj Haller écrit :

€ Dans cet ouvrage, fruit d'un travail immense, Linné établit les genres et en trace tous les caractères; Tordre qu'il suit, s'écarto beaucoup de la nature puisqu'il morcelle toutes les classes naturelles en Rassemblant las plantes les plus dissemblables et en séparant celles qui ont le plus d'affinités entre elles (2). »

Quant au Gênera platUarum, Haller l'a jugé en ces termes :

€ Linné, en établissant ses genres fiur une étu<te rigoureuse de la nature, se plaça pur ces travaux au-dessus de tout ce qu'avaient fait Tourncfort, Ray, Rivin et Mugiiol; aussi les matériaux qu'il a préparés pourront servir à tous les sybtèmes établis à l'avenir. >

(1) BAkoihBca boiamca, 1772, t. Il« iB-4* p. 24I.

'2) CetU critique rigoureuse était injuste, car Linné avait déclaré lai-méme, que ÏÊêifHémeàoiùmiqme ttexuei était limplement destiné à donner les moyens de reconnaître Ctcilemcnt les plantes, et qu'en attendant la création de la oi*'thode nata- •ile. Il fallait se contenter des fjrtlémesy c'est-à-dire des classifications artiûciellet.

280 SAVANTS DU DIX-HUITIËME SIËGLE

A propos de la Philosophie botanique^ il s'exprime ainsi :

c La Philosophie botanique est un ouvrage immense et subsistera éternellement. Linné Teût rendu bien plus complet, s'il eût voulu avoir confiance aux hommes instruits dans la connaissance des plantes et qui en avaient vu, dans les contrées méridionales, une grande quantité d'étrangères à la'Suède, où Linné n'avait pu les étudier. »

Toutes ces critiques prouvent que Haller était, non-seulement un botaniste distingué, mais, de l'aveu même de Linné, un maître dans cette science.

Ce qui étonne le plus, quand on examine les nombreuses productions de Haller, c*est la rapidité avec laquelle il passait d'un objet à un autre.  peine arrivé à Gœttingue, il s'était occupé de l'organisation d'un amphithéâtre d anatomie, dans lequel il allait disséquer tous les jours. Les meilleurs élèves suivaient ses dissections. Il les dirigeait et les associait à ses recherches. Il avait, en môme temps, des dessinateurs, qui travaillaient sous ses yeux. C'est ainsi qu'il composa son grand ouvrage intitulé Icônes academicœ (Ggures d*anatomie) qui parut à Gœttingue de 1744 à 1756, en huit cahiers.

c Cet ouvrage est réellement le premier, a dit Cuvier, où l'anatomie ait été dessinée et gravée comme elle mérite de l'être. »

Vésale avait donné des gravures sur bois, dessinées, a-t-on dit, par un grand maître, le Titien, ou du moins, par l'un de ses meilleurs élèves. Le trait en est admirable; mais l'auatomie étant encore peu avancée, au temps de Vésale, elles ne représentaient que d'une manière superficielle la structure, si complexe et si délicate, du corps humain.

D'autres auteurs avaient donné des figures mieux gravées ; mais, si l'on en excepte Ruysch et Albinus, aucun n'était arrivé ■à la perfection. Les dessins mêmes de Ruysch et d'Albinus pèchent par le manque d'ensemble. Les organes sont parfaitement représentés, mais ils sont trop isolés dos autres organes. S'il s'agit des muscles, par exemple, la gravure représente avec une rigueur et une vérité saisissantes, toutes les fibres, leurs insertions et leur distinction eu fibres charnues, tendineuses et aponénevrotiques;

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mais on ne voit que les muscles; il n'y a ni veines, ni artères. On ne trouve donc pas dans ces planches une représentation complète de la nature. Ce qui fit Toriginalité et la supériorité des planches de Haller» c'est qu'il sut joindre la perfection du dessin à la représentation rigoureuse de l'ensemble des organes, et de leuis rapports avec les parties voisines.

Haller travailla dix-sept ans à ce véritable monument élevé à Tanatomie. L'ouvrage a pour titre lames anatomieœ quitus prœcipuè partes corporis humani exquisita cura delineatœ contineniur. Dans le premier fascicule, on remarque une belle planche du diaphragme et de la moelle épinière; dans le second, une image exacte de toutes les branches du tronc maxillaire jusqu'alors peu connu ; dans le troisième, les ramifications nombreuses (les artères de la face et celles des artères bronchiques et cesophagiennes, dont personne avant Haller n'avait parlé avec autant d'exactitude ; dans le quatrième l'exposition de toutes les artères de la moelle épinière et de l'œil, etc.

La nature semble obéir à des règles constantes en ce qui concerne les formes des êtres vivants. Cependant elle s'en écarte parfois, et de là résulte ce que l'on nomme les monstruosités. Du temps de Haller, les savants étaient partagés en deux opinions, pour expliquer ces anomalies de l'organisation. Les uns regardaient les monstres comme le résultat de la déviation de formes, qui étaient pourtant normales dans le principe ; les autres plaçaient la défectuosité dans les germes mêmes des organes. Haller réunit ses observations et ses idées sur ces sortes d'écarts de la nature, dans un ouvrage qui fut imprimé à Gœttingue en 1 i45. Il se déclare partisan de la doctrine qui place le siège de la défectuosité dans les germes.

Ce fut en 1746 que Haller publia ses célèbres expériences sur I^ respiration {De respirations expérimenta anatomica quitus aeris

^^^ter pulmonem et pleuram absentia demonstratur^ et museulorum intereostoHmm nUenwrum ogicium asseritur). Gœttingue, 1746.

M. Milne-Edwards dans sa remarquable Physiologie comparée^ porte le jugement suivant sur les expériences que fit Haller concernant le mouvement des cêtes et le rôle des divers muscles dans la production des phénomènes de la respiration.

Haller nous dit le physiologiste français, démontra expérimentalement que la plèvre costale n'est pas séparée de la plèvre pul-

monaire par un espace vide ou par de l'air, aind que Tayaient pensé Morgagni» Haies et Hamburger. Il fit un travail ii\;scomplet et très-exact sur la cloison contractile qui s'étend de la colonne vertébrale au sternum et qui se fixe au bord postérieur du système costal, c'est-àrdire sur le diaphragme. Il fit beaucoup d'observations sur le jeu des diverses parties de la pompe thoracique, et il contribua plus que tout autre à expliquer le mécanisme complet des phénomènes respiratoires.

« Toutes les conclusions auxquelles il arriva ainsi, dit M. îlllne- Edwards ne sont pas bien fondées, mais Haller a bien établi quelques faits d'une grande importance et son travail ne laisse pas qued'ayoir été très-utile à la science. >

Après s'être servi pendant longtemps des Instituts de Boerhaave dans ses leçons, Haller publia à Gœttlngue, en 1747, ses Premien éléments de physiologie. Ce n'était qu'un résumé de son cours.

Ce manuel dans lequel Haller indiquait déjà la marche qu'il suivit plus tard dans sa grande Physiologie^ a pour titre : Primœ Kneœ physiologiœ in usum prœlectionum Academicarum, Il eut plusieurs éditions eu, Allemagne, et fut traduit en plusieurs langues. Il en existe une traduction française par Pierre Tarin (Paris, 1752), d'après la première édition, et une nouvelle traduction par Bordenave (1768).

A ces productions de son propre fonds, Haller joignait la traduction d'ouvrages étrangers, ou le recueil des travaux anciens, dont la collection devait intéresser les progrès des sciences et des lettres. Les bornes de cette biographie ne nous permettent pas même de rappeler ici le grand nombre d'ouvrages dont il fut l'éditeur (1). ^

Dans les préfaces, soit de ses propres ouvrages, soit de ceux qui ont été publiés par ses soins, on trouve toujours des idées

(1) Pendant son séjour à Gœttingue^en 1744^ il donna une édition, très-augmeotée, (l'uo ouvrage de botanique de Rupp, fort estimé. Dans la même année, il publia un recueil de consultations données par Boerhaaye. En 1745, il dirigea l'édition d'uo ouvrage allemand^ dans lequel on a réuni tout ce qui est relatif à lliistoire des dessini et planches de botanique et aux artistes qui s'en sont occupés en Allemagne. Eu 1746, il publia le traité de Boerhaave sur les Maladies des yetcr. Dans l'excellente collection de Breslau, réimprimée par ses soins, il donna, en 1747, une édition des Nouveaux journatix de GœUingue et mit en tète un discours contenant des réflexions sur la censure des livres. En i749 il fut 1 éditeur des Poésies de Worlhof; en 1750 de la traduction allemande de l'Histoire naturelle de Buffbn, et d'un ouvrage de Fernejr^ intitulé : Triomphe de féoidence et même d*uae collectioo de voyages.

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nenres^ exprimées daasua style choisi. C'étaient là les distractions de cet esprit vif et ardent ; Timmensité du labeur ne semblait qu'un jeu pour lui.

Haller, ea publiant an comment.ire développé d'un ouvrage de Boerhaave sur la maniire éTétudier les différentes parties de la médiane {Herfnani Boerhaave methodus studii medici cnm atnplissimis atÊCtariiê^ 1751, deux volumes in-4^), donne, dans cet ouvrage, la liste d'un nombre prodigieux d'auteurs, et il désigne le degré de mérite de chaque écrivain par une ou plusieurs étoiles.

Si Toa songe que Haller jugeait des auteurs vivants, on doit penser à quelles inimitiés dut l'exposer la question des étoiles i La vanité des étoiles, dans le monde savant, est plus difficile encore à satisfaire que celle des étoiles du théâtre, selon une expression du jour.

Une des plus utiles entreprises littéraires de Haller, est celle qui consista à réunir en un corps d*ouvrage les dissertations publiées par rUaiversité de Gœttingue. Les thèses relatives à Tanatomie, qu'il fit imprimer, composent huit volumes in-4^ ; celles qui concernent la chirurgie forment cinq volumes. Celles qui se rapportent à la médecine pratique, forment sept volumes. Ce travail l'occupa pendant dix années, de 1747 à 1756.

Enfin, c'est à Gœttingue, en 1752, que Haller publia ses premiers aperçus sur sa découverte delas^nsi^t/i/^el de V irritabilité^ recherches auxquelles il donna plus tard tout le développement nécessaire. Écoutons, à ce sujet, Cuvier , qui fut le Haller de notre • t'cle :

« Dans un premier mémoire présenté à la Soeiétk royaU de Gœttingue^ dont il était président, dit Cuvier, Haller établit ses nouvelles doctrines, Kavoir que la contractilité, Tirritabilité et la sensibilité, sont ^ propriétés distinetes, indépendantes les unes des autres et affectées en partie k des éléments différents du corps. Ainsi, selon lui, sont sensibles : le cerveau, les nerfs, et par le moyen des nerfs, les portions du corps animal dans lesquelles elles se rendent, telles que la pesa, las muscles, l'estomac, les intestins, la vessie, les uretères, l'utérus, le vagin, le pénis, la langue, la rétine et le cœur; mais le c^ar est très-peu sensible, et sa sensibilité n'est nullement propor- ^nnée à son irritabilité. Les glandes, les antres viscères sont aussi trés-poQ sensibles.

* «Sont insensibles au contraire : Tépiderme, le tissu cellulaire, la (riaiR.se, les tendons, les membranes, la dure-mère, la pie-mère, que Juyfue-là, l'on avait crue au contraire un des sièges principaux de V&cUon nerveuse. Les ligaments, le périoste, le péri crâne, les os, la

28i SAVANTS DU DIX-HUITIÊME SIÈCLE

moelle, la cornée, Tlris môme dont le mouvement 8i délicat produit par la lumière semblait être, ou un effet de la sensibilité ou un eflet d'une grande et vive irritabilité toutes ces parties sont aussi considérées comme insensibles. Enfin, les artères et les veines elles-mêmes, pour toutes celles de leurs portions qui ne reçoivent pas des nerfs sont placées au nombre des parties insensibles.

» Sont irritables, c'est-à-dire se contractent, palpitent, prennent la forme serpentante, le cœur, les muscles, le diaphragme, l'estomac, les intestins, le canal thoracique, les vaisseaux lactés, la vessie, les sinus muqueux de l'utérus, l'utérus, les parties génitales, mais avec quelque chose de particulier.

> Ne sont pas irritables les nerfs, l'épiderme, la peau, les membranes, les artères, les veines et le tissu cellulaire; les viscères qui ne sont pas les intestins, par exemple, les conduits excrétoires, n'ont qu'une irritabilité très-faible.

> En résumé, la sensibilité, suivant Haller, est absolument propre aux nerfs et aux parties dans lesquelles ils se rendent, tandis que l'irritabilité est absolument propre aux fibres charnues. Ainsi, sont à la fois, sensibles et irritables toutes les parties où il y a ensemble des filets nerveux et des fibres musculaires, telles que les muscles, le cœur, les intestins, qui ont toujours une couche musculaire, le diaphragme qui n'est qu'un muscle, la vessie qui est enveloppée de muscles, etc. »

La théorie de Haller sur la sensibilité et Virritabilité ne tarda pas à se répandre, et elle fit une révolution en physiologie. Mais comme elle renversait tous les systèmes, sans en excepter celui de Stahl, qui était alors adopté en France, en Angleterre, en Ecosse, en Italie et en Allemagne, elle ne passa pas sans beaucoup de contradictions.

