‹ Vieux manoirs, vieilles maisonsChapitre 17 sur 44 · LA VILLA LA BROQLERIE. ANCIEN MANOIR DE PIERRE BOUCHER, À BOUCHERVILLE · texte numérisé non relu

LA VILLA LA BROQLERIE. ANCIEN MANOIR DE PIERRE BOUCHER, À BOUCHERVILLE

C'EST en 1668 ou un peu avant que Pierre Boucher abandonna les charges d'honneur et de confiance que les gouverneurs de la Nouvelle-France lui avaient données pour aller établir sa seigneurie des îles Percées ou de Boucherville.

Relisons les raisons qui rengagèrent à fonder son établissement de Boucherville:

" C'est pour avoir un lieu dans ce pays consacré à Dieu, où les gens de bien puissent vivre en repos, et les habitants taire profession d'être à Dieu d'une façon toute particulière. Ainsi toute personne scandaleuse n'a que faire de se présenter pour y venir habiter, si elle ne veut changer de vie, ou elle doit s'attendre à en être bientôt chassée.

C'est pour vivre plus retiré et débarrassé du fracas du monde, qui ne sert qu'à nous désoccuper de Dieu et nous occuper de la bagatelle, et aussi pour avoir plus de commodité de travailler à l'affaire de mon salut et de celui de ma famille.

C'est pour tâcher d'amasser quelque bien par les voies les plus légitimes qui se puissent trouver, afin de faire subsister ma famille, pour instruire mes enfants en la vertu, la vie civile et les sciences nécessaires à l'état où Dieu les appellera et ensuite les pourvoir chacun dans sa condition."

Pierre Boucher bâtit son manoir à l'embouchure de la petite rivière Sabrevois, à une vingtaine d'arpents de l'église actuelle de Boucherville. Il l'entoura de palissades et le fortifia de toutes façons car, à cette époque, les Iroquois étaient la terreur de la région.

Vers 1695, Boucher abandonna cette demeure à sa fille Jeanne, mariée à M. de Sabrevois. L'habitation jusqu'alors connue sous le nom de fort Saint-Louis porta dès lors le titre pompeux de château Sabrevois.

Quatre générations de Sabrevois se succédèrent dans la maison bâtie par Pierre Boucher. Le " château" passa ensuite à François Piedmont de la Bruère, puis à Joseph-

Page 134

Page 135

Antoine Boucher de la Broquerie et, enfin, à Charles Taché, marié à Louise-Henriette Boucher de la Broquerie. Leur fils, M8r A. -A. Taché, héritier de la vieille maison ancestrale, la donna aux Révérends Pères Jésuites qui, après l'avoir agrandie, en ont fait le célèbre lieu de retraites fermées connu sous le nom de Villa de la Broquerie.

Le Père Lalande écrivait en 1890:

" Villa de la Broquerie, c'est le nom que lui ont donné les RR. PP. Jésuites. Par la générosité de M8r Taché, ils en sont les propriétaires depuis quatre ans; ils ont voulu que le I lienfait conservât le nom le plus cher au bienfaiteur. Pendant un siècle — ce sont les paroles de Mgr de Saint-Boniface — ce manoir a porté le nom de château Sabrevois; non pas que sa magnificence lui donnât aucun titre au nom pompeux de château, mais parce que c'était une coutume des seigneurs et des nobles familles françaises d'appeler ainsi leurs résidences. En lui donnant ce nom, le noble M. Sabrevois de Bleury n'a été que fidèle à cette coutume.

Du château, il n'a ni l'architecture, ni les riches lambris, ni les fières allures. Point de donjons, point de créneaux, de balcons, de portiques. L'art n'a rien fait pour embellir cette résidence. Ne pouvant rivaliser victorieusement avec la nature, il lui en a laissé tout le soin. Elle s'en est gentiment acquittée et en a fait, pour la belle saison, un lieu de plaisance ravissant.

Bâtie sur la côte, à vingt pas d'une grève, la villa a dans son site du pittoresque et du grand. D'un côté, les champs, les prairies remplies d 'arôme, les hauteurs échelonnées à l'horizon. A ses pieds, la rivière Sabrevois que bordent deux rideaux de buissons. En face, le fleuve, ses îles, les côtes du nord, où l'oeil s'en va vaguant de scène en scène jusqu'aux Laurentides. Azur ou nuages dans un vaste ciel, azur ou nuages dans l'onde du Saint-Laurent: immense miroir d'un incommensurable tableau" (*).

(') Une vieille seigneurie, Boucherville. p. 316.

