‹ Vieux SaxeChapitre 26 sur 64 · SCENE PREMIÈRE FRONTIN, MARTON · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE FRONTIN, MARTON

v-^v/yt^ h ! te voilà , faquin , pendard , gibier de galère!

FRONTIN

^Mx Ouais, ma douce Marton, tu t'y prends bien tard aujourd'hui pour me quereller!

MARTON

Mardi! quand voulais-tu que je m'y prisse puisque je

ne t'ai vu de toute la journée? Voyez-moi le beau magot ! Je ne sais à quoi il me tient de t'arracher les yeux!

FRONTIN

Oh là! paix! paix! D'où te vient, Marton, cette méchante humeur?

MARTON

Elle me vient de ton procédé envers moi , et j'ai trop juste motif à te quereller!

FRONTIN

Oii diantre en veux-tu venir?

MARTON

Ah! Frontin, comme je me repens d'avoir ajouté fiance à tes belles paroles! Tu m'as refusé le mariage dont la promesse avait seule rassuré ma pudeur de fille sage, et maintenant, tu ne m'aimes plus. Ah ! misérable Marton, qui aura compassion de toi?

FRONTIN, à part.

Malepeste! aurait-elle eu vent de quelque chose?

MARTON

Réponds sans quartier : oii étais tu cette nuit?

FRONTIN

Ah! jolie Marton, c'est donc que tu es venue sans m'avertir! Que je suis marri de ce malentendu, tu sais bien que tu es l'élixir de mon cœur, la flamme de vie , la reine...

MARTON

Réponds. Étais-tu chez-toi?

FRONTIN

Non , je n'y étais sans doute pas.

LA PRÉCAUTION DANGEREUSE gS

MARTON

La confidence est gaillarde, et j'admire le ton impertinent dont tu me la fais!

FRONTIN

Mais aussi, baille-moi licence de te répartir! Que les femmes ont de caquet! Si je n'étais pas dans mon lit, Mam'zelle, c'est que je faisais le guet, avec un mousqueton sur l'épaule, sous le balcon de ta maîtresse.

MARTON

Chansons que tout cela! Veux-tu me faire accroire que tu t'es enrôlé dans la maréchaussée? Pourquoi madame la Baronne ferait-elle monter le guet sous ses fenêtres?

FRONTIN

Tu ne sais donc pas, Marton, la haine farouche qui sépare le Chevalier du Comte?

MARTON , à part.

Voyons comme il se tirera de ses menteries. ( Haut. ) Mais non, Frontin, instruis-m'en.

FRONTIN

Tu badines, Marton. Je t'ai pourtant bien conté le grand brouhaha du mois dernier, quand M. le Comte, qui n'était encore qu'amant de madame, se trouva face à face avec M. le Chevalier, depuis longtemps son galant incontesté, lequel était venu à l'improviste passer quelques heures avec elle.

MARTON

L'aventure était particulière et j'aurais aimé d'en avoir le spectacle par un petit trou de la muraille.

FRONTIN

Tout se passa de la façon la plus courtoise. M. le Comte et M. le Chevalier se saluèrent profondément; puis M. le Chevalier fit sa révérence sur le champ , en baisant la main de madame. M. le Comte lui fit la sienne un moment après, et le lendemain... le Chevalier recevait deux pouces de fer en pleine poitrine.

MARTON , avec un soupir.

Pauvre Chevalier !

FRONTIN

D'autant que le Comte a mis à profit sa retraite forcée. Les absents ont toujours tort.

MARTON , à demi voix.

Gardez bien cette maxime, Monsieur Frontin.

FRONTIN

Plaît-il? ( Reprenant. ) Et jc crois bien qu'aujourd'hui notre maîtresse souffre volontiers les empressements de M. le Comte, auquel je trouve d'ailleurs, pour ma part, quelque agrément de figure et quelque probité d'esprit.

MARTON

Aujourd'hui, et tantôt aussi.

FRONTIN

Hein, la petite masque qui feignait d'ignorer ce qu'elle sait mieux que moi! N'importe, Marton, tu dois saisir maintenant pourquoi ta maîtresse et le Comte, me font faire le guet sous leurs fenêtres, une partie de la nuit.

MARTON

Ah ! Frontin , comme je te croirais, si tu n'étais Frontin, et né dans le pays de Garonne.

LA PRÉCAUTION DANGEREUSE gb

FRONTIN

Je ne désespère pas de te convaincre tout à fait, Marton. Mais voici justement la nuit qui s'avance et Theure, si M. le Comte vient, de décrocher mon mousqueton. (Embrassant Marton. ) Allous , petite jalousc , cmbrassonsnous, cadédis ! tu sais bien que je t'aimerai toujours. ( A demi-voix. ) Et maintenant , filons chez Lisette. ( ii sort. )

MARTON, seule, un peu triste.

Je crois fort qu'il me donne de la fausse monnaie. Mais, nous verrons bien, personne ne doit venir ce soir, donc pas de garde; je vais aller l'attendre chez lui pour voir l'heure à laquelle il rentrera. Et si tu me trompes, vertuchoux! Frontin, tu pourras prendre garde à toi!

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