II. SI
:J22 APPKiVDlCK.
L'Électeur de Bavière à VUlars,
Au camp de Wilda, près Inspruck, le 2V« juillet 1703.
Je ne vous fais aucun détail. Monsieur, de ce qui s'esl passé icy CCS deux derniei*s iours, parce que ie ne scaurois tous faire encore une relation bien arrangée et il est important que vous scachiez aussytôt que Dieu mercy nous avons reouvert les passages, et sommes sortis d'une très mauvaise situation. Je croyois d'attaquer les ennemys auprès de Sterzing le 22 a la pointe du iour, les dispositions étoient faites pour cela, mais a minuit i'ay reçu la nouvelle que les paysans tant du haut que du bas de Tlnn s'ctoient assemblé en grand nombre, dont les uns d'intelligence auec les bourgeois de Hall s'estoient emparé de cette ville, et y avoient assommé le comte de Verita qui commande les trouppes que j'ay laissé icy, un lieutenant colonel et un capitaine ingénieur des miens, avec le peu de mes trouppes qui s'y trouvoient iusqu'aux malades, et que les autres qui estoient descendu du coté de Zierle avoient fait le même traittement a une garde des dragons qui etoit dans cet endroit là; l'on m'asseuroit en même temps que ces deux corps avancoient vers icy pour me couper les vivres et 6ter toutte communication avec la ville d'Inspruk. Je vous laisse iuger, Monsieur, à quoy je devois m'attendre, i'ay donné ordre sur le champ que tout se mit en marche pour revenir icy, laissant M. du Rordet pour y garder le mont de Brenner avec cinq bataillons, les hussars et quelques dragons, j*envoyay le comte de Monasterol avec les autres dragons en toatte diligence pour occuper le passage du Schonberg entre icy et Mattra, et de se rendre immédiatement maitre de la gorge de la vallée d'Inspruk, et de m'en donner aussytôt des nouvelles;
I fit si bonne diligence qu'il y arriva a neuf heures du matiu^ e premier battaillon de Noailles, qui estoit resté a Maltra, le oignit bientôt et fut suivy d'un des miens; j'étois a moitié chenin avec le reste des trouppes, quand le comte de Monasterol ne fit dire que le lieutenant colonel Seefeld qui commandoit iprés le comte de Verita le corps que i*avois laissé icy, s'etoit ii bien porté qu'il gardoit Inspruk et m'asseuroit la sortie du :hemin du Brenner ; cette nouvelle me fit respirer et donner in peu d'haleine a mon infanterie qui arriva pourtant a quatre leures après midy quoique la marche etoit de sept lieues r Allemagne. J'ay' trouvé les ennemys retranchés des deux ,otéz de la rivière de l'Inn a une heure demye au dessus d'Ins- >ruk, et j'ay résolu de marcher a eux le lendemain à la pointe lu iour, partageant mes trouppes en deux corps, l'un comnandé par le comte de Sanfré, et l'autre par M. de Riceus qui ait service de lieutenant gênerai ; ce dernier ne trouva que les paysans, pourtant bien retranchés, occupant touttes les lauteurs et postés a merveille avec des abbatis d'arbre dans es endroits par ou il falloit aller a eux, malgré ces precauions on les chassa d'abord, il n'en fut pas de même de l'autre */Oté, car le poste que les ennemys y occupoient etoit bien ncilleur que l'autre, outre qu'il y avoit une tête de trouppes 'èglées et des bons grenadiers, qui se sont très bien défendu ; iprès un combat de deux heures on les a forcé, et c'est au )remier bataillon de Noailles qu'on doit ce succès, je ne peux )as assez me loiier de la valeur de ce battaillon, et du lieuenant colonel qui le commandoit, aussy bien que du major st de tous les autres officiers : ils ont un capitaine de tué et rois lieutenants blessez et environ trente soldats tués ou bléses, ie vous prie, Monsieur, d'en rendre compte a Sa Majesté L la première occasion et de le prier de ma part de vouloir bien .voir quelqu'égard particulier pour ce battaillon comme étant c premier qui a combattu sous mes ordres. Je crois que nous-
aaroDS perdu en tout tnéz on blessez prés de cent hommes; le surplus de trente hommes du battaillon de Noailles est de mes tronppes. Aussytost après cette action i*ay détaché le comte de Sanfré vers la Schamiz que les ennemys avoient repris, je viens de recevoir la nouvelle anionrd*huy qu*il n*y a trouvé aucune resistence, les ennemys quoyque c*estoient des trouppes réglées s'en étant enfuy sans tirer un coup déz qu*ils Tont veu paroitre; à mon retour icy, a peine etois-ie arrivé, cette canaille qui etoit du costé de Hall s'est avisé de vouloir attaquer les ponts sur Tlnn, mais cela se dissipa bientôt a rapproche des trouppes ; il y avoit un mystère la dessous que je tacheray de développer par des gens que i'ay fait arrêter : Taffaire n'etoit pas mal conceûe, mais ils se sont un peu trop pressé; s'ils m*avoient laissé avancer plus loing, ie me serois trouvé en une mauvaise situation, grâces a Dieu nous en sommes sorty, parlons de Tadvenir. Vous voyez bien, Monsieur, que je n'ay pas assez de trouppes pour garder mes derrières et aller plus loing que le Brenner, bien content si ie le puis soutenir iusqu'à l'arrivée du détachement de M. le duc de Vendosme, car ie ne crois pas que les ennemis demeurent là, quand Solar aura ioint, et que le secours qui vient du costé de Finsterminz que cette canaille attend au haut de Tlnn leur sera arrivé. Un lieutenant des Impériaux qu'on fit hier prisonnier, est parti de Bolzan il y a neuf iours, il dit, qu'alors on y avoit l'allarme que des trouppes de M. de Vendôme paroissoient sur le lac de Garde et que sur cette nouvelle un battaillon de Nigrellj , qui etoit en marche pour venir sur le Brenner, avoit été contremandé vers ledit lac de Garde; ainsy puisque nous sçavons qu'il s'est ébranlé, il ne faut pas douter qu'il n'exécute ce qu'il a marqué dans la lettre de H. de Puisieux que vous m'avez envoyée, ie ne vois aucune difficulté aux trouppes de H. de Vendôme de venir iusqu'a Brixen, de là le seul poste tenable que les ennemys ont nommé Clauzel et ou ils travaillent pour le mettre
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en meilleur état de défense, pourra être attaqué des deux cotez; car en renforçant le corps de M. du Bordet sur le Brenner, on est à portée d'y estre en deux marches. J'attends présentement de vos nouvelles, Monsieur, vôtre dernière lettre etoit sans datte, et m'a été rendue le 19 en marche par le porteur de celle cy, depuis ce temps là il se peut bien avoir passé des choses de vôtre coté, et vous iugeréz aisément par là de Tinquiétude ou ie suis iusqu'à ce que i'aye des vos nouvelles. L*ordre que vous avez donné a M. du Héron touchant Donawert, est excellent, i'espere que vous m'apprendrez bientôt la certitude du siège de Fribourg, ou quelqu'autre diversion considérable. L'affaire qu'il y a eu auec ces cinq cents chevaux des ennemys dont vous me parlez dans vôtre lettre m'a fait beaucoup de plaisir d'apprendre, etie suis bien aise que vous soyez content des cuirassiers, je feray demain attaquer Hall, et tacheray de punir bientôt la trahison de ces gens-là.
Orig. P. V.
' M. de Ricous à Villars.
Au camp d'Inspruck, Vk juillet 1703.
[Extrait.)
On fit le même jour les dispositions pour aller attaquer les paysans retranchez des deux côtés de l'Inn. Le comte de Sanfré marcha d'un côté et moi de l'autre. L'attaque était à peu prés également difficile, mais on a connu la différence des postes gardés par des troupes réglées ou par des paysans. Ils ne firent de mon costé qu'une très faible résistance aux premiers postes et abandonnèrent les derniers qui étaient inataquables sans coup tirer, mais la résistance fut très vive de l'autre costé ou étaient trois à quatre cens hommes du régiment de Geschwind
postés dans un chemin très étroit ayant des retranchemeDU devant eux, la rivière à leur droitte en précipice, et une montagne inaccessible à leur gauche ; d*un roc vif, ou ils étaient placés comme en amphithéâtre sur trois retranchements naturels avec des abbatis terribles, ils étaient secondez par des chasseurs et des paysans et faisaient un feu continuel. On auroit tenté même inutilement d*aller à eux; mais heureusement les dragons de mon détachement se trouvant de Tautre costé lis à vis de cette attaque et les voyant en flanc, on leor fit faire une décharge qui ayant attiré l'attention de ces gen»là, le régiment de Noailles prit si a propos ce moment ponr les charger qu'il les força avec un courage et une vigueor digne de toute sorte de louange; les régiments bavarois qui les soutenaient suivirent avec la même résolution. Tout ce qui était en bas fut tué ou prit la fuite; ceux qui étaient sur le rocher tiraient toujours, mais étant cannonez de l'autre costé de Teau par deux pièces de canons de mon détachement qui les voyaient à revers, et leurs gens étant defiaits, ils se rendirent prisonniers et il fallait bien les recevoir car on ne pouvoit pas monter à eux. Son Altesse Electoralle a couru le plus grand danger du monde car en venant me joindre au pont de Czierlé qu'on faisait raccommoder et passant par un abbatis sur le bord de Teau, ou a peine pouvoit on passer un a un, quelqu'un de ces coquins resté à my cote de la montagne laissant passer quatre ou cinq personnes prit le comte Ferdinand d'Arco pour l'Electeur, a cause d'un cheval et d'un habit de remarque, il marchait immédiatement devant ce Prince et il receut un coup de carabine dont il est mortellement blessé.
Orîg. P. V.
APPEXDICE. 327
Villars à V Electeur de Bavière.
Au camp de Dillingea, ce 25« juillet 1703, au soir.
Je n'auray pas l'honneur d'escrîre une bien longue lettre a Vostre Altesse Ëlectoralle pour Tinformer plus promptement des nouvelles que j'apprcns par M. de Bettendorf dont Elle trouvera la lettre cy jointe. Je ne suis pas surpris que M. le prince de Bade, ne voyant aucune apparence a traverser les desseins de M. le duc de Bourgogne sur le Rhin, fasse son capital de rassembler generallement touttes les forces qui sont a ses ordres pour m'attaquer ou me resserrer, et, comme Vostre Altesse Ëlectoralle Ta très bien iugé en m'envoyant les dernières lettres interceptées. Tunique ressource de l'Empereur est de faire un effort violent contre Tarmée que ie commande. Il auroit esté a souhaitter que nostre armée du Rhin n'eust pas perdu trois mois, puisque depuis le premier may que j'avois passé les montagnes, elle n'a rien fait, et que M. de Vendosme se fust un peu plus pressé. Mais enfin. Monseigneur, il est inutile de raisonner sur le passé, il faut agir, il est absolument nécessaire de deilendre Tller puisque si un corps d'armée se retranchoit sur cette rivière pouvant estre ioint d'un moment a l'autre par l'armée entière de M. de Bade, Ulm se trouveroit tout d'un coup investy, et moy séparé de cette place ; je pense que mon principal objet a tout événement doit estre de n'avoir rien a craindre pour Ulm, je ne quitteray cependant qu'a leitremité le poste de Dillingen qui est aussy très important.
Pour remédier a tout, autant qu'il sera possible, j'envoye dans ce moment ordre a M. de Legall campé vers Leppheim de s'avancer vers Ulm pour defTendre l'IIer et protéger Memmingen autant qu'il se pourra. Je fais revenir M. Duheron de Donnauert pour suivre M. de Legall, ic fais rapprocher les
328 APPEYDICE.
4 escadrons de Volframsdorf a Donnaaert pour pouvoir m*en servir, j^envoye ordre aux 8 escadrons de cuirassiers que Votre Altesse Electorale fait remonter vers Munich de marcher vers Ulm diligemment.
Je mande a M. de Santinj d'envoyer, des 3 escadrons de dragons dont Vostre Altesse Ëlectoralle m'a permis de me servir, 2 vers Donnauert, et d'en garder seullement un : ie crois devoir faire venir le bataillon qui estoit a Keilheim a Donnauert, ainsy. Monseigneur, ie fais tout ce qui dépend de moy pour rassembler nos forces et tascher de traverser les desseins des ennemis.
J'ay ordonné a l'intendant de rendre un compte exact a M. le colonel Ocford de tout ce qui regarde nos contributions ; il est homme de mérite et ie seray ravy que Ton puisse informer Vostre Altesse Ëlectoralle de tout ce qui se passe icy. Je sçay qu'Elle m'honnore d'une confiance entière, et Elle doit estre persuadée aussy que personne au monde ne luy est dévoué avec un attachement plus fidelle.
P. S, — Il nous est venu des nouvelles du poste de la Chemitz repris par les paysans du Tyrol, je ne sçaurois croire cette nouvelle, mais si les paysans que Vostre Altesse Ëlectoralle a traitté dabord avec beaucoup de douceur, continuent a faire les mechans, je serois d'avis. Monseigneur, de leur imposer par les voyes contraires et de les menacer de brûler leurs habitations, et commencer un peu, car en cas de peuples et trouppes, ce que Ton ne peut tenir par amour, il faut s'en rendre maitrc par force.
Si Vostre Altesse Ëlectoralle a par l'Italie quelque voyepour escrire au Roy, j'ose la supplier de vouloir bien luy rendre compte de ma situation. Je ne manqueray d'application, vigi* lance, ny fermeté, mais avec tout cela Ton peut encore se trouver court.
Orig. B. N.
APPE>rDICE. 329
Villars à l* Electeur de Bavière.
Au camp de Dillingen, le 20* juillet 1703.
En vérité je tremble en lisant la lettre dont m'honnore Vostre Altesse Electoralle et celle de M. de Ricous. Au nom de Dieu qu'ElIe ne s'expose plus. Que sa personne qui nous est plus précieuse que touttes les jonctions et touttes les trouppes du monde se conserve pour une grande bataille ! j'avoue que je ne lis point sans frissonner les périls qu'Elle a courus. La plus estonnante chose du monde, est une conspiration de peuples sitost formée et teniie si secrette : et ou pouvoient estre demeurées ces trouppes réglées? Mais j'apprens par le sieur Aman commissaire de Vostre Altesse Electoralle que les habitans d'Ulm estoient avertis de ce dessein, et attendoient les nouvelles du succez avec la dernière impatience. Monseigneur, je prendray la liberté de vous dire que comme votre clémence n'a pas gagné leurs cœurs, il faut les soumettre par la sévérité et les traitter durement. Vostre Altesse Electoralle me dit : ne parlons plus du passé ; j'en parleray longtemps moy de celuy la qui me fait horreur, et il n'y a rien qui puisse occuper si vivement que de songer aux périls que vous venez de courre personnellement. Au nom de Dieu conservez vous dauantage. Le Roy a qui j'ay mandé que vostre grand escuyer avoit esté blessé devant vous m'ordonne de représenter a Vostre Altesse Electorale qu'il est de vostre dignité de ne vous pas commettre a tant de périls, et que vous vous devez au monde entier qui a besoin de vous.
Pour avoir l'honeur d'informer Vostre Altesse Electoralle de nostre situation, j'auray celuy de luy dire que les trouppes que commande M. de la Tour sont encore vers Miindersking,
330 APPEXDICE.
rt qireiles s'avancent plus lentement que les premières noavelles que Ton m*en a données ne marquoient.
J'espère que les 8 escadrons de cuirassiers auront le temps d'arriver. M. de Legall est desja audela d'Ulm pour deffendre le passage de Tller ; véritablement il a peu de trouppes présentement, mais si une fois les cuirassiers luy arrivent, je Iny composeray un corps capable de deffendre cette rivière. Je ne vois aucun changement dans l'armée ennemie, laquelle me paroist toujours dans la mêsme situation, les escarmouches fréquentes et toujours malheureuses pour les ennemis.
Vostre Altesse Electoralle aura veudans le commencement de cette lettre que j'en ay enfin receu une de la Cour, elle est du 8 juillet. Le Roy me fait l'honeur de me mander avoir donné a M. de Vendosme les ordres nécessaires pour faire passer son détachement dans le Tyrol. Oscrois-ie prendre la liberté de dire a Vostre Altesse Electoralle que comme les ennemis n'épargnent pas les menteries, ils pourroient fort bien répandre ce qui vient de leur arriver comme heureux, et estonner M. de Vendosme. Comme très sagement et très heureusement encore Elle est revenue sur ses pas, ils auront répandu qu'Elle abandonne le Tyrol. Je crois qu'il seroit apropos de faire avancer (|uelqu'un de ses généraux vers Brixen, mais pour sa personne, qu'Elle ne s'éloigne pas d'Inspruck ou de Hall ; enfin qu'Elle ne s'avance point. J'avoue que par un pressentiment je voiois avec peine qu'Elle allast Elle même audevant des trouppes de M. de Vendosme; je comprends bien que le peu de trouppes qu'Elle a fait que, n'en pouvant garder que très peu auprès d'Elle, Elle a marché avec celles qui s'avançoient dans le Tyrol, mais. Monseigneur, si j'osois je la supplierois de demeurer plus tost a Rotemberg avec ce qui est nécessaire pour sa seureté, et envoyer M. le comte d'Arco vers Brixen. Pour moy j'espère. Monseigneur, pouvoir attendre les secours qu'Elle pourra m'envoyer après la jonction, et traverser les
desseins des ennemis qui sont très forts asseurement; mais les trouppes que j'ay Ihoneur de commander sont excellentes, assés de confiance en moy, et ic tascheray de ne pas faire de fausse démarche.
Par mes lettres du Rhin je crois que M. le duc de Bourgogne n'a encore rien commencé; il estoit le 20 campé a Wilstet sur ]a Quinche, cela pouvoit encore regarder ou les retranchemens de Bihel ou Fribourg. Mais enfin que Ton fasse comme l'on voudra! il faut une communication solide. M. le maréchal de Tallard qui doit avoir 60 bataillons et près de 100 escadrons agit un peu lentement. Quand ie songe que j'avois ])assé les montagnes le premier may, et qu'il y a 80 jours, sans ^ue Ton ayt fait autre chose que razer les retranchemens de ^Vissembourg ! la gazette d'Hollande s'en moque et a raison. Enfin, Monseigneur, pour finir par les nouvelles de cette «rmée, je juge que le prince de Bade veut avoir encore un ^lus grand nombre de trouppes pour se flatter d'agir plus seurement, j'espère qu'en attendant celles qui luy viennent, il nous donnera le temps d'en recevoir aussy. M. le prince de Sade ne sera peut estre pas si entreprenant que je l'ay veu autrefois contre nos généraux. Enfin que Vostre Altesse Electoralle n'ayt pas d'jnquietude. Si Elle avoit des trouppes de Y*cste, je trouverois bien a les placer, mais il ne faut pas man- <]uer la jonction de celles d'Italie par trop de précipitation, ny laisser Votre Altesse Electoralle trop foible. Peut estre qu'un autre a ma place, ne regardant que luy, crieroit au secours, il m'en faudroit, mais il n'est question que de très peu de jours pour attendre ceux d'Italie, je prendray patience.
Par ma foy ie pense continuellement a vostre avanture du Tyrol, et ce pauvre jeune comte d'Arco qui a payé pour vous. Je regretterois bien ce jeune homme la qui a une si belle et si heureuse phisionomie, il est certain que celuy qui l'a tiré eu vouloit a Vostre Altesse Electoralle, Dieu vous conserve, mais
conservez vous aussy, Monseigneur : j'asseure que de tons ceux a qui vostre vie est précieuse, personne n'y est asseurement plus tendrement attaché que moy; que Votre Altesse Electorale me pardonne la liberté de cette expression. J'ay ordonné a Tintendant de faire payer les trouppes de Votre Altesse Electorale qui sont icy. Elle peut conter que Ton ne luy fera pas de mauvaise finesse sur l'argent que nous tirons des contributions; mais en vérité il faut asseurer un commerce, afin que les lettres de change de Vostre Altesse Ëlectoralle et les nostres viennent plus régulièrement; car les contributions ne sont bonnes a establir que pendant Thyver, pomme Vostre Altesse Ëlectoralle le sçait beaucoup mieux que moy.
J'envoye a Vostre Altesse Ëlectoralle une lettre que je reçois dans ce moment de M. de Fontbeausard, par laquelle Elle verra que le corps de M. de La Tour n'est pas encore si fort
qu'on l'aurait publié.
Orig. B K.
Villars à V Électeur de Bavière.
Au camp de Dillingen, le dernier juillet 1703.
Je suis dans une extrême inquiétude d'estre si longtemps sans apprendre des nouvelles de Vostre Altesse Ëlectoralle : Elle devoit faire attaquer Hall, le jour d'après, je ne suis pas en peine du succez de cette attaque, mais il n'est pas possible qu'EUe ne soit informée présentement de la marche de H. de Vendosme, et mesme si a Iheure qu'il est ses trouppes n'avoient pas pénétré, je ne scay ce que l'on en pourroit penser. M. le prince de Bade a présentement touttes les trouppes qu'il peut attendre, et ie ne doutte pas qu'il ne commence à agir présentement. Il luy est arrivé un renfort très considérable depuis deux jours. Gens qui ont marché avec ses trouppes dont
APPEMDICE. 333
quelques unes cstoient employées au blocus de Gueldres, disent qu'il y a dix mille hommes. J'ay veu par une lettre du maréchal de Tallard du 22 juillet que ce corps est composé de sept bataillons, deux régimens d'infanterie de Brandebourg et 4 régimens de cavallerie ou dragons, cela fait bien prés de dix mil hommes; ce qui joint a son armée, et au corps de M. de Bareith, fait comme Votre Altesse Electorale le verra bien, un ^rand nombre de trouppes. Pour moy, Monseigneur, je me prépare a traverser leurs desseins partout, comme i'ay eu rhoneur d'en informer Vostre Altesse Elcctoralle par mes dernières depesches.
Je n'entends pas parler des 8 escadrons de cuirassiers qui ont deu marcher de Braunau, et qui devroient estre desja sous Ulm, et m'y seroient bien nécessaires. M. de Legall est près d'Ulm avec 22 escadrons : il battit hier un party des trouppes du comte de la Tour prés de l'abbaye de Vibling. On en a tué ]2 ou 15, pris sept cuirassiers et sept chevaux; c'est des régimens d'Hannover et de Darmstat, les derniers venus du Rhin, et qui sont campés a Munderking.
J'attends des nouvelles de Vostre Altesse Electorale avec la dernière impatience, estant fort inquiet pour sa personne. Si j'avois osé prendre la liberté de luy dire ma pensée, la conqueste du Tyrol faitte, en sa pl.ace ie serois revenu a Munich, le reste ne mérite pas l'honneur de sa présence, et ne serois retourné a Tarmée que quand la jonction auroit esté faitte; et si Elle me fait Ihoneur de m'en croire, Elle prendra ce party là et chargera M. le comte d'Arco du reste : qu'elle m'envoye ses •cuirassiers le plustost qu'il se pourra, et ce qui ne sera pas précisément nécessaire pour sa personne, car asseurement la compagnie est grosse présentement. Je suis ravy qu'Ellc m'ait envoyé le colonel Ocford qui est homme de très bon esprit et bon conseil, et je seray asseurement fort aise qu'il soit témoin de nos mouvemens.
33* APPEXDICE.
Comme îay appris que H. le prince de Bade desiroit une sage femme d'Llm j*ay envoyé sur le champ an passeport pour Elle. Je ne doutte pas qu'il n*ait envoyé le trompette de Vostre Altesse Electoralle chercher celle que demande Madame TElectrice, cependant je n*en ay aucune nouvelle présentement; Ton ne demandoit qu*un passeport, mais peut estre que le prince de Bade aura esté bien aise d'envoyer sous ce prétexte un trompette sur le Rhin a Strasbourg pour estre pins précisément informé de ce qui se prépare en ce pays la; au moins je le juge ainsy, car pourquoy ne pas envoyer un passeport simple que Ton demande pour envoyer chercher une femme déjà arrivée a Schaffouse, après avoir dit que Ton le
renvoyeroit le jour d'après.
Orig. B. N.
L'Electeur de Bavière à Villars.
De Mittcrwald, le 31 juillet 1703.