Delius, professeur à Erlangue, publia, en 1752, un opuscule dans lequel il exprimait des doutes sur la théorie hallérienne de r irritabilité. Lecat obtint, en 1753, un prix à l'académie de Ber« lin, sur la question suivante : Quel est le principe de Faction musculaire ? et son travail n'était qu'une critique de la doctrine de Haller. En 1 756, Krause, professeur à Leipzig, attaqua Haller dans la traduction même qu'il donna de son mémoire. En 1756, Yandelli, de Padoue, se prononça également contre Haller. Urbain Tosetti, de Rome, publia, en 1755, une petite brochure tendant à prouver que le tendon d'Achille et la dure-mère ne sont point irritables. Un médecin de Paris, tout à fait inconnu, soutint, en 1757, une thèse dans laquelle il attaquait la théorie deTirritabilité. Neveu, de Prague, s'éleva contre Haller avec beaucoup de

(1) Histoire des scim-x^ miurMes, iD-8, Paris 1843^ tome IV p. 229.

Téh *m?»nce. Bikker et Van deii Bos, de liCyde, adoptèrent quelques uns des principes du professeur de Gœttingue et rejetèrent les autres. De Haen s'éleva aussi contre Haller.

Le grand physiologiste ne crut pas devoir dédaigner ce dernier opposant. Il lai adressa une réponse, à laquelle de Haen répliqua avec peu de mesure. Haller ne releva pas ces attaques. Il ne voulut pas se défendre contre les personnalités que lui adressait le. médecin de l'empereur Joseph, Varchiatre autrichien, comme on appelait de Haen.

De tous ses contradicteurs, celui qui causa le plus de déplaisir à Haller, fut La Mettrie, médecin français, ^ célèbre par son es- ] rii et ses opinions matérialistes. La Mettrie avait publié un ouvrage intitulé l'Homme-machiM et il l'avait dédié à Haller, dont il disait avoir été l'élève et l'ami. Il prétendait devoir au professeur de Gœttingue la connaissance des grandes vérités que contenait son livre. Haller, homme profondément religieux, regarda cette déclaration comme une insulte. Il était au moment de publier un écrit pour se laver du titre de fauteur du matérialisme qu'on lui imputait si gratuitement devant l'Europe, et pour réfuter les calomnies du philosophe français, lorsque son adversaire mourut.

Pour le dire en passant, Haller n'aimait pas les philosophes. 11 suffit, pour s'en convaincre, de lire ce qu'il a écrit sur Jean- Jacques Rousseau :

« Votre Rousseau me parait un fanatique affectant la singularité, privé d'ailleurs volontairement du culte divin et peut-être même de la lecture des livres saints, et livré à des mécontentements perpétuels qui ont aigri son esprit...

• ...Je n'ai pas lu le livre de M. Rousseau, qui a l'art de donner un ton persuasif à des idées que la réflexion sait mettre à leur Juste prix. ^'ai lu ce qu'il a écrit contre les sciences. Mais je sais l'histoire du moyen âge, et Je connais les républiques de Iroquois et des insulaires de là mer Pacifique, et Je suis charmé de ne pas vivre parmi eux. Le ntslhear des hommes vient d'un instinct inséparable et nécessaire donné à chaque individu, celui de faire sa volonté. Ces volontés se croisent chez le Huron comme chez le Parisien ; et des passions également fortes n'ont pas les mêmes adoucissements dans l'état de Aature. >

Voici maintenant son opinion siur Voltaire :

< J'ai la la préCsoe déplacée de Piêm U Grand. On voit bien que de

quelque héros qu'il puisse s'agir, M. de Voltaire se présente toujours vis-à-vis de lui-même et en fait son premier objet. Les haines contre les hommes et contre la foi^ se placent entre lui et le vMtable objet de son ouvrage. Il ne voit qu'elles... CSes philosophes sont bien méchants : tous les jours je m'en convainc. Je vois les manœuvres de Voltaire contre Maupertuis ; celles de Maupertuis contre Voltaire et moi; le faste arrogant de d'Alembert, de Buffon et de Diderot. A quoi sert donc la philosophie? à nouê enfler, disait rap6tre. Elle n'a piàs changé depuis dix-sept cents ans. >

Voltaire répondit bien spirituellement aux attaques de Haller. Un jour, un étranger se présente chez lui, et raconte qu'il a vu à Berne le grand physiologiste. Voltaire le félicite sur le bonheur qu'il a eu de voir un grand homme :

« Vous m'étonnez, dit Tétranger; M. de Haller ne parle pas <le vous de la môme manière.

— Eh bien, réplique Voltaire, il est possible que nous nous trompions tous les deux 1 »

Cette digression nous a éloigné de la théorie de Haller sur Virri" tabilité. La controverse que fit ualtre cette doctrine physiologique eut Tavantage de provoquer de nombreuses expériences, et d'eu richir ainsi la science de beaucoup de faits nouveaux. Quant à la doctrine en elle-même, quelles que soient les modifications de détail que des travaux postérieurs lui aient fait subir, elle n*en demeure pas moins la base de la théorie moderne de la sensibilité. Il n'est pas inutile de dire, en effet, qu a partir de Bichat, l'idée de ïirritabilité de Haller a repris sa place dans la science. Seulement le mot d'irritabilité a été remplacé par celui de contractilité.

Indépendamment de ces grands travaux qui l'occupèrent pendant son séjour à Gœttingue, c'est-à-dire depuis 1736 jusqu'en 1753, Haller publia plusieurs autres diasertatioDs, qui auraient suffi pour assurer la gloire d'un physiologiste. Telles sont ses recherches sur la circulation du sang dans la propre substance du cœur, *- sur la forme de la valvule d'Ëustache aux différents âges ; — sur la membrane moyenne du fœtus et sur le tissa qui réunit le chorion à Tutérus ; — sur le réservoir du chyle; — sur la membrane pupillaire du fœtus; -^ sur l'origine du nerf intercostal ; — - sur certaines productions de l'épipoploon voisines du cerveau ; — sur la sensibilité respective du cerveau et du cervelet, etc.

Au milieu de ces travaux multiples, Haller trouvait le temps

de fonder à 6(Bttingue plusieurs établissements scientifiques. 11 obtiut^ en 1751, que les chirurgiens fussent érigés en collège, et il en fut nommé président. Il créa la Soditi royale ieê êcieneei de Gmiimgue^ dont il fut aussi le président, et qui devint une des plus célèbres académies de TEurope. Il fit créer un hôpital et ane cliniqae pour les accouchements ; il fonda une école destinée aai artistes qui désiraient s'exercer à faire des dessins anatomiquai et botaniques.

Des travaux aussi multipliés et aussi importants devaient procurer an professeur de Gkettingue une célébrité universelle. Aussi presque toutes les académies de l'Europe s'empressèrentp-elles de le l'associer. Georges II, alors roi d'Angleterre, Tavait nommé premier médecin dans Télectorat de Hanovre, en 1739. Il lui donna plus tard le titre de conseiller aulique, et demanda pour lui à l'Empereur d'Allemagne, des lettres de noblesse, qui furent expédiées en 1749. Cependant Haller ne consentit jamais à placer devant son nom le titre de baron. Sa gloire volait de bouche en bouche : il ne voulut pas l'alourdir par ce titre pesant.

Différentes Universités essayèrent de disputer à Gœttingue l'homme qui Tillustrait devant TEurope. Dillenius le désigna, ^ 1747, comme son successeur dans la chaire de botanique à Oxford. L'année suivante on le pressa de se fixer à Utrecht, avec le titre de chancelier de l'Université. Peu de temps après, le roi de Prusse, Frédéric II, essaya, mais en vain, de l'attirera Berlin. I^ roi de Prusse avait cependant laissé Haller libre de fixer luin^^me les conditions auxquelles il consentirait à honorer Berlin de sa présence et de son enseignement.

De tontes ces marques de distinction, celle qui flatta le plus l'amour-propre de Haller fut le choix qu'on fit de lui, quoique *^nt, comme membre du conseil souverain de Berne.

Haller avait passé dix-sept ans dans rUniversité de GoBttingue. Il en faisait la gloire et remplissait, avec un zèle qui ne se démentit ja mais, les fonctions de plusieurs chaires réunies, ainsi que la

direction des divers établissements qu'il avait fondés. Cependant l'état de sa santé lui faisait désirer un changement. Le climat de Gœttingue lui était défavorable. Au mois de mars 1753, il de* manda au régent du Hanovre l'autorisation de quitter TUniversite de Gœttingue.

Il n'y avait qu'un seul pays au monde qu'il pût préférer à Gœttingue : c'était sa patrie. C'est donc à Berne qu'il se rendit.

Son retour causa dans sa ville natale une joie universelle. Peu de temps après, comme membre du conseil souverain, il obtint, par le sort, la place de gouverneur de la nuùson de ville. Le hasard conspirait avec les vœux de ses compatriotes, pour faire honaeur à cet homme illustre.

Tout autre que Haller se serait reposé après tant de fatigues. Le gouvernement de Berne semblait l'y inviter, en lui faisant faire quelques voyages utiles au public comme à sa santé. Il reprit pourtant ses dissections anatomiques et ses herborisations.

Les immenses travaux de ce grand homme ne devaient pas rester isolés. C'étaient les pierres de l'édifice que cet architecte magistral devait élever à la science. Il en avait indiqué le plan, dix ans auparavant, dans son Abrégé de physiologie. Ce plan fut mis à exécution, avec toute sa rigueur, dans un ouvrage qui peut être cité comme un des chefs-d'œuvre de l'esprit humain. C'est de 1757 à 1766 que Haller fit paraître àLausanne, le monumentdela physiologie du dernier siècle, qui peut être également considéré comme le monument du nôtre, caril n'a pas été égalé de nos jours.

Les Elementa physiologiœ corporis humant se composent de neuf volumes in-quarto, et cet immense cadre sufSt à peine à l'auteur pour exposer ses connaissances sur lemécanisme du corps humain. Les détails des phénomènes; les descriptions anatomiques; l'histoire des découvertes ; celle des erreurs de l'esprit humain ex* posées sous le nom de système; les citations, prodigieusement nombreuses, de tous les passages des auteurs où il est question des moindres matières relatives à la science; l'ordre, la méthode, la précision du style, voilà ce qu'on trouve dans cet ouvrage immortel, qui opéra dans la physiologie une révolution universelle. Ce traité est de toutes les œuvres publiées sur la science de l'homme, le plus riche en faits positifs ; c'est une de ces œuvres impérissables que l'on ne doit point espérer voir remplacées» môme après une intervalle de plusieurs siècles.

HÂLLER 289

En même temps qu'il publiait son grand ouvrage, Haller accomplissail de nouvelles découvertes. Pendant qu'il s'occupait d'un volume, il faisait les expériences qui s'y rapportaient, et quand il ne pouvait faire entrer l'exposé de ces expériences dans la rédaction de son livre, il en publiait séparément la description. C'est ainsi qu'il réunit plusieurs dissertations sous le titre de Opéra anaîomiea minora, qui parurent à Lausanne, en trois voliunek in-4®, de 1 762 à 1768.

Ce recueil est un des plus précieux que Ton possède sur toutes les parties de Tanatomie. Il contient environ quarante dissertations, avec les descriptions des expériences exécutées par l'auteur. Telles sont par exemple ses Expériences sur le mécanisme de la respiration et sur les parties sensibles et irritables du corps. Telles sont aussi ses ^périenees sur la formation des os et sur la génération. Il réunissait dans le même ouvrage des recherches sur le cerveau, sur l'œil des oiseaux et sur d'autres organes des oiseaux, des poissons et d^antres animaux. On trouve dans le même recueil les belles observations qu'il avait publiées en 1758, en français, sur la formation du cœur chez le poulet. Elles font connaître toutes les modifications que l'œuf éprouve dans llncubation, sujet admirable de recherches qui avait été traité par Fabrice d'Aquapendente, parHarvey, par Malpighi, et qui devait ôtre abordé, après Haller, par beaucoup d'autres physiologites.

En 1768 il donna une nouvelle édition de la Flore de Suisse. (Hisforia stirpium indigenarum Helvetiœ^ Berne 1768, trois volumes in-folio avec un volume de planches). On y trouve la description de 2468 plantes, parmi lesquelles plus de cent étaient nouvelles. Haller s'y surpasse dans l'indication des synonymes.

Les ouvrages botaniques de Haller n'eurent pas tout le succès qu^ils méritaient, parce que l'auteur n'adoptait pas la nomenclature linnôenne. Mais les figures et les analyses des fleurs sont excellentes pour l'époque.

Ce fut pour se délasser de ces grands travaux que Haller, en ^^^ii 1773 et 1774, rédigea ses Réflexions sur la meilleure forme fouible de goutemement. Il les publia en trois volumes, qu'il appela M trois romans. Les deux premiers ont pour titre , Usong et Alfred^ le troisième : Fabius et Caton. Dans les deux premiers il cherche à ^ner l'idée d'un gouvernement absolu sous un maître vertueux;

dans le troisi&me il établit ane oomparaison entie l'aristocratie et la démocratie, et il conclut en faveur de la pzemière.

Peu de temps après, Haller rédigea plusieurs articles pour le Supplément du dictionnaire encfdofédique* On trouve dans les journaux allemands de Gœttingue, plus de quinze cents articles dus à son infatigable plume.

Les derniers ouvrages qu'il fit paraître, sont de pure éruditioa. Sa bibliothèque de botanique. (Bibliotheca botanica^quâscripta ad rem herbariam facientia a rerum iniiiiê reeeneentur) fut publiéeà Zurich, en deux volumes in*4<', dontle premier parut en 1771 et le second en 1772* La première partie s'étend jusqu'à TourneEoii, la seconde depuis ce botaniste jusqu'au temps de Haller.

