‹ Villars d'après sa correspondance et des documents inédits;Chapitre 11 sur 25 · KXTRAITS DE LA GORIIBSPONDANCR DE VILLARS KM · texte numérisé non relu

KXTRAITS DE LA GORIIBSPONDANCR DE VILLARS KM

Villars au Roi.

A Vienne, le 19 novembre 1698.

(KxtraiL)

Il y a eu une feste à la cour dont j*avois eu Thonncur de parler à Vostre Majesté; elle m'a paru asses nouvelle pour oser luy en rendre compte. Le Roy des Romains, les archiduchesses, Tarchiduc, le prince de Lorraine, plusieurs dames de rimpcratricc et cavaliers de la cour avoicnt concerté une musique pour la fcste de l'Empereur. L'Impératrice, toutes les dames, et un assés petit nombre d'hommes entrèrent dans une chambre dont une partie estoit occupée par plusieurs tables de toutes sortes de jeux; autour desquelles estoit tout ce qui devoit composer cette musique. Personne ne se leva à l'arrivée de l'Empereur, et tout ce qui le suivoit s'estant assis, une conversation concertée entre toutes les personnes qui paroissoient jouer commença par le Roy des Romains lequel, sur les échecs, tint des propos de guerre et de politique, et parla de très-bonne grâce. L'archiduc, les archiduchesses et tout ce qui faisoit semblant de jouer tour à tour dit son mot.

Ils furent interrompus par la plus jeune des archiduchesses,

qui entrant au milieu de tous les joueurs, leur demanda s*ils

avoient oublié qu*ils estoient devant TEmpereur et s*il ne con-

venoit pas mieux de célébrer sa festa par tout ce qui seroit

plus propre à le divertir. Tout se leva ; les tables de jeu

furent couvertes d'instruments et la musique commença dont

la composition estoit bonne, et Texécutiou telle qu'elle peut

s'attendre de gens qui ne sont pas musiciens. Le Roy des

Romains joue très-bien de la flûte : gens qui estoient auprès

de moy me demandèrent si Vostrc Majesté ne jouoit pas de

quelque instrument. Je ne pus m'empescher de répondre en

deux mots que dès sa première jeunesse elle s'estoit amusée à

faire jouer des flûtes (elles signifient artillerie en ces pays-cy) ;

je pouvois adjouter dont Tliarmonic avoit ouvert un nombre

infmi de Jéricho; mais il y a une inutilité à vouloir publier la

gloire de Votre Majesté qui mortifdc ses ennemys autant

qu'elle charme ses plus fidèles sujets...

Ori{{. A. E.

Villars à Torcy.

A Vienne, le 15 aoust 1699.

(Extrait.)

Je n'ay esté honnoré d'aucune de vos lettres cet ordinaire. La scullc nouvelle que l'on puisse avoir l'honneur de vous apprendre de Vienne est la mbrt du père Marc d'Aniano à laquelle l'Empereur et l'Impératrice ont assisté l'ayant veillé depuis 4 jusqu'à 7 heures du matin. C'estoit asscurément un très-bon religieux, fort éloigné de l'esprit d'intrigue et d'ambitiou que les moines ont plus dans celte cour que dans (oufte autre et auquel donne lieu la confiance que l'Empereur prend assés aisément dans ces sortes de gens. Celui-cy ne vou* loit pas se mesler d'aflaires peut estre autant manque de génie