Peu de temps, Mousieur, après vous avoir dépêché le dernier Courier, M. du Bordet s'est retiré du Brenner parce qu'il voyoit des trouppes des tous côtéz qui se preparoient a l'attaquer, et qu'il avoit advis en même temps que les paysans marchoient aux gorges des chemins sur ses derrières. Je n'ay scù sa rettraite que quand il l'avoit faite; comme H. de Ricousse s'est chargé de vous faire un détail de ce qui s'est passé après, je n'en diray pas davantage icy et me remets a sa lettre; cependant nous battaillons tousiours un peu; l'action d'hier a été fort vive, car les ennemys ont été renforcez la nuit d'auparavant de cinq cents hommes que l'on ne comptoit pas d'y trouver, ils ont pourtant été bien battus; nous avons quatre capitaines, deux lieutenans, un enseigne et prés de deux cents soldats impériaux prisonniers; ie crois qu'il n'y en a
APPENDICE. aj.)
gueres moins de tuez sur la place ; tous iugerez bien, Monsieur, que des enuemys bien postez, un chatteau et des hautteurs pour eux, le nombre des trouppes de part et d'autre j)rf<i;iio égal, que cela ne se pouvoit forcer qu'avec quelque perte; il n'y a des tués qu'un lieutenant de mon régiment des gardes et douze officiers tant des trouppes du Roy que des miens blessez, des soldats en tout tant tuez que blessez il y en aura soixante ; cette action pourtant est fort avantageuse, car ce corps que les ennemis avoient avancé est entièrement défait et quelques mille paysans qui paroissoient sur touttes les hautteurs prestsà descendre et à fondre sur noâ trouppes, si les ennemys avoient eu le dessus, se sauvèrent en grande confusion dans les montagnes. Le baron de Luzelbourg qui a commandé ce dettachement et le chevalier de Montmorency qui en etoit, ont fort bien conduit la chose, et Tinfanterie a fait tout ce qu'on peut souhaitter, il faut neantmoins que je vous dise. Monsieur, que nos trouppes ont bien diminué, et il est incroyable combien elles sont fatiguées de ces grandes marches par les montagnes, et par les detachemens qu'on doit avoir de tous côtéz ; j'occuperay demain le poste de Seefcld, ou je couvre le vallon du haut de l'Inn, vers Landek. J'ay mes derrières assurez et ie suis à portée d'aller à Inspruck, si M. de Vendôme avance, ou de marcher vers le Danube quand la nécessité le demandera. Les officiers prisonniers ne scavcnt rien d'asseuré de M. de Vendôme; il y en a qui disent que le comte de Solar a marché avec une partie de ses trouppes vers les chemins d'Italie pour s'opposer a son passage, d'autres asseurent qu'il a esté repoussé a Rivoli ; les simples soldats prisonniers qu'on a examiné disent que l'allarme est parmy eu\ de l'approche des François, ce qui me fait mal augurer ; ie crois que peu de iours nous eclairciront de ce qui en est, voyez, Monsieur, si votre situation permet que sans s'exposer a quelque hazard de vôtre coté, nous puissions encore attendre icy la décision : j'ay cependant trouvé un moyen
seur de faire passer un homme à H. de Vendôme, pour que les bruits que les ennemys pourroient répandre de ma retraitte ne le détournent pas de ses desseins : cet homme sera après demain a Bolzan. Le gênerai Weiquel qui a aussi entièrement défait vn corps des paysans retranchez prés de Kueffstein a ordre de faire marcher en toutte diligence vers TlUer ses huit escadrons de cuirassiers et de vous faire advertir. Monsieur, lorsqu'ils s'approcheront du Lech, afin que vous en puissiéx disposer comme vous le trouverez à propos; je ne scais ce qui est de Rattenberg, car il n'y a plus de communication auec le bas de Tlnn, la voix publique dit qu*il est pris, Weiquel n'en mande rien, mais i'y envoyay hier un homme qui m'a promis d'y aller et revenir. Il ne me reste plus rien à repondre sur vos deux dernières lettres, sinon de vous remercier du détail que vous me faitéz des ordres prudents que vous avez donné partout, en attendant que l'approche de H. de Vendôme ou les opérations de M. le duc de Bourgogne fasse changer de face la situation ou nous nous trouvons tous deux, et quoyque ie voye que vous veillez partout, il est ma foy temps qu'on donne sujet a (a gazette d'Hollande de parler autrement qu'elle ne fait des opérations sur le Rhin; le comte d'Arco que vous plaignez, et qui depuis est mort de sa blessure, n'est pas le même que vous pensez, c'est le comte Ferdinand âgé de près de soixante ans : s'il avoit esté plus jeune et plus beau on ne l'auroit pas pris pour moy, je vous suis cependant fort obligé de tout ce que vous me témoignez à l'égard de ma personne, ce sont des hasards dont ie n'ay pas la faute, et pourveu que les grandes afiaires se fassent ie ne m'embarasse pas du reste, les marques de vôtre amitié me sont fort chères.
Orig. P. V.
Villars à l'Électeur de Bavière,
Au camp de DilliageD, le !•'' aoost 1703.
J'espère que Vostre Altesse Electoralie apprendra avec une véritable joye que son deffunt et assés indigne gênerai le comte de la Tour a esté battu a platte couture. Je dis assés indigne, puisque n'estant pas né suiet de l'Empereur il a quitté le service d'un grand prince aux bontés duquel il devoit sa fortune. Pour moy j'avoiie que i'ay esté d'autant plus sensible a sa disgrâce que l'on ne peut rien adjouter a l'insolence et a la dureté dont il en a usé pour nos prisonniers, les menaçant de les faire brûler. Il a esté prisonnier pendant un quart d'heure et s'est échappé. En vérité j'aurois achetté bien cher de le pouvoir envoyer a Munich. Mais il faut avoir l'honeur de rendre compte a Vostre Altesse Electoralie de cette victoire, qui a esté très disputée, mais aussy très complette. J'envoye le marquis de Bellefont pour avoir l'honneur de l'apprendre a Vostre Altesse Electoralie et j'auray l'honneur d'envoyer les étendards a M- l'Electrice.
Vostre Altesse Electoralie a esté informée par mes précédentes que le comte de la Tour avoit assemblé un corps d'armée composé d'abord du régiment de Barcith, de hussars, de quelque infanterie tirée des places forestières, et fortiffiée depuis des regimens de cuirassiers du vieux Hannover et Darmstat, et d'un détachement considérable de la cavallerie Ae M. le prince de Bade. Enfin, Monseigneur, c'estoit une teste ^'armée laquelle ayant passé le Danube devoit aussy venir passer rili»r. Pour moy j'avois eu l'honneur de mander a Vostre Altesse Electoralie que ne voyant pas Donnavert encore bien menacé, j'avois creu devoir envoyer sur l'Iler M. de
zi» ArrE.\Dicfc.
LtigM tre» sa^e et failUat ofliticr gnénl. aaf ael iay ctmmu bcaocoap de sens, d'aodace, et dans ioattes les aflaîres doat il a esté qoestioo, pensant noblement, et ronlant se iure do mérite et se distinguer : qnalîtés qoe ie ch e rche dans les ofiEciers généraux, et qui me teront ionjoars prefierer ceox en qnî îe les trooie, a toottes les recommandations qne la MM»mify oa les protections peoTent donner. 11. le comte de Mnaatlerol peut se sooienir qoe dans le conseil de gnene qni fat tcno poor attaquer les lignes de Bibel, 11. de Legall opina conformément a la dignité de la nation et do bien de raSaire. Enfin, llonseigneor, j'afois trooiê cet bomme la capable de toottes les commissions qoe je luy avois données josq n'a présent» et déz que i*ay appris qoe le corps de 11. de la Toor afoit passé le Danobe a llonderking, j*aYois lait aranoer 11. de Legall a Offenfaaasen près d*L'lm. Il me manda le joor d'après son arriiée la situation do comte de la Toor, me marquant UD grand désir de pouToir Tattaquer, je n*ena¥ois pas nne moindre envie par plusieurs raisons. La première renoit de la nécessité d'arrester s*il estoit possible par on coop heoreox les premiers mouTemens d*uDe armée qoi fortifBée presentemeut de tous les secours qu>lle attendoit passe poor estre de plus de cinquante mille hommes et poblie depnb si longtemps qn'elle ¥a m*accabler, qu'elle me tient enfermé, et enfin flatte ^^^e TEmpire d'espérances assés mal fondées; en second lien le ^^^^ peu de cas que je fais du comte de la Toor m*a toojoors bit M Sà^ conter qu'il ne falloit que l'attaquer pour estre sur de le battre. ^ ^'- Enfin, Monseigneur, ie recommanday seullement a M. de ^3^^^ Legall sur ses premières propositions d*obsenrer deux choses : ^ '^ ' premièrement que le camp des ennemis fut accessible» et en second lieu qu'il ne fut point souleno par le ¥oisinage de quelque autre corps d'armée, soit des trouppes h«12andoises que Ton disoit le devoir joindre incessamment, soit de celles de Brandebourg qui sont depuis quatre jours a quatre oo cinq
eues de l'armée imperialle, luy ordonnant moyennant que >s deux obstacles ne rendissent pas son dessein trop difficile, 3 ne perdre pas un moment a Texecuter. L*on ne peut perdre Loins de temps : j'envoyay a M. de Legall les neuf escadrons ue commandoit M. du Héron, et luy permis de se servir des ètachemens que nous avions dans Ulm et de la brigade d'ininteirie de Poitou que j'avois fait avancer dans cette veûe a untzbourg. Il partit donc le soir du 30* juillet, et a trouvé le )mte de la Tour campé la droitte a Munderking et la gauche 1 Danube ayant trois ou quatre ruisseaux qui couvroient le ontdeson camp. Le combat a duré prés de quatre heures, les nnemis se ralliant toujours, quelque fois mesme avec avanige. A la fin la fermeté des trouppes du Roy parmi lesquelles y avoit un détachement de Volframsdorf de la garnison d'Ulm ui a fait des merveilles, a renversé les ennemis a une derîere charge, ils ont esté poussé au delà du Danube que plucurs ont passé a nage. Un escadron de Choiseuil a passé le 'auube peslemesle avec les ennemis qui ont perdu dans ette occasion onze estendars et nous pas un seul, j'auray Thoneur d'en envoyer sept a Vostre Altesse Electoralle qui sont parfaitement beaux. Le comte de la Tour a esté pris par deux Avaliers du régiment de Barantin qui Tont fouillé et puis laissé iller, selon leur bonne coutume. Ils firent de mesme du prince de Zolern et du comte de Nassau a la bataille de Fridelingue. Le corps du comte de la Tour estoit composé des regimens entiers de cuirassiers du vieux Hannover, Darmstat, et Bareith dragons, 600 chevaux détachés de Tarmée de M. le prince de Bade, 600 houssars. Enfin ils avoient 1200 chenaux plus que nous.
Voila, Monseigneur, un succès entier. Il nous a cousté de braves officiors : le pauvre M. du Héron est très dangereusement blessé dont je suis vivement touché, le marquis d'Aubusson blessé, deux lieutenans colonels tués, un blessé a mort. Je ne
scay pas combien de capitaines, il y en a pan, et pas un grand nombre de cavalliers, c'est a dire en tout 120 taés ou blessés. Les ennemis ont perdu plus de 800 hommes, très peu de prisonniers, la vivacité du combat n'ayant pas permis d*en faire, plus de 200 noyez dans le Danube. Enfin Tafiaire est complette, et imposera a cette armée formidable. J'espère que Vostre Altesse Electoralle sera satisfaitte de notre zele pour
son service. Pour le mien elle le connoist.
Orig. B. K.
Villars à VÈlecteur de Bavière.
Au camp de Diilingen, le 3* aoust 1703.
J'estois en vérité fort en peine de Vostre Altesse Electoralle quand son courrier m'a apporté la depesche dont Elle a^ pour agi'eable de m'honorer du 31 juillet par laquelle et par celle de U. de Ricous je vois que les trouppes de Altesse Electoralle battent les ennemis en touttes occasions;^mais cependant le Brenner et Inspruck sont quittés, ce qu m'afflige et sans avoir eu des nouvelles de M. de Vendosm lequel certainement a perdu bien du temps, je ne seay plu présentement ce que l'on peut espérer de ses efibrts. Vostri Altesse Electoralle croit-Elle que ses trouppes puissent perce j usqu'a Inspruck? J'avoiie que ces rcflections m'affligent, ain va le monde, le bleu et le mal sont meslés, mais grâces a Di le bien l'emporte puisque les ennemis sont battus de tOL costés. Je ne doutte pas que Vostre Altesse Electoralle n'ajjr prenne avec joye les nouvelles que le M*' de Bellefont est a luy apprendre. Après cela je ne scaurois me réjouir de que je ne voye une communication asseurée an moins lettres par Bregents, car d'estre incertain sur tout, c'est u peine insuportable. Je vois que Vostre Altesse Electora
attend encore des nouvelles de M. de Vendosme. Si les premières ne sont pas portées par la teste de ses trouppes je ne scay qu'espérer. Vostre Altesse Electoralle sçaura parfaitement par les connoissances du pays qu'ElIe a peu se donner, par les gens même du Tyrol ce qui peut arrester les trouppes de H. de Vendosme. Il est plus que certain que s^il avoit marché dans le temps qu'il a sceu les conquestes de Vostre Altesse Electoralle les chemins luy auroient esté libres. Partout les troupes defiaites, les peuples étonnés auroient mis bas les armes de touttes parts, mais des que Ton leur a laissez reprendre leurs esprits, ce n'est plus la même chose.
Vostre Altesse Electoralle ne me fait point Thoneur de me mander jusqu'à quel temps elle prétend attendre des nouvelles de M. de Vendosme. Pour moy. Monseigneur, je ne vois point clair dans les desseins de H. de Bade. J'ay lieu d'espérer que l'avantage que nous avons remporté sur un de ses corps d'armée reculera au moins ses projets de quelques jours et c'est J>eaucoup dans la situation ou je me trouve que de gagner du temps. J'espère donner a Vostre Altesse Electoralle celuy ^u'Elle croira nécessaire pour sçauoir a quoy s'en tenir sur les , secours d'Italie, après quoy cest a Elle a voir quel party elle "veut nous prescrire ou de prendre Bregentz pour estre seur ^es lettres, et ce n'est ma foy pas celles de mes maitresses ^ui me pressent le plus, ou de s'estendre le long du Danube, ^^ostre Altesse Electoralle prend toujours un bon party de xn'envoyer ces escadrons de cuirassiers, je les feray marcher Ters Ulm.
Je ne suis point du tout étonné. Monseigneur, que vos trouppes s'afibiblissent par tant d'actions, cela ne se peut autrement, mais si Elle veut bien me faire Thoneur de m'en croire. Elle les rendra complettes dans l'instant par imposer des hommes par villages; il faut se maintenir le plus fort qu'on pourra pour disputer la campagne a l'ennemy et pouvoir s'es-
tendre pour les quartiers d'hyvert, ce qui nous pourra mené
au combat; je crois estre seur des trouppes du Roy et je leui-^ ^l^-Mxt
vois un ordre infini. Je ne doutte pas que Vostre Altesse Elec ^^^ c-
toralle ne soit informée que les ennemis n'oublient rien pou pouvoir se saisir d'Ulm. Ils ont vainement tenté la fidélité d M. de Bettendorf par la promesse de 100 mille florins. Je n suis pas estonné qu'un honneste homme et de caractère comme luy ait résisté, mais pour se rendre maistres de cette ville, il n'est pas nécessaire d'avoir M. le Gouverneur; le premier capitaine peut livrer une porte, et il est certain que les bourgeois ont un commerce continuel avec les ennemis, qu'il ne sort pas une trouppe d'Ulm qu'ils n'en avertissent par des signaux. Je mande cependant que l'on en fasse sortir nos détachemens d'infanterie et de cavallerie, c'est 800 hommes. Pour M. de Fonbeausard je crois lui devoir laisser.
J'ay fait venir icy aujourd'buy M. de Legall, premièrement pour estre informé par luy même des détails de son combat et soavoir qui je dois recommander a Sa Majesté, ensuitte luy donner de nouveaux ordres pour la deflense de l'Iller, car il faut bien empcscher que l'ennemy ne s'y avance, et même si une fois Vostre Altesse Electoralle s'approche, il faut tenir tout le Danube et que l'on puisse recevoir des secours par Fribourg dont je ne doutte pas qu'a la fin Mgr le duc de Bourgogne ne fasse le siège : il doit avoir 65 battaillons, que diable en font'ils? Dieu me le pardonne, ils trouveront mes lettres un peu vives asscu rement mais je ne sçaurois me taire sur leur indolence. Scroit-il bien possible que ce beau comte d'Arco que je rcgrettois se portast bien, et que j'eusse esté affligé pour le mary de II™* la comtesse d'Arco. Je tascherois en ce cas la de me consoler, mais il n'y a qu'un mâtin deTyrolois qui ait pu prendre un homme comme celuy la pour Vostre Altesse Electoralle et, an grand air que Dieu luy a donné, il n'y a personne qui ne fusl trop heureux qu'on le pust prendre
APPENDICE^ 34a
pour Elle, a moins qu'il n'en coustast la vie, auquel cas, MonseigDeur, j'avoiie que j'aimerois mieux moins d*honneur; la modestie sied bien en touttes choses aux grands princes, mais Vostre Altesse Electoralle en a trop dans cette occasion.
P, S. — J*auray Thonneur de dire a Vostre Altesse Electoralle, que M. de Cbamillart me répond en deux mots, sur les ordres quelle a eu la bonté de donner a M. le baron de Simeony, comme si la chose estoit faitte, et ie n'en ay iamais douté, Vostre Altesse Electoralle voulant bien m'honorer de sa protection; oserais ie prendre la liberté de luy demander si elle n'a receu aucune lettre de M. le baron Simeony, parceque selon les apparences le Roy voudra quei'apprenne cela par Votre Altesse Electoralle. Pour moy. Monseigneur, l'observe un profond silence sur tout cela, scachant bien que le secret est nécessaire et n'en parleray que quand Vostre Altesse Electoralle m'aura fait l'honneur de me mander ce qu'elle en scayt \
Orig. B. N.
L'Électeur de Bavière à Villars.
Du 6« aoust 1703.
Je suis ravy. Monsieur, que vous ayez appris par M. de Chamillart que l'affaire en question est autant que faitte, je m'en rejouis par avance et n'ay jamais douté que le Roy ne vous fasse connoistre par tous les endroits les distinctions que vous mérités. Je n'ay receu aucune lettre de Simeony et n'ay
^ Allusion à la demande du brevet de duc que Villars avait fait faire par Max-Emmanunl et appuyer parSiméonî^ envoyé bavarois à la Cour de France. Le numéro suivant répond à ce post-scriptum : à la date du 22 aoAt, Villars^ n*ayant rien reçu^ revint à la charge auprès de Reicliart, le secrétaire de l'Élcctcur. Voyez ci-dessous, nos 103 et 104.
parlé à ame vivante de cette affaire» j*en attends des nouvelles avec impatience, pour vous en donner, et vous marquer que je suis avec toutte la vérité possible, Monsieur, etc.
Orig. P. V.
ViUars à V Électeur de Bavière.
Au camp de Dillingea, le 9* aoust 1703.
Je suis assés étonné que Vostre Altesse Electoralle n'ait encore aucune nouvelle de la marche des trouppes d'Italie, et je le serois encore plus si je n'apprenois par des lettres que des particuliers receurent hier de Paris du 30 juillet que les trouppes destinées a la jonction n'avoicnt deu se mettre en marche que le 20 juillet; j'en recois une de M. de Chamillart du 27 qui diminue fort mes espérances par touttes les difficultés que trouvoit M. de Vendosme. Il est très fâcheux, puisqu'il y trouve de si grandes difficultés, qu'il ne les ait pas déclaré dès les commencemens, puisque Ton se seroit contenté d'asseurer les principales places du Tirol dont la conqueste auroit si peucousté a Vostre Altesse Electoralle et que l'on auroit pas perdu le temps depuis que Vostre Altesse Electoralle est maitresse d'Inspruck jusques au 8 aoust ou nous sommes. Enfin j'ay déjà eu l'honeur de le mander au Roy, le seul temps perdu depuis que Ton a manqué le dessein d'une jonction suffit pour la rendre impossible, et un ennemi n'est pas assés imbécile pour ne pas profitter de vingt-six jours pour rompre des chemins et préparer divers obstacles, auxquels peut estre n'auroit il pas songé dans les premiers jours. Pour moy je scay bien que si j'avois seullement perdu six heures, je ne passois plus, etM . de Honasterol sçait de quelle manière il fallut déterminer les esprits indolents et irrésolus.
Je laisse à Vostre Altesse Electoralle a juger du party qu'il faudra prendre sur les difiicultés que M. de Chamillart luy même prévoit a la jonction des trouppes d'Italie, et ne puis prendre sur moy de la déterminer a quitter le Tyrol, mais je crois que quand elle recevra cette lettre elle aura desja esté informée, par les gens qu'elle a envoyé, de ce que Ton peut attendre de ces costés la. Ce qu'il y a de certain, Monseigneur, c'est que cette jonction la manquée, ma pensée est que le premier objet doit estre une communication. J'ay envoyé un de mes aydes de camp a la Cour, j'ay prié H. de Legall de trouver avec M. de Focanj un officier des trouppes de Vostre Altesse Electoralle pour le conduire et tascher de rencontrer un Courier de Son Altesse Electoralle de Cologne qui doit estre a Schaffouse depuis plus de quinze jours et qui a des depesches impériales pour Vostre Altesse Electoralle; j'écris sur le siège de Fribourg comme Vostre Altesse Electoralle le peut désirer et sur les secours d'argent et renforts de trouppes je n'oublie rien sur cela.
Je sçais que notre dernier combat a étonné le prince de Bade car ils ont esté bien battus et plus encore que mes dernières lettres ne me l'avoient persuadé.
Je ne puis m'empescher d'avoir l'honeur de dire a Vostre Altesse Electoralle qu'ayant envoyé depuis quelques jours le munitionnaire général de cette armée a Ulm pour y faire emplette de grains, afin d'avoir un magazin tout prest en cas de nécessité, le magistrat auquel j'avois écrit pour le prier de favoriser le sieur Aubert dans ses achapts, car c'est en argent comptant que nous les voulions, luy a dit pour toutte réponse, qu'il ne pouvoit y consentir de peur de déplaire a M. le prince Louis : il me revint tant de discours de cette nature dont je ne parle pas à Vostre Altesse Electoralle et qui marque la pernicieuse intention de cette Ulm, que je crois devoir prendre la liberté de dire a Vostre Altesse Electoralle qu'elle ne sçauroit
346 APPEXDICE.
prendre de trop promptes mesures et trop justes pour les prévenir; je prendray la liberté de lui répéter encore Timportance dont il est d'avoir une des portes d'Augsbourg que Ton pourroit garder avec trois cents hommes. Alors les habitans ne seroient pas assez mal avisés d'introduire dans leur ville les trouppes de l'Empereur pour s'exposer a voir donner une bataille dans leur enceinte, mais jusques la tout est a craindre
de leur part.
Orig. B. \.
Villars à V Électeur de Bavière.
Au camp de Dillingcn, le 11" aoust 1703.
J'ay receu la lettre dont il a plu a Vostre Altesse Electoralle de m'honnorer du 6* par le marquis de Bellefond je dois luy rendre mille très humbles grâces de touttes les bontés qu'elle a eu pour ce jeune homme fils d'un des premiers domestiquer de madame la Dauphine, et du beau présent dont elle Ta honnoré. J'ay esté très aise de la joye que luy a causé le combat gagné sur les Impériaux, en vérité, Monseigneur, je voudrois bien luy en donner une plus sensible par quelque action plus considérable et qui décidât d'avantage. Celle la a donné an temps bien précieux, car certainement les ennemis marchoient le jour d'après sur l'Iller, mais il nous en faut présentement qui nous donnent du tems, du pays, des communications et par conséquent de l'argent. Le temps que M. de Vendosme nous a fait perdre nous fait mourir de tristesse, car de songer que s'il avoit fait la diligence naturelle et possible, il y a dix jours que ses trouppes jointes a celles de Vostre Altesse Electoralle pouvoient marcher vers l'Autriche dénuée de tout secours, estonnéc d'ailleurs des révoltes de Hongrie : quand je songe dis-je a tous les avantages qu'une telle disposition nous permettoit, je
APPEXDICE. 347
suis au desespoir. Après cela il faut laisser les vains regrets, et aller au solide. Vostre Altesse Electoralle a envoyé au devant des trouppes de M. de Vendosme, est-il possible que personne ne puisse venir luy dire a quoy Ton en est, et ce que Ton peut espérer : les momens sont précieux de tous costés. Je ne sçaurois comprendre pourquoy Tannée du Rhin n'agit pas encore, et je mettrois ma teste qu'elle agira avant qu'il soit trois jours, corrigéparlemarechal, et qu'elle a même deia commencé. J'ay montré a M. d'Ocford la dernière lettre que j'ay receu de Sa Majesté du 23 juillet, elle comprend qu'il faut absolument une communication, et je parierois Fribourg investy présentement, il faudra marcher avec tout pour attaquer Willinghen dans le même temps et border le Danube. J'iray recevoir les ordres de Vostre Altesse Electoralle ou elle l'ordonnera. Pour moi j'avoue que dans le chagrin ou je suis des contre temps bien qu'il ne faille jamais se battre de colère je crois que je combattray le prince de Bade; s'il veut passer comme touttes les nouvelles le disent, je n'y manqueray pas, car il ne faut pas qu'il puisse songer a mettre le pied audela du Danube entre Ulm et Lauingen.