Ce fut paiement à Zurich que parurent, en 1774 et 1775, les deux volumes in- 4® de sa Bibliothèque anatomique. Cet ouvrage est remarquable par la prodigieuse quantité de faits brièvement indiqués, et par les jugements profonds portés sur la plupart des auteurs.

La Bibliothèque de chirurgie (Bibliotheca chirurgica^ qud ecripia ad artem ehirurgicam fatientia a rerum initiis recensentur) fut pu* bliée en deux volumes in-4*, à Bâle et à Berne, en 1774 et 1775. Haller n'était pas chirurgien, et pourtant ce livre est un des plus remarquables que compte la chirurgie.

La Bibliothèque de médecine pratique {Bibliotheca medieinm prac^ tic^^quéscripta ad partemmedidnœpracticœfaeieniiaa rerumimitOi ad afilittm l77!ireoen$entur) fut publiée à Berne et à Bâle en 1776, 1777, 1779 et 1780, en quatre volumes in i\

Haller a rendu un grand service à la médecine pratique par la publication de cet ouvrage, dans lequel une seule épithète lui suffit pour peindre chaque auteur. L'ordre chronologique qui y règne est avantageux en ce qu'il indique Tordre à suivre dans la lecture des auteurs. Seulement comme il est oomUné avec Tordre scolaire, c'est-à-dire comme Tauteur a divisé son ouvrage en autant de parties qu'il y a eu de chefs d'école en médecine, il en résulte de grandes difiScmltés quand on veut y faire des recherches.

Ecoutons sur las BibU^thèfuee de Haller le jugement de Cuvier.

t Les bibliothèques de Haller, dit Guvier, sont quelque chose de prodigieux pour le nombre immense des ouvrages qui y sont mentionnés, n serait impossible aujourd'hui à un homme quelconque, mAme

en employant beaucoup de ooUaborateurs, de faire de pareils recueils, r fallait que Haller eût toutes les ressources de la bibliothèque de Oottingeo et les secours d'un grand nombre d'élèves qui travaillaient pour lui, qai allaient recueillir de tous côtés le titre des ouvrages et ^i'-s notes sur leur contenu pour composer une collection aussi extraordinaire : il y cite cinquante-deux mille ouvrages différents... Pour quiconque Teat étudier profondément une des scienoes auxquelles elles lont rslatlYes, les bibliothèques de Haller sont un trésor inestimable •t indispeiisable; car sans elles il est presque impossible de connaître Thiitolre de ces sciences, connaissance sans laquelle on est exposé à ennmettre beaoeoup d'erreurs et surtout à se donner beaucoup de peine pour découvrir des choses d^ découvertes (ij. »

La république de Berne avait donné,en différents temps,à Haller, plusieurs places dans ses tribunaux et dans les emplois publics. En 1758* la direction d'une prorince loi fut accordée. Il y simplifia les procédés suivis dans Texplcâtation des salines, et diminua ainsi les dépenses; il y fit aussi desaécber des marais et faire des plantations.

Nommé, en 1762, gouverneur du canton de TAi^, HaUer y reodit d^importants services. La rédaction du code des lois de cette république fut achevée par ses soins^ et il détermina par des easais faits en grand, qu'il communiqua, en i 764, à l'aca* demie des scienoes de Paris , la meilleure manière de préparer le tel par évaporation. Sa deseripiiim dê$ saUmei de F Aigle a été traduite en français par Deleuae.

A Berne, Haller contribua puissamment à la fondation d'un iHBpiee pour les orphelins, ainsi qu'à rétablissement d'une école diu» laquelle la jeoDease patridenoe était élevée aux frais du Riaiimueuient. U désira que son plus jeune fils y reçût loo édacatÎQQ. H obtint du gouvernement une pension extraordinaire en bveur du dargé du pays de Vaud, réduit depuis knigtemps à la ^MuMu, 11 fut nommé membre du conseil secret où se traitaient les affaires de TÉtat, et chargé, en cette qualité, de calmer le j inimitiés qui existaient entre les deux républiques de Genève et de Berne.

Cuvier parie en ces termes de Haller, comme homme public.

■ Ses principes de gouvernement étalent ceux de Taristocratie ab- ^' : il iaor sacrifiait même son intérêt personnel et U ea donna la

preuve dans une circonstance mémorable. Les familles patriciennes de Berne et quelques familles nobles du pays de Vaud, avaient seul* -^ le droit d'acheter des fonds seigneuriaux, ce qui, en contribuant au maintien de l'aristocratie, dépréciait considérablement la valeur de< terres. Haller, qui était lui-même propriétaire d'une seigneurie aurait gagné à l'abolition du privilège; néanmoins il vota pour le conserver, mais il fut seul de son avis. On dit que c'est l'unique occasion où son opinion ne Tait pas emporté dans les délibérations publiques. Au reste, il apportait à la rigueur de sa théorie politique les tempéraments pratiques qui peuvent seuls prolonger l'existence d'une aristocratie exclusive, une justice exactement impartiale, une amabilité parfaite et une grande libéralité. Ses subordonnés l'aimaient beaucoup et les sujets de Berne ne se seraient probablement jamais plaints de leur gouvernement s'ils n'avaient eu que de tels maîtres. •

Cependant, le vide que Haller avait laissé à Goettingue faisait désirer vivement son retour dans l'Université. Le roi Georges III lui fit proposer, en 1764, de revenir dans cette ville. 11 écrivit même, en 1769, au sénat de Berne, pour l'engager à lui rendre ce grand homme.

Berne employa, pour retenir l'homme qui faisait sa gloire, un si honorable lien, qu'il fut impossible à Haller de résister. Par une disposition dont il n'y avait pas encore eu d'exenaple dans l'État de Berne, on rendit un décret par lequel HaUer était mis en réquisition perpétuelle pour le service de la république. Bientôt après, on créa une charge particulière en sa faveur, avec la clause formelle qu elle serait supprimée à sa mort.

Voilà dans quelle honorable situation, digne d'une république et digne de Haller, ce grand homme passa le reste de ses jours dans sa ville natale. Il vivait au milieu de la considération universelle, entouré de ses onze enfants et de ses élèves, recevant les hommages de toutes les personnes de distinction qui voyageaient en Suisse. L'empereur Joseph II, qui avait traversé Ferney sans voir Voltaire, lui rendit visite : l'impératrice Marie-Thérèse avait prescrit cette conduite à son fils, à cause de la différence des sentiments religieux de ces deux grands hommes.

Haller était, en effet, fort religieux, et il n'avait jamais voulu se lier qu'avec des hommes attachés à la foi chrétienne. Il lisait assidûment la Bible, dont on lui doit une édition. Non-seulement il défendit la religion contre La Mettrie, mais il écrivit contre Voltaire, au sujet de la Révélation. Les profonds sentiments religieux n'étaient pas rares chez les grands hommes du siècle

dernier : les opinions et la conduite de Newton, de Descaites, d'Enler et de Leibniz en ont donné d'éminentes preuves.

Haller avait choisi pour devise la métamorphose de la chenille en papillon, avec ces mots : Non toîa périt î exprimant ainsi sa ferme conviction de Timmortalité de Tétre humain.

Cependant les infirmités de Tâge se faisaient sentir chez l'illustre savant. En 1776, la goutte, dont il avait déjà essuyé de violentes attaques, se porta sur la vessie, et lui fit éprouver plusieurs incommodités, qui Tobligërent à rester chez lui. Il couchait dans sa bibliothèque et y prenait ses repas. Il y travaillait avec ses élèves, aTec ses enfantSi avec sa femme, qui avait appris à dessiner et à peindre, afin de se rendre utile à sou mari. Il était le centre d'activité et d'impulsion de tout ce monde qui travaillait pour lui et avec lui. Dans un corps épuisé, son âme conservait toute sa vigueur, son esprit toute sa netteté.

C'est dans ces conditions qu'il fit paraître la seconde édition de sa grande Physiologie.

Haller faisait usage d'opium pour calmer ses douleurs. Il étudia sur lui^mâme, en profond observateur, les effets de ce remède, et il en consigna les détails, ainsi que ceux de sa maladie, dans les Mémoires de la Sociiti de Gosttingue.

Voyant ses forces diminuer de jour en jour, il comprit toute la gravité de son état. Il conjura son ami, le docteur Rosselet, médecin de Berne, de lui parler à ce sujet sans déguisement. Celui-ci n'osa lui cacher la vérité , et fixa à la fin de l'automne l'époque du dénoûment fatal. Haller, calme et résigné , continua de partager ses moments entre des occupations littéraires et scientifiques, et des exercices de piété.

L'avant-veille de sa mort, il avait tracé, d'une main défailllante, les lignes que voici :

* Je prie le oélèbre médecin Tissot de m'écrire par le premier courrier tar l'apparence du danger et les chances de guérir. Ce sera un effet de votre ancienne amitié... Je vous embrasse... Il y a de la vie ^i^^re, mais trop peu, et... fréquemment... pour guérir, être entraîné., ^oatable. »

Aux approches de la mort , Haller paraissait surtout occupé de suivre le progrès du dépérissement de ses organes. Sa main

fm SAVANTS DU DIX-HUITIÉME SIÈCLE

gauche posée sur Tartëre du bras droit, il snmit luiHoaême la diminutioa des battements de son pauls. Tout d'un ccap, il dil an docteur Roaselet : « Mon ami, rartève ne bat plus, s Aînâ, Hal- 1er coQstata scientifiquement le moment où il cessait de Thre.

Ses dernières heures furent très-calmea. II mourut afec la conviction certaine qu'il allait entrer en possession des biens étemels. Ce fut le 12 décembre 1777, à huit hemea du soir, qu'il eipira, en prononçant le nom de Jésus 1

Haller mourait à soixante-dix ans : vingt petits -fils et deux arrière-petits-fils Tentouraient à ce moment suprême.

Il avait en trois femmes. Nous avons raconté comment il perdit la première, et comment il adoucit sa douleur en peignant dans des vers, remplis d'une mtiancolie douoe et profonde^ les grftoes et les vertus de MarLanne Wyss, qu'il avait épousée en 1731. En 1 738, c'est-à-dire deux ans après le fatal accident de Gotlingue f il épousa Elisabeth Bûhner, fille d'un banneret de Berne. Mais elle mourut au bout de quelques mois de mariage.

Haller ne resta veuf pour la seconde tcAs que trois ans. II épousa, en 1741 , Sophie*Àmélie Teichmeyer, fille d'un professeur dléna , qui lui donna onze enfisnts.

On blâma quelque peu Haller de ce troisième mariage :

c Cependant, dit Gondereet, il ne s'est trouyé peut^re inlSrieur en délicatesse à ceux qui le condamnai^it le plus amèfeiaeAt, que pour avoir cherché des consolations publiques et légitimes. Û semblait qu'on lui eût pardonné plus aisément trois maltresses que trois femmes. »

La santé de Haller ne fut jamais robuste. Elle resta même très-faible jusqu'à l'flge de douze ans. II souffrit, pendant plusieurs années, de maux de tête continuels. Il éprouva souvent des accès d'une fièvre violente ; mais il surmontait toujours la faiblesse de son tempérament par laséréntè de son régime. On ne lui reprocha jamais d'autres excès que ceux du travail.

Haller était d'une taille au-dessus de la moyenne. Sa physionomie était pleine de nobiosse et d'expression. La vivacité de ses yeux annonçait à la fois sa pénétration et sa sensibilité. Il joignait à une certaine force physique une activité extraordinaire.

Sa mémoire tenait du prodige* En 1776, venant d'épraover

une chute, il touIiU reconnaître si ses facultés n'avaient pas été aSaiblifls par œt accident » et il se mit , pour éprouver sa mémoire, à écrire les noms de tous les fleuves qui se jettent dans rOoéan. Il ae fut content que lorsqu'il se fut assuré, par la carte de géographie, qu'il n'avait oublié aucun nom (1). U parlait el écrivait très-correctement le français.

t Las articles qu'il a donnés dans le êmpplènunt de la frtmi$ EnqfelO' fééii sur Tanatomie et la physiologie, a dit Guvier» sont des modèles <rélégance, de clarté, de précision, en même temps que d'une Justesse grammaticale très-remarquable surtout dans un étranger. >

n ne pomédtàt pas moins bien l'anglais et l'italien, et il entendait eneore plusieurs langues vivantes. Il avait appris le suédois i plus de quarante ans, seulement en causant avec quelques éftves de Suède, pendant les dissections d'anatomie. Son latin est remarquable par la netteté et la concision. Il possédait nonseulement ce grand nombre de langues dont nous venons de parler, non-seulement cette multitude effrayante de faits qui composent Kanatomie , la physiologie et la botanique ; mais eacore tout ce que l'antiquité, l'histoire, la géographie, les coQslitatione et les l^iislations des peuples, ont de pins varié. U étonna un jour des étrangers en leur nommant toutes les dynasties orientales dont a parié l'historien Guignes.

Bonsletten a hit de Haller le portrait suivant :

• Riea de plus beau que son regard, qni était à hi fois perçant et ■^etibte. C'était, de tons las hommes que yai connus le plus spirituel «t le plus aimable. Son immeose savoir avait la grâce de l'impromptu. 0 vivait habituellement dans sa vaste bibliothèque, où on le trouvait pvseqne ioQ}oun écrivant. Il j était presque toujours seul. Un Jour 'tue je le trouvai écrivant, j'eus avec lui une conversation sur le iibre arbitre. Touten me parlant il continuait d'écrire. On apporta les papieM anglais; le voilà à lire ces papiers sans quitter la pluma ni la ^nvenation. Je fus si étonné de sa présence d'esprit que lorsqu'il not fini ^ gaMtle, Je la pris et lui denaiidai la permission de Tinter- ^Ser sur Isconteau de qadques artidesu U avait toot lelena. i

Si Ton ajoute à ces traits particuliers et intimes de la personnalité et de la vie de Haller, les gigantesques travaux d'érudition

'0 bidore, Boorclon, lÏÏustrti médecin» et mUyraiùtei de$ iempi moderne», lo-IS

qu'il accomplit, la force d'attention, de pénétration et de justesse qu'il mit dans ses recherches expérimentales, on ne s'étonnera pas qu'on ait pu dire de lui ce que Plutarque a dit d'Aristote : Neqw cœlœ, neque terrd^ neque mari cuicquam relinquere voluit ineognitum.