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que par sainteté. Il vaut mieux l'attribuera ce dernier motif. Cette sainteté est fort reconniie icy. Je scay par moy mesme qu'elle ne luy avoit pas attire le don de prophétie car estant avec M. TEIecteur de Bavière en Hongrie, il vint avec tout l'air et le ton de prophète nous annoncer une bataille qui ne se donna point et nous promettoit la victoire, mais que les généraux de l'armée clirestieune dévoient estre avertis que les Turcs avoient miné le champ de bataille et qu'ainsy il falloit marcher en avant d'abord pour éviter le malheur de voir saulter en l'air l'armée victorieuse. Ce stratagènc de guerre fort nouveau de miner un champ de bataille, ne nous empescha pas de la donner; il s'y trouva des obstacles plus solides, mais M. le duc de Lorraine et M. l'Klecteur de Bavière le remercièrent trèssérieusement de cet avertissement. J'ay assisté à deux de ses sermons en dernier lieu qui ne meritoient de considération que par l'air de sainteté avec lequel il les prononcoit et finissoit toujours par plusieurs questions qu'il faisoit à l'assemblée, demandant qu'on luy repondit tout haut, ensuitte des marques de pénitence : soufflets ou coups de poing à la discrétion de l'auditoire et puis suivoit sa bénédiction. A la grande envie que Ton a de voir de ses miracles je ne doute pas qu'il n'en arrive quelqu'un. C'est une si grande nouvelle icy que j'ay creu. Monsieur, me devoir donner l'honneur de vous en entretenir.

Ori^cî. A. E.

Villars au Roi.

A Vienne, le 30 septembre 1699.

(Extrait.)

Votre Majesté m'a fait l'honneur de me commander dans sa précédente depesche de l'informer de l'état du conseil de l'Empereur et du caractère des comtes d'Harrack et de Kaunitz

kZt APPENDICE.

qui ont teolt la principale part aux affaires. J*aaray Tbonnear de luy dire que le comte d*Harrack est un galant homme, poly, anssy propre à bien s'acquitter de cette partie de la charge de grand maistre qui Toblige a en faire les honneurs que peu capable de ce qu'il y a de plus important dans cet emploi par lequel on est proprement premier ministre sans en avoir le titre ; par cette charge il est à la tète de tous les conseils, rien ne se fait dans les finances que par ses ordres; il doit signer gcncrallement toutles les ordonnances, et quand un grand maistre sera accrédité, le président de la Chambre n'est proprement que son premier commis dans la distribution des finances. Le comte d'Harrack satisfait la considération naturellement attachés à sa charge. Il se passeroit de celle que donne la réputation de ministre ardent, laborieux, appliqué, sur la teste duquel roullent les plus importantes décisions, occupé de la gloire de son maistre, en faisant la sienne et toujours remply de desseins qui fassent juger de la profondeur et de Tclevation de son esprit. Aucune de toutes les grandes qualités qui font un grand ministre ne paroissent dans le comte d'Harrack, et Voslre Miijesté en sera pleinement persuadée quand Elle fera reflexion qu'estant depuis sa première jeunesse mieux auprès de l'Empereur que personne, plus ancien conseiller d'Estat que tout ce qui a gouverné depuis vingt ans, il n'a jamais aspiré a entrer dans les affaires. Un homme qui avec une telle modération a passé la plus grande partie, ne se recueille guère à soixante quatre ans et la considération que s'attire le comte Kaunitz excite son envie sans changer son tempérament qui n'est pas porté à la peine.

Le comte de Kaunitz, je dois mieux le connoistre que les autres, ayant esté près de deux ans à luy disputer la confiance de M. l'Electeur de Bavière en quoy les ordres dont Vostre Majesté avoit pour agréable de m'honorer et la profonde sagesse des instructions que j'avois receues me donnèrent un

avantage si marqué sur le comte de Kaunitz, qu'il alla jusqu'à luy faire quitter la cour d'un Prince qu'il gouvernoit despotiquement depuis quatre ou cinq années et à luy faire mesme recevoir un ordre de ne pas séjourner à Munich.