Vostre Altesse Electoralle par la lettre dont elle m'honnore du 8* parle du péril du château de Rotenberg; est-il possible que secouru l'on n'y ait mis des vivres que pour six semaines, et pour une aussy peiite garnison. J'ay peine a comprendre aussy comme la ville de Rotenberg et le château surtout, ayt pu estre pris sans canon par des paysans, cela est presque inconcevable. Enfin, Monseigneur, Vostre Altesse Electoralle attend avec grande impatience des nouvelles de M. de Vendosme, et moy avec une plus grande, celles qu'il luy plaira me donner de la resolution qu'elle prendra. Les troupes du Roy Dieu mercy sont dans un très bon estât, mourant d'eniie de combattre. Celles des ennemis souffrent beaucoup ayant bien des malades. Enfin, si Dieu nous donne un combat, j'espère
348 APPEMDICE.
VD bon succès. Une petitte gagnée nous tireroit de bien des soins.
P. S. — Un capitaine de ses troupes qui arriva hier la nuit m'a dit que le prince de Bade avoit la goutte et qu'il luy avoit fait dire, car il ne la pas veu, que dans le moment il recevoit ordre de TEmpereur de faire un eschange gênerai ; î*en serois en vérité bien aise pour tout ce que nous avons de prisonniers surtout les six ou sept derniers pris, qui nous seront nécessaires, Sclielleberg et nos ingénieurs.
Vostre Altesse Electoralle est informée il y a plusieurs iours
que le passeport est donne pour la sage femme, quar i'en ay
envoyé un pour celle que demandoit le prince de Bade pour le
piquer d'honneur, ma foy, Monseigneur, iay bien envie que nous
puissions mettre les troupes bientost en estât de prendre des
quartiers d'hivert bien tranquille, et un peuse resiouir a Munich,
car l'attention continuelle et dans des circonstances difficiles,
fatigue tout esprit, il faut du délassement.
Orig. B. N.
VïUars à V Électeur de Bavière.
Aa camp de DilUngen, le 16* aoust 1703.
M. le comte de Monasterol rendra un meilleur compte à Vostre Altesse Electoralle de nostre situation, que tout ce que ie pourrois avoir l'honneur de luy dire. 11 est certain que les troupes des ennemis sont encore fortiffiées par l'arrivée des huit bataillons hoUandois qui joignirent hier, tout cela ensemble compose asseurement une puissante armée, laquelle n'est point toutte en front de bandiere, et nous ne voyons devant nous que le mesme camp qui s'est estably des le premier jour; mais le corps de M. de Bareith, les trouppes de Brandebourg, les huit bataillons hoUandois arrivez seullement d'iiier, sont a une et deux lieues de la grande armée.
APPEXDICE. 349
M. de Honasterol ni*asseure que partouttes les lettres iutercepfées la Cour de Vienne s'attend a voir bientost éclater le dessein du prince de Bade. Il n*est pas possible qu'il n'en ayt eii, peut estre mesme que celuy que touttes les apparences veullent qu'il avoit sur Donnauert, auroit éclaté desja sans touttes nos précautions pour luy rendre cette entreprise difficile. Le comte de la Tour bien battu nous a encore donné du temps, j'espère pouvoir empescher leur armée de passer le Danube entre Ulm et Donnauert; me charger, veu la supériorité en nombre, de les contenir au delà de ces deux endroits, pourroit estre. Monseigneur, un engagement téméraire.
La jonction du Tirol qui certainement a dépendu de M. de Vendosme pendant le commencement du mois de juillet, et qui peut estre plus difficile présentement, scroit si importante que je ne voudrois pas avoir a me reprocher de l'avoir retardée, bien que je la croye tous les jours plus difficile; je ne sçay pas pourquoy M. de Vendosme auroit pu se borner a ne pas venir plus loin que Trente, car je n'ay jamais asseuré que Vostre Altesse Electoralle fist plus que s'emparer d'Inspruck, et occuper le Brenner. Si Vostre Altesse Electoralle juge qu'elle n'ayt plus rien a espérer de cette jonction, rien asseurement n^est plus important que de nous renvoyer touttes ses trouppes. Si elle croit que deux jours de plus ou de moins après avoir fort attendu puissent la faciliter, je ne la contraindray pas : l'armée du Roy, Dieu mercy, est en très bon estât. Nous avons donné ce matin a M. de Monasterol le divertissement de voir attaquer un fourage, il en a cousté plus de cinquante chevaux aux ennemis.
Le comte de Monasterol à l'Électeur de Bavière.
A Dilliogoen, ce 16* aoust a sept heures du soir 1703.
Je croyois de partir dans ce moment, cependant \I. le mareschal de Villars qui m'avoit deià remis la lettre qu*il a Thonneur d'escrire a Vostre Altesse Electoralle m*a prié de rester iusques a demain au matin, et d'envoyer en attendant le courier Abraham qui fera plus de diligence que moy.
Vostre Altesse Electoralle verra par la lettre cy iointe qu^il se fait fort de soutenir le Danube depuis Llm iusques a Donawert sans parler de ce poste icy qu'il croit avec raison innatacable; il n'est donc question que du bas Danube depuis Donawert iusques a Ratisbonne, et de Tlller : quant au bas Danube il me paroit que par ce poste icy Ton est tousiours a portée d*y accourir et de voir ce qui peut y marcher; ce n'est pas la mesme chose pour Tlller. M. le mareschal m'a bien dit quil croyoit par l'activité et vigilence de \I. de Légal pouvoir le garantir, mais qu'il n'osoit pas cependant Tassurer quant il faisoit reflexion a la force des ennemis; en un mot il souhaite fortement que Vostre Altesse Electoralle veuille enfin prendre le parti de faire marcher ses trouppes par le Leck et ensuitte devers Ulm pour s'opposer a l'Iller s'il en est besoin : bien entendu pourtant qu'elle n'aye point receu des nouvelles certaines de rapproche de M. le duc de Vendosme : car si Vostre Altesse Electoralle en avoit eu de positives depuis peu, en ce cas M. le mareschal est du mesme avis ou îe crois avoir laissé Vostre Altesse Electoralle, qui est de risquer quelque chose a attendre une ionction qui pourroit mettre Vostre Altesse Electoralle en estât d'imposer la loi aux ennemis. Voilà iusqu'ou s'estendent les explications de M. le mareschal sur les partis que Vostre Altesse
APPENDICK. 351
Electorallc peut prendre dans la conioncture présente; il souhaite fort, et je le vois bien, qu'on marche du costé d'Ulm, mais il craint aussy de marquer trop d'inquiétude : il m'assure que les ennemis ont quarante-huit bataillons et cent sept escadrons, sans compter les huit bataillons hollandois qui doivent ioindre demain, selon le rapport du sieur de Locatelli qui vient d'arriver et qui assure les avoir vu hier a deux marches de Tarmée ou ils ont ordre de se rendre, il dit aussy avoir vu proche de Gaiselinguen, sur le panchant de la montagne, environ cinquante grands batteaux qui n'estoient point chargé sur les chariots, ie n'ay. Monseigneur, que ces particularités là a mander a Vostre Altesse Electoralle; ce que ie puis y aiouter c'est que ces mesmes trouppes des ennemis sont foibles quoy que leur camp paroisse étendu : M. le prince de Bade est an Ut depuis huit iours attaqué de la goutte, il ne voit qui que ce soit, sil veut agir il en est temps car il n'a plus de trouppes a attendre; l'on ne scait rien de positif de Monseigneur le duc de Bourgogne, les lettres particulières de Strasbourg disent qu'il fera sûrement le siège de Fribourg, et M. de Chamillart escrit a M. le mareschal de Villars que le Roy connoit l'importance de soutenir son armée pendant l'expédition du Tirol, et que par conséquent Sa Majesté feroit tout ce qui seroit possible , de tenter pour la secourir : le sieur de Locatelli espère que Vostre Altesse Electoralle voudra consentir a l'échange proposé contre M. de IVidman colonel saxon, les propositions qui avoient esté faites pour le sieur de Schelberg et les autres prisonniers ayant esté reiettées par M. le prince de Bade, ledit sieur de Locatelli n'a que six iours de terme pour attendre les ordres de Vostre Altesse Electoralle, après quoy il doit sur la parole qu'il a donné se rendre de nouveau auprès des ennemis.
Orig. B. N.
332 APPEIVDICE.
L'Électeur de Bavière à Villars.
De Mittervaidt, du 20 aoast 1703.
A ce moment, Monsieur, ie reçois la nouvelle que le corps des ennemis du coté de Passau après avoir été renforcé des Danois, a attaqué et forcé les lignes et abbattis entre Scharding et Vilshofen; le comte de Tattenpach, qui y commandoit mes trouppes, a ietté Tinfanterie dans Scharding, et s^est retiré avec la cavallerie consistant en cinq escadrons et un battaîllon derrière la petite rivière de Vils; vous iugéz bien, Monsieur, que ie n'ay pas à balancer à prendre mon party pour opposer ce que ie puis au dessein des ennemis, avec une telle promptitude qu'ils n'ayent pas le temps de mettre les choses en Bavière q\\ une plus dangereuse situation.
Du coté de Furtli, aux fronlicrcs de Bavière vers la Bohême, il s'assemble un corps composé des hussars, de quelqu*in£uiterie et des milices de Bohême, sous les ordres du gênerai Herbeville, il est apparent qu'ils cherchent à s'asseurer de quelque passage sur le bas du Danube, et Ton m'advertit de plusieurs endroits, que le margrave de Bareith y doit aussy faire marcher un corps des trouppes : ce dernier me paroist éloigné, et si cela estoit vray, vous en seriez plus tost informé que moy; cependant ce qui est de plus mauvais, est que ie me trouve obligé présentement d'esloigner tellement mes trouppes de vôtre armée, que pour longtemps vous ne pourrez plus compter d'en recevoir du renfort.
Par les lettres de Vienne que j'ay reçu aujourd'huy, je vois que M. de Vendôme est encore entre Roverlit et Trente, sansqu'on sçache s'il ira plus avant, sans avoir auparavant tous* ses derrières libres, n'ayant pas encore attaqué le chateaa
APPEXDICE. 333
d'Arco ou l'on fait état de se bien dépendre, par là ie vois bien qn'il n*est pas à portée d'espérer sitôt la ionction pour laquelle i aurois tout abandonné si ie Tavois crû seureet prompte.
Le party donc que i'ay pris est de faire marcher ma cavallerie droit a Braunau par terre et la plus grande partie de mon infanterie a Rosenheimb pour y estre embarquée et transportée par eau sur Tller vers Landtshut, et avec ce que le comte de Tattenpach a avec luy, et le battaillon de Docfort que i'ay fait embarquer à Ratisbonne et descendre le Danube, on pourra former un petit corps capable de deflfendre Filer et en disputer le passage aux ennemis. Si pendant Tinterval de cette marche i ay nouvelle que les Impériaux s'esloignent de Passau et montent le Danube, je feray attacfuer Passau , ayant pour cela tout tes choses prêtes et embarquées a IVasserbourg sur rinn ; ou les ennemis laisseront prendre Passau, ou seront obligez de se retirer et repasser de nouveau les abbatis de la même manière que cela est arrivé le printemps passé, quand ie suis revenu du haut Palatinat; s'ils font le premier je les suivray, et pouvant les ioindre avant qu'ils ayent pii faire un pont sur le Danube ou passer l'Iler, i'espere qu'ils se trouveront embarrassez. S'ils prennent le second party je laisseray un corps des trouppes a Schardiog et aux abbatis, suffisant pour les contenir, et la teste pourra tourner du coté ou il conviendra alors. Je ne douttepas que cette entreprise sur laBavicrenesoit un effet et commencement de l'exécution du dessein du prince de Bailen, €t ie crois qu'il entreprendra aussy de vôtre coté. Comme vous ne pouvez plus être soutenu ny renforcé que par l'armée de 11. le duc de Bourgogne, ie vous laisse penser a tous les moyens possibles pour l'informer de la situation ou nous sommes, et le déterminer à ne plus tarder de vous soutenir puissamment, et a quelque prix que ce soit. Le comte de Monasterol arriva hiericy,et me rendit compte de tout ce doot vous l'avez chargé, à quoy ie ne vous reponds pas puisque les choses ont changé
H. ss
:J5V APPEXDICE.
de face, et que i'ay pris le party que vous voyez. Moy pour ma personne je vais demain a Munie pour donner les ordres nécessaires pendant que les trouppes sont en marche, et selon que ie pourray iuger en quelques iours que ie seray là du dessein des ennemys, ie me rendray ou à vôtre armée ou au corps qui marche du cote de Passau. Je vous prie cependant d'avoir Fœil sur^ Ratisbonno en cas que' le prince de Bade ou le margrave de Bareith fit quelque détachement de ce coté là.
Orig. P. V.
Villars à VÉlecteur de Bavière.
Au camp de Dillingen, le 22'ioust 1703.
Je reçois la lettre dont il a plu a Vostre Altesse Electoralle de m'honnorer du 20, j'attendois a me donner Thoncur de luy escrire de pouvoir lui donner quelque nouvelle du costé du Rhin capable de luy faire oublier tout ce qu'Elle en a appris de pénible de plusieurs endroits, lesquelles en vérité m'ont outré de douleur, bien que ce ne soit que des pertes médiocres, mais que Ton ne devoit pas avoir a craindre dans la situation heui^euse ou estoieut les affaires de Vostre Altesse Electoralle de tous costez. Xous avons des lettres de Strasbourg du 13 qui asseurent que Tarmée de Monseigneur le duc de Bourgogne a marché a Fribourg; j'cspere eu avoir la confirmation d*an moment a l'autre, et ne manqueray pas d'avoir Thonneur d'en informer Votre Altesse Electoralle par un exprès.
En attendant je ne trouve rieu que de très sage dans tous les partis que prend Vostre Altesse Electoralle : il est bien certain que, par tes dispositions qu'Elle fait de ses trouppes, Elle sera bientost tranquille pour le bas Danube. Je n'oublieray rien pour luy asseurer la même trauquilité pour le haut, mais
APPEiVniCK. 355
certainement les ennemis ont encore touttes leurs troupes en trois corps et trois lieues de pays, le corps de Bareith ne s'estant non scullement ébranlé mais n'a mesme fait aucun détachement qui descende le Danube. Cependant voyant de quelle importance il est de n'avoir rien a craindre pour Ratisbonne, Vostre Altesse Ëlectoralle sçaura que j'ay desjà envoyé le général Volframsdorf de ces costés là avec 6 escadrons, bien qu'en vérité» comme Vostre Altesse Ëlectoralle le sait, il s'en faut beaucoup que je n'aye assés de trouppes pour soutenir tout ce que le prince de Bade peut entreprendre. Je sçay que depuis deux jours il a commandé quantité de pionniers et de chariots du pays, et toutes les apparences sont que d'un moment a l'autre, il va commencer a agir. Pour moy, Monseigneur» j'ay toujours la même inquiétude pour l'Iler, et je crois que la fausse attaque estoit le bas Danube qui a cependant reussy et je crains que la véritable ne soit pour pénétrer vers le Lech.
Il n'est plus temps de demander une porte à Augsbourg, j'aurois bien voulu que nous l'eussions, et Vostre Altesse Ëlectoralle aura la bonté de se souvenir que, quand je pris la liberté de luy en parler. Elle croyoit estre comme maitresse de laditte ville.
J'envoye a Vostre Alfesse Ëlectoralle une lettre la plus fraische que nous ayons, et qui m'est rendue dans l'instant, par laquelle Elle verra que l'on dit Fribourg attaqué. Je reçois des lettres de la cour du 6* aoust par lesquelles on croit les trouppes de M. de Vendosme desja jointes a celles de Votre Altesse Ëlectoralle; il s'en faut bien, dont ie suis au desespoir, mais ce n'est la fautte de personne de ces costés cy. Bercello est rendu, la garnison composée de quinze cents hommes prisonnière de guerre et beaucoup d'artillerie. Si M. de Vendosme avoit voulu marcher le premier juillet, dans quelle situation seroit présentement Vostre Altesse Ëlectoralle! j'espère qu'elle
reviendra bientôt aussy favorable que Ton peut le désirer. Je dois prendre la liberté de dire a Vostre Altesse Electoralle qae quelques bataillons vers Tller auroient esté bien nécessaires, car encore une fois je vois que le prince de Bade n'a rien envoyé jusqu'à présent vers Ratisbonne, et a tout avec luy. Je supplie Vostre Altesse Electoralle de me faire Thonneur de m'ayder de ses ordres et conseils. Si un corps passoit le Danube et Filer et vouloit pénétrer au Lech, qui peut ensuitte se rapprocher d'Augsbourg, que Vostre Altesse Electoralle ait la bonté de me dire cequ'Elle croit le plus de son interest, car Elle voit bien que je n'en ay pas d'autre. Ne dois-je pas avoir pour premier objet Ulm et empeschcr de pénétrer a Augsbourg? Vostre Altesse Electoralle aura seu par M. de Locatellj qu'il a veu les batteaux des ennemis qui sont en grand nombre. Le Danube est bien bas présentement; dès que M. le prince de Bade verra que je n'ay plus de secours a attendre de Vostre Altesse Electoralle il peut entreprendre, et ie me trouverois entre deux armées. Je n'oublieray rien pour trauerser tons leurs desseins, et sagement s'il est possible, ne voullant rien commettre que quand la nécessité y sera absolument. Le prince de Bade augmente actuellement les fortifications de son camp; je ne doutte pas que ce ne soit pour pouvoir faire de gros detachemens. J'ay eu l'honneur de mander à Votre •Altesse Electoralle que ie prenois la liberté d'escrire au Roy très fortement. J'ay montré a M. de Monasterol des lettres de la cour, qui est bien persuadée que ses plus importantes affaires sont icy : avec cette pensée je ne sçaurois accorder l'inaction du Rhin. La voila Dieu mercy finie; j'en attend les premières certitudes avec une grande impatience, et j'auray l'honeur d'en informer tre diligemment Votre Altesse Elecloralle, etc.
APPEXDICK. 357
L'Électeur de Bavière à ViUars.
A Munie, ce 22 d*aou8t 1703
Vous aurez vu, Monsieur, par ma précédente la nouvelle irruption que les Impériaux ont faite du coté de Passau et le party que i'ay pris; auiourd'huy i'ay reçu advis qu'ils ont poussé un détachement de cavalierie d'environ 1600 chevaux iusqu'à Landau sur^TIIer, ou ils sont actuellement entré, ce mouvement me fait croire que leur dessein regarde la ville de Ratisbonne, c'est pourquoy j'ay ordonné au chevalier de Santini d'occuper tous les postes de la dite ville et d'en desarmer les bourgeois, mais comme les trouppes qui luy restent après le départ du battaillon de Docfort ne seront peut être pas suffisantes pour faire cette exécution, je trouve indispensablement nécessaire pour plus de seureté, de luy envoyer encore incessamment les deux escadrons des dragons du régiment de Santini que vous avez fait marcher à Donauwerth et le battaillon de Tattenpach qui etoit de garnison à Kelheimb, et pour gagner du temps je leur envoyé immédiatement le porteur de la présente le comte Joseph de Tauffkirchen mon gentilhomme de la chambre et capitaine d'une compagnie d'infanterie de mes trouppes, avec les ordres nécessaires concernant cette marche.
Il vous informera aussy. Monsieur, des autres dispositions que i'ay faites à l'égard de la marche de mes trouppes» vous priant. Monsieur, de luy donner une entière créance, et d'être persuadé qn'on ne peut être plus véritablement que moy. Monsieur, entièrement à vous.
Copie P. V.
Villars à M. Reichardt.
Dillingen, du 22* loust 17
Vous voullés bien, Monsieur, que je vous supplie de me faire un plaisir qui me sera très sensible, je n'ay aucune nouvelle de M. le baron Simeonj et je vois bien que Son Altesse Electoralle n'en a pas non plus, puisqu*Elle ne m'a pas fait rhonneur de me rien mander sur la grâce qu'ElIc a bien voulu demander au Roy pour moy. M. de Chamillart m'a mandé, il y a près de trois semaines, que j'cstois bien près d'obtenir celte grâce de Sa Majesté, sans la devoir a d'autres secours qu'a mes services; depuis ce temps la ie n'ay plus rien appris ny par mes amis ny par ma famille et comme ie suis ravy d'avoir des obligations a un prince a qui je suis dévoué depuis si longtemps, ie vous supplie de vouloir bien obtenir un petit mot de Son Altesse Electoralle au baron de Simeonj par lequel elle luy mande qu'Elle est estonnée de n'avoir pas de réponse sur la commission qu'Elle luy a donné en ma faveur, et qu'elle luy a ordonné de ne pas laisser cet ouvrage imparfait, je vous seray très obligé. Monsieur, si vous voullés bien m'envoyer ce petit mot que j'espère que Son Altesse Electoralle voudra bien escrire au baron de Simeonj, je n'ose pas luy en parler dans ma depesche estant honteux, dans les grandes affaires dont Elle est occupée présentement, de luy parler d'une qui ne regarde que moy, je vous demande toujours. Monsieur, lemesme secret sur cela, vous suppliant d'estre persuadé de la reconnolssance que j'auray de vos soins, et de la sincérité avec laquelle je
seray toujours. Monsieur, etc.
Copie P. V.
APPKX^DICK. 359
Is' Electeur de Bavière à Villars,
Munich, ce 24« loust 1703.
J'ay veu, Monsieur, ce que vousauezescrif aReichart et vous envoy la lettre cy jointe pour Simeoni, je me feray, Monsieur, beaucoup de plaisir de vous rendre servisse; je ne scaurois me passer de vous tesmoigner, Monsieur, que j'ay beaucoup de raison d'estre mescontent de la conduitte de M. de Ricousse, je necroiez pas m'estre atiré de luy de parelles manières par touts les esguards et distinctions que iay eu pour luy et ayant cherché a luy faire plaisir et faveur en toul ce qui dependoit de moy; son arrogance en toulte chose va si loing, que hier luy disant, que ie croyez qu'a présent puisque vous voyez que ie ne pouvois pins renforcer vostre armée de mes trouppes vous escriviez plus fort pour avoir du secours du costé de M. le duc de Bourgogne, et que ie croyois qu*il estoit impossible que Ton sache nostre situation ayant laissé Tarmée de M. le duc de Bourgogne dans l'inaction iusques a présent, il me repondit qu^il sera nécessaire que je luy escrive car a vous, Monsieur, Ton ne croyra pas, c'est ce qu'il ma dit et bien redit de sorte quil croyt qu'il faut son atestation pour autenticer vos lettres. le vous mande cela sur le pied de nostre ancienne amitié et vous prie de nen pas parler ny escrire encore iusques a son temps; cependant les encartades quil fait icy contre mon respect en public a la court me sont très sensibles, sachant que les ordres du Roy sont bien contraires a cela : ie m'en atribue la principale cause a moy mésme, par trop de pied et de marque de considération que ie luy ay donné en toutte occasion, ie reguardois son caractère et ay mal connu sa personne : tout ce que 10 vous demande est de ne plus entrer avec luy sur les
matières de la guère ny de nos dessins et opérations a faire car ie n'y en parleray plus, ne m*en trouvant que fort mal pour n'avoir fait aucun pas sans le consulter et nayant eu rien de caché pour luy ; que cecy. Monsieur, vous soit une marque de ma confiance et de la vérité auec laquelle ie me dis, Monsieur, tout a vous.
Orig. lulogr. P. V.
Villars à l'Électeur de Bavière.
Au camp de Dillingen^ le 24* aoust 1703.
J'ay receu par M. le comte de Taufifkirch la lettre dont il a plû a Vostre Altesse Electoralle de m'honnorer du 22* par laquelle je vois qu'au lieu de marcher vers Passau, Elle croit devoir commencer par chasser les ennemis de ses États; je ne puis que très fort applaudir a la très sage resolution que prend Vostre Altesse Electoralle, je dois seullement avoir l'honneur de luy représenter que dans la situation actuelle. Elle a trois objets presque égallement importans. Estrc hors de toute inquiétude pour Ratisbonne, obliger la ville d'Augsbourg a nous donner une porte, moyennant quoy il est bien asseuré qu'ils n'ouvriroient pas l'autre aux ennemis pour rendre leur ¥ille un champ de bataille, la troisième, je ne sçay si je ne la mettray pas la première, cest d'asseurer une communication; je les mets par l'ordre des opérations, et non par celuy de la conséquence, je parle de Ratisbonne la première, puis que c'est la que Vostre Altesse Electoralle songe présentement ; ensuitte il faut couvrir le Lech, car je suis bien trompé ou M. le prince de Bade, si tant est qu'il ayt quitté l'armée hier avec le gros détachement qui en a esté fait, marche pour gagner la teste de l'iler. Nous sçavons qu'une partie du corps de la Tour a desja pris cette routte, et si une fois MM. d'Augsbourg
voyoient un corps d^imperiaux aportée d'eux, je laisse a Vosire Altesse Ëlectoralle a juger s'ils lui ouvriroient leurs portes; ainsy, Monseigneur, je crois que dez que Votre Altesse Electorale aura chassé ces 1,500 chevaux et mis Ratisbonne en seureté, il est bien important que ses trouppes marchent vers le Lech audessus d'Augsbourg.
