JOSEPH DE JUSSIEU
Joseph de Jussieu, frère d'Antoine et de Bernard, naquit à Lyon, en 1704. Il se fit remarquer de bonne heure par son goût pour les sciences, mais il eut moins de constance que ses frères aînés. Il s'était d*abord consacré à l'exercice de la médecine et à la botanique ; mais, doué d'une imagination vive et vagabonde, il se tourna ensuite vers les mathématiques, et abandonna la profession de médecin pour celle d'ingénieur.
Son humeur voyageuse le porta à accepter, en 1 735, une mis* sion lointaine. Il fut choisi pour accompagner, en qualité de botaniste, les astronomes que l'académie envoyait alors dans les pays équatoriauz, pour mesurer un degré du méridien terrestre.
Lorsque les travaux de nos astronomes furent terminés, Joseph de Jussieu ne put se résigner à revenir avec eux en Europe. II avait été séduit par les régions si riches et si nouvelles de l'Amérique du Sud, et il ne put s*en arracher.
Dans le long séjour qu'il fit au Pérou, Joseph de Jussieu joignit souvent les travaux de l'ingénieur aux recherches du botaniste. Ses connaissances en médecine lui furent d'abord fort utiles pour subsister. Ensuite, à l'époque d'une maladie épidémique, les Péruviens le retinrent par force parmi eux, ne pouvant se décider à se priver des secours d'un médecin habile.
Rendu enfin à la liberté par ses admirateurs intéressés, Joseph de Jussieu se mit à parcourir, à travers mille dangers et mille aventures, des pays inhabités et sauvages. Il faisait partout, dans ses excursions, des découvertes et des observations d'histoire naturelle.
Ce ne fut qu'en 1771 qu'il revint en France. Il y rentrait après trente-six années d'absence. Mais alors sa santé était profondément altérée. Au moment de son départ, il n'eut pas l'énergie nécessaire pour faire respecter les collections qu'il avait amassées au prix d'une vie entière de fatigues et d'efforts. Elles lui furent enlevées, avec une partie de ses manuscrits, et toute la fortune qu'il avait acquise par l'exercice de la médecine en Amérique.
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De tous ses travaux, de quarante années consacrées à la science, il ne lui resta que quelques manuscrits relatifs à Thistoire naturelle du Pérou.
Quand il fut revenu au foyer de la famille, son frère Bernard fit Tainement toute espèce d'efforts pour obtenir de lui des relations écrites et des mémoires. Il avait tout perdu, écrits et courage moral. Les fatigues et les chagrins avaient affaibli sa tête. D'ailleurs, ses habitudes, ses manières, sa langue même, étaient devenues presque tout à fait espagnoles. Les deux frères se retrouvaient quand il n'était plus temps. D'une si longue séparation, qui avait, au début, donné tant d'espérances, il ne restait qu un vieillard infirme et ayant perdu, avec ses collections et ses manuscrits, la force d'esprit et la mémoire nécessaires pour évoquer et fixer les résultats de ses nombreux et périlleux voyages dans des régions encore à peine explorées 1
Joseph de Jussieu mourut en 1779, dans un état complet d'enfance. Il avait été élu, au mois de mai 1748, membre de l'académie des sciences. Gondorcet fait remarquer que, par une singularité unique, « il fut académicien pendant trente*six ans sans avoir jamais paru à l'académie (1). »
Ses manuscrits, comme tous ceux des Jussieu, sont conservés aujourd'hui à la bibliothèque du Muséum d'histoire naturelle de Paris, par la volonté des héritiers de cette illustre famille.