SCENE III
IRÈNE {seule)
Pour l'éternité ! l'âme et la chair désunies ! Oui, j'ai fait ce serment : et là, des mains bénies Sur ma bouche ont tracé le signe de la croix. Pourtant, je ne sais si je doute ou si je crois ! Déjà !... L'éternité : c'est l'isolement triste, C'est, dans la mort sans fin, le rêve qu'on existe ! J'ai peur ! peur de manquer de foi? peur de souffrir ? Est-ce la chair, en moi, qui finit de mourir? Oh! doux Crucifié ! Maître que je révère, Toi qui doutas peut-être au sommet du Calvaire, Et mourus pour qu'il fût au monde pardonné, Le cœur que je t'offrais est-il abandonné ?
On entend un chant douloureux et loitttain de violoncelle.
Non ! dans ce sanctuaire où je suis enfermée? Viens parler à mon cœur jaloux; Et puisque c'est toi mon époux, Dis que je suis la bien aimée ?
UNE VEILLÉE AU CARMEL l5
Je suis digne de toi ! Mon front porte les fleurs Dont on pare les fiancées :
J'attends, les paupières baissées, Ton baiser pour sécher mes pleurs.
Oui, je crois ! C'est à toi qu'il faut que j'appartienne ! C'est vers toi que montent mes vœux.
Et fais-je mal, quand je veux Mon âme attachée à la tienne?
Tu m'as donné ta chair ! Tu m'as donné ton sang ! Mais quand je te donne ma vie, Ta présence est-elle ravie A mon amour reconnaissant?
Elle tombe épuisée au pied de la grille.
Le chant de violoncelle se tait.