Page 136

Page 140

Page 141

Page 144

Page 145

PAGli 146

LA MAISON DES SŒURS GRISES SUR L'ÎLE SAINT-BERNARD OU DES SŒURS À CHÂTEAUGUAY

LÎLE Saint- Bernard ou des Sœurs Grises est située à l'embouchure de la rivière Châteauguay, autrefois connue ' sous le nom de rivière du Loup. Elle forme un triangle dont le côté nord-ouest est baigné par les eaux du lac Saint- Louis; le côté est, par celles de la rivière Châteauguay; et le côté sud, par un bras de rivière où coulent ordinairement les eaux du Saint-Laurent, mais où la rivière de Châteauguay déverse le trop plein de ses eaux au printemps ou après les pluies abondantes. L'île Saint-Bernard mesure six cent quatre-vingt-dix pieds de superficie.

" Cette île est remarquable surtout par le fameux monticule connu sous le nom de Butte des Soeurs, lequel depuis longtemps déjà est couronné par le signe de la rédemption. Cette croix est entourée à son pied d'un élégant belvédère dans lequel les Sœurs Grises, propriétaires de l'île, peuvent respirer à pleins poumons l'air pur et rafraîchissant du lac Saint-Louis, embaumé de l'arôme des bois, tout en jouissant du plus beau panorama que l'oeil puisse contempler.

"Des autorités respectables veulent que la Butte des Soeurs ne soit pas l'oeuvre de la nature seule, mais le résultat du travail gigantesque entrepris, dans les temps reculés, par la race, presque entièrement disparue à la découverte de l'Amérique, des Mount Builders. La nature du sol de la Butte des Soeurs, la ressemblance de ce monticule avec plus de deux mille autres de même apparence quoique, en général, plus petits, indiquent qu'elle est certainement l'oeuvre des anciens sauvages, comme le prouvent les ossements et ustensiles trouvés dans leurs flancs. La découverte d'ossements et d'ustensiles semblables faite en 1854 dans l'intérieur de la Butte des Soeurs donne beaucoup de force à l'opinion de ceux qui veulent qu'elle soit l'oeuvre des Mount Builders; quoiqu'il en soit, le plateau supérieur de la Butte des Soeurs sert aujourd'hui de cimetière aux Sœurs Grises.

" L'île Saint-Bernard ou des Sœurs Grises fait partie de la seigneurie de Châteauguay accordée à Charles Le Moyne,

Page 147

Page 148

premier seigneur de Longueuil. le 29 septembre 1673. Deux des fils de Charles Le Moyne portèrent le nom de Châteauguay. Le premier, Louis, né le 4 janvier 1676, à qui était réservée la seigneurie, fut tué au fort Nelson, dans la baie d'Hudson, par les Anglais, le 4 novembre 1694. Le second, Antoine, né le 7 juillet 1683, le quatorzième et dernier enfant de cette famille de héros, fut successivement gouverneur de la Martinique, de Cayenne et de l'île Royale. Il décéda à Rochefort le 21 mars 1747. On conçoit que la petite seigneurie avait une importance secondaire pour ce personnage. Son père Charles, le premier baron de Longueuil, chargé de ses intérêts au Canada, vendit, le 6 août 1706, la seigneurie de Châteauguay à Zacharie Robutel de Lanoue, devenu cousin germain des Le Moyne par son mariage avec Catherine, fille de Jacques Le Moyne, seigneur du Cap-de-la-Trinité. M. Robutel de Lanoue habitait l'île Saint-Bernard depuis 1699. La seigneurie de Châteauguay passa en héritage à son fils, Joachim Robutel de Lanoue , et des mains de celui-ci entre celles de Marie-Anne Robutel de Lanoue, sa soeur, qui la vendit à la vénérable mère d'Youville, fondatrice des Soeurs Grises, le 8 juin 1765. C'est depuis cette date que l'île Saint-Bernard et toute la petite seigneurie de Châteauguay appartiennent aux Sœurs Grises.

" En 1686, Charles Le Moyne avait construit sur l'île Saint-Bernard un moulin en pierre qui avait la forme d'une tour. Lorsque les Sœurs Grises firent l'achat de la seigneurie de Châteauguay cette tour tombait en ruine. Elles la restaurèrent et remplacèrent le toit. En 1865, elle fut transformée en oratoire. On a installé depuis sur cette tour une belle statue de saint Joseph. La tour de l'île Saint-Bernard est un des plus vieux monuments du pays. Ceux qui ont le culte du passé sont reconnaissants aux Soeurs Grises d'avoir conservé cette relique."

Page 149

Page 150

Page 151

Page 152

-a; £ C . rt O

eu ' — a;

TJVS «

3 tf> 0> 3 c "'5

OJ 0

rs te ^ a

Page 153

Page 154

Page 1