M. de Tauffkirch a trouvé que j'avois prévenu les ordres de Vostre Altesse Ëlectoralle pour fortifTier Ratisbonne de trouppes, et Elle aura esté informée que les deux escadrons de Santinj avoient desja pris cette route ayant mesme mandé a M. le gouuerneurd'Ingolstatqueje le priois d'envoyer cinq ou six petites pièces de canon a M. de Santinj lequel m'avoit mandé n'avoir ny artillerie ny poudre, ny balles, j'ay fait descendre en diligence tout ce qu'il me demandoit.
Je repeteray encore a Vostre Altesse Ëlectoralle que bien que l'attaque du comte de Reventlau soit très fâcheuse parce qu'il entre dans le cœur de la Bavière, celle que Ion doit craindre du prince de Bade vers Augsbourg seroit la plus dangereuse. M. le comte de Tauffkirch a veu l'armée qui m'est opposée ; elle est augmentée d'hier, ils ont certainement plus d'infanterie qu'ils n'en avoient, ils tiennent plus d'une lieiie, et ont presque partout deux lignes assez fournies.
J'ay eu l'honneur de mander a Vostre Altesse Ëlectoralle par M. le comte de Monastrol que je me promettois bien de deffendre le Danube depuis Ulm jusqu'à Ratisbonne, mais le haut du Danube et Tller, en vérité je promettrois témérairement, si je voulois en mesme temps repondre de tout. Quoyque ce quy est devant moy soit bien plus nombreux, je voudrois bien qu'ils voulussent quitter leur poste pour combattre.
J'apprens dans ce moment par des avis que je ne puis con* ter encore pour bien certains, que le prince de Bade a marché la première journée a Gingen, que de la avec les trouppes hollandoises qu'il a prises en chemin, il tourne vers Ulm pour
362 APPExVDlCE.
aller joindre le corps du comte de la Tour dont une partie a desja pris le chemin deBregentz. Ainsy, Monseigneur, je tiens capital que Vostre Altesse Electoralle après avoir envoyé ce qu'Elle croira suffisant de trouppes pour chasser ce qui est entré par Passau, fasse marcher diligemment le reste sur le Lech audessus d'Auxbourg, afin de pouvoir estre joint par ce que nous avons desja vers Ulm et empescher les desseins que le prince de Bade a je crois sur Augsbourg ou Memmingen, affin de nous oster les moyens d'une communication qui est essentielle pour se soutenir quand touttes les forces de TEmpire sont rassemblées. Voila, Monseigneur, suivant mes foibles lumières ce que je crois le plus important si je pouvois engager icy les ennemis a un combat je n'y balancerois pas, mais j'ay peine a croire que quand M. le prince de Bade va agir, ils veuillent bazarder de perdre l'avantage de leur poste qui est aussy bon que le mien.
Villars à VElecieur de Bavière.
Au camp de DiïlÎDgen, le 25* aoust 1703.
Nous avons enfin diverses confirmations de la marche du prince de Bade avec quelqu'uns de ses meilleurs regimens, et une partie des trouppes de Bareith, cela s'est joint aux Hollandois. Ce corps a marché le premier jour audela de Gingen: La nuit dernière la plus grande partie a c^mpé a VersteteD, et selon toutes les apparences cela va joindre le corps du comte de la Tour. M. le comte de Taufi'kirch aura peu dire a Vostre Altesse Electoralle ce qui luy a paru de l'armée qui est campée devant nous, laquelle non seullement ne paroist point dimlDuée mais les tentes mesmes sont plus serrées : ce que nous voyons ^'est qu'il y a plus d'infanterie et moins de cavallerie, je dois.
AIMM:M)ICK. 3G3
Monseigneur, avoir Ftionneiir d'expliquer à Vostre Altesse Dlectoralle nostre situation pour qu'ËlIe m'honnore de ses ordres de pouvoir prendre les partis les moins dangereux.
Selon touttes les apparences le prince de Bade veut passer le Danube et s'establir sur Tller. Si je luy en donne le temps, il se retranchera, et nous serons entre deux armées dont celle d'en haut se fortiffiera peu a peu, nous ostera peut estre a la fin les moyens d'une communication qui est nôtre affaire la plus importante; si je marche a M. de Bade il faut que je quitte ce f)oste, et Tennemy en mesme temps s*emparera de Lawingen, Dillingen, Hochsteten. Vostre Altesse Ëlectoralle dez les commencemens m'avoit fait dire par M. le baron deSimeonj que je pouvois faire brûler le pont de Lawingen : Elle contoit dans ce temps la que je serois obligé de passer le Danube : heureusement j'ay contenu les ennemis jusqu'à presant, mais leurs forces estant augmentées au point de pouvoir composer deux armées,' je supplie Vostre Altesse Ëlectoralle de voulloir bien examiner quel est le plus important.
Tout roule ou a se conserver la communication, ou le bas du Danube; je sçay bien qu'en remontant, le bas est exposé, en demeurant, le haut Danube et l'Iler. Si Vostre Altesse Ëlectoralle pouvoit envoyer quelques trouppes vers ces endroits cy lesquelles jointes a quelques detachemens des nostres pourroient espérer de garder le Danube, je marcherois a M. de Bade : ma pensée est que nous irions au plus important en suivant ce party, car enfin, Monseigneur le duc de Bourgogne fait le siège de Brisac ou de Fribourg cela ne peut durer, après quoy certainement son armée ou la plus grande partie percera les montagnes. En attendant il faut, jecrois, soutenir le haut Danube : je sçay bien que nous aurons des inquiétudes parle bas; je laisse a Vostre Altesse Ëlectoralle à juger du plus important. Elle est bien persuadée que je ne dois avoir d'autre i)bjet que ses interests, et je disputeray toujours a ses plus
36V APPEVDICE.
fidelles serriteurs d'y estre plus attaché que moy. Je sacriefieray ma vie en touttes occasions pour luy faire connoîstre mon zelc et mon ardeur aussy bien que le profond respect et toute la vénération auec laquelle j*ay Thonneur d'estre
Le trésorier de Tarméc du Roy revient d*Augsbourg : les bourgeois luy ont refusé le payement de lettres de change desja acceptées, Ton y laisse entrer les houssars armez, et Ton voit dans Tesprit de ce peuple qu'il n'attend que la première occasion de se déclarer.
J'ay escrit par dix voyes différentes a U. le duc de Bourgogne Testât actuel des affaires, je ne doutte pas qu'il ne fasse tous les efforts possibles pour envoyer des secours considérables, je tascheray de faire passer quelqu'un qui parte, je supplie Vostre Altesse Ëlectoralle de renvoyer M. le baron d'Ocfort au plus tost car le temps de prendre un party presse au point quil n'y a pas unjnstanta perdre, je trouve M. d'Ocfort d'un si bon sens et si bon esprit que ie suis bien aise qu'il reçoive luy niesme les ordres de Vostre Altesse Ëlectoralle lesquels ie suivray avec autant d'ardeur que d'exactitude.
Dans ce moment il nous arrive vn déserteur des trouppes de Brandebourg nouvellement arrivées, cest adiré il y a seullement quatre jours, aussy il est vraysemblable que H. le prince de Bade les attendoit pour avoir tout son monde, elles consistent en six bataillons fort complets nous les avons veus^ et trois rcgimens de cavallerie ou dragons.
Villars à l'Électeur de Bavière,
Au camp de Diilingen, le 25* aoust 1703.
Les lettres dont il a plii a Vostre Altesse Ëlectoralle de m'honnorer du 24, m'ont esté rendues dans le temps que j'avois fait marcher une partie de l'armée pour tascher d'engager
APPKXDICE. 365
celle des eunemis a une bataille et les obliger a sortir de leur poste; Ton a poussé leurs gardes jusques dans les chevaux de frise qui sont entre des redouttes qui bordent leur camp. Leur a^méea pris les armes mais tout s'est tenu derrière les redouttes a la reserve de douze ou quinze trouppes de cavallerie qui sont seullement descendues dans le panchant de la hauteur; je n'ay trouvé personne, Monseigneur, qui creust possible d^attaquer une armée aussy avantageusement postée. Je crois donc (M. le prince de Bade remontant toujours le Danube), qu'il est a propos de commencer a fortiffier le corps de M. de Légal I. Cependant avant que de quitter ce poste entièrement, je crois devoir attendre les ordres de Vostrc Altesse Ëlectoralle auxquels je ne sçaurois mieux faire que de me conforfner aveuglement, premièrement par le profond respect que je luy dois, et en même temps par le parfait discernement qui décide de ses veùes. Il est bien constant, Monseigneur, que si nous étions maîtres d'Augsbourg, nous serions toujours aportée de prendre les partis les plus convenables et les plus seurs, surtout : tant pour attendre tranquillement les efforts que fera Monseigneur le duc de Bourgogne après la prise de la place qu'il attaque présentement, pour envoyer une bonne partie de son armée sur le haut Danube, que pour pouvoir protéger plus facilement Ratisbonne, et réunir touttès ses forces pour marcher au secours d'Ulm et de Memmingen supposé que Tennemy, rassemblant les siennes, voulut faire de telles entreprises. Je songe d'ailleurs. Monseigneur, que celle grande ville est remplie de grains, que, bordant le Lech, et touttes les trouppes de Vostre Altesse Ëlectoralle réunies avec l'armée du Roy, nous pouvons tenter de nouveaux efforts dans le Tyrol pour une jonction par l'Italie; au lieu que si jamais il pouvoit arriver que l'ennemy trouvast moyen de jetter quelques corps de cavallerie ou dragons dans ladite ville, l'embarras ne seroit pas médiocre. Pour moy, Monseigneur, si je m'en croiois, supposé
que M. le prince de Bade se mette entre Tller et le Danube^ je laisserois seullement quelques trouppes dans Lawingen et niarcherois a luy pour le combattre. M. le baron d*Ocford est allé auprès de Vostre Altesse Electoralle luy représenter les mesmes choses et demander ses ordres qu*Elle peut croire que personne n'exécutera jamais avec autant d'ardeur et de zèle. Si Vostre Altesse Electoralle envoyant des trouppes versnier, et qu'Elle veuille bien leur ordonner de demander a la ville d'Augsbourg une porte, la menacer mesme de la prendrepar la force, peut estre la livreroit elle sur ces paroles ud* peu fermes, et faisant voir aussy quelque artillerie. Enfin, Monseigneur, je laisse a Vostre Altesse Electoralle a juger ce qu'il y a de mieux a faire sur cela j'ose seullement luy en représenter Textréme conséquence, mais toujours il est nécessaire qu'il vienne incessamment de ses trouppes sur l'Iler.
Viïlars à l'Électeur de Bavière,
Au camp de Dillingen, ce 25* aoust 1703, à 10 heures du soir.
La lettre dont il a pieu a Vostre Altesse Electoralle de m'honorer, me cause en mesme temps beaucoup de plaisir et de douleur, par les bontés quelle veut bien me monstrer et par voir que dans le temps qu'elle sacrifie sa personne, ses troupes, son crédit, ses Estats, pour les interests du roy, son ministre puisse luy faire quelque peyne ; si Vostre Altesse Electoralle ne me le deUendoit, ie luy cscrirois si fortement qu'il prendroil garde a ne iamais sortir du profond respect qui luy est deu ; son naturel est un peu vain, et iauray Ihoneur de dire a Vostre Altesse Electoralle que Monastcrol tesmoigne quil estoit incertain du rang quil devait tenir a mon esgard. Le roy bien loing de consentir quil prit la main ma ordonné de ne la luy pas
donner ches moy mesme ci dans ma maison ; si Voslre Altesse Electoralle continue a en estre mai satisfaitte ie le manderois au Roy, Sa Majesté ne m'ayant rien ordonne si exactement que de recommander a tous les François qui ont Ihoneur de servir sous vos ordres de tascher a luy plaire, pour moy, Monseigneur, ie suis pénétré de son conseil au point que ie chercheray auec ardeur a sacriGer ma vie pour ses interests et suis auec le plus profond respect et la plus parfaitte vénération
Orijj. autogr. B. N.
Villars a l'Electeur de Bavière.
Au camp de Dillingcn, ce 27" aoust 1703.
J'apprens auec vnc très sensible joye par M. le colonel Ocford que Vostre Altesse Electoralle a pris la très sage resolution de venir se mettre a la teste de cette armée. J^avoue que c'est une des choses du monde que je desirois le plus ardemment. Je dois avoir Tlionneur de l'informer de sa situation actuelle.
Sur les advis que j'ay eii que M. le prince de Bade avoit marché premièrement a Gingcn et ensuitte a Versteten ou il doit avoir esté joint par les troupes hollandoises et qu'avec tous ces corps la il doit s'avancer vers le Danube et se faire joindre par le comte de la Tour, j'ay renvoyé a M. de Légal 1 les dix escadrons que j'avois fait venir a Leppheim, et j'ay fait avancer a Guntzbourg M. le comte du Bourg avec onze escadrons et sept bataillons, et une brigade d'artillerie. Mon dessein estoit si M. le prince de Bade prend le party de passer le Danube et de marchera Tller, de tascher de le combattre dans ce trajet de pays, et pour cela il faut avoir une teste de pont sur nier bien asseurée vers l'abbaye de Wibling. C'est
368 APPKXDICE.
de quoy M. de Legall est chargé, M. Dubourg de le soutenir, et moy préparé a marcher avec la plus grande diligence dés que je seray informé par ces messieurs des mouvemens certains de M. le prince de Bade dont le principal corps a séjourné hier a Versteten. Dans ce moment Ton me mande que Ton a entendu un assés grand bruit de tambours vers Tabbaye d'Elcinghen, mais il faut en attendre la confirmation.
Voila, Monseigneur, la situation ou nous sommes, Tennemy confiniie a s'accommoder dans son camp ou je n'ay pas trouvé qu'il convint de l'attaquer. Si Ton pouvoit rassembler icy touttes ses trouppes on essayeront de le tourner.
Ce qui me paroist capital, Monseigneur, c'est d'estre maistre . tost ou tard d'vue porte d'Augsbourg, moyennant quoy rien ne peut nous embarasser, car ou nous serons joints par les montagnes Noires après la prise de Brisac, ou tenant le Lech avec touttes les forces de Vostre Altesse Electoralle, rien au monde ne peut empescher de faire venir les trouppes d'Italie par le Tyrol, car on percera jusques a Trente en touttes saisons, fust ce mesme dans Thivert, et après cela on est en estât de tenir en échec au moins touttes les forces que les ennemis peuvent rassembler : et comme j'avois l'honneur de l'expliquera Vostre Altesse Electoralle, de marcher vers Ulm et Memmingen si les ennemis osoient les attaquer. C'est mon sentiment, l'on prendra pour cela le temps qu'il plaira a Vostre Altesse Electoralle mais le plustost est le mieux. J'attends avec une extrême impatience le moment d'avoir l'honeur de l'asseurer moy même.
Le colonel d'Ocfort à l'Electeur de Bavière.
A DilliDgen, ce 28 aoast ti03.
M. le maréchal me vient de dire d'informer Vostre Altesse Electoralle qu'il fait faire le retranchement dont j'ay eu Thonneur de luy parler près de Lauvinguen, ou enfin, après avoir tenu ce matin un espèce de conçeil ou il a voulu que je me sois trouvé, il s'est résolu de laisser 16 battaillons et 18 escadrons, et qu'avecq le reste des trouppes cclon les advis quil recevra il marchera vers le corps du prince Louis qui marcha hier jusques a Blaubeirn. M. Dubourg et quelques brigades d'infanterie des meilleures sont desià marchés, et M. le marquis d'Usson reste au retranchement prés de Lauvinguen, les quatre escadrons de WolfTrambsdorfi* reste entre Donauert et Tillinguen pour couvrir la marche de Vostre Altesse Electoralle jusques a ce quelle soit passée.
Orig. aatogr. B. N.
L'Electeur de Bavière à Villars.
A Munie, ce 29 d*aoust 1703.
J'ay vû. Monsieur, par vos deux dernières lettres et par celles que le colonel Docfort m'a écrites par votre ordre, les très sages dispositions que vous faites et Testât ou les choses se trouvent de vôtre coté, sur quoy ie ne m'étendray pas icy puisque ie parts demain et fais état de coucher a Rain et d'être après demain à Dillingen.
J'ay reçu la nuit passée la nouvelle que l'expédition de Ratisbonne s'est faite sans aucun bruit, par ou nous voilà
eDtieremeDt maître de ladite \\\le et hors d'inquiétude de ce coté là, je soubaitterois vous eu pouvoir dire autant de la ville d'Augspourg mais il 3 a des difficulléz insurmontables a présent dont ie vous informeray de boucbe.
Les impériaux qui bombardoient et canonoient actuellement la ville de Scbarding s'en sont retiré, déz qu'ils ont seû la marche de mes trouppes de ce côté là, et comme ils se sont rapproché des abbatlis au même endroit ou ils les ont forcé, j'ay donné ordre au gênerai Weiquel de faire son possible pour les faire rentrer dans leurs lignes de Passau, avec les trouppes que je luy ay envoyé par eau iointes aux cinq battaillons qui sont dans Scbarding et deux qui sont à Vilsboven, et de remettre ensuite les abbattis et le reirenchement a pouvoir empêcher une nouvelle irruption : si cela réussit ie feray marcher encore incessament sur le Lcch quatre battaillons et les deux autres escadrons de mes gardes, de sorte qu'en ce cas là j*emmenerois sept battaillons outre la brigade de Condé, et trois escadrons. Les cnnemys ont fait encore une nouvelle irruption en Bavière ayant forcé les lignes et postes qui gardent les frontières vers le Tirol, ou il n'y avoit que cent hommes des trouppes réglées et le reste consistoit en milices, qui d'abord ont pris la fuite au premier coup de canon des enncmys, lesquels se sont avancé iusqu'à Miernau ou ils ont commencé à brûler : ils sont deux à trois mille hommes et campent encore par là, cela m'oblige aussy à leur opposer un corps de mes trouppes; ce qui me pique le plus, est qu'ils m'ont enlevé cent et trente-six chevaux de mon haras de Schleissheimb que l'on envoyé tous les étés pâturer sur les montagnes. Sur tout le reste nous nous entretiendrons de bouche, et je suis comme tousiours avec toute l'estime possible, Monsieur, entièrement
a vous.
Orig. P. V.
APPEXDICE. 371
Villa r s à l'Electeur de Bavière.
Au camp de Dillin^^en, le dernier aoust 1703.
J'ay rboDDeur d'envoyer cet exprez au devant de Vostre Altesse Ëlectoraiie pour luy communiquer les lettres cy jointes^dc HM. le comte du Bourg et de Bettcndorf. Vostre Altesse Klectoralle verra que sur les avis réitères qu'il a de la marche des ennemis vers le Foederzée il me presse de me rendre a son camp, et si je ne m'attendois a Tiionneur de voir Vostre Altesse Electorallo dans la journée je partirois dans ce moment . Cependant , Monseigneur, comme il se pourroit faire que Vostre Altesse Electoralle n*arriveroit icy que vers le soir, et qu'il me paroist assez nécessaire de me rendre sur Tller j'ose la supplier très humblement de vouloir bien me dire a quelle heure Elle conte positivement d*arriver pour que ie puisse juger s'il sera possible de l'attendre.
J'espère que Vostre Altesse Electoralle aura la bonté de ne pas remarquer que le canon ny l'armée ne tireront point a son arrivée par le peu de munitions de guerre que nous avons qu'il faut conserver contre l'ennemy.
J'attens avec beaucoup d'impatience le retour du courrier que jây l'honneur de luy depescher.
P. S. — J'ay prié M. le comte du Bourg d'envoyer toujours deux cent chevaux dans Memmingen.
Apres tout, Monseigneur, comme il est temps absolument de prendre un party, ie crois devoir attendre icy Vostre Altesse Electoralle, et la supplier très humblement de vouloir bien diligentersa marche.
On n'a point de nouvelles encore de la marche des huit
bataillons de Vostre Altesse Electoralle vers Ulm ou je leur ay
mandé de se rendre en tout te diligence.
Orig. B. N.
87i APPENDICE.
Villars à V Electeur de Bavière.
Au camp de Dillingen, du X.^^ septembre 1703.
La lettre cy jointe de M. le comte du Bourg fait voir a Vostre Altesse Electoralle combien il importe de prendre sur le champ un party. Cependant je voudrois bien ne pas abandonner Dillingen sans avoir eu Thonneur de conférer avec Vostre Altesse Electoralle puisqu'ElIe arrive, et prendre ledit party de son consentement. J'ose donc supplier très humblement et très instamment Vostre Altesse Electoralle de ne pas perdre un moment de temps a se rendre icy pour qu'Elle puisse juger Elle même sur les lieux de ce qui sera le plus convenable. Cependant s'il m'arrive une lettre aussy pressante, considérant d'ailleurs que M. le prince de Bade passant brusquement nier qui est guayable en plusieurs endroits, pourroit se mettre entre le camp de M. le comte Dubourg, et m'empescher de le joindre, je crois y devoir marcher sur le champ avec des trouppes. II m'est très pénible de prendre un party décisif sur les affaires de Vostre Altesse Electoralle sans scavoir ses intentions, mais Elle peut prévoir combien il est dangereux de ne pas se déterminer. Comme ce sont affaires les plus importantes et que Vostre Altesse Electoralle est a six lieues de moy la raison veut que je reçoive ses ordres, j'aurois desja pris mon party si Elle estoit a Munich. Je la conjure de venir
icy avec toutte la diligence possible.
Orig. B. X.
Villars à T Electeur de Bavière.
Au camp de Lcipera (Leipheiin), le 2* septembre 1703.
J'apprends par M. de Legall qui est venu me trouver icy que la teste de Tarmée ennemie avoit passé Tller hier au matin, et je ne doutte pas que le reste ne Tayt suivie. L'on n'entend point encore de canon. L'on prétend que le secours de cette place, supposé mesme qu'elle put donner le temps a Vostre Altesse Electoralle d'y arriver, est très difficile par des marais qu'il faut traverser pour aller attaquer l'ennemy. Pour moy, Monseigneur, je regarde toujours le dessein de se rendre maistre d'Augsbourg comme le plus important pour Vostre Altesse Electoralle mais ma pensée est qu'il faut y marcher de manière que le peuple comprenne d'abord que l'on ne veut pas en avoir le dementy, et j'avoiie. Monseigneur, que dans cette veiie, je seray toujours porté à croire que le meilleur seroit de laisser plus tost huit ou neuf cents hommes dans
Lawingen commandés par un brave lieutenant colonel, lesquels joints aux troupes de Vostre Altesse Electoralle qui y sont desja, tiendront les ennemis asseurement plus longtemps qu'Augsbourg ne nous arrestera. Je suis persuadé qu'avec 15 escadrons derrière le Danube on empeschera les ennemis de le passer : je ne crois pas mesme que les 12 bataillons fussent nécessaires derrière le Danube, et Lawingen et Hocstet garny, laisser M. de Chcladet avec quinze ou vingt escadrons derrière le Danube : je suis persuadé qu'il disputera ses postes ; l'on peut même faire de petits retranchemens sur les guéz; il n'y en a que trois ou quatre connus : il est vray qu'il s'en peut trouver d'autres, mais Cheladet est homme entendu et qui mènera bien ce petit corps de cavalerie, car en vérité, Monseigneur, de se séparer en trois et n'envoyer que peu de
374 APPKVDICE.
trooppes sor Augsboarg, les habitaDts les mépriseront et croiroDi qoe Ton De veut que lear laire peur; d'ailleurs, a¥ec peu de troapes, qui peut répondre d'empescher an secours d*eiitrer; cela est dangereux. Pour mo]^, en toutte entreprise di guerre, je crois toujours qu*il faut marcher le plustost et a¥a le plus de précaution que Ton peut, et enfin estonner d*abord son ennemy et luy faire voir que Ton veut réussir couste qui couste. J*envoye ordre que Ton tienne prest a Ulm, premièrement les quatre pièces de 24 du Roy et ensuitte six ou de moins quatre que j*ay veûes prestes à marche^ dans Tarsena d'Ulm, déz que j*y ai passé, que Ton prépare des mortiers, des bombes, enfin faire tout charger. Vostre Altesse ElectoralU aura donné apparemment les mêmes ordres à Munich. Surtou la diligence est absolument nécessaire pour faire réussir toui desseins de guerre, marcher forts, et agir promptemen rendent les succès infaillibles, sans cela il faut douter de tout c*est ce que je crois devoir prendre la liberté de dire à Vostri Altesse Electoralle.
Si Vostre Altesse Electoralle approuve ce que je prens 1 liberté de luy représenter, il est absolument nécessaire qu dans Tinstant que ma lettre luy parviendra, elle ayt la bout d*ordonner que tout se prépare a marcher demain des camp de Dillingen et Lawingen; qu'elle ordonne que Ton laisse hui ou neuf cents hommes de bonnes trouppes de Lawingen sou le commandement du sieur de Jorcau lieutenant colonel d Béarn ou du sieur des Robert lieutenant colonel de Foix i qu'enfin des demain malin tout s'esbranle, marche et prenne I routed'Augsbourg. J'attends la réponse de Vostre Altesse EIe< toralle pour mettre en mouvement tout ce qu'il y a de troupi à portée de moy, et les faire avancer droit sur Augsbourg sau s'amuser a s'establir sur la Mindclle qui selon moy, Honsei gùeur, est un parly faux dans la situation présente des ennemi qui ont desja passé l'ilcr.