L'empereur Joseph II acheta, pour TUniversîté de Pavie, qui les possède encore, les vingt mille volumes qui composaient la bibliothèque de Haller. C'est ainsi que, de nos jours, le gourernement français acheta la bibliothèque de Guvier, qui était tout aussi considérable.

Ce n'est pas sans raison que nous réunissons, en terminant cette biographie, les deux noms de Haller et de Guvier. Ces deux génies ont entre eux la plus grande analogie, par la nature et le nombre de leurs travaux et par leur puissance de travail. Haller a laissé toutefois un bagage scientifique tellement colossal que l'œuvre de Guvier lui-même ne saurait lui être comparée quant à l'étendue et à la variété.

On a écrit en Allemagne d'excellentes biographies de Haller, /Bais elles n'ont pas été traduites en français.

VÉloge de Haller par Sennebier est le seul ouvitige, écrit en français, qui renferme des aperçus développés sur la vie et les travaux de ce grand physiologiste. Nous possédons un Éloge de Haller par Vicq d'Azyr ^, un Éloge par Condercet et un autre du baron Louis ^. Mais toutes ces notices sont fort incomplètes, et nous avons dû, pour apprécier les divers travaux scientifiques de Haller, re* courir aux ouvrages dans lesquels ces découvertes sont exposées et jugées , particulièrement au Traité de physiologie comparée de M. Milne-Edwards, et à l'Histoire des sciences naturelles de Guvier.

(1) Éloges hùioriques, recueiUU par Morean (de la Sarthe). Paris, io-S*, 1805, t. II, p. 304-351.

(2) Eloges lus dans les séances pMiques de f Académie royaU de chirurgie, de 1760 à 1792, recueUlis par Fréd. Dubois. Id-8% Paris, 1859, p. 265-27S.

Lazaro Spallanzani, l'un des plus grands physiologistes des temps modernes, naquit le 12 janvier 1729, à Scandiano, petite ▼ille de la Toscane, située à deux lieues de Reggio, et à quatre lieues de Modène. Son père était avocat. Sa mère, Lucia Gigliani, éudi née à Colorno, dans le duché de Parme.

Il fit ses premières études dans la maison paternelle. A quinze ans on l'envoya à Reggio, où il étudia la rhétorique et la philosophie, sous la direction des jésuites. Ses maîtres, flattés de ses progrès rapides, le jugeaient digne de soutenir la gloire de leur ordre; mais l'élève se refusa à toute espèce d'engagement, et passa à l'Université de Bologne.

Il y avait alors dans cette Université une fenmie célèbre, Laura Bassi, qui était sa cousine, et qui professait la physique expérimentale. Elle faisait soutenir et défendait elle-même publiquement, desthèses, qui étaient Tabrégé de son Traité de physique. Son érudition, aussi bien que la facilité avec laquelle elle donnait la solution des questions les plus difficiles, étonnaient les savants étrangers. Une foule d'élèves assistaient à ses cours, avec l'attention H le respect que commandaient ses lumières et ses talents.

Laura Basai eut pour son jeune cousin les soins d'une tendre parente, d'une amie véritable et d'un maître éclairé. Spallanzani •Qt en profiter. Il se mit au premier rang de ses condisciples, eu

soutenant publiquement une thèse brillante, aux applaudissements de l'auditoire. Les professeurs de Bologne l'admirent dans leur cercle intime ; quelques-uns même le chargèrent de les remplacer dans les leçons qu'ils ne pouvaient donner.

Le jeune étudiant apprit, à cette époque, le grec et le français, sous le docteur Bianconî. Il consacrait tous ses moments à la lecture des che&'dTœuTre de Tantiquité ; et c'est dans cette lecture qu'il puisa cet amour de la forme littéraire qu'on retrouva plus tard dans ses écrits.

Par suite de l'usage qui destine les enfants à la profession de leur père, Spallanzani devait entrer au barreau. Il étudiait donc à Bologne, la jurisprudence, et suivait les cours de droit. Mais la sécheresse de ces matières ne pouvait captiver cet esprit chercheur et original. A force de prières, il obtint de son père l'autorisation de suivre le penchant qui l'entraînait vers l'étude de la nature.

Lazare Spallanzani s'engagea dans les ordres religieux ; mais il ne dépassa pas les ordres mineurs : seulement il porta pendant toute sa vie le titre d'abbé.

En 1754, il fut chargé d'enseigner à Reggio, la logique, la métaphysique et le grec

Il enseigna pendant six ans dans la ville de Reggîo, consacrant à l'observation de la nature le temps que lui laissaient ses leçons. Quelques découvertes qu'il fit, vinrent ajouter à sa passion pour l'histoire naturelle. Ses premières recherches sur les animalcules qui prennent naissance dans les infusions de matières végétales exposées à l'air, fixèrent l'attention de Haller et de Charles Boonet. Ce dernier, par un commerce de lettres, le dirigea dans ses travaux, et InentAt il l'annonça à ses amis comme promettant un naturaliste hors ligne^

Pour ne pas s'éloigner de sa famille, Spallanzani refusa les offres que lui firent les Universités de Parme, de Cdml^re et de Saint-Pétersbourg. Il voulait rester en Toscane. KentAt, il fut mis en possession d'une chaire à Modtoe. C'était en 1760 ; il avait alors trente-deux ans.

Spallanzani eut toujours le goût desvoyi^i». Bn 1762, Use mit à parcourir les Apennins* U mesura la profcndeiiT d'un lac, et exposa ses idées sur l'origine des sources. Il publia, en 1765, le Reeneil d'obsenatiims microêc^wts eomemmi h ^yt-

SPÂLLANZANI 2%

tiwu iê Needkam et de Bufim. Il établit, dans ee travail, par des expériences ingénieuses, ranimalité des êtres microscopiques dont avaioit parlé Needham et Buffon* 11 envoya cet ouvrage à Charles Bonnet, qm, sur cet opuscule, reconnut qu'il avait deviné juste en prédisant un avenir brillant au naturaliste de Modem. Dès œ moment, il se forma entre eux une intimité qui dura autant que leur vie.

Pendant la même année, Spallanzani fit paraître une dissertation latine {de lapidihu ab oquâ renliêniihêM) pour démontrer que les ricochets ne sont point produits par Télasticité de l'eau, mais qu'ils sont TeiFet naturel du changement de direction que la pierre éprouve dans son mouvement, lorsqu'après avoir frappé le liquide, elle remonte la courbure de l'eau formée par le choc.

L'étrange phénomène de la reproduction des membres amputés, chei certains animaux, fixait beaucoup alors l'attention des^savants. Spallanzani aborda ce sujet en 1 768. Dans son Prodromoli «I opéra da imprimeni sopra le ripreduxhni animali , il trace le plan des expériences dont il s'occupait alors sur cet important sujet. Il enseignait dans ce travail, la méthode à soivre dans ce genre de recherches, et il faisait connaître plusieurs faits inattendus. Il confirmait les régénérations multipliées du polype et du lombric (ver de terre). Il annonçait que le polype d'eau douce se reproduit à l'infini, et revit en autant de morceaux qu'il a été possible de le diviser.

Les expériences de Tremblay et de Bonnet avaient tracé la voie dans cette direction ; mais des animaux d'une organisation plus complète fournirent à Spallanzani des résultais, sinon plus étranges , au moins plus nouveaux. Entre ses mains des crapauds recouvrèrent leurs pattes , des lézards leur queue, le limaçon ses cornes, Tescargot terrestre les cornes, les lèvres et la bouche. La salamandre aquatique parut renouveler le prodige de l'hydre de Lerne. Le corps de ces animaux présente une série de vertèbres osseuses, qui décroissent eu volume depuis la tête jusqu'à la queue. Les salamandres aquatiques, comme les autres reptiles, ont un cœur, un système artâriel et veineux ; leurs membres thoraciques et abdominaux sont composés d*une multitude de petits oa. Mal({ré la * complication de cet organisme, Spallanzani fit voir que les salamandres possèdent à un haut degré la faculté de reproduire leurs membres amputés.

Non-seulement la salamandre peut renouveler ses quatre jambes, sa queue, ses mâchoires, armées de dents aiguës ; mais encore elle recouvre ces mômes parties, après une première amputation. En sorte que si l'on coupe successivement ses extrémités, on compte, après deux mois, jusqu'à cent os ainsi reproduits.

Tous ces faits étonnent encore aujourd'hui, quoiqu'on ait eu le temps de se familiariser avec eux.

Le monde savant était encore sous l'impression de ces curieuses découvertes, lorsque Spallanzani, en étudiant la grande Physiologie de Haller, résolut de s'occuper de la circulation du sang.

Les animaux à sang froid furent les premiers sujets de ses observations. Il soumit à son examen les salamandres, les grenouilles, les rainettes, les lézards, etc.

Avant lui, le cours du sang pendant la vie, n'avait été vu que dans la membrane mésentérique de quelques animaux. Il le suivit dans le tube intestinal, le foie, la rate, les ventricules du cœur, le poumon, etc. Il examina les progrès de la circulation à mesure que les canaux artériels et veineux se développent, que le cœur aug* mente d'énergie et que Tanimal pread de Taccroissement.

Les différences qui existent dans l'organisation des animaux à sang froid et des animaux à sang chaud, lui faisaient désirer soumettre aux mêmes expériences ces derniers animaux. Mais sur quel animal de cet ordre pouvait-il observer le mouvement du sang avec la même facilité que chez les lézards, les grenouilles et les salamandres? Il réussit à reconnaître le cours du sang dans les artères et les veines du mésentère des petits chats. Mais l'épaisseur des membranes ne permettait de voir que confusément le mouvement du liquide sanguin, et Spallanzani serait peut-être resté dans l'incertitude et la même ignorance sans un hasard heureux.

c En répétant pour son instruction les belles observations de Haller sur la formation du poussin et voulant bien me montrer l'accroissement progressif de ses organes, mon ami Dezia, dit Spallanzani, me présenta, un jour, un œuf couvé, dans lequel on remarquait plus facilement les premiers linéaments de l'embryon, le cœur doué les battements et le cordon ombilical parsemé d'un réseau magnifique de vaisseaux.

c Ce spectacle, aussi étonnant que nouveau, frappa mon imagination. Je mis Tœuf sur le porte<>bjet du microscope de Lyonet; et malgré

l'éclat de la lamiére qui m'environnait, je vis d'une manière si distincte la circulation du sang dans les veines, et les artères que transporté d'une joie inattendue, je crus cette fois pouvoir m'écrier moi mussi : fApvcA, cupfwa, j'ai trouoét fax trouvé ( »

Spallanzani fit cette découverte en mai 1771. Le mouvement de circulation du sang se manifestait avec tant d'évidence par ce nouveau procédé, qu'il parvint à répéter, avec l'embryon des oiseaux, les principales observations du cours du sang qu'il avait faites sur les salamandres, les grenouilles et les lézards vivants.

L'identité des phénomènes fut si complète, que les natura* listes n'hésitèrent plus à appliquer aux animaux à sang chaud, et par conséquent à Tespèce humaine le résultat des faits que Spallanzani avait observés sur les animaux à sang froid. Ainsi fut entièrement hors de doute le phénomène de la circulation du sang chez tous les animaux.

U serait trop long de rapporter ici toutes les expériences de Spallanzani sur la circulation du sang chez les animaux vivants. Quelques-uns des résultats qu'il obtint s'accordent avec ceux obtenus par Haller, d'autres s'en éloignent. Spallanzani, après avoir constaté ces divergences, essaya de les expliquer par ia différence des procédés et la multiplicité de ses propres expériences sur des élres variés.

« A Dieu ne plaise, dit-il, que je veuille ternir la gloire de cet immortel écrivain. En indiquant la cause de la diversité de nos résultats, j'ai plutôt en vue ma propre justification, que le nom de Haller rend si nécessaire. •

Haller était si convaincu de l'importance des recherches de Spallanzani, qu'il lui dédia le quatrième volume de son immortelle Physiologie. Le grand naturaliste de Berne s'honorait lui-même en honorant son rival.

La publication de l'ouvrage de Spallanzani sur la circulation du Sony, avait répandu dans toute l'Europe savante la célébrité de l'auteur. L'impératrice Marie-Thérèse, qui venait de rétablir sur on plan plus vaste l'Université de Pavie, et qui voulait y appeler des professeurs illustres, fit inviter Spallanzani à venir occuper, dans cette Université, la chaire d'histoire naturelle. Spallanzani accepta ce poste.

Spallanzani était un professeur éminent; il s'occupait de ses leçons une année à l'avance. Une éloquence simple et vive animait

sa parole. Aussi, un grand nombre d'étudiante accoururent-ils à Paviepour suivre ses leçons.

Il prit pour texte de son premier cours public, Touvrage de Charles Bonnet, Comtemplations de la nature. Il développa les idées philosophiques de Tauteur, et confirma ses théories par des expériences nouvelles. Il traduisit même en italien l'ouvrage du naturaliste suisse. Cette traduction parut en 1769 et 1770, en deux volumes.

