CRISPIN ET FRONTIN
Ah! bah!... Ciel, oui, c'est juste! Quel déplorable oubii!
CRISPIN
C'est moi qui suis Frontin, Mademoiselle, et j'appartiens à M. le Baron.
FRONTIN
Et moi, Crispin, Mademoiselle, et je suis à M. le Comte.
HORTENSE
Ce trouble, ces oublis, que de maladresses!... Allons, Messieurs , avouez que vous avez mal retenu votre leçon !
FRONTIN, bas.
Tout est découvert, Crispin, sauve qui peut!
CRISPIN, bas.
C'est tant pis , j'en dis du mirlirot.
HORTENSE
Là, Messieurs, jasons donc s'il vous plait. Comment trouvez-vous le château de M. le Maréchal et quel est votre sentiment sur ses habitants?
CRISPIN
Mais nous n'avons encore vu personne !
HORTENSE
Comment personne?
FRONTIN
Nous voulons dire, Mademoiselle, que nous autres laquais qui ne pouvons porter les regards bien haut, nous ne prêtons attention dans un château qu'aux servantes jeunes et accortes.
HORTENSE, à part.
Le sot aveu !
CRISPIN
D'ailleurs, Mademoiselle, et à ne vous rien celer, je vous avoue que présentement toutes les Lisettes de la terre ne me feraient pas tourner l'œil et que je leur préférerais, (Hortense sourit.) saufvotre respect, un bon verre de vin de Bourgogne; je meurs de soif! ( Hortense fait la moue. i
FRONTIN
Et moi, saufvotre respect, Mademoiselle, de soif et de faim! Pour pouvoir annoncer décemment l'arrivée de nos maîtres, il nous a fallu venir à franc étrier, par un soleil affreux!...
CRISPIN
Par une poussière horrible!... vous concevez, Mademoiselle.
HORTENSE
Cela est bon; je vais donner des ordres. (Apan.) Ceci me déconcerte. Comme ils ont l'air de la condition ! Au début ils ne feignaient pas assez, mais à présent, ils se mettent trop dans la peau de leur personnage; je suis bien perplexe pour souhaiter lequel des deux soit le Baron. (EUeson. )