APPKÎVDICE. 375
J*auray Thonneur d'envoyer demain a Vostre Altesse Electoralle M. de Chamarande.
Je supplie Vostre Altesse Electoralle de faire reflexion si Elle ne trouveroit pas a propos de mettre dans Ulm quelqu'un capable d'y soutenir un effort vigoureux des ennemis.
Le comte de Monasterol à M. d'Usson,
Du camp de Noradorf, ce 10* septembre 1703.
Je n'ay, Monsieur, que le temps de vous faire des excuses sur la brièveté de ma lettre, le courrier pari dans ce moment : il ne me reste que le temps de vous dire que j'auray bientost l'honneur de vous aller entretenir de bouche de bien des choses, j'avois eu celuy de repondre a vostre dernière lettre et de vous particulariser de la part de Son Altesse Electoralle quelque circonstance sur ce que vous aviez jugé à propos de me charger, mais M. le mareschal ayant cru que Son Altesse Electoralle m'avoit ordonné d'escrire, fit partir sur le champ l'officier malgré les ordres de Son Altesse Electoralle; ses extravagances vont trop loin; il ruine les affaires du Roy et desespère Son Altesse Electoralle. L'affaire d'Auxbourg manquée par ses menées fait ouvrir les yeux a ceux qui vouloient bien les tenir clos sur d'autres sujets. Enfin, Monsieur, nous avons tous levé le masque. Je vous en dirai d'avantage bientost lorsque j'auray l'honneur de vous assurer moy mesme de la passion extrême avec laquelle je suis.. .
Autog. D. G. — Vol. 1677. n. 6.
J/. d'Usson à Chamillari.
Au camp de Dilingen, le li« septembre 1703.
Depuis la ietre que j'ay eu Thouneur, Monseigneur, de vous escrire ce matin par un exprès, je viens de rescevoir celle que je joins icy du comte de Honasterol par un gentilhomme que H. l'Electeur de Bavière envoyé à la Cour, depuis qu*il a sceu que H. le marescbal de Villars y envoyoit le chevalier de Bissy qui a passé icy il y a environ une heure : comme j'espère que le sieur de Cusac que je vous ay depesché arrivera heureusement et plustost que le chevallier de Bissy, je me contenteray de vous tesmoigner Textreme douleur que j'ay de la division de Son Altesse Electoralle avec H. le mareschal de Villars qui achèvera peut estre de ruiner les affaires du Roy dans ce pays, auparavant que Sa Majesté aye peu y porter les remèdes convenables. Si j'estois à leur armée j'employerois tous mes soins pour tacher de les reconcilier. Vous pouvez juger. Monseigneur, par ce que M. de Monasterol m'escrit. que le prince a de la confiance en moy, et vous verres par la lettre que j'ay eu Ihonneur de vous envoyer, de M. le mareschal de Villars, que je ne luy ay caché rien de ce qui estoit des véritables interests de M. TEIecteur, m'estant conduict depuis que je suis dans ce pays avec mon zèlie ordinaire pour le service du Roy; et quand M. le mareschal de Villars n'a pas voullu m'escoutter j'ay donné par escrit mes sentimens à M. Baudouin, comme rhomme du Roy, afin qu'il les communique à M. le mareschal de Villars dans le secret duquel il est, et qui peut vous rendre tesmoignage. Monseigneur, du peu de part que j'ay eu dans beaucoup de choses qui se sont faittes, qui estoient contraires au service du Roy, et d'autres qui ont extrêmement aigri Son
APPEMDICE. 377
Altesse Electoralle que j'ay taché d'apaiser autant qu'il m'a esté possible par mes lelres. Si vous voulez m'honorer de vos ordres, Monseigneur, lesieur deCusacqui parle bien allemand, espère de revenir heureusement. Je suis tousjours avec le respect et rattachement que je dois. Monseigneur, vostre très humble et très obéissant serviteur.
La nécessité de faire les petits paquets m'oblige de vous escrire en billet sans manquer au respect que je vous dois, Monseigneur.
Autog. D. G. — Vol. 1677. n. 5.
Conseil de guerre du 12 septembre 1703.
Il est question de scavoir quel est le plus important pour le Roy et pour M. l'Electeur mesme de perdre la communication d'Ulm ou de s'esloigner de la Bavière.
(De la main de Villars.)
Il ne faut pas perdre la comunication d'Oui.
Le comte de Lannion.
Il ne faut pas absolument perdre la comunication d'Oulme.
Magnag Darkolpy.
Il est de l'interest de Sa Majesté et de Son Altesse Electoralle de conserver la communication de France ce qui ne se peut
sans Ulm.
De Rozel.
Je crois qu'il faut tenir Ulm par une forte garnison et dans la dernière extrémité se jetter dans la Bavière plustost que de l'abandonner aux seules forces de M. l'Electeur.
Chamarande.
Je opiue qu*îl est de la dernière importance pour les inte— rests du Roy et de Son Altesse Klectoralle de conserver la comunication d'Ulm pour s'assurer de la jonction avec Monseigneur de Bourgone.
A. Lee.
II est de la dernière consequensse de conserver Ulm pour la
communication avec les trouppes du Rhin.
Du Bourg.
Mon advis est de ne pas perdre la comunication mais de ne pas s'esloigner de la Bavière que le plus tard qu'il se poura et pour cela que Son Altesse Electorale fasse fournir des subsistances dans son pais pour tenir Tarmée plus longtemps près de ses Estats et nous mettre en estât d'attendre un secours et se poster de manière que le prince Louis de Baden ne puisse nous
oster la comunication d'Ulm.
De Dru y.
Mon advis est de ne point bazarder la perte de la comunication d'Oulm pour l'éviter de la bien garnir de troupes et de munitions de bouche autant que faire ce poura de ne point quitter le Lecq de loin afin si l'armée des ennemis y entre di
marcher.
Ce 12 septembre 1703.
Marivault.
Je croy qu'il est de la dernière conséquence de ne point se mettre au hazard de perdre la communication d'Ulm qui nous donne celle de France et qu'il est a propos de se poster de manière que les ennemys ne puissent pas nous empescher de tirer d'Ulm les munitions dont on aura besoing.
Le Gall.
Orig. autugr. P. V.
APPEiMDICE. 37î>
M. (TUsson à Villars.
Aa camp de Lawingen, le 13* septembre 1703.
J'ay releu, Monseigneur, la lettre dont vous m'avez honoré ce matin de votre main à messieurs les officiers généraux, qui trouvent tous une grande difficulté de vous représenter qu'il y ayt de la nécessité a raprocher votre armée d'Ulm dans la veiie que M. le prince Louis de Bade ne vous en ostat la communication, d'autant plus que pas un de nous ne connoit ses forces.
Ces messieurs croyent et moy aussy qu'il est plus apparent que si les ennemis pensent à se joindre, que c'est entre votre armée et ce camp. Ce sentiment est fortiffié par les visites fréquentes que leurs officiers généraux font endeça et endela de Hocstet des bords du Danube.
Vous verrez, Monseigneur, dans ma grande lettre, le mouvement qu'ils vouloient faire hier au soir qui peust avoir du rapport a cet objet, n'étant pas vraysembiable qu'ils voulussent se joindre entre Ulmetce camp par la liberté que vous auriez. Monseigneur, d'assembler toutes vos trouppes pour marcher a eux, au lieu qu'en vous surprenant, une marche entre îcy et Donavert, nous serions entièrement séparez et que le principal est dans la conjoncture présente de couvrir la Bavière.
Copie. D. G. — Vol. 1677. o. 9.
380 APPE\DICK. .
M. d'Usson à ChamiUart,
Au camp de Dillingen, le 14 septembre 1703,
à 4 heures du matin.
Par les lettres que je reçois d'Ulm je craÎDs, Monseigneur, que le sieur de Cusac que je vous ay depesché, n'aye voulleu profiter de Tescorte que M. le mareschal de Villars a ordonné qu*on donnât à M. le chevalier de Bissy qui y est encore n'ayant pas voullu partir qu'il ne sceut qu'il approuveroit que le sieur du Clau, vallet de chambre de M. TËlccteur de Bavière, s'en allast avec luy, que Son Altesse Ëlectoralle envoyé à la Cour, et qui est chargé des lettres de la part de ce prince pour vous, Monseigneur. J'apprens avec doulleur que l'aigreur qu'ils ont l'un contre l'autre ne fait qu'augmenter, jusques au point que M. l'Électeur voullant rester aux environs du Lech, et M. le mareschal de Villars voullant s'approcher d'UIm, il m'a prié de luy escrire que c'etoit mon sentiment affin d'y faire consentir Son Altesse Ëlectoralle : ce que je me suis bien gardé de faire. Je luy ay représenté au contraire que sy le prince Louis de Bade quittoit son poste près d'Augsbourg, ce que je ne croy pas qu'il fasse, que ce ne pouvoit estre que pour se joindre avec le comte deStirumb en surprenant un passage sur le Danube entre Hocstet et Lauingen. J'ay fait signer ma lettre par les officiers généraux qui sont icy pour tascher de l'empescher d'executter ce projet, sur le fondement qu'il est important de couvrir la Bavière autant qu'il sera possible, qu*on l'abandonne en s'approchant d'Llm, que le prince Louis de Btfdene peut pas penser a attaquer cette place, parceque, par cette marche, il laisseroit la liberté de rejoindre toutes nos forces pour marcher à luy, auparavant que le comte deStirumb le joignit à cause du grand tour qu'il seroit obligé de faire
APPKXDICE. 381
pour aller passer le Danube au dessus dXIm, et s'il pouvoit surprendre une marche pour se joindre entre Hocstet et Lauîngen, il nous sépareroit entièrement, et Tarmée du Roy qui tire journellement sa subsistance d'UIm, n'ayant aucun magasin à Donauert, souffriroit beaucoup par cette manœuvre. Mais je n'y vois aucune apparence d'y réussir, non que je puisse empescher le comte de passer le Danube, près d'Hocstct, n'ayant pas neuf mille hommes dans ce camp, et luy en ayant certainement près de vingt, mais Tarméc du prince Louis de Bade pretteroit si longtemps le flanc pendant cette marche a celle du Roy, pour s'approcher d'Hocstet que je ne croy pas qu'il l'entreprenne.
Et affin que vous soyez plus certain. Monseigneur, de mes sentimens, je prcns la liberté de joindre icy la coppic de deux lettres que j'ay escrit depuis hier à M. le mareschal de Villars, vous protestant avec la vérité que je dois à Dieu que je n'ay d'autre veûe en vous rendant compte de tout cecy que le service de Sa Majesté quy peust souffrir très considérablement de la désunion qu'il y a entre M. l'Electeur et luy. Nos affaires ne sont pas encore sans remède. Mais le principal doit venir du Roy ; en envoyant un grand secours d'hommes et d'argent en ce pays, il n'est pas hors d'apparence que nous puissions nous y maintenir en prennant des quartiers d'hyver dans la Bavière. Mais outre que Sa Majesté seroit obligée de dedomager Son Altesse Electoralle, il seroit a craindre que ses ministres ne se servissent de ce prétexte pour porter ce prince a s'accomoder avec l'Empereur, dont je juge pourtant fort bien les intentions, mais il est très a plaindre de ce que la pluspart de ceux qui l'environnent ne sont pas dans les mesmes sentimens que luy. M. l'Électeur trouve bon que je le fortiffie, et sy je l'ose dire, que je le consolle par mes lettres. Il a esté tesmoing que sans la vigueur avec laquelle je parlay au conseil de guerre, on abandonnoit ce poste, et on voit par
382 APPEXDICE.
expérience que je le conserve avec un tiers moins de irouppes que je n'avois demandé il y a six semaines, affin de donner la liberté à M. le mareschal de Villars de se joindre aux trouppes de Son Altesse Electoralle et descendre le Danube. Le prince Louis de Bade ne seroit pas comme il est maitre d*Augsbourg et peut èlre ne se tiendroit il pas en seurreté derrière Lintz pour couvrir les foyers de TEmpereur. Pardonnez moi, Monseigneur, sy je parle sy souvent de cecy, mais je vousadvoue que je ne me consolle point de voir Telat ou sont les affaires du Roy, lorsqu'on pouvoit faire des choses sy grandes et sy utilles, car si au commencement de juin on eust marché à Passau, on auroit certainement porté la guerre dans le cœur de TAutriche, que le prince Louis de Rade n'avoit pas vingt mille hommes ensemble, et on pouvoit Ty porter encore, en joignant une partie des trouppes du Roy avec celles de M. TElecteur quand il eust abandonné le Tirol.
Orig. D. G. vol.i677, n'7.
Villars à VÉlecteur de Bavière.
A DoDoauert, ce 19« septembre 1703, à 3 heures du matin.
Des divers partis que Ton a envoyez pour sçavoir de quel costé avoient tourné les ennemis, il m'en arrive dans ce moment un qui asscurc que toutte leur armée est campée a Schweningen sur le bord du Danube, qui est justement entre Hocstet et Donnavert : ainsy, Monseigneur, il me paroist que Vostre Altesse Electoralle ne scauroit mieux faire que de ^'approcher toujours d'icy avec Farmée puisqu'elle est également la maitresse d'aller passer au pont de Rain en cas que le prince de Bade voulust entrer en Bavière, et que la marche de Vostre Altesse Electoralle jusqu'icy nous met a portée de pro-
APPEXDIGE. 383
fiter de celle du comte de Stiriini. Aiosy je crois, si Vostre
Altesse Ëlecloralle me donne la liberté de le dire, qu'Ëllc ne
scauroit mieux faire que de se venir camper entre Mcringcn
et icy.
Orig. B. M.
Villa r s à V Electeur de Bavière.
A Donnauert, le 19^ septembre 1703, à 9 heures du matin.
Un party que j'avois envoyé a trouvé les ennemis a Schweningen, et a ramené un houssart qui dit qu'ils ont quantité de batteaux sur des chariots et qu'ils veullent faire un pont, Ton peut marcher a eux de ce costé cy du Danube très facilement, et s'ils ne marchent point cette nuit, je crois qu'il leur seroit impossible demain d'cvilcr un combat; ainsy. Monseigneur, je suis persuadé que Vostre Altesse Electoralle ne scauroit mieux faire que de venir aujourd'huy avec toutte l'armée le plus prés de Donnavert qu'il sera possible.
Je suis obligé de dire a Vostre Altesse Electoralle qu'il n'y a pas icy 400 sacs de farine, j'ose la supplier de vouloir bien considérer dans quelle extrémité l'armée peut estre reduitte.
Orig. B. N.
Villars à Madame VElectrice de Bavière.
Le 2V« septembre 1703.
Je suis trop sensible aux bontés dont m'honore Vostre Altesse Electoralle pour n'avoir pas l'honneur de Tassurer de ma très respectueuse reconnoissance. Elle est bien persuadée de la joye sincère que j*ay eu de pouvoir estre de quelque utilité a
38* appe\dh:k.
Son Altesse Electoralle dans une bataille qui le couvre de gloire, trop heureux de pouvoir faire connoistre a ce grand prince pour lequel j'ay depuis longtemps le respectueux et fidelle attachement qu'il mérite, qu'aucun de ses sujets n'a plus de zele que moy. Permettez moy J'espercr, Madame, que Votre Altesse Electoralle sera bien persuadée de ces sentimens aussy bien que de la vénération avec laquelle
Copie P. V.
Madame VElectrice de Bavière à Villars.
De Munîcli, le 5« octobre 1703.
Soyés persuadé. Monsieur, de la part que je prens a la
gloire que vous vous estes acquise dans le gain de la dernière
bataille. J'espère que cette grande victoire ne sera pas moins
utile au bien commun que glorieuse aux armes du Roy si
accoutumées de vaincre. J'ay d'autant plus d'obligation a vos
soins qu'ils contribuent plus a la gloire de l'Electeur mon
époux et aux avantages de toutte la maison Electoralle. Je ne
suis pas moins sensible aux nouvelles marques d'attention que
vous me donnés par vôtre lettre, et vous asseure. Monsieur,
que je seray toujours ravy de vous marquer la parfaitte estime
que j'ay pour vous.
Copie P. V.
L'Électeur de Bavière au comte de Monasterol.
Au camp de Gersthofen, près d*Augspourg, ce 30 septembre 1730.
Cher comte de Monasterol, voicy le dixième iour après la battaille gagnée, en arrivant icy j'ay fait un proiet dont voicy la copie, le maréchal de Villars, bien loing d'y don-
APPEXDICE. 385
ner les mains, y mit tous les obstacles qu*il a pu trouver, a éludé mes desseins et trouvé moyen de traîner et rester icy dans Tinaction qui a donné le temps au prince de Bade de se retrancher dans son camp à son ordinaire et de faire un amas des fourrages, des grains et de bétail pillés dans la Bavière qu'il ne peut plus être question a présent de mon proiet, le fruit de cette battaille est selon les intentions du maréchal de Villars de m'abandonner ; il a osé me proposer d'assembler touttes mes trouppes, me retrancher sous Munie et abandonner tout le reste du pays aux ennemys, dans le temps qu'il veut marcher avec touttes les trouppes du Roy du coté de la forrét Noire, pour faciliter le passage du corps de M. de Tallard, établir une communication, et puis revenir en Bavière et en chasser les ennemys; nous sommes au dernier iour de septembre, je vous laisse iuger si à son retour il seroit saison de recommencer une nouvelle campagne en Bavière, et si, parce beau proiet je me trouverois obligé en retirant mes trouppes des frontières d'Autriche d'ouvrir de tous cotez passage aux ennemys, ie ne perirois pas à Munie avec mes trouppes et serois livré à l'esclavage avec toutte ma famille. Le maréchal a negotié avec tous les généraux de cette armée pour les faire tomber dans son sentiment, mais il n'en a pu gagner aucun, car ils ont témoigné tous de l'horreur pour une pareille pensée, disant qu'après un tel exemple la France ne doit plus compter à iamais d'avoir un prince de l'Empire pour Elle : l'Electeur de Cologne etoit desia chassé de ses Etats, que le Roy n'avoit pas de plus grands intérêts que celuy de me soutenir, sa gloire et celle de toutte la nation le vouloit; il n'y a que M. du Rosal qui a donné son advis par écrit presque en conformité des intentions du maréchal de Villars : pour \I. du Bourg il n'en faut pas doutter, le premier vous scavéz comme il m'a parlé de luy même à Gablingen, qu'il falloit plustôt tous pcrir que de me quitter : à présent il est venu chez M. d'L'sson dire qu'il
mt rcyicBAïAi! imhwi àvamit «ui «cBi^sHaii un xurDCteJ é^ T3jUr» 4e 1» luoLirre ^s JJ J ati-u:i iaui. ir «<•» cbixjj'p «r
^jlfflMwt djH» «ie*fr JatifTH» : i<M» ««iri«r or ^«e j a j iaît lu prw 4 Lia i«ii|«» a U 4frûerp ùaitaîlle. îe ae
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APPEXDICE. 387
approuvée de toutte l*armée, il me dit tout net que non, quMlne la fera pas, et il est impossible que je fasse la figure à cette armée comme M. de Villars voudroit, sans me perdre d*honeur et de réputation : Ton scait dans Tarmée que ie suis d*un sentiment, c'est assez que le maréchal de Villars fasse faire le contraire, pour faire voir qu'on ne me doit conter pour rien : ce n'est pas imbecilité ou faiblesse qui m'a fait plier comme je l'ay fait au preiudice de ma gloire, mais la seule considération que j'ay de ne pas en venir à des éclats qui pourroient chagriner le Roy, fcroicnt un très mauvais effet parmy nos ennemys, et seroicnt enfin preiudiciables à la cause commune. Il n'y a point de milieu à chercher entre le maréchal de Villars et moy quand il s'agit de prendre un party que je connois pour le meilleur et approuvé des généraux, quand le maréchal y est contraire par ses veues particulières qui sont deux, la première de faire connoitre à toutte l'armée qu'on exécute ce qu'il veut malgré mes sentiments au contraire, et la seconde son intérêt et ses commoditéz; il en faudroit venir à l'extrémité de commander aux lieutenants généraux à l'exclusion du maréchal et je scais bien que personne refuseroit à m'obéir, ie ne me flatte pas sans raison que je suis considéré et estimé de toutte l'armée, et crois n'en être pas hay autant que le maréchal de Villars, ils scavent aussy mes bonnes intentions et ma droitturc, ils voyent ce qui se passe au preiudice du service et me disent tous les iours : commandez, pourquoy ne le faites vous pas, il ne dépend que de vous. En vérité le Roy me devroit avoir meilleur gré de ma modération iusqu'à cette heure que tout ce que j'aurois pu faire, mais ie vous dis bien expressément de luy représenter que ie ne puis asseurement avoir patience plus longtemps, et que je le supplie très instamment de vouloir rapeler le maréchal de Villars de cette armée, ou de trouver bon que je luy abandonne tout, famille, Etats et armée, et que pour ma personne je passe avec une escorte en
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Suisse, car tant que le maréchal de Viilars sera icy, îe ne puis absolument plus me mettre à la tête des affaires et de Tarmée de ces pays cy ; ie suis fort fâché aussy de la peine qu'il doone à H. de Ricoussequi veut demander son congé au Roy, à cause du traittement qu'il a reçu et reçoit tous les iours du maréchal de Viilars, pour rien que pour luy représenter ce qu'il croit de la gloire et du service du Roy, sur tout par ce qu'il luy a dit qu'il ne convenoit pas, qu'on m'abandonne, ce sont des emportements du côté du maréchal qui passent l'imagination : il me semble que l'envoyé du Roy, qui est informé des engagemens que son maitre a avec moy, est en droit avec le caractère qu'il a, de parler, et je vous asseure que j'ay connu en cette occasion que c'est un homme d'honeur et de droiture, qui sans autre considération ne cherche que la gloire et les intérêts de son maitre. On pourroit dire sur les plaintes que je fais du maréchal de Viilars que les lettres qu'il m'écrit et lesquelles il aura s£ms doutte envoyées à la cour, sont pleines de respect et de soumission à mes ordres : i'en conviens, mais c'est iustemcnt l'effet de sa méchante volonté pour moy, il fait cela pour montrer et avec tous ces compliments a t il en toutte cette campagne fait de plus ou de moins qu'il n'a voulu? Il tient dans le public quelques fois des discours même du stile de ses lettres, comme il a fait avanthier pour avoir des témoins; dez qu'il est entréavecmoy dans ma chambre il m'a dit en propres termes : u Si l'armée des ennemys marche à Munie ie vous donne parole que j'y veui marcher, mais ie ne veux point séparer mon armée : n je luy ay dit la dessus très modestement : « C'est me parler en beaux termes. «
le viens à présent au fait : il s'agit de faire passer un corps d'armée par la forêt Noire qui nous donne la supériorité et établisse la communication, et si cela ne se fait pas, nous sommes réduit de retirer toutte l'armée en Bavière et l'y faire hyverner ou bien de m'abandonner; quant au premier ie ne
vois rien qui l'cmpeche puisqu'il n'y a plus des trouppes ennemies ny dans la forrêt Noire ny dans tout le pays entre i'iller et le Danube; touchant le second quoyque mes Ëtats en souffriroient infiniment je le préfère pourtant de beaucoup au malheur d'être livré à la fureur de mes ennemys, et mes pauvres suiets abandonnez au saccage et touttcs les horreurs et cruautéz que les ennemys ont commis dans les endroits ou ils ont pu mettre le pied ; mais ie vous dois dire qu'en ce cas là la Bavière ne peut fournir autre chose que les vivres, et il faudroit trouver moyen dez à cette heure a y faire passer à la fois l'argent nécessaire pour le payement de l'armée; si l'un et l'autre ne se peut faire, il est certain qu'avec mes trouppes seules je ne puis soutenir la Bavière qui est ouverte par tout contre des forces si supérieures; ainsy il ne me restera plus d'autre party que celuy de me ioindre avec mes trouppes et ma famille à l'armée du Roy, et d'abandonner mes Etats ou en y restant être réduit à l'esclavage ou à subir les loix que mes ennemys me prescriront. J'attends sur cela la resolution, le conseil et assistence de Sa Majesté, m'estant attaché à ses intérêts desquels ie ne me separeray iamais espérant que sa gloire, sa générosité et iustice ne permettront point que ie puisse être abandonné. Vous scaurez vous servir de cet ordre de la manière et dans les termes que vous iugeréz le plus à propos, mais sur tout l'essentiel est d'avoir une resolution claire et positive pour scavoir à quoy s'en tenir; vous scavéz quelle difficulté il y aà faire passer des couricrs, l'on envoyé deluy cy par une escorte de la même manière que vous avez passé et pour être asseuré de la réponse il faut fixer un iour pour que l'escorte vienne reprendre le Courier à Schafiliousen : ainsy que ce soit le 20 d'octobre que le Courier soit de retour à Schafiliousen, car c'est à ce iour la que l'escorte le viendra prendre, si l'on avoit de l'argent à faire passer en même temps on pourroit prendre ses mesures la dessus ; j'écris au maréchal de Tallard pour luy faire connoitre
•de quelle importance il est de nous envoyer du secours» et •d*etablir la communication à fin que s'il en avoît Tordre da Hoy il ne tardât plus un moment de Texecuter.