C'est en exposant le système de Charles Bonnet sur la génération des corps organisés, que Spallanzani sentit la nécessité d'en» treprendre de nouvelles recherches sur la génération. Il publia, en 1776, le résultat de ses expérimices, dans ses ùposeoU H fUiea animale e vegetabUe^ qui sont le développement d'une partie des observations microscopiques qu'il avait déjà mises au jour.

Nous nous arrêterons un instant sur les belles recherches de Spallanzani concernant les infusoires. Le physiologiste italien a jeté les plus vives lumières sur la structure, l'origine et les Sanctions de ces êtres. En môme temps qu'il renversait les théories de Buffon et de Needham, il se posait en adversaire d'une doctrine qui, sous le nom de théorie de la génération spontanée, a fait beaucoup parler d'elle de nos jours.

On conçoit aisément l'étonnement etradmiralion qu'éprouvèrent les observateurs qui, les premiers, découvrirent, grâce au microscope, les milliers d'êtres vivants qui grouillent dans les infusions de matières organiques . Leuwenhoek, le père de la micrographie, avait fait, vers la fin du xvii® siècle, la découverte de ces êtres singuliers. Cinquante ans plus tard, Baker et Trembley les étudièrent de nouveau. Hill, Joblot, Schafier, Roesel^ Ledermulleret Wrisberg, publièrent aussi des observations sur ces animaux microscopiques.

Nous venons de caractériser ces petits êtres en les rangeant dans le règne animal ; cependant BufTon leur contestait les attributs de l'animalité. Il ne voyait dans ces êtres que les particules d'une matière active et vivante, once qu'il appelait les molécules organiques. L'anglais Needham se passionna pour cette hypothèse, qu'il étendit beaucoup. Needham disait qu'il y a dans la matière une force chargée de la formation et du gouvernement du monde organique. Il ajoutait que c'est cette force qui, en mettant en mouvement toutes les parties de la matière, y excite une espèce de vitalité distincte de toute autre sensation. Il rapportait à cette force

toos kl phénomènes des fooctioiis de récoQomie vivante, et faisait wartaal remaïquer son éimgîe dans la création de nonveaux êtres organisés. Needham tirait de la naissance des animalcules dans les infusioBs ime preave en faveor de sa théorie. Il croyait avoir démontré, par ses expériences, que ces petits êtres ne s'y produisaîeiit poini par des germes propres, mais qu'ils étaient dûs à la force qu'il appelait végétairice.

C'était à peu près la génération spontanée, qui a été de nos jours mise de nouveau à la modes; seulement elle était alors appuyée d*ane explicaticm théorique, tandis que les partisans modenes de la génération spontanée admettent le bût, sans s'occuper auconemeat de l'expliquer. Car, dire que la matière s'organise par elle-même, c'est ne rien dire. Les précurseurs de cette doctrine, an znn* sièck, tentaient au moms d'en fournir une explication.

Quoi qu'il en soit, Spallanzani combattit le système de Needham. n démiwtra que les infusoires sont des animaux ovipares on viviparea, qu'ils se multiplient par division, et que ce sont leurs germes disséminés dans l'air, qui viennent peupler les infusions. En d'autres termes, Spallansani trouva la réponse convaincante que Ton oppose aujourd'hui aux partisans de la génération spontanée. Il démontra que des gennes sont les producteurs des infusoires. Ces germes flottant dans l'atmosphère, se développent et se multiplient quand ils viennent à tomber dans les infusions organiques expoaéea à l'air.

Le naturaliste italien s'est assuré que ces êtres ont un mouvement propre, qui s'accélère ou se ralentit à leur gré ; que chaque espèce se distingue par dA allures particulières, par des formes qui lui sont propres et par des instincts diiTérenls. Il a démontré que ces animalcules se nourrissent, rendent des excrétions, augmentant en volume et se multiplient, comme nous l'avons dit plus haut, par des œu£s, par des petits vivants ou par division. Il a vu qu'ils sont tués par ce qui donne la mort aux insectes, comme les odaars, les liqueurs qpiritueoses, l'étincelle électrique ; et que quelquea-oiis même supportent mieux la chaleur et le froid que la plupart des autres animaux.

C'est par des expériences aussi nombreuses que variées que Spallansani démontra l'animalité des infusoires, et renversa, en même temps que les idées de Needham, la vieille théorie de la gé* oéntion spontanée.

Spallanzani n'en avait pas encore fini avec ce monde inconnu dont il révélait les merveilles. Il soumit à ses investigations ces petits êtres gui fourmillent dans le liquide fécondateur des animaux, et que Leuwenhoek avait découverts le premier.

Il entreprit ensuite une série d'expériences sur ce qu'il appela la mort et la ressuscitatian alternative des rotifères. Nous devons exposer avec quelque détail cette dernière découverte.

En observant au microscope l'eau bourbeuse retenue dans les gouttières, des toits, Leuvsrenhoek y avait trouvé des animalcules bizarres, qui portaient sur le côté de la tête, deux disques, garnis d'une frange de cils vibratiles, dont les mouvements produisaient l'effet optique d'une roue tournant avec rapidité. C'est de là qu'est venu le nom de rotifères. Leuwenhoek avait remarqué que si Teau dans laquelle nagent les rotifères^ vient à s'évaporer, ces petits êtres se dessèchent et semblent mourir; mais qu'ils semblent revivre si l'on humecte de nouveau la poussière dans laquelle ils sont renfermés. Spallanzani s'attacha à l'observation de ce phénomène extraordinaire que Leuwenhoek n'avait fait qu'effleurer. Il étudia les rotifères en micrographe exercé et en physiologiste profond.

Non-seulement Spallanzani put en desséchant alternativement les rotifères et en leur rendant l'eau, tuer (en apparence) et ressusciter les rotifères, mais il découvrit qu'ils ressuscitaient toujours quel que fût le temps pendant lequel ils étaient restés à sec.

c J'ai fait sécher onze fois le môme sable, dit Spallanzani, et je l'ai mouillé aussi souvent. J'ai toujours vuJa mort des rotifères suivre le dessèchement de Teau et leur vie recommencer lorsqu'on humectait le sable.

> J'ai encore, ajoute-t-îl, du même sable que j'avais mis en expérience il y a quatre ans. Je l'ai conservé très-sec dans un petit verre fermé; cependant, après l'avoir humecté, les rotifères y ressuscitèrent très-promptement. >

Les rotifères qui habitent les toits des maisons et des bâti* ments exposés aux intempéries des saisons , doivent être doués d'un tempérament bien robuste, pour résister aux froids les plus piquants , comme aux plus fortes chaleurs. Spallanzani fit, à ce sujet, de curieuses expériences. Il constata que ni le froid des plus rigoureux hivers, ni les rayons les plus ardents du soleil, n'empêchent les rotifères secs de ressus-

SPALLâNZANI 305

citer ; tandis que non desséchés, ils périssent dans les mêmes con-

€ Je tirai, nous dit-il» d'une gouttière exposée au midi, le sable des roiifères qui avait éprouvé pendant vingt-neuf jours la chaleur du soleil au cœur de Tété. Cette chaleur ne leur nuisit point, car, après avoir trempé ce sable avec de l'eau, je trouvai un très-grand nombre de ces animaux qui étaient tous vivants.

» Je mis encore un peu de ce sable dans des tubes de verre trèsminces hors d'une fenêtre exposée au midi où la réverbération d'un mur voisin excitait une chaleur plus forte, et je les laissai là pendant tout Tété. Durant quelques-uns des jours les plus brûlants, le thermomètre monta à 49<>; mais cette chaleur ne fit aucun mal aux rôtiféres.

» Après avoir mouillé le sable qu'ils habitent avec de l'eau, ils y parurent avec la même vivacité, la même promptitude et la même abondance que dans d'autres sables placés sur le même toit du septentrion et qui avaient éprouvé rarement ou presque jamais l'actiondes rayons solaires.

9 Je condus donc que la chaleur de l'été n'ôte point aux rotifères la faculté de ressusciter ; mais en est-il de même lorsqu'ils sont ressuscites? Cette chaleur leur est-elle également supportable?

» J'ai encore exposé ces tubes avec le sable et l'eau où une foule de rotifères nageaient dans ce même lieu si chaud, dont j'ai parlé. L'effet fut bien différent. Au bout d'une demi-heure, la chaleur du soleil, qui indiquait 46o, tua ces rotifères. Il n'en est donc pas de même des rotifères desséchés et privés de vie que de ces mêmes animaux en vie et en mouvement. >

Spallanzani, par contre, ayant pris sur un toit, dans les plus grands froids de l'hiver, du sable gelé, fit fondre le mélange, et ea retira un grand nombre de rotifères vivants.

Il alla plus loin. Il soumit un morceau de sable gelé à un froid artificiel de — 19 degrés. Les animaux contenus dans ce sable gelé se ranimèrent dès que la glace fondit.

Spallaniani multiplia à l'infini ses observations sur les animaux « qu'on peut tuer et ressusciter à son gré. »

Nous ne nous arrêterons pas sur toutes les observationscontenues dans son ouvrage sur les Animalcules^ mais nous ne saurions résister au plaisir de reproduire ici la première page du chapitre sur les animalcules des toits. On y sentira Timportance que Spallaniani attachait à ce genre d'études, et la passion qu'il éprouvai pour la recherche de la vérité dans la nature.

• Le sable des tuiles, dit-il, la fange des fossés et des marais, qui passent aux yeux du vulgaire pour des matières très-viles, deviennent

pour robservatenr philosophe xme soiurce de mecyeilles par les êtres rares qu'on y trouve. C'est aux fossés et aux marais qu'on doit les polypes à bras, à masses, en entonnoir, à bulbes, à nasse, à panache. C'est là qu'on trouve les vers d'eau douce, les vers en bateau, le mille-piedi à dairds. Ces ammuiix ont confondu l'esprit humain par leurs, merveilles et ils ont créé mne nonvelle- plulosophiep* La salde des tuiles, quand il ne servirait d'habitatioB qu'aux rotifèies» n'en serait pas moins illustre et moins fameux. Un animaU qui ressneeite après sa mort et qui, dans de certaines Ëmitea, ressuscite autant qu'on le vent est nn phénomène aussi inouï qu'il paratt d'abord InyiaiBemblable et paradoxal; il confond les idées les plus reçuaffsur l'asinuklité, il en produit de nouvelles et il devient un objet aussi intérasBant pour les recherches du naturaliste que pom les spécnlaticmsdii mé* taphysicien» La valeur et la célébrité de ce sable angaentent quand on sait qu'il contient d*autres animaux qui ont, comme le rotifôre, la faculté de ressusciter; de telle manière qu'on peut presque dhra que tous les animauix que ce sable nouiirili aoni destiinéaà lloBBertafiié. >

Spallanzani termine ses deux volumes surles AmmaftfHteparuiie Histoire de moisissures. Il fait voir la semence des mousBes: flottuit dans Tair, ce qui détruit lliypothèse de leur génération sponianée. Il fait remarquer également que cesplantes mieroscq^/^pjaa aa dietinguent de la plupart des autres v^étaux, par leur tendance à croître dans toutes les directions, sans âtre soumises i la loi^ presque universelle, de laperpendicularité des tigeeau terrain.

Il peut paraître singulier aujourd'hui que Spallanzam ait cru levoir faire des essais très-nombreux et très variés pour démontrer que la poussière noire contenue dans les petites têtes des moisissures, sont les semences de ces champignons. (Test que du temps de Spallanzani, le fait était admis sans preuves sufEsantes par les uns, et le plus souvent nié* par les autres.

c Pour moi, dit en terminant Spallanzani, Je serais heureux at entre autres choses j'avide résolu la question sur la vraie erigiiie des moisissures les plus communes ; elle a'avait paa été bien discuté^ elle avait jeté quelques personnes dans l'erreur ancienne et dangereuse des générations spontanées. >

Chargé de la direction du cabinet dlûstoire naturelle de FUniversité de Pavie, Spallanzani était dépositaire â*un tr&or, qui, pour ainsi dire, n'existait pas. Il en jeta les fondements, et ce musée qui lui dut sa naissance et ses accroissements, acquit bientôt une célébrité européenne.

En 1 779, le zélé naturaliste parcourut la Suisse et le paja das

GnsDQs. 11 Tiat don à Grenève, où il passa un mois avec ses amis, Trembley, Boanel, de Saussure et Sennebier. Ce dernier garda on rit souvenir de cette zéunioa, comice le montre cette page, écrite avec le cœur.

m Mon Ame, dxl-il, venait au-devant de celle de ces grands hommes. Je me plaisais à leur entendre dérouler le ûl de leurs grandes pensées et je m'animais en réfléchissant sur les grandes vues qu'elles faisaient naître, n serait utile de rapporter ces conversations amicales pour llMMinear de ceux qui les tinrent, et l'instruction de la postérité ; Duûs il sera toujours important de savoir que les beaux génies savent savourer les douceurs de l'amitié et trouvent leurs délices dans les épanchements du cœur comme dans la découverte des myBlèitsde la nature. >

Spellannni retooma en Italie par le mont Sainfr-Gothard* après être allé à Berne, rendre un pieux hommage aux cendres de HaUer.

De retour à Pavie, en 1 780, il publia deux nouveaux volumes de tes Disiêrîazioni di fisica animale e végétale. Le premier volume traite de la digestion , le second de la génération des antmmêx «I dee pkmtes.

