‹ Vignole centésimal, ou, Les règles des cinq ordres d'architecture de J. Barozzio de VignoleChapitre 8 sur 41 · GG · texte numérisé non relu

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PRÉFACE DE VIGNOEE

Lecteur bienveillant , j’entreprends ici de donner une intelligence parfaite de ce petit ouvrage et de rendre compte des raisons qui m’ont déterminé à le composer et à le livrer ensuite au public.

Ayant exercé pendant plusieurs années , en divers pays , I art de 1 architecture, j’ai toujours pris plaisir, en employant ses ornements, à connaître les sentiments de tous ceux qui en ont écrit , et, les comparant entre eux et aux édifices antiques qui subsistent encore , j’ai essayé d’en tirer une règle à laquelle il me fût possible de m’arrêter et qui put satisfaire, sinon entièrement , du moins en partie , le jugement des personnes ayant une connaissance judicieuse de l’architecture, sans avoir en cela d’autre vue que celle de l’approprier dans l’occasion à mes propres besoins ; pour y parvenir je n’ai point eu d’égard aux opinions diverses qui partagent les auteurs entre eux , et pour appuyer mon dessein sur une base plus ferme , je me suis proposé pour modèles les ornements des cinq ordres qui se font remarquer dans les antiquités de Rome; et, les considérant tous ensemble, et les examinant avec des mesures exactes , j’ai remarqué que ceux qui paraissent généralement les plus beaux et se présentent aux yeux avec le plus de grâce ont entre eux une certaine harmonie et une correspondance de nombres si peu embarrassée , que les membres les plus petits peuvent servir à mesurer exactement les plus grands dans toutes leurs parties ; de là réfléchissant plus sérieusement combien nos sens se complaisent dans cette harmonie et combien au contraire les choses qui s’en éloignent leur sont désagréables, ainsique les musiciens le démontrent si parfaitement dans leur science , je me suis appliqué pendant plusieurs années à réduire sous une règle claire, facile et prompte la pratique de ces cinq ordres d’architecture, et le moyen dont je me suis servi pour y parvenir, le voici : Voulant appliquer celle règle, par exemple, à l’ordre dorique , j’ai remarqué que celui du théâtre de lYlarcellus était le plus universellement approuvé: je l’ai donc pris pour fondement delà règle de cet ordre , et j’en ai déduit les principales parties du mien. Si quelque petit membre ne répondait pas entièrement à la proportion des nombres , ce qui pouvait bien résulter soit de la faute des sculpteurs , soit de quelques accidents , qui , bien que fort minimes , ne laissent pas que d’opérer d’assez grandes différences quand il s’agit de très-petites parties , je n'ai pas hésité à les accommoder à ma règle en m’éloignant le moins possible de leurs mesures et en faisant valoir ces petites licences par l’autorité des autres doriques qui ont le plus de réputation , et en leur empruntant quelques petites parties pour suppléer à celles du théâtre de Marcellus. De sorte que , non comme Zeuxis a l’égard des filles de Crolone , mais comme mon jugement m’a pu guider, j ai purement composé mes ordres de tous les ordres anciens réunis , n’y

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