Orig. A. T.
Le même au même.
Au camp de Wifaling^ près d*Ulin, ce 12 d'octobre 1703.
Cher comte de Honasterol, après ce que ie vous ay mandé par le dernier courier, notre situation est devenue bien plus dangereuse, et j'ay été enfin réduit à la nécessité d'abandonner pour ainsy dire la Bavière pour faciliter le passage de M. le maréchal de Tallard et établir cette communication sans laquelle nous ne pouvons plus nous soutenir; j'ay laissé pour la défense de la Bavière le veldmareclial comte d'Arco avec mes seules trouppes et huit battaillons du Roy des plus foibles que le maréchal de Villars m'a accordé comme par grâce, après une discussion bien sensible pour moy de laquelle îe parleray ensuite. J'ay pris le party de marcher avec Tarmée de Sa Maiesté et suis venu iusqu'icy. M. de Légal s'avance avec un détachement pour scavoir enfin ce que nous pouvons espérer de Parmée de M. de Tallard auquel i'envoye Docfort pour luy remontrer la nécessité de son passage, et luy faire scavoir que nous nous avançons pour lui donner les mains, et que pendant ce temps là mon pays reste abandonné à la fureur de mes ennemys. Le prince de Bade étant touiours à Augspourg et H. de Stirum ayant une nouvelle armée par les différents détachements qu'il a tiré à luy, il n'y a personne qui pendant cet interval de la ionction puisse empêcher à ce dernier le passage du Danube et par conséquent l'entrée en Bavière et la ionction avec le prince de Baden : le Rottenberg est perdu de
même que Cham, ainsy le comte d'Arco ne peut soutenir que la ville (le Munie ou Madame rEleclrice, ma famille et ce que i'ay de plus pretieux est enfermé, dans le temps, comme i'ay dit, que ie reste à la tête de Tarmée de France sans même avoir plus de correspondence en Bavière qu'avec beaucoup de peine et de hazard. Je ne peux pas donner des plus grandes marques d'attachement aux intérêts des deux Roys, et ie crois qu'il y a peu d'exemples dans l'histoire de France des pareils alliez, ie ne prétends par prôner parla ma droiture et ma fermeté, ie ne fais que ce que ie dois et le fais avec plaisir parceque mon affection m'y porte, mais ie dis cela pour vous faire bien comprendre que ie ne mérite point les chagrins qu'on me donne ny les discours qu'on me tient, qui pourroicnt me faire connoitre de la méfiance, de peu de cas, et enfin de l'abandon de la part du Roy; cela seul m'afflige si sensiblement que i'en ay eu ces iours passez la fièvre.
Je vous diray donc que le maréchal de Villars après avoir receû des ordres du Roy, m'est venu dire, qu'il avoit des ordres de ne point rendre la ionctionetla communication avec l'armée de M. de Tallard doutteuse, et que ce dernier etoit remis à luy, lequel avoit ordre do se conduire touchant son passage selon que le maréchal de Villars le luy indiquerait ; la nouvelle arriva en même temps que le comte de Stirum avait détaché les Saxons consistant en 3 à 4" hommes qui montoient le Danube et marchoient à ce qu'on croyoit vers la forret Noire, ainsy me dit-il d'une manière décisive, il faut que ie marche pour m'approcher d'Ulm, et ensuite plus avant, pour ne point laisser la ionction doutteuse, et Votre Altesse peut avec ses trouppes se retirer sous Munie iusqu'à tempsq ue nous revenions, (il faut scavoir que nous étions campé à Gershoficn prés d'Augspourg quand il me tint ce discours là, et que le prince de Baden n'osoit pas grouiller devant nous, et le comte de Stirumb ne pouvoit songer à s'approcher du Danube sans qu'il courrùt risque d'être battu
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une seconde fois, et ie scavois de bonne part que le prince de Bade etoit fort embarrassé d*ètre en cette situation, et qu*à la longue il auroit manqué de fourrage plustôt que nous, sans parler qu'il ne tenoit qu*à nous de bombarder la ville et la brûler avec les magazins en y tirant des boulets rouges). J*aj dit donc au maréchal de Villars, qu'un détachement ioint à treize escadrons et six battaillons qui sont à Ulm au surplus de la garnison pouvoit favoriser la ionction tant qu'il n'y a rien que les Saxons détachez pour marcher à la forrét Noire, que si une des deux armées ennemies s'ebranloit vers ces cotez là, nous pouvions tousiours y marcher et gagner le devant, et que par ce même détachement on pourroit scavoir des nouvelles de M. de Tallard, et ce qu'il falloit faire pour asseurer la ionction. Il me dit la dessus que non, qu'il ne le feroit pas et qu'il avoit ses ordres : ie luy repliquay qu'il m'etoit bien sensible de scavoir qu'il avoit des ordres pour abandonner la Bavière sans qu'il écoute mes raisons, mais puisqu*il vouloit absolument sur le seul détachement des Saxons quitter le camp de Gershoffen et les environs d'Augspourg, que du moins il laisse un corps suffisant pour deUendre la Bavière; il me dit, ie ne peux point séparer mon armée ny laisser la ionction doutteuse; ie repondis que ce ne seroit pas de mon consentement que i'abandonneray la Bavière et toutte ma famille à mes ennemys, que du moins je ferois la protestation devant tous les généraux de l'armée du Roy, qu'on m'abandonnoit de cette manière, que ie voyois bien que ie n'avois plus rien à commander, et que ce n'etoit pas là l'armée que le Roy avoit envoyé à mon secours, et à mes ordres ; j'ay été sur le point de faire entrer les généraux et leur tenir ce discours, le maréchal de Villars me retint et me dit : Je vous donneray une brigade; ie luy dis en riant : C'est beaucoup d'honeur que vous me faites» ie vous en remercie, mais ie veux que l'envoyé de SaMaiesté soittesmoin de la conclusion de ce discours puisque c'est luy
APPEMDIGË. 393
qui m'a tant de fois asseuré de l'estime, de la bienveillance et de Tappuy infaillible du Roy, lequel aussy est informé du Iraitté que i'ay conclu avec Sa Majesté et de tout ce que i'ay fait de mon coté; je luy dis de plus : iusques à ce qu'il vienne ie ne demeureray plus tête à tête avec vous, ma patience est à l>out, ie le sens, car personne ne m'a iamais iraitté ny parlé de la manière que vous le faites; il me dit que ie pouvois faire Tenir l'envoyé du Roy et que ce qu'il disoit n'etoit que pour mon intérêt qu'il le connoissoit mieux que moy et que les ordres du Roy y etoicnt conformes; ie luy dis que i'etois trop ^ieux pour être mis à cette heure à la tutele et que ie ne croyois pas que le Roy l'avoit envoyé ici pour mon tuteur, et pour me traitter comme un enfant auquel on n'est pas obligé de dire aucune raison. De cette manière ie sortis pour rompre la conversation et dez que l'envoyé de France vint, je rcntray avec luy et le maréchal, et repetay à l'envoyé de France en présence du maréchal tout ce qu'il m'avoit dit, il en parut en vérité fort scandalisé; le veldmarechal comte d'Arco survint en même temps, ie me reiiray avec luy et puis je dis au maréchal de Villars en présence des tous les lieutenants généraux que pour la défense de la Bavière il falloit pour le moins huit battaillons françois avec touttes mes trouppes, il ne pût disconvenir de cela car tous les généraux se regardofent et trouvoient le nombre très médiocre, et la chose resta là; le maréchal s'attendoit que ie me renfermerois dans la Bavière avec les dites trouppes; mais déz que la séparation fut réglée je dis en présence de tous les généraux, c'est le comte d'Arco qui sera chargé de la commission de deffendre la Bavière, pour moy ie ne quitteray point l'armée du Roy, et la veiïe dans laquelle elle marche étant la principale et la plus importante, il est iuste que i'y sois, cela a eu une approbation générale de tous ceux qui y etoient presens, le maréchal changea de couleur à ce coup imprévu, et dit à son tour : ce sera beaucoup
d'honeur que vous nous ferez. Cependant il m*afait parler par ioultcs sortes des voyes pour me détourner de celle resolution et particulièrement par l'envoyé de Savoye auquel il envoya son frère pour me faire insinuer que mon pays seroit dans une grande désolation de me voir prendre un tel party, et que même cela pourroit causer une révolte, que Madame TEIectrice en seroit aussy fort affligée, et qu'il ne pouvoit concevoir qui m'avoit donné un si pernicieux conseil, que si ie voulois rester en Bavière qu'il me donncroit plus des trouppes; par ce dernier voyez quel homme.
Je n'ay pu me passer de vous faire ce détail, à fin que vous en fassiez l'usage avec circonstances et fondement ou il convient, et j'en viens à présent au plus sanglant, qui est ce qui m'a donné la fièvre, c'est que depuis huit iours c'est auiourdhuy la troisième fois que le maréchal de Villars me parle, et en manière persuasive, de traitter et de m'accomoder avec l'Empereur : je vous advoue que ces discours là réitérés me mettent le poignard dans le cœur, car il me semble presqu'impossible qu'un maréchal de France venant à la tète d'une armée que le Roy envoyé à mon secours puisse parler ainsy sans quelqu'ordre, d'autant plus qu'il fait sonner à tout moment que Dieu mercy il a ses ordres, ou pour le moins par quelques informations sinistres qu'il a données, très naturelles à la noirceur de son ame, il se soit attiré quelque réponse sur ce pied là : ic vous advoue que i'en suis outré, quoyque l'envoyé du Roy et le marquis d'Usson auxquels i'en ay parlé me disent tout ce que l'on peut pour me tranquilliser la dessus, ie ne scaurois guérir mon inquiétude, iusqu'à ce que i'en ayc les marques du contraire par le Roy même, moy qui iusques à cette heure ay fait au delà de ce que i'ay promis, gagné des combats et des battailles contre les armes de l'Empereur, pris des places appartenantes à luy et à ses alliez, entré dans ses Etats iusqu'à sa capitale du Tirol, ce seroit à cette
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heure le temps de me dire, accomodéz vous, ie veux retirer mon armée; moy qui d'aussy bonne foy suis touttes mes promesses dans les plus grands malheurs qui pourroient m'arriver, tout est enfin marqué dans le traitté, pourroit on songer À s'en écarter. La seule iustice et droiture du Roy avec la persuasion que i'ay de son affection et de son estime est ce qui me persuade du contraire, mais il est tousiours bon que i*en reçoive des marques pour m'oter une inquiétude qui me ronge Tame. Vous demanderez donc au Roy de ma part sur cela, qu'il fasse connoitre combien il desapprouve une pareille conduitte, et plus que tout ce que ie luy demande touchant mes intérêts, ie souhaitte qu'ayant Thoneur de commander son armée qu'il fasse voir que i'ay sa conGance toutte entière, qu'on trouve moyen que sous le prétexte d'un détail que fait un maréchal de France il ne dispose pas en effet de tout ce qu'il veut, que Tonne me parle point : i'ay des ordres; comme si on avoit des instructions secrètes que ie ne dois pas scavoir; et c'est de cela que le maréchal de Villars se sert pour intimider tous les généraux et chefs de l'armée, les ayant fait assembler hier pour leur dire qu'ils ne doivent ny cabaler ny s'attacher à moy, que luy n'agit que par ordre du Roy, et qu'ils ne doivent considérer que luy, enfin il voudroit que ie fus icy un en chiffre et me faire paroi tre un volontaire, et par là me deshonorer; après le chagrin que ie souffre et tout ce que ie sacrifie pour le service du Roy, il n'est pas iuste que ie n'aye pas les agreemeuts que doit avoir un gênerai d'armée; ie vous dis donc encore une fois, que ie demande que le Roy fasse connoitre cela à tous les chefs de l'armée et marque une confiance en moy aussi grande que si c'etoit un de ses suiets qui la commandoit : il n'y en a point qui soit en état de luy donner des plus grandes marques de fidélité que ie luy en ay deià données : je ne puis manquer que de capacité, mais ie ne suis pas comme vous scavcz opiniâtre dans mes sentimens.
quand on me dît des meilleures raisons, et i'aime à les entendre : il y a des gens capables à cette armée desquels ie prendray conseil avec plaisir, mais de voir que le maréchal qui commande icy attire les gens chez luy de gré ou de crainte, faisant de moy comme son party opposé, et par le détail qu*il fait, il se fasse le maitre d'obliger qui il veut, en leur donnant des commandements agréables, choisissant les gens qu'il veut pour les employer, cela fait qu'on me regarde comme un chef sans pouvoir. Vous devez donc faire entendre que quand le Roy veut faire donner des ordres à son armée qu'il les addresse à moy, l'Empereur en faisoit de même, et qu'on me communique les ordres qu'on donne aux autres armées qui doivent agir de concert avec celle cy ; comme par exemple rien ne m'est plus important au monde que de scavoir les ordres que le maréchal de Tallard a pour le présent, l'on ne m'en dit pas un mot, et on le remet au maréchal de Villars, lequel me dit qu'il a tel et tel ordre selon ce qu'il veut que ie scache, car il ne me montre rien, et toutte l'armée est informée que c'est à luy à qui tout s'addrcsse et que M. de Tallard doit agir selon que le maréchal de Villars le trouvera bon, sans qu'il soit parlé de moy, ce que le maréchal de Villars a grand soin de publier : je souhaitte aussy qu'on me mande positivement que c'est moy qui dois nommer les detachcmens et ceux qui les doivent commander, en un mot tout le delail de guerre doit sortir par mes ordres; je ne scais si vous ne croyez pas qu'il seroit bien bon que le Roy fit une espèce de règlement la dessus pour qu'on rendit la chose publique, car toutte l'armée croit qu'il y a une espèce de reserve à mon égard; on pourroit faire cela en forme de patentes que le Roy m'enverroit; sans cet agréement ie nepourroisasseurement pas résister aux chagrins que ie souflre, ny commander l'armée autrement, ainsy faitéz en sorte que je reçoive la satisfaction que ie demande le plus tôt qu'il est possible, sur tout pour que l'on m'ôte ie maréchal
de Villars incessamment, ie persiste à cet égard sur ce que ie irous ay dit par ma précédente avec plus de raison et vivacité que iamais ; c'est aussy le service du Roy, car il est la perte de Tarmée, et ie laisseray à d'autres d'informer le Roy de ce qui se passe touchant les sauvegardes et autres vilainies de cette façon, qui feront périr l'armée si Ton n'y remédie : j'en parleray auiourdhuy à l'intendant, il seroit bon que dans ce règlement dont il est parlé plus haut, on y réglât les sauvegardes. Scachéz qu'en Piémont le maréchal de Cattinat ne les a iamais donné, et quand on luy en demandoit il les renvoyoit auxafdes de camp du duc de Savoye, desquels l'envoyé le comte Briançon etoit un qui en rend témoignage ; de mon authorité je l'aurois bien pu faire icy, mais ie n'ay rien voulu faire qui eût pu chagriner le maréchal de Villars, mais comme vous voyez cela m'a servy de rien. Je finis en vous rccommcndant encore une fois d'agir vivement, pour que i'obtienne la satisfaction que ie demande et sur tout d'être bientôt délivré du maréchal de Villars, je ne vous parle point du plus important de tout, par ce que ie scais que vous le concevez vous même, qui est le prompt passage du maréchal do Tallard, car asscurement s'il ne passe bientôt la perte de mes Etats est infaillible après la présente marche que le maréchal de Villars nous a fait faire avec les ordres précis qu'il dit avoir du Roy, et ie ne scais ce que cette
armée deviendroit en ce cas là.
Orig. A. T.
Le comte de Monasterol à l'Electeur de Bavière,
A Fontainebleau^ ce i4« octobre 1703.
J'ay receu avant hier au soir le couricr par lequel il a pIû a Vostre Altesse Electoralle me faire l'honneur de m'escrire la lettre du 30 du mois passé du camp de Gershoflen, i'avois deià
398 APPEMDICK.
préparé les choses pour Teffet que Vostre Altesse Electoralle verra par la resolution que le Roy prit hier après que i*eus rhonneur de Tinformer du contenu de la despesche de Vostre Altesse Electoralle dont ie luy leiis les principaux articles.
Sa Majesté c'est trouvée, a ce qu'il m'a paru, très offensée de la conduite de Vilars, si bien qu'elle m'assura qu'elle ne perdroit pas un moment de temps pour songer a donner a Son Altesse Electoralle la satisfaction qu'il pouroit désirer, estant d'ailleurs fort faschée des conséquences fatales que ces contretemps de mésintelligence ont produites ; pour y remédier Sa Majesté a résolu de retirer d'abord Vilars et d'envoyer a sa place le comte de Marsin qui doit passer a la faveur de l'escorte du 20* ainsy que les couriers comme Vostre Altesse Electoralle l'ordonne; ledit comte quoyquc lieutenant gênerai, moins ancien que d'autres qui sont a l'armée, sera muni d'une patente de commandant qui le met au dessus de ses anciens: c'est un homme d'un mérite distingué, d'une valeur infinie, et d'un désintéressement peu ordinaire : ie suis persuadé. Monseigneur, par tout ce que l'on en dit que son caractère conviendra parfaitement a Vostre Altesse Electoralle, il a beaucoup d'esprit et de douceur, de l'élévation d'ame sans ostentation, il sera bien aise de mériter par ses bons services l'approbation de Vostre Altesse Electoralle, pour pouvoir ensuite parvenir au bâton de mareschal de France; il sera entièrement soumis aux ordres de Vostre Altesse Electoralle dans tout ce qui reguardera le bien commun du service, et lorsqu'il y auroit de la part de Vostre Altesse Electoralle quelque chose de proposé que ledit comte ne trouvasse pas exécutable, ledit comte en escrira icy en cour pour le remontrer a Sa Majesté et ne fera d'autre difficulté que celle de les représenter a Vostre Altesse Electoralle; c'est une précaution inutile puisque Vostre Altesse Electoralle ne voudra rien qui ne convienne au bien commun : au reste ie crois qu'elle sera bien servie et contente
APPEXDIGK. 399^
du choix que le Roy a fait : i'aurois beaucoup de choses a dire a Vostre Altesse Ëlectoralle si ie voulois luy détailler tout ce que Sa Majesté m'a témoigné de contentement de la conduite et des bons services que Vostre Altesse Ëlectoralle luy rend continuellement : le gain de la bataille d'Hocslot couvre Vostre Altesse Ëlectoralle d'une gloire immortelle, on ne scauroit
rien adiouter aux expressions du Roy
la lettre que Vostre Altesse Ëlectoralle a escrite par le courier de M. d'Csson a beaucoup plii a Sa Majesté; elle la liie en public a son souper; i'ay parlé aussy au Roy touchant M. de Ricousse, et ie luy ay témoigné que Vostre Altesse Ëlectoralle estoit contente de luy : de Villars a escrit vivement pour le perdre et s'est servi par le dernier courier qu'il a envoyé de la lettre que Vostre Altesse Ëlectoralle avoit escrite de Munich contre ce ministre, mais i'ay racommodé la chose ainsy que Vostre Altesse Ëlectoralle le dcsiroit, Sa Majesté m'ayant dit qu'elle estoit bien aise que Vostre Altesse Ëlectoralle fust satisfaite de la conduite de M. de Ricoussc
Origin. A. T.
L'Électeur de Bavière au comte de MonasteroL
Au camp d'Erolzhrim, ce 20 octobre 1703.
Je VOUS ay écrit du camp do IVibling, près d'Ulm, le 12 de ce mois par Saint-Viktor que j'ay envoyé au maréchal de Tallard à la place de Docfort qui est tombé malade, et par le retour de l'escorte qui a conduit Saint-Viktor à Schaffliausen, j'ay reçu deux lettres du Roy écrites de sa propre main qui m'ont fait un plaisir infiny, par les asseurances qu'il me donne de son estime et amitié et du soin qu'il prendra a me soutenir regardant mes intérêts comme les siens, enfin tout ce
qui se peut dire de plus gracieux, tant à ce suiet que sur la battaille dernièrement gaignée ; je n^ecris point au Roy pour le remercier de ses bontéz parce que ce sont deux lettres réponses aux miennes, mais ie crois vous devoir charger d'exprimer la dessus de bouche de ma part tout ce que vous croirez pouvoir dire de plus fort pour témoigner au Roy combien j'ay été sensible à ces deux lettres. M. de Torcy m'a écrit aussy auquel vous ferez mes compliments selon que vous le iugeréz à propos. Simeony m'a aussy rendu compte de la manière que le Roy a fait connoitre la satisfaction qu'il avait de ma première lettre avant votre arrivée et que M. le Dauphin, M. le duc de Bourgogne et M. le prince de Conty luy ont aussy parlé fort avantageusement de moy; j'attends avec impatience le récit que vous me ferez tant sur cela que sur l'affaire principale, ne douttant pas que l'escorte qui conduit celle cy à Schaffhausen ne me rapporte de vos lettres. Pour en venir à présent à Tetat de nos affaires d'icy, vous scavéz ce que ie vous ay mandé par mes 4^ux précédentes, l'une du proiet que i'avois formé d'abord après le gain de la battaille pour agir contre le prince de Bade, et l'autre de quelle manière le maréchal de Villars m'a fait marcher pour nous approcher de la forrét Noire laissant le comte d'Arco dans la Bavière et les deux armées des ennemys derrière nous; on voit à présent clairement que si l'on avoit suivy mon proiet, que le prince de Bade seroit peut être battu ou auroit été obligé d'abandonner Augspourg et sa retraitte luy auroit tousiours été très dangereuse et difficile ; tant que nous avons marché, M. de Légal s'est avancé iusques à Meskirch et nous iusques à Laupheimb, bien loing de voir arriver l'armée de M. de Tallard vers Villingen comme le mareschal de Villars me l'avoit asseuré pour infaillible et que c'etoit à luy de marquer à M. de Tallard le iour qu'il devoit s'avancer vers le déboucher des montagnes, et ensuite de quoy il luy avoit nommé le 15 de ce mois, en un mot selon qu'il me
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parloit avoir des ordres du Roy ie croyois que M. de Tallard avec toutte son armée etoit à sa disposition, bien loing de cela dis ie nous apprîmes que le maréchal de Tallard avoit repassé le Rhin et s'avancoit vers Weissenbourg : après cette nouvelle on s'arrêta, et pour la conservation de Tarmée on fit mettre les trouppes dans plusieurs quartiers, parce qu'on vouloit scavoir positivement à quoy abouttiroit cette marche du maréchal de Tallard. Je me suis laissé conduire en tout cecy aveuglement au bon plaisir du maréchal de Villars pour luy faire voir que s'agissant de la communication et par là du bien de Tarmée de Sa Majesté, que je sacrifiois tout pour cela, mais ce fut hier par le retour de Tescorte que j'ay dit, que nous avons appris avec etonnement la certitude du siège de Landau ; je vous laisse iuger ce que pendant ce temps là le prince de Bade est en état de faire contre mes Etats, je vous advoue que le suis elonné que iusques à cette heure il n'ayt fait que des ravages par courses et des envoys pour les contributions, de quoy Munie même n'a pas été exempt, ayant demandé cent mille florins d'Allemagne de la dite ville. Le comte de Stirumb est encore aux environs de Nœrling : le détachement qu'il a fait et dont j'ay parlé dans ma précédente a marché vers Kempten, la garnison de Brisac y a ioint, et tout cela ensemble marche pour ioindre le prince de Bade; ie me suis approché auiourdhuy plus préz de l'Illcr puisque nous ne pouvons plus rien faire de nôtre coté pour favoriser la ionction et que par tous les advis que i'ay aussy bien que par des lettres interceptées il paroit que le prince de Bade veut attaquer Memmingen et occuper ensuite tout ce qui est sur le haut du Lech, pour s'affranchir cette rivière entièrement; à ce moment on m'advertit qu'il marche vers Mindelheimb avec du gros canon, ayant laissé 4°* homes à Augspourg : cela veut dire qu'il en veut à Memmingen et ainsy la marche d^auiourd'huy a été fort à propos, et ie tacheray de soutenir Meming le mieux qu'il me sera
possible; nous sommes icy entièrement séparés du comte d'Arco et sans communication avec la Bavière ; si le prince de Bade a le temps d'exécuter son dessein sur le Lech, ce que ie ne peux pas empêcher encore qu'il ne prenne pas Memmingen, il s'y accomodera et fortifiera d'une manière qu'il sera difficile de l'en deposter, à moins d'une supériorité considérable de laquelle nous sommes bien éloignez étant séparez comme nous sommes et les trouppes du Roy diminuant beaucoup par la merode et par le désordre qu'ils font qui choque tellement les habitants du pays qu'ils ne payent plus rien à l'armée. Vous voyez par là combien il est indispensable que la communication se fasse promptement et qu'on nous envoyé le secours dont nous avons besoin; selon les nouvelles que nous avons, M. de Tallard doit avoir reçu des renforts de tous cotez, si cela est comme vous le scauréz mieux, faut il attendre la fin du siège de Landau pour passer une armée en deçà du Rhin, redoublez vos instances la dessus le plus fortement que vous pourrez.