La digestion, cet acte supérieur à l'aide duquel le corps hu* main puise continuellement dans le monde externe la source de set fbrces, avait été expliquée par les anciens physiologistes d'une manière obscure ou bizarre. Il s'agissait de soumettre à l'expérimentation directe cette fonction si importante, et encore à peu près inconnue.

Les premières recherches expérimentales sur la digestion avaient élé laites par Béaumur.

On savait, par les expériences du naturaliste français, que nous «fons déjà rapportées dans cet ouvrage, que des corps très-durs, introduits dans l'estomac de certains oiseaux, sont usés et ré-* duils en poudre. Connaissant les muscles puissants qui entourent ou constituent l'estomac de ces animaux, on en concloait que la digestion, chez tous les animaux en général, est un acte de trituration. Mais comment expliquer, avec cette théoriOi la digestion ches rhonune et chez les animaux dont l'estomac n'a que des parois minces et membraneuses? Ne pourrait-elle être due à l'action d'un suc digestif? Réaumur avait mis ce fait hors de doute, par une expérience élégante. Il faisait descendre dans l'estomac de

certains oiseaux, des morceaux de viande enfermés dans un tube métallique, et soustraits, de cette manière, à toute pression de la part de l'estomac. Ces morceaux de viande étaient parfaitement digérés. La simple trituration n'expliquai|; donc pas l'acte disgestif.

Telle était la conclusion à laquelle Réaumur avait été conduit. Cependant ses expériences étaient incomplètes, et il était réservé à Spallanzani d'achever l'œuvre à peine commencée.

Les animaux à estomac musculeux furent Tobjet des premières recherches de Spallanzani. Il confirma, par d'ingénieuses expériences, l'opinion de Réaumur que la trituration des graines dans l'estomac des oiseaux granivores, ne peut être produite que par la pression des parois de lestomac. Il fit avaler à plusieurs oiseaux de l'espèce des gallinacés, différentes graines de céréales placées dans des tubes de métal ouverts par les deux bouts, et maintenues néanmoins dans leur cavité par des fils de fer croisés et formant grillage. Défendues par cet appareil, les graines ne subirent aucune altération remarquable ; tandis que, administrées isolément, elles étaient constamment brisées par la seule puissance de l'estomac.

Spallanzani montra, par des expériences extrêmement curieuses, la force des parois stomacales chez certains oiseaux. Des tubes de fer-blanc bouchés à leurs extrémités par des lames circulaires, et introduites dans l'estomac d'un coq d'Inde, furent trouvées dans un tel état d'altération que les lames circulaires, non-seulement en étaient détachées, mais encore étaient en partie rompues, écrasées et bizarrement contournées.

Il fondit à la lampe d'émailleur des globules de verre assez épais, pour ne pas se briser quand on les jetait avec force contre terre. Au lx)ut de trois heures de séjour de ces globules dans l'estomac des chapons et des poules, il les trouva réduits à de petits fragments.

A ces corps polis, il substitua des corps aigus tranchants. Dans une balle de plomb, il fixa douze grosses aiguilles d'acier, qui débordaient la balle, et il fit avaler cette espèce d'armure à un coq d'Inde, qui la garda un jour et demi dans son estomac, sans paraître en éprouver aucun mal. En effet son estomac n'avait pas reçu la plus légère blessure de ce barbare appareil, qui fui d'ailleurs trouvé entièrement démantelé, toutes les aiguilles étant rompues et séparées de la balle de plomb.

FAIT Ota KXl

SPALLANZAKI 309

Une expérience analogue, faite avec une balle de plomb armée de douze petites lames de lancettes, donna les mêmes résultats.

On voit de quelle force» de quelle pression, de quel degré de résistance, jouissent les parois stomacales chez certains oiseaux.

Spallanzani se préoccupait du rôle que jouaient dans la digestion des oiseaux granivores, les nombreuses petites pierres que Ton y trouve toujours. On avait pensé jusque-là qu'elles servaient à briser les grains ; mais Spallanzani reconnut l'inexactitude de cette explication. Il prit des pigeons sortant de l'œuf, et les enferma dans unecage,pourlesempécher d'avaler les pierres du sol, selon l'habitude de ces oiseaux. Au bout d'un mois, il leur fit avaler des tubes de fer-blanc, et des globules de verre. Aucun de ces oiseaux n'avait de pierres dans son estomac, et pourtant les tubes furent déformés et les boules de verre rompues.

Il faut conclure de là que les pierres sont inutiles aux oiseaux pour la trituration de leurs aliments, puisque sans cet auxiliaire ils pulvérisent les corps les plus durs. Les cailloux qu'on trouve toujours dans l'estomac des gallinacés, ne sont pas le résultat d'un acte prémédité de l'animal, ils ne proviennent que de leur présence fortuite dans les aliments.

Après avoir démontré que les aliments dont se nourrissent les canards, les poules, les oies, les pigeons etc., sont triturés par l'action mécanique des muscles de l'estomac, Spallanzani prouve que cette trituration n'est qu'un auxiliaire, et non la cause essentielle de la digestion, et que cette fonction s'exerce principalement par le liquide que sécrète l'estomac, c'est-à-dire par le sue gastrique.

Nous ne le suivrons pas dans ses expériences, toutes ingénieuses, toutes concluantes; mais nous ne pouvons nous empêcher de mentionner la plus curieuse : nous voulons parler des digestions arti/iciêUes.

Spallanzani remplit de suc gastrique deux tubes de verre. Il mit dans l'un de ces tubes de petits morceaux de chair de chapon, et dans l'autre des grains de blé écrasés. Puis, pour leur communiquer la température de l'estomac, il plaça les deux tubes sous ses aisselles, et il les laissa dans cette position, pendant trois jours. Il constata alors que la viande contenue dans un des tubes était en grande partie dissoute dans le suc gastrique, et que le reste avait perdu sa rougeur naturelle et était devenu

3i0 SAVANTS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE

très-tendre. Il aurait suffi d'un jour eaicore pour que toute la chair fût entièrement dissaute par cette sorte de Hig<>ifti^n artificielle.

Les expériences de SpallaoEani sur les digestions artifici^les ont été, de nos jours, variées de bien des manières, et i'in a dépassé de beaucoup les résultats obtenus par le célèbre pkysiologiste italien ; mais il ne faut pas oublier qae Spallanxani est k premier auteur de cette découverte merveilleuse.

Pour obtenir le suc gastrique dont il avait besoin en grande quantité, Spallanzani employait de petits morceaux d'^xmge enfermés dans des tubes, qu'il £sdsait avaler à des corneilles. Au bout d'un certain temps de séjour dans l'estomac, oiseaux rejetaient l'éponge par le vomissement. L'éponge alors fournissait le suc gastrique. En faisant avaler à cinq neilles sept à huit tubes garnis de leurs éponges, Spallanzani obtenait, au bout de trois heures et demie, quand les tubes avaient été vomis naturellement par Toiseau, un poids de 480 grains de suc gastrique.

Pendant le mois de juin, il exposa au soleil deux petits vases de verre pleins de suc gastrique des corneilles ; dans l'un, il mit de petits morceaux de chair, et dans l'autre de la mie de pain.

€ L'action du soleil pendant neuf heures, dit*il, produisit un grand effet sur cette digestion que je voulais produire artificiellement. Un< bonne partie de la chair étsdt réduite en une espèce de colle qui coo^ lait entre les doigts; il n*en restait que le noyau ou la partie da milieu qui était encore ûbreuse et qui avait quelque oonsistanoe. Mais elle perdit cela le lendemain. La chaleur solaire fut désignée pendant ces deux jours par le quarante et le quarante-cinquième degré du thermomètre Dans la comparaison que je fis en mettant la

chair dans Teau et en Texposant ainsi au soleil, je m^aperçus au bout de deux jours d'une division très-superficielle... Mais elle n'était rien en comparaison de celle qu'avait produite le suc gastrique... La chair sentait mauvais, ce que je n'observai point dans les dissolutions opérées par le suc gastrique. »

Dans une série d'autres expériences, Spallanzani s'occupa de la digestion chez les animaux à estomac membraneux, c'est-àdire les grenouilles, les salamandres, les couleuvres, les vipères et les poissons, aussi bien que chez les moutons, les bœufs et les chevaux, les chats, les chiens, les chouettes, les ducs, le faucon, l'aigle, etc.

SPi^LLANZANI 311

n fellait poortaoïift arriver à ezpârimenter sur Thomme. Avant Spailanzani toutes les expériences manquaient absolument sur la digestion humaine .* on n'avait îsât que des conjectures et des

c ^n réfléchissant, dit Spailanzani, aux expériences qu'on pouvait faire sur rhomme et à celles qui devaient ôtre les plus impartantes, il m'a paru qu'elles pouvaient se réduire à deux chefs principaux, c'est-à-dire d'avoir du suc gastrique de l'homme pour répéter les expériances que j'ai faites avec celui des animaux et A avaler des tubes remplis de différentes substances végétales et animales aûn de voir les changements qu'elles auraient subis en sortant par l'anus. Je pensai de faire ûbs ex^pécionces sur moi-même, mais j'avoue que celle des tubes me £t craindre quelque danger; je savais que des corps arrêtés dans l'estomac sans se digérer, avaient produit des effets funestes et étaient sortis au bout d'un temps assez long par le vomis- ■enent. Je me rappelai les cas où des corps semblables avaient été arrêtés dans les intestins^mais aussi des laits contraires et journaliers m*encourageaient à tenter ces expériences ; je voyais que des noyaux trée-durSy comme ceux des cerises, des griottes, des nèfles, des pranes» étaient impunément avalés par les enfants et les paysans, qu'ils passaient fort bien par l'anus et qu'ils n'avaient jamais occasionné la moindre incommodité. Au milieu de ces combats, les der* oiers faits que j'ai rapportés m'engagèrent à surmonter ma répugnance. *

Spailanzani axala aussi de petites bourses de toile contenant des matières aottrtivea, ainsi que de petits tubes de bois remplis de chair :

« Je n'avalai d'abord qu'un seul petit tube, dit-il, où j'avais mis trente-six grains de chair de veau cuite et mftchée : il sortit heureusement au bout de vingt-deux heures... » Dans une autre expérience, Spallansani iremplit un tnbe âe viande, l'avala, le garda dix-sept heures dans son corps. • Je n'aperçus pas, dit-il, que ce morceau de veau cuit et m&ché eût perdu son suc, mais je le trouvai gélatineux etdèfaii^. Le gotii de cette gelée était doux »

Rar m nombreoBS expériences faites sur lui-même, avec un CMJiage et une aadaoe qui donnent la mesure de eon dévouement à la sdenoe, ^nilbmzani établit cette vérité fondamentale, que la digestion se fait chez Tbomme, sans le secours d'auoune force tritnrante, et par la seale action du suc gastrique.

Pour te procurer le auc gastrique humain et essayer avec ce liquide des digeelions artificieUes, Spailanzani tirait ce suc de son estomac par le vomissement, excité le matin et à jeun.

c Je préférai irriter ma gorge avec mes deux doigts ce qni me ferait vomir plutôt que d'avaler de Teau tiède qui se serait mêlée avec le suc gastrique. J'employai deux fois ce moyen de cette manière et j'eus une quantité de suc gastrique suffisante pour entreprendre quelques expériences dont je parlerai. J'aurais bien voulu répéter cet exercice pour avoir encore mon suc gastrique, mais j'éprouvai un sentiment si pénible, et des convulsions générales et surtout de l'estomac, môme pendant plusieurs heures après le vomissement^ que ma curiosité ne put vaincre ma répugnance. >

Ne pouvant exposer avec détails les innombrables recherches de Spallanzani œncernant la digestion, nous emprunterons à l'ouvrage de M. Milne Edwards (Physiologie comparée) l'exposé des principales découvertes du naturaliste de Pavie dans cet ordre de recherches.

Spallanzani démontra que la digestion peut s'opérer quand les aliments introduits dans l'estomac sont soustraits à l'action mécanique de cet organe, et accessibles à des fluides seulement. — Il constata que la digestion peut s'effectuer dans l'estomac d'un cadavre contenant du suc gastrique, aussi bien que dans celui d'un animal vivant. — Il parvint à opérer dans un vase inerte, des digestions artificielles, en faisant agir sur de la viande le liquide extrait de l'estomac de divers animaux. -^ Il reconnut que la désagrégation des matières alimentaires qui amène leur transformation en chyme, ne dépend pas de leur putréfaction, que le suc gastrique s'oppose, au contraire, à cette décomposition putride des substances organiques. — Il fît voir enfin que la digestion n'est pas accompagnée des signes ordinaires de la fermentation, et que les phénomènes physiologiques qui se passent dans l'estomac sont essentiellement dus à la propriété dissolvante qui est l'apanage du suc gastrique.

L'admirable travail du physiologiste de Pavie renversait tout l'échafaudage d'une foule de théories ténébreuses sur lesquelles les médecins avaient jusque-là bâti les procédés de traitement les plus mal conçus. C'est à Spallanzani qu'il faut rapporter, comme à leur source première, toutes les découvertes que l'on a faites depuis sur ce point fondamental de la physiologie. Les expérimen* tateurs de nos jours ont confirmé les résultats mis en lumière par Spallanzani; et la chimie organique est venue, plus récemment, achever l'explication théorique de tous les phénomènes de la digestion chez l'homme et chez les animaux.

SPâLLANZANI 313

Nous avons examiné avec soin les magnifiques travaux de Spallanzani sur la digestion ; nous serons plus sobre de détails sur ses découvertes concernant la génération.

