LES MÊMES, LISETTE, LISETTE
Madame! Madame la Comtesse!
LA COMTESSE
Quoi? Qu'y a-t-il, Lisette?
LISETTE
Coup imprévu! Monsieur le Comte qui revient!
LA COMTESSE
Grand Dieu!
LISETTE
Il a ouvert la grille sans bruit, et il traverse la cour à
grands pas ! ( Elle se sauve. )
LA COMTESSE
Ah Lisette, Lisette, Je suis perdue! Chevalier, sauvezmoi, je suis morte de peur!
LE CHEVALIER
Ne craignez rien, Madame. M. le Comte admettra que je lui rendre ici la visite qu'il m'a faite autrefois chez la Baronne. Ce sont là procédés de courtoisie dont il aurait mauvaise grâce à se fâcher. Et d'ailleurs, s'il lui en prenait fantaisie, nous saurions la lui faire passer.
( Tout en parlant , il défait les nœuds de rubans qui garnissent son épée. )
L HEURE DU BERGER
LA COMTF.SSE.
Ah '.Chevalier, c'est moi qui serai cause de votre mort... Ce serait folie de lui résister; il vous tuerait, il est armé jusqu'aux dents et ses gens le suivent ! Laissez-là votre excuse.
LF, CHEVALIER.
Ce n'est pas une excuse, mais une bonne et tidèle épée qui suffira à vous défendre. ( a part. ) Une surprise en bonne fortune, et un duel avec le Comte, voilà plus que je n'osais espérer pour me poser à Versailles.
LA COMTESSE
Eh bien, Chevalier, puisque notre dernière heure est venue, attendons-la dignement. Venez dans mes bras, mon bien aimé, et que le barbare, en entrant, nous trouve enlacés paisiblement dans l'innocence de nos jeunes amours.
LE CHEVALIER
Ma foi, je le veux bien, pour le particulier du spectacle !
( Il garde son épée à portée de la main. )
LA COMTESSE
Laissez donc votre épée, puisqu'il est convenu que nous n'allons pas nous défendre ! Vraiment, les hommes ne savent pas mourir. Là, venez là, plus près encore, que son fer puisse percer nos cœurs d'un seul coup!
LE CHEVALIER
Le voici !
( Ils sont étendus côte à côte. )