Du coté de Passau le régiment de Hannovre et Schlick ont marché eu Hongrie pour agir contre les rebelles, mais le corps d'Herbevillé les a remplacé et les trouppes que le gênerai Heister à ramené des frontières d'Italie doivent pareillement ioindre le corps des ennemys à Passau, ainsy je ne peux retirer aucunes trouppes de ces frontières là.
Le maréchal de Villars a été fort fâché et piqué de ce que M. d'Usson a envoyé un courier après la bataille qui est arrivé le premier; il luy parla hier en présence de tout le monde avec hauteur et dureté : il est fâché aussy que j'ay écrit par cette voye là : il est vray qu'il y a des lettres des particuliers qui marquent comme si l'on croyoit en France que M. d'Lsson a la plus grande part au gain de cette battaille; il me paroit pourtant selon le discours de M. d'Usson qu'on luy a témoigné du coté de la cour comme si Ton n'approuvoit pas
trop Tcnvoy de ce courier, et qu'on luy a ordonné quelqu'espece de réparation à l'égard du maréchal de Villars; M. d'Usson fait toujours paroistre beaucoup d'attachement pour moy, et ie suis avec les autres généraux de la manière que vous Tavéz vii quand vous m'avez quitté, ie serois pourtant bien aise de scavoir le vray de l'effet que ce courier a produit, et ce que les généraux et officiers principaux de cette armée mandent de moy, tachez de le pénétrer afin que ie scache me conduire à leur égard.
L'affaire du desarmement des trouppes du duc de Savoye m'a beaucoup surpris; ie serois fâché qu'on poussa ce prince a bout, il n'est point de l'intérêt commun de l'avoir pour ennemy, si on le peut avoir pour amy, voyez ce qu'on peut faire la dedans, et s'il n'y a point des voyes de racomodement, pour moy j'y contribuerais volontiers si ie pouvois servir en quelque chose, iusques à cette heure nous ne scavonspas encore icy la vérité du fait, i'espere l'apprendre par vos lettres. Priant Dieu qu'il vous aye eu sa sainte et digne garde.
P. 5. — J'ay aussy reçu une lettre de M. de Torcy par cette même voye dans laquelle il y en avoit une du Roy touchant l'affaire des Pays-Bas, qu'on avoit donné plein pouvoir à M. de Ricousse, ie vous advoue que ie souhaitterois fort que cette affaire fut arrêtée, faitéz votre possible la dessus qu'on donne instruction et pouvoir à M. de Ricousse de se relâcher de ce que vous scavéz ; la ruine de mes Etats et ce que ie fais ne le merite-il pas, aussy bien qu^une conquête après l'autre que le Roy fait sur le Rhin, parce que i'ay touttes les forces sur le bras; ie puis montrer clairement que deux tiers de mes Etats sont ruinez et perdus sans que j'en puisse plus rien tirer, c'est sur ce pied là que les Etats ont diminué leurs subsides accordez : à Dieu ie suis tout à vous.
Orîg. A T.
AI. d'Usson à ChamiUart.
Au camp d'Erholseim, 22 octobre 1703.
J'ay resceu la letre dont vous m'avés honoré par le retourdu courrier que j'avais pris la liberté de vous depescher. Je vous demande très humblement pardon, Monseigneur, de m'estre chargé de celle que M. TElecteur de Bavière escrivoit au Roy par la voye de M. le marquis de Torcy ; ce nVst pas que j'ignorasse ce qui vous est deu dans ccste occasion, et que je n'aye renoncé de bonne foy et de bon cœur au mestier de negotiateur et a tout ce qui pourroit m'esloigner de vostre ministère, mais en vérité, Monseigneur, ce prince vous auroit faict pitié, comme il m'en faisoit, si je Tose dire, tant il estoit afQigéde la pensée qu'on luy retenoit les lettres du Roy, qu'on empechoit de passer celles qu'il avoit l'honneur d'escrire à Sa Majesté et en deux mots qu'on Tavoit prévenu qu'il estoit accomodé avec l'Empereur, lorsque Son Altesse Electorale donnoit les marques les plus effectives de sa fidélité envers le Roy. Je ne doute point, Monseigneur, que le comte de Monasterol ne vous ayt présentement informé que le prince est dans ces sentimens envers M. le mareschal de Villars et après cella vous jugerès facilement qu'il m'avoit défendu de luy dire qu'il se servoit de moy pour cscrire au Roy. Je crus bien faire de luy donner cette satisfaction pour ne pas achever de l'accabler. Il se croyoit perdu dans l'esprit du Roy et je craignois que son desespoir ne le portât a prendre des partis contraires aux interests de Sa Majesté : ce dont je le croy incapable quand il n'y sera pas forcé.
Voila, Monseigneur, naturellement ce qui m'a faict charger de ceste lettre dont je continue a vous demander très humble-
APPEXDICE. 405
ment pardon. Quand à la bonté que vous avés d'estre content du surplus de ma conduitte, je vous assure, Monseigneur, que je ne trouverois jamais rien de difficile ny de hazardeux pour vous prouver rattachement sincère que j'ay pour vous et que vous me trouvères fidelle en toutes choses.
Si je n'avois pas creu, Monseigneur, que vous deussiez estre intéressé des vérités que j'ay pris la liberté de vous escrire sur tout après Tordre que vous m'aviés faict Thonneur de m*en donner, j'aurais pris le parti de me taire, n'ignorant pas combien il est dangereux de se brouiller avec son supérieur; mais avec la vérité que je vous dois. Monseigneur, j'ay faict tout mon possible pour bien vivre avec M. le mareschal de Villars dont M. son frère et M. Baudouin me servoient de tesmoins, et depuis que vous me Tavés ordonné, j'ay prié MM. les comtes de Druy et de Chamarande de le supplier de m'accorder ses bonnes grâces et de Tassurer en mesme temps que j*irois au devant de tout ce qui pourra les meritter : leur probité et leur vertu vous est cognue et vous adjousterés foy, a ce que j'espère» au tesmoignage qu'ils vous rendront des démarches que je m'en va faire pour cella.
Je viens. Monseigneur, de voir M. le mareschal de Villars ; je souhaitte que l'amitié qu'il m'a promise soit aussi sincère que le désir que j'ay de luy plaire et de bien exécuter ses ordres.
On vient d'avoir advis que le prince Louis de Bade est en marche depuis le 18 dans le dessein d'attaquer Lansberte (?) de le bien fortiffier ensuitte, pour soustenir les quartiers d'hiver qu'il veut prendre sur le haut du Leck : il intrigueroit en quelque manière par là la Bavière, communiqueroit avec le Tirol, les Suisses et les villes du lac de Constance et maintiendroit sa communication avec la Suabe, sur tout s'il s'emparoit de Meminguen comme c'est son projet; mais voila ce qu'il n'est plus en estât de faire, l'armée du Roy estant dans
406 APPEXDIGE.
des quartiers qui ii^en sont pas à plus de deux trois et quatre lieues.
Les Saxons vont le joindre et sont allés arrière à Kemhem; la garnison de Brisac les a joins en chemin. Le comte Stirum esttousjours près de Xorlinguen.
Si vous envoyés des troupes dans ce pays ce sera le seul moyen de troubler les ennemis dans leurs quartiers d'hiver et d'en faire donner de bons a ceste armée et a celle qui assiège Landau, et de tirer quantité d'argent pour bien racomoder les troupes dont elles ont grand besoin. Car si ceste armée n'est soustenue par une autre elle sera obligée de se resserrer si fort dans ses quartiers d'hiver que les subsistances seront très difficiles, et l'argent fort rares.
Orig. aulogr. — D. G., vol. 1677, n» 52.
Le comte de Monasierol au baron de Malknechi.
A Paris, ce 25* octobre 1703.
Je VOUS envoie, Monsieur, cy ioint une lettre que j'ay receu dans un paquet de Son Altesse Electoral le qui m'est veniie par un Courier du mareschal de Villars, comme ledit paquet ne m'a esté rendu qu'après que l'on a redepeché le courier, je n'y ay pu repondre; je m'en suis fortement plaint quoyque l'on m'en ait voulu faire des excuses; vous verrez par la lettre de M. Reichard la scituation ou estoieut les armées, je condamne extrêmement la defference de Son Altesse Electoralle pour l'opinion du Mareschal, et dans cette occasion elle pourroit bien s'en repentir, car il ne falloit point s'éloigner de la Bavière pour suivre une idée fondée en l'air; M. de Tallard fait le siège de Landau, et M. de Villars se met en teste qu'il est vers la Forest noire pour s'aller ioindre a luy, et sur ce préiugé il abandonne pour ainsy dire la Bavière a M. de Bade
APPEXDIGE. 407
pour s'avancer a une ionction pour le présent imaginaire ; le comte d*Arco a un corps de trouppes pour soutenir Munich en cas que le prince Louis repasse le Lech; vous voyez bien, Monsieur, que Ton a pris un parti très dangereux, Son Altesse Electoralle s*en est defTendiie très longtemps et n'y a consenti qu'après avoir protesté qu'elle ne le faisoit qu'a son corps deffendant.
Orig. autogr. A. T.
Villars au marquis de Poissy.
4 novembre 1703.
J'ay receu, Monsieur, par Messieurs de Tressemanes et de Fretteville plusieurs lettres que vous me faittes l'honneur de m'écrire; ils m'ont apporté la relation imprimée de M. Dusson, laquelle me donne plus de mépris que de colère, et je n'ay voulu prendre d'autre vengeance de luy que de la rendre publique dans l'armée comme elle l'a été dans le royaume. Les officiers généraux en ont été indignés, les bas officiers, le
soldat; enfin cela est au point que ce misérable comme de
la n'a pas osé metlre le pied hors de la maison. Je l'ay fait
lire chez moy aux sons du murmure général dans lequel on distinguait les mots d'impudent, d'insolent, de fourbe, de menteur. Voilà tout ce que je vous apprendray sur ce sujet : j'auray un peu plus à vous dire sur celui de mon congé, lequel j'ay désiré ardemment, tant parce que ma santé est un peu affoiblie, que par me trouver inutile au service du Roy quand on ne croit pas mes conseils, car pour mal avec H. l'Electeur, je vous assure que cela n'a jamais été. Il m'a fait l'honneur de me venir voir encore hier : nous sommes quelquefois des jours entiers ensemble en conversations qui ne sont rien moins que sérieuses; c'est le meilleur prince du
inonde, de tout ce qui se passe de luy à moy : je dois m*en louer infiniment : quant à son ministre à Paris, je dois m'en plaindre; ce prince eut la bonté de m'offrir, en l'envoyant à la cour, d'en nommer un autre : c'était une honnêteté car je voyois bien en même tems qu'il avoit conté sur les grands services qu'il en attendait auprès du Roy. Ce M. de Monasterol seroit bien embarassé de dire les premiers sujets que je luy ay donnés de se plaindre de moy : il est vray que depuis que je l'ay reconnu un très malhonnête homme, et toujours opposé à mes conseils, je luy ay fait soutenir publiquement par M. le comte du Bourg qu'il avançoit des faussetés; il n'a pas tenu à luy qu'il n'ait perdu son maître et l'armée du Roy plus d'une fois, mais surtout le jour de la bataille, s'étant opposé toute la journée, et jusqu'au dernier moment, à la marche des troupes, et enfin suspendant tellement la volonté de l'Electeur pour un mouvement si nécessaire, qu'après mes lettres je fus obligé d'envoyer le sieur de Verceil, maréchal des logis de l'armée, pour presser M. l'Electeur, ensuitte le chevalier de Tressemanes, après M. de Legall, M. le comte du Bourg, et d'aller moy-même enfin au quartier de ce prince sur les six heures du soir pour le prier de ne pas perdre de temps, et de venir coucher à Donauert. Je pourrois dire que M. de Monasterol marchoit très mollement à l'enemy, quoyque m'étant venu mettre à la tète de la gauche pour enfermer la droitte de l'armée de l'Empereur, je fusse obligé à de vives sollicitations pour faire aller les Bavarois un peu plus vite, ce qui m'obligea dans la chaleur du combat à m'en plaindre à l'Electeur. Voilà, Monsieur, ce que je puis vous dire sur cela. Mais pour mon cougé il est vray que je l'ay voulu ; je ne doute point que je ne sois blasmé sur cela, et que beaucoup de gens ne disent : il faut savoir souffrir pour le service du Roy et rabattre un peu d'une hauteur, d'une opiniâtreté, d'une vivacité qui doivent être regardées comme de grands défiants et même très essen-
tiels s'ils rendent incompatibles avec un prince dont on a intérêt de ménager Talliance et Tamitié. A cela je répons que si Ton est brouillé avec ce prince par ne savoir pas vivre avec luy avec tout le respect, la politesse et les égards qu'exigent son rang et sa naissance, Ton a le plus grand tort du monde ; mais que si Ton ne luy a jamais déplu que des instans, et pour soutenir des opinions lesquelles négligées étoient sa perte infaillible et celle de Tarmée du Roy, comme il en est convenu luy-méme publiquement, et j'en ai envoyé au Roy les certificats signés de la pluspart de nos officiers généraux, que ces mêmes partis auxquels je Tay amené par fermeté ont été son unique salut, il n'y a plus qu'à examiner ce qui convient le mieux, ou une complaisance aveugle qui perd ce prince, sa famille, ses États, ses troupes et les nôtres, ou une fermeté qui les garantit.
Si l'on vous dit : mais M. le maréchal de Villars est (fou ?) de vouloir revenir : répondes je vous en supplie : il craint seulement que l'événement ne monstre qu'il a été trop sage. Je ne dis pas que par le party que l'on prend présentement tout soit perdu : il y a encore des ressources : mais si M. de Marcin ne suit pas avec une opiniâtreté inflexible le seul party qu*il y a à prendre et que je luy diray, avant qu'il soit trois mois l'Electeur, son pays et l'armée sont perdus, à moins qu'il ne subisse honteusement la loy de ses ennemis. Il n'est revenu icy que par force ; je suis assuré que son ministre Monasterol aura fait des plaintes cruelles sur ma violence : je vous l'ay dit, j'ay envoyé au Roy des certificats signés des officiers généraux qu'il a dit devant eux : Louons Dieu du party que nous avons pris, sans lequel nous perdions Memmingue; j'ay éloigné le prince de Bade de ses Etats, je les mange le plus tard que je puis, et j'ay tous les jours à essuyer que l'on le déchaisne contre moy à la cour pendant des mois entiers, jusqu'à ce que l'on apprenne par l'événement que j'ay tout sauvé.
Qui peut tenir à cela? et la première fois que je me laisseray aller, car on se lasse à la fin d*être opiniâtre, tout sera perdu, et j'auray la mortelle douleur de voir périr sous mes ordres une armée entière de François.
Non, Monsieur, ma gloire m'est plus chère que la Mie, elle est inséparable du service du Itoy ; mais je ne puis satisfaire ny Tun ny Tautre quand mes conseils ne sont pas suivis : s'ils Tavoient été dés le commencement de la campagne, TEmpereur vous auroit déjà demandé la paix, et telle qu'il aurait pla au Roy de la donner, et je vous le prouveray bien clairement.
Voilà, Monsieur, une trop longue lettre ; vous me ferez plaisir de la montrer à vos amis. S'il étoit possible qu'en suivant les ordres de Sa Majesté on pût faire des fautes, je sacrifierois ma réputation pour ne jamais rien imputer à mon maître ; mais il n'y a que mon maître seul à qui je puisse faire un tel sacrifice. Grâces à Dieu l'on est à Tabry d'une si dure loy par la profonde sagesse, la droiture et la vérité qui se trouvent toujours dans tout ce qui part du plus grand Roy du monde.
Minute P. V.
L'Électeur de Bavière au comte de MonasteroL
Au camp de Diedttinansriedt, ce 15 novembre 1703.
Cher comte de Monasterol, je suis très sensible à la satisfaction que le Roy m'a voulu donner en rappellant si promptement le maréchal de Villars. Je vousadvoiie qu'il ny avoit pas d'espérance de rétablir une intelligence entre nous, ses manières ne sauroient iamais me convenir, il s'est passé encore bien des scènes qui sont inutiles de compter icy, une chose qu'il a faite qui ne m'a pu élre que très désagréable, est, qu'il a fait passer ses ostentations iusquos aux ennemys,en envoyant
deux trompettes au prince de Baden, par le premier il luy a fait dire, que de la manière qu'il avoit attaqué et battu le comte de Stirumb, le prince de Bade voyoit que rien ne luy eschappoit, par le second il luy a fait dire auprès d'Augsbourg, que luy le prince de Baden ne croye pas qu'il avoit fait une pareille faute s'il avoit dépendu de luy; le prince de Baden m'a fait informer de cela par le comte de Tauffkirchen qu'il m'a renvoyé en échange d'un lieutenant colonel Saxon et cela sur le pied de me mettre le traittement des François en horreur, disant qu'il me plaignoit de faire tant de service à la France, et de voir que leurs généraux s'attribuoicnt ce qui étoit d'avantageux, comme Villars se faisant le maitre de donner bataille, et que c'estoit luy qui l'avoit gaigné, sans parler un mot de moy, et que le mal il le reiettoit sur moy; pourtant le prince de Baden a été scandalisé de cette ostentation et a dit a TaufiTkirchen qu'il ne l'estimoit point. Pour ce qui est de ce que nous avons opéré depuis le retour de la dernière escorte il a fallu que ie prenne le dessus et l'authorité toutte entière : le maréchal de Villars depuis les lettres qu'il a reçues, a été si fort piqué qu'il n'a fait que me contrecarrer en tout ce que j'ay exécuté pourtant malgré luy, et Dieu mercy tout a reussy, et comme il scavoit qu'il devoit s'en aller, il a été d'un abandon entier, sans plus vouloir se mêler presque de rien que de ses sauvegardes qui ont continué avec la même violence jusqu'aujourd'huy; il a été d'une impatience terrible pour partir, et me vouloit faire tout précipiter pour cela : il etoit impossible, l'armée de Stirumb étant encore à portée du Danube aux environs de DunstorfT, un corps qu'il avoit avancé jusqu'à Munderking, et le prince de Baden à Leûtkirch, iugéz comme cette escorte auroit pu aller et revenir : je crois bien que le maréchal auroit pu passer en allant, mais nôtre argent et deux mille chevaux de l'armée étoient perdus sans ressource au retour; cependant j'ay sauvé Memingen, et en prcnnani
412 APPEXDICK.
Kempten qui s'est rendu avaut hier au soir et un chatteau entre ces deux places j*ay affranchi toutte 1111er. Le comte de Stirumb a fait des détachements tant vers le Necker que vers la Franconie de sorte que i 'espère qu'avec ce qui luy reste il n'osera se hazarder de passer le Danube, et se mettre fort avant en ce pays là, car ie passe demain l'Iller et m'approcheray si près que ie pourray du prince de Bade, afin de le tenir en échec sans qu'il ose rien détacher pour tomber sur Tescorte, i'ay fait ioindre le comte d'Arco avec 20 escadrons et six battaillons de mes trouppes, le pays du côté de Leitkirch est fort couppé, mais m'approchant du prince de Bade, si ie trouve occasion de l'attaquer je ne la negligeray pas, quoy que le maréchal de Villars ait deux mille chevaux avec luy. Je ne doute point que ledit maréchal ne dise bien des choses à la cour; il nous en a bien menacé, car il dit qu'on le laisse seulement arriver qu'il a la langue bien pendue, et qu'on s'en ressentira bientost; je vous advertis qu'il a publié par tout que c'est moy,qui par vous,ay fait empêcher que l'armée de \l. de Tallard ne passe, et par là que la communication ne s'établisse pas, afflu de me mettre en horreur à toutte l'armée de France si elle le croyoit. Secondement il ne manquera pas de dire aussy que i'ay voulu que l'armée se retirât en Bavière et que c'est luy qui l'a empêché; il a deià parlé sur ce pied là icy, cela est faux : quand il vouloit aller avec toutte l'armée du Royjusques dans la Forrêt noire, et peut être m'abandonner tout a fait, c'est contre cela que j'ai parlé, et j'ay lieu de croire que si ie n'estois pas venu avec cette armée, il l'auroit exécuté sous le prétexte de soupçon qu'il vouloit par force mettre sur moy; voyez en quel état cet homme vouloit me réduire, aussi bien que l'armée, et si ie n'ay pas pris une prudente resolution de me mettre à la tête de l'armée du Roy et laisser le comte d'Arco avec mes trouppes en Bavière, (|uand la première escorte est revenue avec son secrétaire, il étoit étonné d'apprendre le
siège de Landau, et que Ton ne songeoit pas a passer; nous avions' alors deià passé Tlller auprès d'Ulm à ll^iblingen, et c'est après cela qu'il a été convaincu d'avoir agi sur des faux principes; jusques là le me suis abandonné à sa conduite sans oiivrir la bouche, mais depuis que j'ay pris le tymon et que ie me suis opposé à ses sentimens, à cette heure que cela nous a mis en une bien meilleure situation, il a l'effronterie de dire que ce sont ses proiets qu'on a exécuté, devant les mêmes personnes qui scavoient le contraire; j'espère qu'il n'en sera pas de même avec le comte de Marzin par le portrait que vous m'en faites, ie ne dois augurer rien que des agreements de son coté, et ie vous asseure que i'auray soin de luy rendre la pareille, c'est de quoy vous pouvez asseurer Sa Majesté; il scroit pourtant tousiours bon d'avoir cette espèce de règlement en forme de patente dont ie vous ay parlé la dernière fois, j'attends ce comte de Marzin avec mille impatiences, aussy bien
que l'argent duquel on a grand besoin
Je suis bien aise que vous ayez raccomodé le mal qu'auroit pu faire ma lettre à M. de Ricousse, il continue tousiours d'avoir une conduite réglée pour moy, et ie suis tousiours dans les mesmes sentiments comme lorsque vous estes party d'icy, ainsi vous ferez bien de parer les coups que M. de Villars luy va porter à son arrivée.
Orig. A. T.
Le même au même.
Du camp de Dietmansried, ce 15 novembre 1703.
Cher comte deMonasterol, touchant les affaires de la guerre je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai marqué dans ma lettre de main de secrétaire et en marge du projet, car j'ai tout dicté de mot à mot, je ne vous dirai ici autre chose si non que j'ai écrit
la lettre sur votre sujet au marquis de Torci, je vous en envoyé cî-joint la copie; j'y ai mis un article touchant la comtesse d'Arco, et vous de votre côté ferez tout ce qui sera dans votre pouvoir pour l'assister et témoigner de ma part ou il conviendra ce que vous croirez être de son service; elle a pris un fort bon parti après la déclaration du duc de Savoye de s*en aller à Paris; elle esta présent en état de prendre des mesures solides; Je lui écris là-dessus avec toute la sincérité que je dois à une personne que j'estime toujours infinement et de laquelle je serai véritable ami toute ma vie. Si vous savez pénétrer à fond ses dessins et pensées, mandez le moi; je sais bien que vos conseils ne gâteront rien; si elle vous en demande, comme je n'en doute pas, donnez lui la lettre ci-jointe; je crains qu'après la lettre que cette escorte m'apportera je n'aurai plus guère de nouvelles de votre côté; il faudroit du moins trouver moyen de faire passer des lettres, croyez moi toujours tout à vous.
Memmiogen, ce 16 novembre 1703.
P. S, — Il faut que je vous dise encore que j'ai trouvé dans la marche d'aujourd'hui la cavalerie en meilleur état qu^elle n'a été de toute la campagne, et les chevaux bien plus gras et «n meilleur état que je les ai trouvés à Dilingen, car ils ont mangé du pain, ce qui recompense la saison où nous sommes. A Dilingen en faveur des sauvegardes la cavalerie a beaucoup pati; l'infanterie ce qu*il y a est leste et bon, et le soldat n*a jamais mieux été à ce qui disent tous les officiers. II est bon que vous sachiez cette vérité, et vous pouvez Tannoncer. Verseille et Beaujeu m'ont aussi fait prier aujourd'hui pour que je m'intéresse afin qu'ils ayent la commission de colonel; ce sont des créatures du maréchal, mais servent bien; s'ils l'obtiennent, faites que cela vienne plus par moi que par le maréchal. J'espère que le Roi aura égard aux officiers que je recommande; j'en ai écrit aussi à M. de Chamillard, c*e8t-à-dire en
APPEMDICE. 415
remettant sur vous, sans les nommer, seulement ceux pour lesquels vous parlerez. Si Ton fait une fois quelque chose pour... faitcz aussi qu'on m'en ait quelque obligation. M. d'Usson a prié aussi que j'écrive à Cliamillard; il suffît que vous parliez selon que vous le trouverez à propos; il est fort piqué de ce que Marcin vient; je suis envieux de savoir TafTaire de son Courier et comme il est en cour; Villars en fait grand bruit €t le traite fort de haut en bas.