Il débuta, dans ces recherches difficiles, par Tétude de la reproduction chez les gi-enouilles, les crapauds et les salamandres.

t Peut-être, dit-il, des personnes délicates éprouvent-elles quelque dégoût à entendre parler de crapauds, de ces animaux si laids en apparence. Ils auraient peut-être préféré qu*on les entretint d*animaux plus agréables ou qu'on touche avec plaisir ; mais le naturaliste n'a aucune prédilection pour les productions de la nature; il les observe toutes indifféremment. Les idées de dégoût et de laideur ne sont pas dans la nature mais dans notre imagination : chaque créature quelque vile qu'elle paraisse a une beauté indélébile ; elle est l'ouvrage du ^rand architecte et Pétrarque dit fort bien que toutes les choses qui concourent à faire l'ornement du monde sont sorties parfaites des mains de leur éternel souverain. »

Spallanzani découvrit que la fécondité des germes, chez ces animaux, s'opère hors du corps de la femelle, à mesure de la ponte. Il réunit des matériaux précieux pour l'histoire de la génération chez les batraciens, et fit une étude particulière de leurs mœurs et des circonstances qui les accompagnent ou qui exercent sur eux quelque influence.

Spallanzani fut le premier qui pratiqua avec succès des fiem-daiians artificielles. Ayant mouillé avec la liqueur fécondatrice d'un m&le, les œufs sortis du corps des grenouilles, il les rendit féconds. Il multiplia ses observations, varia ses essais, et fit une profonde étude des circonstances qui favorisent ou empêchent la fécondation chez les batraciens.

Il ne se borna pas, dans ses expériences de fécondation artificielle, i expérimenter sur les batraciens; il opéra sur les œufs de papillon du ver à soie, et arriva jusqu'aux grands animaux dont les germes, artificiellement fécondés par ses ingénieux artifices, se développèrent et naquirent au terme fixé pour la gestation.

C'est par des milliers d'expériences que Spallanzani jeta la lumière sur les mystérieux phénomènes de la génération animale.

< Chacun, dit-il, dans Vlntroduetion de son ouvrage, répète que la génération est un mystère qui parait destiné plutôt à exciter noire admiration qu'à devenir le sujet de nos recherches. Cette pensée fa* vorise beaucoup l'inertie des paresseux. Quand l'on considère le

mystère de la génération dams las temps paBséa, il faut convenir qa'il était enveloppé dâs ténèbres les plus épaisses; mais Haller et Bonoet y ont répandu de la lumière et quoique je sois bien éloigné de croire les avoir dissipées, cependaot j'aime à penser que j'ai diminué Im épaîssonrfit que j'y ai fait jaillir quelques rayons. •

Les expériences que ce grand physiologiste tenta sur la repioluction des plantes, firent également beaucoup de bruit dans le monde scientifique. Spallanzani a été le créateur d'une théorie qui porte le nom de parthénogenèse^ Il avait cru pouvoir conclure de ses expériences sur le chanvre, l'épinard, la pastèque, etc., que les graines pouvaient être fécondées sans que le pollen eût agi sui* Je pistiL Des observateurs modernes (Thuret, Naudin, etc.) avaient cru devoir adopter les idées de Spallanzani à ce sujet; mais de nos jours, grâce à de nouvelles i*echerche8, des doutes les plus sérieux, les plus légitimes, s'élèvent contre la théorie de la parthénogenèse.

Nous suspendrons un moment l'exposé des innombrables cherches de Spallanzani, pour dire quelques mots de la personne de cet illustre savant.

Les voyages scientifiques étaient un des moyens qu'affectionnait le physiologiste de Pavie, pour ajouter à la somme de nos connaissances. En 1 781 il entreprit un voyage, dans le but d'augmenter les collections de son cabinet d'histoire naturelle. Il partit, au mois de juillet, pour Marseille, et de là revint à Gênes. 11 passa ensuite à Carrare, pour observer les carrières de marbre. Il revint par la Spezzia, rapportant à Pavie une immense collection de poissons et de crustacés, qu'il déposa dans le Musée. 11 visita, dans les mêmes vues et avec le même succès, les côtes de ristrie, en 1782, et les Apennins en 1783.

Ses voyages ne lui procuraient pas seulement des collections qui enrichissaient le cabinet de Pavie, ils lui procuraient les occasions de foire des découvertes nouvelles. C'est ainsi qu'il signala {Opuscoli sceltt) les rapports qui existent entre le fluide électrique et la cause des secousses provoquées par la Toi^

SPALLÂNZANI ai>

I. C'est dans le cours de ses voyages qa*il fit des observations sur différents mollusques, les alcyons, les millèpores, les madrépoies, les gorgones, les corallmes, eafin sur la phosphoxescence de la mer, qu'il attribua à la présence, au sain des eaux, de certains animaux spontanémaoi lumineux.

En 1 785, rUaxversité de Padoae offrit à Spallanzani la chaire dliistoire naturelle que la mort d'Ànt(Hne Vallisnieri laissait vacaale, en lui promettant des lioiioraires plus considérables que ceuxqu*i] reeevaîi à Pavie. Mais l'archiduc Ferdinaud, qui gouvernait alors la LaD]i)ardie, doubla ses émoluments, pour le retenir à Pavie, et lui permit d'accompagner à Gonstantinople le chevalier Zuliani, qui venait d'être nommé iaile de la république de Venise.

Heureux de cette occasion d'entreprendre un nouveau voyage scientifique, Spallanzani s'embarqua le 22 août 1785. Sur le navire qui le portait, il se livra à diveises observations des productions marines qu'il rencontrait, aussi bien que des accidents météorologiques dont le hasard le rendait témoin.

Le Intiment ayant relâché à Corfou, Spallanzani profite de ce séjour pour visiter l'Ue. Il cherche en vain le palais d'Alcinoûs et ses jardins, chantés par Homère. Le temps n'a respecté que la fantainequi venait y répandre la fraîcheur et la fertilité.

On remet à la voile ; Géphalonie et Zanthe ont bientât disparu. Hais tout à coup un orage s'élève, et le vaisseau est jeté sur le rivage de l'ancienne Gythère.

Cependant le vaisseau reprend sa route et s'engage dans l'ArchipeL II mouille dans les eaux de plusieurs de ses lies. Spallanzani descendit sur les rivages de Troie, pour visiter les lieux chantés par Homère. En parcourant cette région célèbre, il fit des observations gécdogiques très-originales.

U arriva i Gonstantinople le 11 octobre, et n'y séjourna pas moins de onze mois. Les phénomènes physiques et moraux de ce pays captivaient singulièrement son espriL II parcourut les bords des deux mers, et gravit les collines voisines. U visita l'Ile de Chalki, où il découvrit une mine de cuivre, dont les Turcs ne connaissaient pas l'existence. U parcourut l'Ile de Principi, où il trouva une mine de fer ignorée.

Après un long séjour dans ces contrées de l'Orient, Spallanzani chargea sur un vaisseau les productions de tout genre qu'il avait

ramassées. II prit ensuite la route d'Allemagne, traversa la Bulgarie, la Valachie, la Transylvanie, la Hongrie.

Dans ces pays, peu sûrs, sa marche fut souvent arrêtée; mais il ne reculait pas devant les dangers et les aventures des grands chemins. Il s'arrêta neuf jours à Bucharest.

Mauroceni, hospodar de Valachie, qui aimait les sciences, le reçut avec distinction. Il lui fit présent de plusieurs raretés de son pays, et lui fournit des chevaux et une escorte.

Spallanzani séjourna assez longtemps en Hongrie. Il visita les nombreuses et riches mines dont ce pays abonde, et fît une précieuse collection de métaux et de minéraux de toutes sortes.

A Vienne, l'empereur Joseph II l'accueillit avec la plus grande distinction. Les ministres, les ambassadeurs et les savants de la capitale, vinrent lui rendre hommage.

Spallanzani rentra à Pavie après vingt et un mois d'absence. Les étudiants vinrent au-devant de lui hors de la ville, et l'accompagnèrent jusqu'à sa demeure, en manifestant bruyamment la joie que leur faisait éprouver le retour d'un maître illustre.

Pendant l'absence de ce grand homme, la calomnie avait osé aiguiser ses traits contre lui : on l'avait accusé d'avoir soustrait quelques pièces rares du cabinet d'histoire naCurelle de Pavie. Une telle insulte ne pouvait atteindre un homme qui s'épuisait en voyages, pour enrichir ce môme musée, et reculer les bornes de l'histoire naturelle. Cependant un décret du gouvernement proclama son innocence, et punit ses lâches dénonciateurs. Cette cii^ constance était certainement pour quelque chose dans l'accueil triomphal que Spallanzani reçut h son entrée à Pavie.

Dans Tété de 1 788 , une grande éruption du Vésuve s'annonçait : Spallanzani résolut daller voir de près ce redoutable phénomène.

Il arrive à Naples, gravit les flancs du Vésuve, étudie le cratère de volcan, examine les laves encore coulantes, et essaie d'en déterminer la température. Il parcourt ensuite les champs phlégréens avec le physicien Breslack, examine les laves de la Solfatare ei les vapeurs qui s'en exhalent, la mofette de la grotte du chien , le lac d'Agnano, Misène, les lies d'Ischia et Procida.

L'Etna était , en ce moment , en éruption, comme le Vésuve. Spallanzani s'embarque pour la Sicile , surmonte tous les obstacles pour escalader la montagne, et arrive jusqu'aux bords du cra-

SPALLANUM OUSEHVE UNE ÊIIUITIUN DB U'tTNA

tire. Il regarde, il examine, il observe en savant. Pais il jette un regard de poète sur le magnifique spectacle qui se déroule à ses pieds. Écoutons Spallanzani nous dépeindre la grandeiu: de ce phénomène imposant et terrible :

« Placé, nous dit^il, sur ce grand théâtre, je contemplais avec délices ces différents points de vue. J'éprouvais une satisfaction, un plaisir, une volupté inexprimahles. L'atmosphère était sans nuage ; le soleil approchait du méridien ; le thermomètre marquait dix def^rés; je me trouvais dans la température la plus amie de Thomme ; et l*air subtil que je respirais comme s'il eût été entièrement vital, produisait en moi une gaieté, une vigueur, un bien-être tels que je me croyais transporté dans les régions célestes. >

S*arrachant à la contemplation de ce sublime phénomène de la nature, Spallanzani partit pour les lies Éoliennes, où il séjourna irenle-cinq jours. Les volcans et les minéraux ne sont pas les seuls objets qui le frappèrent ; il embrassa d'un coup d'œil toutes les productions de ces contrées , étudia les mœurs et les usages des habitants, calcula leur population, examina leur commerce, leur agriculture et leur industrie.

Pendantrautomne de 1 790, il parcourut les Apennins modenais. Les feux de Barrigazo, les $aUe$ de Reggio, de Querzola, de Maino, le pétrole de Montzibio, fixèrent principalement son attention.

Il n'était pas possible d'étudier sur les lieux la figure et les propriétés de tant de substances minérales, que notre infatigable voyageur avait rapportées de ses excursions multiples. C'est à Pavie qu'il examina et soumit à l'analyse les différents produits dont il avait fait une ai riche collection.

Les vayagei de Spalkmzani dans Us Deux-Sieiles et dans quelques parties de l'Apennin^ ont été publiés par l'auteur, à Pavie ; ils forment six volumes in-8^.

En 1795, Spallanzani entreprit de curieuses expériences sur les chauves-souris. Il avait remarqué que ces animaux , artificiellement privés de l'usage de leurs yeux , volaient, se dirigeaient, évitaient les obstacles, avec la même adresse et la même précision de mouvement que s'ils eussent joui de la vue. Croyant avoir démontré, par la voie de l'exclusion, que les autres sens ne pouvaient remplacer la vue dont ces animaux étaient privés, il attribua

d'abord ce phénomène à Taction porticialière (Tua sixifeme sens. Mais il inclina plus tard, d*après les ingéaieuses redierckes ds Juriney vers Topinioa qne l'ouïe pourrait bien étie Isur guide.

L'hypothèse la plus généralement admise anjourd'hoi c'est que les chauves-souris se dirigent dans leur vol au milieu de l'obscurité, à l'aide du sens du toucher, dont sont éminemment douées leurs grandes ailes membraneuses.

Les divas travaux dcmt il aété jusqu'ici question, ne représentent pas toute la série des recherches de Spallanzani. U suivait avec intérêt les progrès de la chimie, et s'attacha même avec passion à l'étude de cette science. Il s'occupa aussi des phénomènes de la respiration animale. Il y travailla pendant trois ans, mais il moorst avant d'avoir terminé ses recherches. Les registres de ses dernières expériences furent confiés à Seniiebîer, qui &i tira les matériaux d'un ouvrage intitulé BapporU dei Fair U9 éirer êrganitéé.

Spallanzani avait fait des observations comparatives snr la piration d'un grand nombre d'animaux, les uns ferresties^ les autres aquatiques : des annélides, des mollusques, des crustacés, des insectes, des poissons, des reptiles et des oiseaux. Iltnmva que chez tous, Toxygène est nécessaire à la vie ; que toujours ce gax est absorbé dans la respiration, et que toujours il est remplacé par de l'acide carbonique.

Un des plus illustres géomètres des temps modernes, Lagravge, avait pensé que la chaleur produite dans le corps d'un animal doit se dégager dans toutes les parties où le sang- cireule — que pour entretenir dans la profondeur de tous les organes, la combustion, cause de ce dégagement de chaleur, Toxygène doit se dissoudre dans le sang, pendant le passage de ce liquide dans tes poumons, puis se combiner peu à peu avec les éléments organiques du sang lui-même; — enfin que l'acide carbonique ainsi produit dans l'intimité du système circulatoire, dioit être entraîné par le nng veineux, et s'en dégager quand il arrive aux pouuMns.

