SCENE III
THÉRÈSE [seule)
Seule ! enfermée ! On dirait une tombe ! J'ai peur ! Je suis folle ! Il va revenir... S'il ne revenait pas... J'ai froid.
Elle va pour mettre sa cape, mais des voix lui arrivent qui chantent le Dies irae : elle laisse retomber sa cape.
Oh! comme mon cœur bat à se briser! Ce chant de colère et de mort! Ces cris de renoncement. Ils croient ! ils ont la foi ! Autrefois j'ai cru ! Mais le luxe, l'or, les pierreries, m'ont repris, m'ont fait leur esclave !
Leur esclave ? Et pourquoi ?
Elle entend se mêlant au Dies irse;, le cliant des fêtards.
Pour leur gaîté, pour leur débauche! Non! Il a dit, quand j'ai fait retentir sa cellule d'un aveu sacrilège , il a dit : « Je vous pardonne ! » Et son geste de bénédiction plane sur moi, comme une sauvegarde ! Oh ! mes bijoux, allez! allez, larmes de feu, vous ternir dans la poussière.
Elle jette ses bijoux par le petit carreau resté ouvert.
A mesure qu'elle jette ses bijoux, le Dies irae s'atténue et se modifie ; lorsqu'elle a jeté le dernier, elle s'enveloppe, par un sentiment de pudeur, dans sa cape : les voix entonnent un Magnificat; Thérèse tombe à genoux, extatique à son tour, près de l'oratoire de François.
SAINTE THERESE qS