Autre Posi'Scriptum.
y&i oublié de vous dire qu'outre l'argent que le maréchal emporte d'ici qui monte à 700,000 florins d'Allemagne pour le moins et a énervé tout le pays, ce qui est pour un mal irréparable, les munitionaires et l'intendant qui jusqu'à cette heure n'ont osé ouvrir la bouche, de crainte du maréchal, viennent de me dire que les envois qu'on a faits pour faire entrer des grains dans les magasins d'Ulm et de Memmingen ne produisent rien, et que cela c'est la seule cause des sauvegardes du maréchal qui ont empêché qu'on prenne les grains dans les endroits où ils étaient pour forcer à les vendre mieux à Augsbourg, où ils les ont laissé voifurer, afîn de tirer tout l'argent pour le maréchal. Cela est criminel, car les magasins que j'ai fait faire avec tant de soin et de paine sont épuisez et Ton ne sait comment y faire entrer d'autres grains; car il n'y en a plus, ils sont vendus et le maréchal emporte l'argent. Sachez que cela me met dans les dernières inquiétudes pour les places et pour l'armée. Voilà donc pour ce vilain intérêt propre du maréchal, la première séparation de l'armée, toutes les mauvaises suites, la cavalerie en a été sur les dents; et à cette heure les places en danger, et à ne pouvoir plus fournir à l'armée. Je ferai mon possible pour y trouver remède, et la Bavière et où Ton pourra y fournira. Je vous dis aussi que Memmingen est d'une plus grande conséquence que nous ne l'avons jamais cru; on y travaille à force, et déjà à présent il y faut un siège
416 APPE.VDICE.
formel pour le prendre. M. de ChamaraDde y commande; je Tai choisi pour cela; enfin Ton n'omettra rien, et je me défendrai tant que j'aurai un pouce de terre à me mettre; rien ne m'ébranlera, vous pouvez assurer décela le Roi dans les me^mes termes; je ne sais s'il le fera. Imprimez bien que le secours selon le projet soit assuré et de bonne heure, car si les ennemis se lèvent plus matin que nous, et ont le temps de se remettre, comme ils feront puisque tout reste de ces côtés ici en quartier (je sais déjà leur répartition) Hollandais, Brandebourgois. Saxons, etc., personne ne s'en va, — enfin si cette jonction de recrues et de l'armée de trente bataillons et trente escadrons s'il le faut ne se fait pas, il est du tout impossible de se soutenir. Imprimez cela bien, c'est l'évangile. Je ferai tout de mon mieux cet hiver, si j'ai de l'argent, puisque je ne peux pas avoir de troupes; mais pour* commencer la campagne il faut primer ou périr, et nous ne pouvons primer qu'avec le secours en question, de bonne heure, de bonne heure, de bonne heure, qu'ils passent; que ce soient tous vos soins, demain la paix et la tranquilité viendront en cette armée; le maréchal part; j'écris encore ceci à la hâte, et suis tout à vous.
La marche que j'ai faite vers Kemplen a été contre le sentiment du maréchal; il a dit là-dessus cent sottises; il a dit publiquement que j'aurais trois peines, de marcher vers Kempten, de l'assiéger, et d'en lever le siège. Je l'ai fait parce qu'en ce temps-là on ne pouvait songer à faire passer une escorte par la situation des deux armées des ennemis, comme je le dis dans ma grande lettre; les aprêts pour le siège u'estoient et ne seront pas en état que vers la fin de ce mois; ainsi en cet intervalle j'ai pris le château de Gronenbach, qui est excellent, taillé dans le roc, entre Kempten et Memmingen, un très bon poste près Kempten, et par là occupé Kaufbeuren ; c'est ce qui ferme l'iller et nos quartiers; le maréchal a été véritablement fâché
APPEXDICE. 417
de ce succès ; à cette heure il voudrait qu^on crût que ce fût son sentiment^ et je ne doute pas qu'il n'en parle ainsi à la cour. Si cette escorte réussit et qu'ensuite je puisse prendre Augsbourg, nous finirions bien la campagne et pourrons dire avoir fait et fait faire une belle campagne au Rhin; notre situation sera aussi très bonne, et aurons ce qu'il nous faut pour les contributions que nous donnent les postes de Tlller et ce que nous donnera Augsbourg, jusqu'au printemps; mais alors je répète que le secours nous doit faire primer. Pour Augsbourg l'entreprise est grande» je l'avoue en cette saison, une grosse garnison, une armée des ennemis à portée, et je n'en pourrai pas faire la circonvallation. Villars dit, depuis que j'en ai formé le dessein, que c'est prendre la lune avec les deuts et faire périr mon infanterie. Si je l'entreprends vous verrez ce qu'il en coûtera de la manière que je veux m'y prendre et que j'ai fait faire des dispositions pour cela en Bavière. Ce que je viens de faire à l'Iller nous rend cette entreprise bien plus facile, car je base tout et couvre par là mon siège; il faut que le prince de Bade prenne une des places sur Tlller avant d'avancer car il ne saurait y avoir du pain; avant qu'il fasse cela je mènerai le siège bien loin, car vous connaissez que la place est trèsmauvaise. Si cela réussit, que du moins cet homme ne s'en
attribue rien.
Copie (l*aprés Tauloc^rAphe A. AI.
Le même au même.
26« novembre 1703.
Cher comte de Monasterol, l'escorte est heureusement passé et M. de Légal m'a ioint à Saulgen. Je ne fais pas de façon avec vous, quoyque i'escris moy même, de prôner ma conduite
4J8 APPK.VDICK.
en cette occasion, mais il faut que vous eu soyez informé, ainsy ie vous diray que i'ay fait une manœuvre que ie compte en ce métier m'avoir fait plus d'honneur qu'une battaille gagnée, car c'est par des marches et des postes, et des par lys pris à propos, que ie suis venu à bout d'une chose que toufte l'armée croyoil desespérée; i'ay fait la guerre à l'œil ; il n'y avoit presque pas d'heure dans le iour et dans la nuit qu'il no falloit prendre des partys, car le prince de Baden marcha iour et nuit pour nous gagner de la main, quoy que il ne connaissoit pas parfaitement ce pays-là, et que mon armée étoit diminuée par des détachements considérables ; j'ay marché sur luy avec une telle audace et I'ay serré de si près observant les postes et le terrain de manière qu'a la (in ie I'ay contraint de se mettre à la commanderie d'Alschausen en un camp entouré de marais et inaccessible, ou il s'est ietté marchant touttc la nuit, mais aussy ne pouvoit il sortir de là sans me prêter le collet, a quoy il ne s'est iamais voulu commettre; il n'a pas laissé que de faire des détachements considérables assez, le comte de Stirumb de l'autre coté du Danube en a fait de même passer cette rivière a une partie de ses trouppes : déz que i'ay seû M. de Légal a Meskirch, dont i'ay receu la nouvelle a onze heures de soir, i'ay pris le party sur le champ de détacher \I. de Chamarante avec quinze cents grenadiers et trois cents chevaux avec ordre de marcher la môme nuit en diligence a Meiigen, i'ay fait pousser en même temps un party pour en adverlir M. de Légal afin qu'il marche de ce coté là, ce qu'il a fait, et M. de Chamarante est arrivé si à propos que M. de Légal alloit élre attaqué dans le temps que M. de Chamarante a paru ; les ennemis dont on voyoit deiâ trente escadrons n'ont osé se mettre entre deux : de cette façon M. de Légal s'est ioint à M. de Chamarante et nous a mené a bon port, M. le maréchal de Marzin aussy bien que l^argent. J'espère que ceux qui écriront sur cette manœuvre que je viens
APPEXDICK. 419
de faire me rendront quelque iustice, ie vous escris ce fait tel quil est, pour vous en servir; M. de Légal a conduit les choses de son coté avec beaucoup de prudence, et s'il n'avoit pas en allant occupé Meskirchenja chose auroitété presque impossible, car les ennemys avoient delà ietté du monde dans Pfullendorff et Mengen et en vouloient faire de même à Meskirchcn. Le maréchal de Villars ne vouloit absolument point que M. de Légal le fit, mais Légal y a ietté des trouppes malgré luy; le dit maréchal a fort prêché et insisté auprès du comte de Marzin de ne se point charger de l'argent et voila Tadicu qu'il nous a voulu laisser de nous priver de l'argent et faire battre l'escorte en empêchant d'occuper \Ieskirch : ils conviennent tous que c'est à ce dessein qu'il a donné ces conseils, cela est d'autant plus noir puisqu'en m'engageantàfaire partir Tescorte, il m'a asseuré sur son honneur et sur sa parole qu'il me rcpondoit de faire revenir le comte de Marzin et l'argent, pourvu que ie voulus passer l'iUer, etm'avancer seulement iusqu'àMinchrott, voyez si ie l'avois fait ou nous serions. Touchant le maréchal de Marzin ie trouve ses manières entièrement conformes au portrait que vous m'en avez fait, qui est tout dire, car ie ne doutte point que le reste ne soit conforme, et vous pouvez remercier le Roy de m'avoir voulu satisfaire a l'égard du maréchal de Villars et de m'avoir envoyé un si digne sujet a sa place, c'est a présent une paix et une union en cette armée qui charme tout le monde, et moy plus que personne; il y restoit encore une seule affaire qui a été accomodée aujourd'huy ; c'est le service de mes généraux : ceux du Roy se sont tous déclarez qu'ils n'avoient aucune difficulté pourvu que M. de Ricousse ne serve pas et tous les maréchaux de camp ensemble me sont venu trouver pour protester contre. M. de Ricousse y survint par hazard et quoyque M. de Marivaux porta la paroi le avec beaucoup d'aigreur contre luy, il se déclara avec beaucoup de modération qu'il sacrifioit volontiers cet agrément de servir a
420 APPEXDICE.
son tour en faveur du bien du service et du repos de Farmée, puisque cela donnoit tant d'inquiétude jusques à la décision du Roy. Le maréchal de Marzin demande que le Roy envoyé un brevet de lieutenant gênerai à ceux qui servent en cette qualité dans mes trouppes : ainsy on demande par conséquence la même chose pour M. de Ricousse; ie scais bien qu'il aura de la peine à Tobtenir» mais aussy il serait désagréable qu'il reçût' un affront dans le temps qu'il croyoit de recevoir un agrément quand il m'a demandé ce caractère : c'est pourquoy s'il ne peut obtenir ce brevet, tachez du moins qu'on trouve un mezotermine à sa satisfaction.
La patente est en très bons termes, i'en suis fort content, et vous le pouvez témoigner de ma part; il m'a aussy fait beaucoup de plaisir de voir la manière que le Roy s'est expliqué et envers vous M. de Chamillard sur l'authorité que ie devois prendre à l'égard de M. de Villars : cette marche et séparation d'armée, qui asseurcmcnt a paru alors à tout le monde fort scabreuse, a reussy tant parce que la baltaille a mis le corps de Stirumb bien plus bas que nous ne l'avons crû, et que le prince de Baden a quitté Augsbourg pour assiéger Memingen, en quoy ic l'ay prévenu malgré les sentiments du maréchal de Villars et c'est ce qui l'a obligé de repasser l'Iller; le prince de Baden aussy est bien plus foiblc de ce qu'on s'en étoit imaginé, parce qu'a force des fatigues il a fort ruiné et diminué son armée. Landau pris et la battaille gagnée par M. de Tallard, notre argent arrivé, touttc l'Iller a nous, nous fera faire un plan bien diflcrcnt de celuy que vous m'avez envoyé; i'espcre de couronner la campagne par la prise d'Augspourg, j'y marche tout droit et compte d'y être le 4 du mois qui vient.
Orîg. A. T.
APPKNOICE. 4SI
L Electeur de Bavière au comte de MonasteroL
Au camp de Wiblingen, 16 août 1704.
Cher conte de Monasterol, il est aussy surprenant que douloureux de vous dire qu'une armée aussi belle et si accoutumée de vaincre comme celle du Roy aye esté batue; cela est pourtant arivé le 13 de ce mois : le poste ou nous estions estoit bon, la disposition qu'ont fait les deux maréchaux ne pouvoit estre meilleure, nous avons eu tout le loisir pour cela, la victoyre a esté disputée et la dernière heure je la croyois encore gagnée, car notre gauche qui estoit Tarmée que comande le maréchal de Marcin ou mes trouppes fermoyent Taile batoyent la droite des ennemis el la metoient en déroute, quand notre droitte plia, par plusieurs fois, et abandona un vilage qui fermoit et couvroit le flanc de notre droitte contre le Dannube; le maréchal de Tallart y mit vingt-deux battallons qui combatoient sans estre forcés iusques a la nuit et se rendirent enfin prisoniers de guère; de touttc Tinfanterie de Tarmée de M. de Tallard il ne s'en est presque pas sauvé, c'est une perte de trentesept battallons tous les meilleurs, le maréchal luy même est pris et d'autres généraux dont ie ne fais pas icy le détail non plus que des morts et blessés ; apré la deroutte de la droitte, le centre suivit et nous de la gauche fumes obligé de nous retirer, ce que nous fîmes en bon ordre, toutte l'armée qui a passé icy l'hiver est encore en estât, il ny manque que ce qui a esté tué ou blessé : il ny a pas de prisoniers, ny perdus ; la cavallerie de M. de Talard y eut aussi une quantité prodigieuse d'officiers tuez et blessez, le fort de la battalledura six heures, et on comansa a se cannonner a neuf heures du matin ; le poste est le mésme marais ou nous attacames la première fois M. de
4ÎÎ APPEXDICE.
Stirumb Tannée passée; vous le connoissez, le marais avoit devant nous le vilage de Blindlieim a la droitte qui est celuy ou le maréchal de Tallard y iela les vingt-deux battaillons,
le vilage de presque au centre, notre gauche alloit
iusques a la montagne apuiée contre le bois, qui ne fut iamais forcée; c'est assés de détails en confusion pour vous en donner quelque légère idée dans la liate que ie vous escris. Ce qui est la cause de la perte de cette battalle sont trois choses : la première que les ennemis estoyent beaucoup plus forts que nous et au delà que nous Tavons iamais creu ; ils ne pouvoyent pas nous déborder car le terin ne le permetait pas : mais contre nos deux lignes ils en avoyent trois, et en des androits iusques a quatre : deriere la ligne de cavallerie une d'infanterie soutenue d'une autre de cavallerie; la seconde raison a esté que Ton avoit mis tant d'infanterie dans ce village de la droitte que le corp de battaille esloit desguarny, et la troisième que sans mentir la cavallerie n'a fait rien qui valle, c'esta dire celle de M. de Tallard, je ne veus pas nomer les corps on le devinera assé ; mais c'est chose estonnante, et a ce qu'ils disent iamais veue en cette cavallerie la qui paroit estre invincible. Le conte Sanfre est tué, Blainville se meurt sans ressource, l'envoyé* est blessé sans danger. J'en viens a présent a la fâcheuse suitte qui est l'essentiel de ma lettre; c'est que le maréchal de Marcin et tous les généraux francois unanimement disent qu'on ne peut plus continuer la guerre icy, que ce seroit commettre la courronne du Roy en y perdant encor une armée ; ils ne se contentent point de marcher vers le maréchal de l illeroy, mais a ce que ie m'appercois, ils ont grande envie de repasser le Rhin et sont tous, commençant par M. de Marcin, d'une inquiétude incroyable ; ils m'ont donné aujourd'huy leur sentiment par escrit qui est conforme a ce que ie viens de dire : c'est assez que ie
' M. de Ricous.
APPKXDICK. 423
marche en la foresl Xoire comme je suis obligé, pour cstre dépouillé de mes Rslats; i'ay envoyé chercher relectrice et mes deux fils aines pour les emmener avec moy et fais le signe de croix sur la Bavière avec tout ce qui me reste; iugez si cet abandon ne me doit pas estre sensible, ie ne doutte point de la parole, de lequité et delà iustice du Roy, aiant rempli de mon costé tout ce que i'ay promis et au delà : faitez la dessus les devoirs que votre attachement et zcle vous peuvent suggérer, afin que de me pouvoir bicntost donner des nouvelles qui puissent me Consoler dans le triste état ou ie me trouve. Je crois pouvoir en peu de temps vous voir puisque ie marche vers là; il est très nécessaire que le maréchal de Villeroy s'avance et sorte des gorges, car si les ennemis nous suivent, comme il est apparant, nous aurons de la peine a nous retirer. Je ne scais si le Roy consentira qu'on quitte tout a fait l'Allemagne comme tous ces généraux le veulent et m'y entrainent. A grande peine ay ie pu obtenir qu'on n'aye pas quitté Ulm; M. de Marcin a donné ordre a la guarnison d'accomoder, de l'abandonner, sans m'en rien dire. Je vous advoue que tout cela m'a fort touché : ie ne vous le dis pas cependant pour en faire des plaintes si le Roy veut soutenir la guerre en deçà du Rhin, il faut des resolutions et des ordres bien forts pour ôter aux généraux d'icy l'inquiétude et l'avidité d'estre de l'autre costé du Rhin. Encore une fois veillez à mes interests. Vous scavez ce qu'on m'a promis, il est temps a présent d'en faire voir les effets. Voicy la lettre pour le Roy sur la perte de la battaille que vous accompagnerez des expressions convenables.
Orig. autogr. — Hibl. royale de Aluiiich.
Uti APPENDICE.
L'Electeur de Bavière au comte de Bergeyck.
23 mai 1706 >.
Nous sommes battus ! Apres avoir posté à merveille la plus belle armée du monde. Enfin le bon Dieu la disposé ainsi. J'arrive en ce moment icy à 2 heures après minuit, en même tems que le mareschal de Villeroy avec les débris de l*armée que nous ferons passer par la ville de l'autre costé de la Dyle : mais la defaifte est grande et la terreur dans les troupes si horrible que je ne scais ce qui en sera demain. Préparez nous du pain à Bruxelles et ce dont nous pourrons avoir besoin, des ponts aussy sur le canal doivent estre prêts.
Orig. autogr. A. M.
Chamïllart à l'Electeur de Bavière.
Versailles, Î6 mai 1706.
Il eut été à désirer pour la gloire de Votre Altesse Electorale et la satisfaction de Sa Majesté que Tarmée que vous commandiez vous eut vengé de la malheureuse journée d'Hochstet : il faut dans l'adversité se soutenir par son courage et faire de nouveaux cflbrts pour arrester les progrès des ennemis : j'y contribueray en ce qui dépendra de mes soins et de mon ministère et n'oublieray rien pour faire connaitre le profond
respect avec lequel, etc.
Orig. A. 11.
' Le soir de la fatale bataille de Ramillics; Bergeick gouvernait les Pays- Bas au nom de Philippe V.
APPENDICK.
L'Électeur de Bavière à ChamiUart,
18 juin 1706.
[Extrait.)
Je vous prie de vous informer de généraux et officiers du Roy qui etoient sous mes ordres dans le temps que M. le maréchal de Villars a quitté Tarmée et a passé le Rhin, en attendant M. le maréchal de Marsin, de quelle manière j'ay mené M. le prince de Bade et conduit le tout pour ensuite faire le
siège d*Ausbourg.
Minute A. M.
Pièces satiriques faites à l'occasion de la défaite
de Ramillies.
Cest à ce coup que Villeroy, Ce général si redoulable.
Pour avoir bien servi le Roy Aura Tépée de connétable :
Pour un pareil événement Tallard eut un gouvernement.
Réjouis-toi, cher Feuilladin, Tu seras maréchal de France, Car lu prends bien le chemin De ces généraux dUmporlance :
Villeroy,. Tallard et Tessé Sont-ils pas bien récompensés?
LETTRE DE CHANGE TIRÉE PAR M. DE ViLLARS
SUR M. DE Villeroy.
Maréchal de Villeroy, payés à veue et sans autre avis à Milord
Marleborough ou à son ordre, 50 pièces de canon valeur receûe
du prince Louis de Baden.
Maréchal de Villars.
Copies A. M.
4ÎA APPEXDIGE.
IJ Électeur de Bac lire à la comtesse d'Arco.
Camp de LaD<|CD Candel, 26 juillet 1708.
[Exlraïl.)
I^s Français me regardent comme ud commaDdant passager et le maréchal de France pour fixe qui a cent moyens de faire du bien et du mal. C'est la vérité et c'est pourquoi il est difBcileot impossible de répondre des événements : Texpérience le montre; à moy à Hoclistâtt et Ramilly, à M. d'Orléans à Turin, à M. le duc de Bourgogne à Oudenarde. Si nous princes avions fait ce que nous voulions, aucun de ces malheursneseroit arrivé.
Orig. aulogr. A. M.
Villars à l'Électeur de Bavière.
Au camp de la prcvolé S* Michel, ce 5*^ juillet 1711.
\I. le marquis de Montviel brigadier et mareschal des logis grneral de Tarméc, aura l'honneur de présenter mes respects a Vôtre Altesse Elccforalle, et de l'assurer de la sensible joye avec laquelle je l'ay veu rentrer enfin dans une souveraineté* petite a la vérité, mais très susceptible ou d'augmentation considérable, ou d'assurer a Vôtre Altesse Electoralle un retour
' L'art. 17 du traité conclu en 1702 entre Max-Emmanuel et les deux couroimes ^lipulait qu'en cas de perte de ses Éiats, TElecteur recevrait Xwl souveraineté dos Pays-Bas espagnols : quelques jours après la dcfaitr» d'Hoch- 9lu*d(, Max-Kmmauuel avait réclamé Teiécution de cet engagement : Louis XIV avait fait la sourde oreille, ofTcrt une patente de vicaire général, fait traîoer les négociations jusqu'en 1711 ; à cette époque, Philippe V consentit à céder (\ l'Électeur ce qui lui restait des Pays-Bas. Max-Emmanuel s'était liilë de transporter sa petite cour h. Mamur, où Villars s'empressait de le féliciter et lui envoyai! les gardes bavaroises placées depuis deux ans sous son coaimandement.
APPEMDICK. 427
dans SCS Estais lel qu'elle le peut désirer, il ne peut rien arriver d'agréable a votre Altesse Kicctorallc a quoy je ne prenne un très vif interest, je la supplie de m'Iionorer de ses ordres et pendant le séjour qu'elle fera dans ses nouveaux États et en son absence, elle jugera par mon extrême attention a les exécuter de rattachement et du profond respect avec lesquels je
seray toujours, etc.
Oriji B. X.
L'Électeur de Bavière à Villars.
Narniir, ce 7^ juillet 1711.
Je suis très sensible. Monsieur, au compliment obligeant que vous avez bien voulu me faire par W. le marquis de Montviel et par votre lettre au sujet de la cession des Pays Bas, que le roy d'Espagne m'a fuite ; ce souvenir, Monsieur, que vous me témoignez en cette occasion, est une marque de vos attentions envers moy. Je vous en ay bien de l'obligation, et je vous prie d'être persuadé, qu'en quel état que je sois, je me feray toujours un vray plaisir de vous faire connoilre que je suis très
parfaitement. Monsieur, tout à vous.
Orig. P. V.
Les archives de Munich renferment un très-grand nombre de pièces, desquelles il résulte que Max-Emmanuel ne cessa, depuis 1704 jusqu'en 1713, de rester en communiciition avec l'ennemi et de négocier secrètement avec lui. Aussitôt après la défaite d*Hochstœdt, Malknecht écrit que la précipitation de la retraite a seule empêché l'Electeur de profiter de l'autorisation donnée par le Roi (?) de faire des accommodements particuliers avec l'Empereur. Mais une fois en Belgique, Max- Emmanuel se met en rapport avec les Hollandais par Tinter-
4ÎS ArfEXDICE.
médîaire do baron d'Havenkerke : la base de b négocialioa était b fooTeraineté des Pays-Bas poor loi, et le partage de b monarchie espagnole entre b France et TAotriche. Roaillé, mis an eoorant, conseiHe â rÉlecteor de ne pas continuer ses démarches, et Torcj décline tout commerce a¥ec Harerskerke. En 1706, Hax-Emmannel s*aboncbe arec Marlborough par Tintermédiaire d*un M. de Sersanders : il renoncerait â b souveraineté des Pays-Bas, contre une patente de gouvemeur à vie et une compensation territoriale soit dans le Palatinat, soit dans le Milanais : les négociations n*aboutissent pas ; Max- Emmanuel les reprend en 1709 avec Albermarle, par Tintermédiaire de Pesters, Tintrodant hollandais, et d'une demoiselle de R... qui porte les lettres de Tun à Tautre : elles n'ont pas plus de succès; FenDemi Técoute, se sert de lui, et pousse ses conquêtes. Il a fallu les victoires de l'illars pour faire rendre à TÉlecteur ses États héréditaires. Rentré à Munich, Max-Kmmanuel n'oublia pas ce service; il écrivit quelquefois à l'illars, nous en avons la preuve par le billet suivant, qui clôt la correspondance connue des deux personnages.
Parip, ÎO décembre 1715.
I>a lettre dont Vostrc Altesse Electoralle m'honore en faveur du sieur de Blay, commissaire des guerres, est une très seare protection pour luy, et Son Altesse Royale a la première connoissance le garentira des craintes de reforme; il est vray que nous diminuons encore le nombre de ceux qui sont actuellement employés, pourmoy. Monseigneur, il me suffit de scavoir que Vostre Altesse Electoralle désire quelque chose de celles ou je puis avoir quelque crédit, pour qu'elle doive estre bien persuadée qu'elle sera promptement exécutée, personne n'ayant l'honneur de luy estre plus dévoué, ny avec un attachement plus respectueux, etc.
Orig. B. N.