Cette hypothèse n'était pourtant qu'une vue de l'esj^t. Les belles recherhes de Spallanzani sur la respiroli m de qmdpm obînumx inférieurs éclairèrent parfaitement la question soulevée par Lagrange. Spallaniani montra que les colimaçoni produisent de l'acide carbonique brsqu'ils sont plongés dans de Tazote pur ou

dans l'hydrogène^ et que L'acide carbonique est exhalé dans ces gaiy en quantité aussi grande que lorsque les animaux sont renfermés dans na yase plein d'air.

SpaUanxani avait également reconmu qua les grenouilles pro* dmasnt du l'acide carbonique, étant plongées dans des gas autres que rozygène. Mais ces découvertes ne suffirent pas à l'ébigner de la théorie de Lavoisier, qui localisait dans les poumons le phénomèiie chimique de la respiration^

Spallanzani put s'assurer, par des expériences multipliées, qua* les poissons et les crustacés ne respirent pas uniquement à VsêAb de leurs branchies, mais que ces animaux absorbent encore de Poxygëoe par toute la surface de leur corps. H reconnut même que chsi les serpents, la quantité d'oxygène absorbée par lai pean est parfois plus conndérable que celle qui est absorbée par le poumon, et que ches les oiseaux et les mammifères, aussi bien que chez les ÎQseelBs, la sorâure cutanée est également une des voies par les* quelles Pozygène pénètre dans Torganisme. Il constata enfio, que des phénomènes du même ordre se produisent chez les «nîmauT vivants, lors du contact de Tair avec les tissus qui, dans Vétat naturel de Torganisme, seot soustraits à l'action directe de l'atmos* phère r les muscles par exemple.

* Ces dernières expériences étaient &ites sur de malhenroua nq^ tUes écorchés vib.

SpaUanxani vit aussi sur des grenouilles et sur des tritons, que la ▼ie de ces animaux peut se prolonger sons l'eau, lors méma qu'on leurs extirpé les poum<ms» et que, réduitsi ne retirer que p« la peau, ilsconsomment de Toxygène et produisent de l'adde carbo- Biqne, oHnme le font les individus dont Torganisme est mté hitast.

Spallamam trouva que l'absorption de l'oxygène par la peau, ches les reptiles, est parfois plus aetive que TabsorptioD par les pomnoas, et que la vie peut se prolonger de la sorte* pendant ou temps considérable. Il constata encore que les branduaa soat ^ nége de phénomènes respiratoires quand ces organes se«t en ceataetavee l'air, aussi bien que lorsqu'ilssont pibngés dans l'eaGu L'ënumération complète des résultats obtenus par est infatiffhle eherehenr, nous entraînerait hors du cadre de cet oonage ; mais nous ne saurions passer sous silence ses observations sur les animaux hibernants.

Spallanzani reconnut que la respiration chez les animaux en proie à l'engourdissement hibernal, devient presque nulle quand cet état est porté à son plus haut degré. Il ne pouvait, en efiet, découvrir aucune altération dans Tair d*un récipient oCl une marmotte profondément engourdie avait séjourné trois heures. Il constata que la respiration de ces animaux peut être suspendue longtemps, et que les gaz délétères qui les asphyxieraient promptement, s'ils étaient en pleine activité vitale, ne les tuent pas. C'est ainsi qu'il laissa dans l'acide carbonique, pendant quatre heures sans la faire périr, une marmotte en léthargie.

Les mammifères ne sont pas les seuls animaux qui puissent éprouver, sous Tinfluence du froid, cette étrange suspension des caractères de la vie. Spallanzani fit de curieuses expériences sur les colimaçons qui passent l'hiver immobiles et dans un état léthargique , et il reconnut que leur respiration est alors presque nulle. Mais quand ils se réveillent^ ils absorbent de l'oxygène et exhalent de l'acide carbonique, en quantité trèsnotable, et alors ils périssent assez promptement si on les prive d'air atmosphérique.

La plupart des insectes présentent quelque chose d'analogue quand ils sont à l'état de chrysalide ou de nymphe. Spallanzani a constaté que l'abeille, à l'état de chrysalide, consomme beau^ coup moins d'oxygène et produit beaucoup moins d'acide carbonique qu'elle ne le fait à l'état de larve ou à celui d'insecte parfait.

L'accroissement d'intensité de la combustion respiratoire, à la suite de l'ingestion des aliments, fut constaté par Spallanzani. Il compara pour cela les produits de la respiration chez des colimaçons qui étaient à jeun depuis plusieurs mois, et chez les mêmes animaux qui, après avoir jeune plusieurs mois, venaient de manger abondamment. Il constata aussi une activité beaucoup plus grande dans la respiration, chez les chenilles qui mangent et qui courent, que chez celles qui cessent de prendre de la nourriture et sont immobiles.

Ajoutons que Spallanzani a montré, par de nombreuses expériences, l'influence de la température sur la respiration ; cette influence est telle que chez les animaux à sang froid, Tabsorption de l'oxygène est proportionnée à l'élévation de la température. L'influence stimulante de la chaleur sur l'activité du travail respiratoire, est surtout remarquable chez les insectes.

SPALLANZANl 22i

Spallanzani s'occupait de toutes ces recherches, et il avait même déjà rédigé une partie des mémoires que Sennebier a fait connaître au public; il continuait ses expériences sur les reproductions animales ; il avait presque terminé son voyage à Constantinople et en Suisse ; il avait rassemblé des matériaux nombreux pour une nouvelle histoire de la mer ; mais si bien remplies que fussent toutes les minutes de sa vie, la nature ne devait pas en prolonger plus longtemps le cours.

Le 3 février 1799, Spallanzani, apr&s avoir fait quelques visites à des amis, se coucha plus lot qu'à l'ordinaire. Il passa une nuit très-agitée, ne dormit presque point, et ressentit une vive douleur dans le bas-ventre. A sept heures du matin, il perdit Tusage des sens. Ses amis intimes, le professeur Tourdes, médecin français établi à Pavie, et le célèbre Scarpa, firent, pour le sauver, tout ce qu'on pouvait attendre de la science et de l'amitié ; mais ce fut en vain.

Le 7 février, Spallanzani recouvra l'usage de ses sens, et reconnut ses amis. Mais ses idées étaient confuses et sa mémoire extrême* ment affaiblie. Le lendemain, il remplit ses devoirs religieux, et fit quelques arrangements de famille.

Trois jours s'écoulèrent sans accident, et le calme paraissait succéder à l'orage. Mais le il février les symptômes redoublèrent avec une violence extrême. La moitié da corps fut paralysée, et Spallanzani rendit le dernier soupir.

Il mourait plein de gloire. Les Italiens les premiers avaient su rendre justice à leur compatriote ; ses écrits avaient été ensuite traduits et admirés en France, en Angleterre, en Allemagne. Les principales académies de l'Europe lui avaient adressé leurs diplômes. Haller lui avait dédié un des volumes de son immortel ouvrage, et Bonnet lui avait dit : «Vous avez découvert plus de vé« rites en cinq ans que des académies entières en un demi-siècle. »

Spallanzani était d'une haute stature. Sa démarche était noble et fière; sa tête était volumineuse et les saillies de son front très* proéminentes. Les sourcils étaient épais, noirs et hérissés, les yeux enfoncés, mais vifs et pétillants. Son visage était plein et rond, sa physiohomie pensive, son col court, ses épaules élevées. Il avait de l'embonpoint ; les muscles de ses membres étaient forts et pro-

ÛOncéS.

Sa (^Qversation n'était pas seulement instructive, mais agréable T. Y. 21

S22 SAVANTS DU DIX HuITIÊME SIÈCLE

et brillante. Sa vie était sobre et frugale. Il aimait particulièrement la solitude. Cependant il ne fuyait pas la société. Il cherchait même celle des femmes qui sa disaient remarquer par leur esprit ou leurs connaissances. Telles étaient M™« Vadori, aussi intéressante par son esprit et par son goût éclairé pour les lettres, que par ses grâces et sa beauté , — M"* Albrizri, — M"® Grismondi, — ^enfin la malheureuse marq^iise de Fonseca, si savante en botanique et dans toutes les sciences naturelles, qui fut immolée à Naples, par les fureurs de la réaction royaliste. Il s'était attaché, dans les derniers temps de sa vie, à une jeune actrice, dont la voix était ravissante, et qui avait quitté le théâlre pour se livrer à son goût pour la poésie.

Nous terminerons cet exposé de la vie et des travaux de Spallanzani, par le jugement qu'a porté sur lui Jean Senuebier, à la fin de sa notice biographique sur ce grand homme :

« Si Ton juge zspallaftzaai, dit Jean Sennebieiy par le nombre dé ses ouvrages et leuf variété, on le trouve immense. Un érudit peut empiter volume sur volume sans avoir eu une idée originale. Mais un naturaliste, qui a peint la nature d'après elle-même, qui a découvert ses secrets, a marché au milieu des ténèbres que son génie seul éclairait. Forcé de chercher la route, de Torienter, de la déblayer, il est seul créateur de tout ce qu'il découvre, malgré les efforts de ses sens, de l'autorité, de la nature conspirant ensemble pour l'égarer, et il serait toujours errant autour de la vérité, si son àme n'était pas exercée par l'étude, excitée par l'imagination et soutenue par le jugement.

> Si l'on juge Spallanzani parles objets qui l'ont occupé, oe sont les plus importants et les plus difficiles, la génération des animaux et des plantes, la circulation du sang, la digestion, la respiration, les reproductions animales, les animalcules spermatiques, ceux des infusions, la minéralogie, les volcans, la combustion, la description de plusieurs animaux inconnus, d'une foule de crustacés» de testacés, la solution de plusieurs problèmes physiques et chimiques qui n'en avaient point encore. On peut pendant quelques années faire l'histoire d'un objet particulier sans avoir des talents extraordinaires; mais traiter tant de sujets obscurs d'une manière originale, arracher tant de voiles, découvrir tant de vérités ; c'est annoncer une rare énergie et avoir des ressources qui ne sont pas communes. Les grands hommes ne font des ouvrages si nombreux et si beaux que parce que toutes leurs heures sont marquées par de grandes idées, que toutes lours pensées i^ont des jets de lumière qui éclairent de toutes parts les objets et que tous leurs regards en pénètrent toutes les parties.

> Si l'on juge Spallanzani par sa méthode, c'est notamment la t^^ ingénieuse, la plus facile, la plus sévère; il ne laisse jamais aucun doute parce qu'il ne peut en supporter aucun, et il montre toujours

dans la nature la solidité de ses explications; ses découvertes ont déjà bravé la sagacité des observateurs et la perspicacité de l'en vie. C'edt dans l'ensemble de ses travaux qu'on aperçoit ses vastes conceptions. Ils sont toujours le développement heureux d'une grande idée qui se rattache d'elle-même aux grands principes de l'histoire naturelle et, comme il prend soin de faire remarquer ce lien, on croirait qu'il possède le plan de l'univers dont il détache quelques parties pour les mettre sous les yeux du vulgaire.

> £nûn, si l'on juge Spallanzani par le style qui est encore un trait caractéristique du génie quand il est pur, clair, coloré et mélodieux; les compatriotes de ce naturaliste placent ses ouvrages à côté de ceux qui sont les mieux écrits. >

Spallanzani fut inhumé dans l'église paroissiale de Scandiano, ■a ville natale. Son frère Nicolas Spallanzani, qui l'avait aidé dans •es travaux, lui fit élever un mausolée portant une longue inscription dédicatoire en latin, ou sont, pour ainsi dire, condensés tous les titres de Spallanzani à la reconnaissance de la postérité.

Lee œuvres de Spallanzani, publiées en français , forment 5 volumes (1787-1800). Dans un de ces volumes se trouve VÉloge de Spallanzani par Sennebier. Une édition des Œuvres médites de Spallanzani^ en langue française, formant 6 volumes in-8, a été publiée en Italie (Milan, 1825-1826).

Un excellent Éloge de Spallanzani a été écrit par le docteur Alibert : il est placé en tête de ses Éloges historiques composés pour la Société médicale de Paris (1). Le docteur Tourdes, médecin françSs établi à Pavie, ami de Spallanzini, a écrit, en 1799, une Notice sur la vie littéraire de Spallanzani^ qui renferme beaucoup de détails intéressants sur le célèbre physiologiste.

Plusieurs Éloges académiques ont été consacrés, en Italie, au naturaliste de Pavie ; nous passerons leurs titres sous silence. Nous dirons seulement que le docteur Luigi Brera a cru devoir donner une Relation de la dernière maladie de Spallanzani. Son opuscule a pour titre : Storia délia malattia e morte di Lazaro Sjmltanzani ^2).

(1) 1 vol. in-8, Paris 1806.

(t) In-S*. Pdfia, 1^1.

La famille des Jussieu est originaire d'un petit bourg situé au milieu des montagnes du Lyonnais qui séparent le bassin de la Loire de celui de la Saône. Les Jussieu étaient, de père en fils, depuis des siècles, notaires au hameau de Monti'otier. Vers 1680, un des membres de cette famille, nommé Laurent,alla s'établir à Lyon, comme maître en pharmacie. Il s'y maria, et fut père de seize enfants. Trois de ces enfants, Antoine, Bernard et Joseph, ont compté, à des titres différents, parmi les botanistes les plus célèbres d'une époque pendant laquelle cette science brilla d'un très-vif éclat. Nous avons à tracer la biographie de ces trois naturalistes et celle de leur neveu, Laurent de Jussieu.

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