Le comte de Kaunits a beaucoup de sagesse et de bon sens, ces deux qualités l'ont porté a fermer les yeux sur certaines choses de la conduite de sa femme qui, étant assez galante naturellement et habile d'ailleurs, a plus contribué h la fortune de son mari que ses services. Il a mieux aimé croire sa femme habile que coquette, et ayant ces deux qualités dans la perfection il a voulu uniquement connoistre celle qui lui étoit avantageuse, et ignorer celle qui ne donne pour l'ordinaire que de vaines et inutiles douleurs. Cette femme a gouverné l'Électeur de Bavière avec une telle autorité qu'elle changea d'abord toute sa cour, éloigna les ministres et les généraux qui étoient dévoués à la France, mit en leur place gens qui lui dévoient leur fortune, et ne se contentant pas de sa seule considération elle a raccommodé les affaires de sa maison, et demeuré maistresse absolue jusqu'à ce qu'arriva auprès de TElecteur une Demoiselle qui crut m'avoir quelqu'obligation, et rendit à ce Prince un peu plus de liberté, me donnant les moyens de luy faire ouvrir les yeux sur ses véritables intérêts, remettre les ministres chassés dans la connancc de TÉlccteur et donner au party attaché à Vosire Majesté la force de se relever; dont on auroit veu des suites assez favorables si le prompt retour de la guerre n'avoit dérangé des mesures qu'un peu plus de temps auroit immanquablement rendues plus solides.

Le comte de Kaunitz a toujours esté employé depuis ce temps là et la mesme habileté de sa femme luy rendit l'Électeur de Mayence favorable. La charge de vice chancelier de l'Empire vaqua; l'Empereur et cet Électeur ne pouvoient convenir pour remplir celle place : la comtesse de Kaunitz en passant à Mayence détermina l'Électeur et ainsy l'Empereur ne

434 APPEXDICE.

pouvant avoir ccluy qu'il desiroit, aima mieux le comte de Kauuitz que celui que rÉIectour avoit d'abord destioé. L'esprit souple et complaisant du comte de Kaunitz luy rendit le comte de Kinsky favorable, lequel voyant tous les anciens ministres ouvertement déclarés contre luy, voulut s'ayder de luy. Depuis la mort de Kinsky qui gouvernoit absolument et pour dire la vérité avec beaucoup plus d'étendue d'esprit, d'élévation et de génie que tout ce qui approche présentement l'Empereur, le comte de Kaunitz a trouvé que touttes les affaires luy venoient naturellement. Le comte d'Harrack est paresseux. Le chancelier de cour est un très pauvre homme; le chambellan de mesme; le président de guerre ne sort pas de sa sphère, et d'ailleurs accablé de maladies. L'Empereur hait Mansfeld et estime médiocrement le prince de Salm. Le cardinal Colonits d'un esprit très borné gouverne mesme fort mal les affaires d'Hongrie dont il est chargé. Ainsy tout revient presqu'au comte de Kaunitz, lequel paroit éviter les affaires comme Vostre Majesté en peut juger puisque pour son seul divertissement il va passer quinze jours présentement dans ses terres : cependant il en a plus que tous les autres ensemble, car comme je l'ay desja dit la considération qu'il s'attire excite bien l'envie du comte d'Harrack mais ne change pas son tempérament. Je n'ay pas parlé du président de la Chambre : cette charge est exercée par un vice président, jeune homme dont les gens d'affaires m'ont dit du bien.

Le comte de Kaunitz se sert d'un nommé Palma qui avoit la première part à la conGancce de Kinski, homme de beaucoup d'esprit, entreprenant et qui brilleroit dans le conseil ou on l'empeschera bien d'enirer n'estant pas mesme a portée d'un tel honneur. Ce Palma avoit été secrétaire de Caraffa et dressé tous les mémoires qui regardoient les desseins de ce général sur rilalie. Il suggeroit ces mesmes desseins à Kinski qui en

estoit toul rcmply et n'attcndoit que roccasion de les mettre à exécution. Je crois, Sire, ces desseins entièrement rompus par sa mort, TEmpereur laissoit faire le comte de Kinsky. J'ay eu rhonneur de mander à Vbstre Majesté que ce Prince craint les affaires et passe plus de temps qu'il n'a fait de sa vie à la chasse et dans les couvens : des gens qui connoissent bien l'Empereur m'ont dit qu'autrefois c'cstoit par goût, et présentement pour éviter les fréquentes audiences que luy demandent ses ministres, et l'on remarque que ce sont les plus importantes affaires qui le contraignent le plus, c'est à dire les siennes, lorsqu'il s'amuse de celles des particuliers.

Orig. A. E.

FIX DE l'appendice.

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