‹ Vieux Strasbourg et vielle AlsaceChapitre 1 sur 8 · RUE DE SEINE · texte numérisé non relu

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PRÉFACE

Quelques récits véridiques , quelques souvenirs sans prétention : voila ce que nous offrons au lecteur dans ces pages , les unes complètement inédites , les autres parues dans le Journal d’Alsace, les Affiches de Strasbourg et la Revue chrétienne.

Elles n aspirent qu’à faire revivre un peu de notre Strasbourg d’ autrefois et de notre vieille Alsace , dont la physionomie va se transformant davantage chaque année.

«Si l’on veut , écrivait l'autre jour un rédacteur de la Gazette de Francfort1, si

1 Strassburg im Elsass — Eine Impression, von Ulrich Rauscher — Galette de Francfort, du io octobre 1909.

PRÉFACE

l’on veut parler de ce que Strasbourg a de meilleur, de moins susceptible de se perdre jamais, il faut se tourner vers le passé. . . Le Strasbourg de notre ravissement n est point celui des lourds palais , massifs, somptueux, et écrasés sous le poids d’ allégories savantes, mais mal comprises ».

Si tel est le langage d’un immigré, combien plus devons-nous nous rattacher, nous Alsaciens, à ce « culte du passé », dont on ne saurait nous faire un reproche.

N’en est-il pas un peu de ces souvenirs, des mille menus faits que nous aimons à recueillir, comme de la Soupière cTOberlin, dont les motifs servent d’en-tête à cette préface, et ont été utilisés pour l'exécution de la couverture de cet ouvrage?

Longtemps , elle resta inaperçue , et ne frappa point l’attention indifférente. Soudain on s’avisa de trouver sa forme élégante et de lui accorder une valeur artistique ; on en rechercha l'origine et l'on en étudia le style. Et, tout en l’ examinant , on s’ aperçut qu elle contenait d’ innombrables fragments de fleurs

PREFACE

séchées, ri ayant, après un siècle, rien perdu de leur senteur vivifiante.

C’est ainsique le passé, pieusement conservé par nous, gardera toujours son parfum, et qu'il nous suffira de l'évoquer , pour nous sentir réconfortés.

Et la teinte même de ce « vieux Strasbourg » de la première époque a, pour nous, sa signification.

C'était, déjà au temps des célèbres artistes en céramique alsaciens, les Hannong , une couleur rare, dont le secret se transmettait de père en fils. De vieux documents nous rapportent qu'un de ces maîtres mourut en laissant, pour tout héritage, « un pot de couleur bleues.

Mais pour nous, ô cher vieux Strasbourg, ta couleur n'est pas seulement celle qui servit à décorer de précieuses faïences. Elle s’étend à tout un ordre de choses autrement vaste, complet et harmonieux !

Elle est dans notre histoire, si mouvementée, si dramatique ; elle est dans notre architecture , dans les vieux beffrois dominant

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nos petites villes d' Alsace ; dans nos églises, dans notre Cathédrale , dont la dentelle de pierre laisse transparaître l’ azur du ciel.

Mais elle est plus encore, peut- être, dans nos foyers, dans nos traditions familiales, dans notre « double culture », (puisque ce mot est le terme du moment) et dans nos aspirations vers tout ce qui est grand, beau, élevé, infini, éternel.

Oui, couleur bleue du vieux Strasbourg, de la vieille Alsace , tu représentes un idéal de liberté, de vérité, de justice et de bonté. Puissions-nous y rester fidèles, et le transmettre intact aux jeunes générations !

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