SCENE IL
les mêmes, la COMTESSE, LE COMTE, LA BARONNE, LA MARQUISE, LA DUCHESSE.
LA COMTESSE
Je vous en prie. Mesdames; puisque les fâcheux sont partis, et que nous ne sommes qu'entre amies de cœur, restez quelques instants encore dans mon boudoir. ( Aper-
cevant l'Abbé et le Chevalier. ) Oh! Tavenante attention de ces Messieurs qui nous y avaient devancées !
LE CHEVALIER
Madame la Comtesse, nous disputions sur la plus aimable de vos vertus.
l'abbé EtTaurore n'aurait pas terminé cette dispute!
LA BARONNE, continuant une conversation.
Justement, le Chevalier va nous éclaircir. Notre gazette vivante pourrait-elle ignorer le motif du duel du jour?
Une inopinée rencontre au cours d'une visite à la même déesse.
LA COMTESSE
Ce doit être autre chose, Chevalier. Comment voulezvous que pour une simple visite...? ( Sourires )
LE COMTE , un peu gêné.
Sans doute, sans doute, chère enfant.
LA BARONNE
Oh! ne la grondez pas, cher Comte, vous avez là un trésor sans prix.
LA COMTESSE
Mais non! Mais non! je ne suis pas un trésor!
LA BARONNE
Chère petite...
LA COMTESSE
Je ne veux pas qu'on m'appelle chère petite. Je ne suis
plus une enfant, l .\u chevalier qui s'approche d'elle. ) Je VOUS
aime bien, vous, Chevalier. ( ils causent.)
l'heure du berger 57
LA BARONNE , à la Marquise.
Elle sera toujours grimpée sur le ton de Fhonneur; faire son éducation serait pourtant un délicat service et que J'aurais voulu rendre au Comte par pur sentiment pour lui...
Je la croyais votre amie sensible.
LA BARONNE
Sans doute! Ne portè-je pas au cou, en miniature, la façade de l'église où elle fut baptisée? Nous avons été élevées ensemble et nous nous sommes toujours senti de la tendresse Tune pour l'autre et ( Baissant les yeux. ) de l'inclination pour les mêmes sujets...
LA MARQUISE, vivement.
Quoi ! pour le Baron ?
LA BARONNE , avec un sourire.
Oh non, marquise, pour le Comte!...
LE COMTE , causant avec la Duchesse.
Eh! Madame la Duchesse, de quelle fidélité peut-on être certain? Mais, cette nuit même, en rentrant à l'improviste chez ma femme ou chez mon amie, il se peut que j'importune l'une ou l'autre... ou les deux. Croyez-vous que je ne voie goutte aux circonvolutions de l'Abbé ou aux circonvallations du Chevalier?
LA DUCHESSE
Oh! Comte, vous n'avez rien à redouter de cette mignonne Comtesse...
LE COMTE
C'est me dire que j'ai tout à redouter de la Baronne!
Je le sais, parbleu, mais je veille! il en a déjà cuit au Chevalier, que TAbbé prenne garde! ( ii séioigne. )
LA MARQUISE , allant à la Duchesse,
Voudrait-il se retrouver encore avec lui?
LA DUCHESSE
Je ne sais, mais en ce cas Je tiendrais pour le Comte, c'est une âme idéale! N'est-ce pas, chère Baronne? et que vous êtes heureuse d'un pareil servage!
LA BARONNE
Mon Dieu , le Comte est certainement idéal, mais d'un idéal un peu excédant à la longue...