‹ Vieux SaxeChapitre 24 sur 64 · LE CHEVALIER, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER, LA COMTESSE

LE CHEVALIER

Eh quoi , il s'en va déjà?

LA COMTESSE

Mais oui, il s'en est allé.

C'est hétéroclite! On n'agit pas de cette façon! (Criant. ) Eh! Monsieur le Comte? Morbleu! têtebleu! ventrebleu !

LA COMTESSE , ironique.

Le soupçonnez-vous de vous pouvoir entendre?

l'heure du berger 83

LE CHEVALIER, à part.

Sait-on rien de plus gênant? Je ne peux pourtant pas crier à tue-tête mes bonnes fortunes ni me coller une enseigne dans le dos.

LA COMTESSE

Eh bien. Chevalier, à quoi pensez-vous si haut?

LE CHEVALIER

Mais, Comtesse, à notre amour, à notre bonheur. Ce n'est pas un tigre.

LA COMTESSE

C'est vrai, il est d'un procédé fort doux.

LE CHEVALIER

Cela ne laisse pas d'être fort, et j'en sais beaucoup qui le seraient d'un moins doux que lui!

LA COMTESSE

Eh! qu'importe ceci. Chevalier, quelle chicane lui faites-vous de sa mansuétude et pourquoi ne pas profiter de la sécurité qu'il nous veut bien faire? Parlez, reprenez votre chanson, mon beau rossignol! Ah! Chevalier, ne m'aimez-vous déjà plus?

Moi, ne plus vous aimer!... Mais, Comtesse, la seule chose qui me pourrait être désobligeante, serait justement de n'avoir pu mourir tout à l'heure à vos pieds.

LA COMTESSE

Ah oui, ça aurait été si délicat! N'est-ce pas. Chevalier, que j'aurais été bien jolie, gisante les cheveux épars, la gorge nue?...

LE CHEVALIER

Jolie, dites adorable! Mais qui vous empêche de vous

mettre en cet équipage? Nous aurons du moins Tillusion.

LA COMTESSE

C'est peu , et, sans péril , la répétition aurait moins bonne grâce. Et puis, je ne sais, tout à l'heure j'y aurais goûté plaisir, maintenant non.

LE CHEVALIER, à part.

Hum, que veut dire ceci? ( Haut. — S'exaltam toujours à froid. )

Ah! l'odieuse contestation qui vous fait refusera mes tendres prières! Quel sentiment vous arrête? N'avonsnous pas échangé le gage sincère de nos feux, et puisque tout conspire pour notre bonheur, même ce qui devrait y porter obstacle, pourquoi ne pas nous laisser faire et ne pas voguer au gré du courant vers les doux bosquets de Cypris?

LA COMTESSE, d'un ton indifférent.

Vous parlez bien, Chevalier.

LE CHEVALIER

Vous me l'avez déjà dit, Comtesse.

Un peu trop fleuri, peut-être.

LE CHEVALIER

Vous vouliez mettre des guirlandes à votre robe.

LA COMTESSE

Oh! je ne vous cherche pas querelle là-dessus, j'aime tant les fleurs; s'en trouve-t-il là-bas?

LE CHEVALIER

Où ça?

LA COMTESSE

Dans votre pays , en Arcadie !

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LE CHEVALIER

Maïs je ne suis pas d'Arcadieî

LA COMTESSE

Fi ! Chevalier... Mettons que je n'ai point parlé de rossignol. Vous devez toujours connaître la route. Eh bien, partons-nous?

LE CHEVALIER

Pour où? Pour TArcadie?

LA COMTESSE

Mais oui, du côté de Trianon.

LE CHEVALIER

C'est beaucoup trop loin, vous auriez les pieds ensanglantés par les ronces de la route.

LA COMTESSE

J'ai mes gens.

LE CHEVALIER

Y pensez-vous, dans un désert? Nous serions obligés d'emporter d'ici toute une maison montée, y compris les moutons frisés.

LA COMTESSE

Eh bien, Chevalier, vous les porteriez.

LE CHEVALIER

Sur mon dos? J'aurais l'air d'un Bonus Pastor.

LA COMTESSE

Ou d'Enée portant son père Anchise.

LE CHEVALIER

Moi , mon père, me prenez-vous pour un mouton, Comtesse?

LA COMTESSE

Mettez un bélier, si le mot vous offusque.

LE CHEVALIER

Si vous voulez un mouton à toute force, prenez le Comte!

LA COMTESSE , avec dignité.

Chevalier, vous êtes bien irrespectueuxpour mon mari !

LE CHEVALIER

Je suis véridique. Demandez-le à la petite Baronne, •lamais elle n'aurait pensé à Tadmettre pour sigisbée s'il n'avait été votre mari; c'est là son unique mérite.

LA COMTESSE, irritée.

Chevalier, sous avez vraiment Juré de me désobliger.

LE CHEVALIER

Ouais, Comtesse, vous ledéfendez bien vivement. Le fait est qu'il en serait incapable!

LA COMTESSE , d'un ton dédaigneux.

De grâce, Monsieurlecapitan, point de rodomontades! Nous savons que vous êtes un pourfendeur, un buveur de sang, mais je vous préviens charitablement, Chevavalier, que ces gens-là ne sont point de mon goût.

LE CHEVALIER

Pourquoi les mandez-vous alors?

LA COMTESSE , se levant.

Pour les pouvoir quitter...

LE CHEVALIER se levant.

Souffrez, Comtesse, que je vous évite cette peine et que je m'écarte moi-même.

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LA COMTESSE, froidement.

Comme il vous plaira, Chevalier.

LE CHEVALIER, d'un ton piquant.

Il ne me restera de tout ceci que le regret d'avoir brûlé pour une coquette qui riait de mes feux, et ne méritait pas d'en recevoir Thommage.

LA COMTESSE

Cela vous plait à dire.

LE CHEVALIER

Je me consolerai en racontant mes mésaventures à la petite Baronne , nous en rirons ensemble.

LA COMTESSE

Mais pas pour la même cause, Chevalier; cela mortifiera votre suffisance.

LE CHEVALIER, à part.

En somme, le Comte m'a vu ici; c'est le principal pour le moment. ( Haut. ) Comtesse, je vous baise les mains.

LA COMTESSE

Vous oubliez ceci , Chevalier ; ceci vous rappellera que Mars n'est pas toujours vainqueur ! ( Eiie lui donne ses vers. )

LE CHEVALIER, s'inclinant.

Il n'y tient que quand il s'agit de Vénus!

LA COMTESSE, furieuse.

Impertinent! Lisette, reconduis monsieur leChevalier.

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