‹ Vies des savants illustres du XVIIIe siècleChapitre 28 sur 31 · LAVOISIER ET LES FERMIERS GÉNÉRAUX DEVANT LE TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE · texte numérisé non relu

LAVOISIER ET LES FERMIERS GÉNÉRAUX DEVANT LE TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE

LAVOISIER

ches actives exécutées par des personnages influents. Et l’on ne peut se défendre ici d’un regret bien amer en songeant qu’un sursis assez court, qui, malgré tout, n’était pas rareàcetteépoque, aurait sufK pour conserver à la France le génie qui l’illustrait. Deux mois après éclatait la réaction du 9 thermidor, qui mit un terme à la fureur des exécutions, et ouvrit enfin la porte des cachots.

Ce fut le chimiste Lovsel qui se chargea de présenter au tribunal révolutionnaire la demande de sursis, et c’est lui qui reçut du président Dumas cette réponse, absurde autant qu’horrible : « La république n’a pas besoin de chimistes. » La république avait eu déjà plus d’une fois besoin des chimistes, et elle devait encore recourir souvent à leurs lumières, pour la défense de la patrie 1 On a dit que la veille de sa mort, le 7 mai, une députation du Lycée des Arts alla trouver Lavoisier dans sa prison, s’entretint quelques instants avec lui, et lui offrit une couronne. Nous ne croyons pas à cette parodie des derniers moments de Socrate. Les geôliers révolutionnaires ne l’auraient pas tolérée, et les auteurs de la prétendue scène eussent mieux employé leur courage en sollicitations en faveur du condamné.

Lavoisier périt sur l’échafaud le 8 mars 1794, avec son beaupère, M. Paulze, et les vingt-six autres fermiers généraux condamnés en même temps que lui.

Lorsque le lendemain le mathématicien Lagrange apprit la fatale nouvelle, on dit que, frémissant d’indignation et de douleur, il s’écria : « Un instant leur a suffi pour faire tomber cette tête, » et cent ans ne suffiront pas pour en produire une semblable. » Lavoisier mourait à cinquante ans, dans la force du talent et de l’âge, au moment où il devait encore promettre à l’avenir d’admirables conquêtes. D’une physionomie fine, toujours animée et vive, de manières distinguées, d’un caractère affable, il exerçait sa suprématio scientifique avec une singulière élévation. Son dévouement à l’humanité ne connaissait point de bornes, et ne s’arrêtait devant aucun genre de sacrifices.

Aujourd’hui, l’histoire de cet homme illustre n’est bien connue que des savants et de quelques amis de l’humanité; d’ailleurs il ne reste personne aujourd’hui pour conserver ce grand nom. En 1845, un ouvrier alla mourir dans les salles de l’hôpital de la Pitié. A sa mort, on trouva le nom de Lavoisier inscrit

sur le billet d’admission, et des recherches, entreprises aussitôt, établirent que c’était le propre neveu du grand homme. Ainsi, Lavoisier, fermier général, Lavoisier, fondateur de la plus belle science des temps modernes, périt sur un échafaud, et le dernier membre de sa famille meurt abandonné sur legrabatd’un hospice.

Il y a, comme conclusion au lugubre épisode que nous venons de raconter, une pensée amère. Quand Lavoisier périt, sa doctrine scientifique était terminée, la philosophie était satisfaite. Mais que de questions il laissait inabordées. encore ou indécises! Or, qui peut nous dire ce que nous réservait son génie, sur tous ces problèmes qui aujourd’hui résistent à nos efforts? Peut-être, s’il eût consacré plus longtemps ses rares facultés au service de la science, toutes ces difiicultés, toutes ces entraves qui enchaînent les chimistes et qui les enchaîneront longtemps, auraient disparu sous l’effort de sa pensée. Car, il ne faut pas l’oublier, les diverses questions qu’il a embrassées ont grandi plus tard d’une manière inespérée, et dans la direction même qu’il leur imprima dès l'origine; toutes celles qu’il a dû abandonner, sont restées singulièrement en arrière. Il avait promis de faire connaître le résultat de ses travaux sur les corps organisés, sur les actions chimiques particulières, sur la nature de l’afiinité, sur la fermentation, sur la chaleur dégagée dans les combinaisons chimiques, c'est-à-dire, sur les parties les plus élevées et les plus obscures de la chimie de nos jours. Et de tout cela , rien n’est resté 1 En parlant des phénomènes de la chimie organique, il disait encore en 1 793 :

• Ce n’est point ici le lieu d’entrer dans aucun detail sur les corps ■ organises; c’est à dessein que j’ai évité de m'en occuper dans cet « ouvrage, et c’est ce qui m’a empêché de parler des phénomènes de » la respiration, de la sanguification et de la chaleur animale.

• Je reviendrai un jour sur ces objets. »

Une année après, il n’était plus !

Il n’existe aucune biographie spéciale de l’immortel fondateur de la chimie. M. Dumas, le célèbre chimiste, aujourd’hui secrétaire perpétuel de l’académie dos sciences, a tracé dans ses Leçons de philosophie chimique (1) un cloquent tableau des travaux de

(1) l:n volume in-8*, Paris, 1837.

LAVOISIER

Lavoisier, et esquissé sa biographie avec des accents partis du cœur. C’est surtout à cette source savante et fidèle que nous avons puisé pour composer l'étude qu’on vient déliré.

Les Œuvres de Lavoisier, éparses dans différents recueils, ont été réunies et publiées aux frais de l’État, sous la direction de M. Dumas. Elles forment 3 volumes in-4°, accompagnés de planches.

Le l''r volume, publié en 1864, contient le Traite de chimie et les Opuscules physiques et chimiques ; le 2e, paru en 1862, contient les Mémoires de physique et de chimie; le 3e, publié en 1865, renferme les Mémoires et rapports sur divers sujets de chimie et physique pure et appliquée à l'histoire naturelle générale et à l’hygiène publique.

FIN UES VIES DES SAVANTS ILLUSTRES DEPUIS L' ANTIQUITÉ JUSQU'AU DIX- NEUVIÈME SIÈCLE

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