SCÈNE II
ce que j'ai sur le cœur... Et j'en ai gros sur le cœur... ça, je le le jure'....
LE MARI, i/ lèvp. ses bras au c.'id.
Mais c'est confondant!... C'est de la folie'.... Je crois rêver, ma parole!... Tu as donc perdu toute moralité... toute pudeur?...
LA FEMME
La moralité... la pudeur... la vertu... voilà d'étranges paroles dans ta bouche!... Invoque-les devant les autres, si tu veux... Mais entre nous?... Ah! non... tu devrais t'éviter ce ridicule de les prononcer... Il y a longtemps que tes sales vices les ont abolies en moi... et que tu as refait mon âme à l'image de la tienne...
C'est trop de honte... (Il veut se lever.)
LA FEMME
Reste... Puisque nous sommes dans la honte, il faut que tu en entendes plus encore .. Et ne te fâche pas... c'est tout à fait inutile... Je ne te demande pas l'impossible, mon Dieu!... Je sais bien que je ne suis plus une femme, que je ne puis plus être une femme pour toi... Jene suis pas jalouse, non plus... Commentle serais-je?... Avec la nature de vieux passionné, j'admets... j'accepte que tu cherches, en dehors de mon lit, des plaisirs... que je ne peux [)lus le donner... Tu vois que je suis raisonnable... que je fais la part de tout... de m^s déchéances... et de tes besoins... Mais, prends garde... Tu as des ennemis, d'autant plus redoutables qu'ils masquent
leur haine d'un respect hypocrite et d'une fausse soumission. On te craint, soit... Mais on te déteste plus qu'on te craint... On te déleste, parce que tu es dur au monde, despotique et tracassier, implacable dans ce que tu appelles les droits de propriétaire... Et le jour où Ton ne te craindra plus?... Et s'il t'arrivait... demain... un malheur?... Y as-tu songé?... L'on jase, déjà, autour de nous...
LE MARI
Ah! je voudrais bien savoir qui se permet, ici, de jaser sur mon compte.
LA FEMME
Et puis après?... Que ferais-tu?... [Un silence. Ils se regardent avec fixité.)... Tu vois que tu n'es pas si tranquille!...
LE MARI, èmyan< toujours, mais d'une voix moins assurée. Oh!...
Viens ici... [Il se lève. Elle lui prend Je bras.j... André! [Plus bas.)... André... Cette gamine du pécheur que l'on voit rôder à tous les carrefours... mendier à toutes les portes... traîner à toutes les ordures du ruisseau, comme une chienne sans maître... oui, cette petite horreur... avec sa bouche impudente... ses yeux de voleuse... son corps de bête... Ose prétendre que ce n'est pas vrai?... IVIais ça n'est qu'un cri dans le pays...
LE MARI
Parbleu!... mes ennemis politiques... les ignobles drey-