‹ Villégiature: comédie en un acteChapitre 2 sur 21 · UN DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

UN DOMESTIQUE

En Normandie, de nos jours.

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Un salon très joliment meublé, très moderne.

SCËNE PREMIÈRE

LUCIE y die entre Tivement.

Mon flacon, où est mon flacon ?... Ah I cela va un peu mieux... Mais qui aurait pu prévoir une pareille aventure ?... Adrienne et moi... Adrienne, c'est mon amie, mon amie intime... Adrienne et moi, nous sommes venues nous installer ici, dans ce petit château, en pleine Normandie... nous y sommes venues avec nos deux maris. Ce matin, nous avons déjeuné tous les quatre, nous avons déjeuné de bonne heure, Adrienne devait, à une heure vingt, aller prendre à Yveiot le train du Havre... Elle a une tante au Havre, elle devait aller la voir... Mon mari, lui, devait, à une heure vingt-cinq, aller prendre à Barentin le train de Rouen... son jeune frère est en garnison à Rouen, il allait passer deux heures avec lui. Le déjeuner s'achève... je remarquais bien qu'Adrienne était un peu nerveuse... mais comme elle est perpétuellement un peu nerveuse, je n'y faisais pas grande attention. Nous nous levons de table, Jacques, le mari d'Adrienne, conduit mon mari jusqu'à la

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petite porte du jardin, là où attendait la voiture qui devait mener mon mari à Barentin... moi, je conduis Adrienne jusqu'à la grande porte, là où l'attendait la voiture qui devait la mener à Yvetot. Avant d'y arriver, à la grande porte, Adrienne s'arrête, me regarde comme si elle devenait folle, puis elle tombe dans mes bras en sanglotant... o Pardonne-moi, murmure-t-elle au milieu de ses larmes, pardonne-moi... — Te pardonner quoi ?... — Je ne reviendrai pas ce soir, je pars pour ne jamais revenir... ne me méprise pas, une passion plus forte que ma volonté, plus forte que tout ! — Malheureuse! m'écriai-je, tu abandonnes Jacques... » Un signe de tête fut toute sa réponse... un signe de tète qui voulait dire: oui, j'abandonne Jacques... J'allais prononcer un discours pour essayer de retenir Adrienne, mais la surprise m'avait d'abord laissée sans voix... Adrienne en a proflté pour s'élancer dans la voiture... « Préviens mon mari », m'at-elle crié ens'élançant... la voiture est partie, je ne pouvais vraiment pas courir après... je suis revenue... Pauvre Adrienne, je savais bien que cet hiver le jeune duc de Guiberra lui avait fait une cour très marquée... j'avais même entendu parler de certains rendez-vous donnés sur la plateforme de l'Arc de l'Étoile, mais de là à croire qu'elle allait partir, qu'elle allait tout abandonner, tout sacrifier... Oh ! et je reste là, moi, je reste là en tête à tète avec son mari , avec Jacques... et je dois le prévenir... comme c'est commode ! Mon mari reviendra ce soir, j'ai grande envie de l'attendre et de le charger d'annoncer lui-même à son malheureux ami... mais non, le malheureux ami aimera mieux, sans doute, que mon mari ne sache pas... il faut absolument que ce soit moi... Comment vais-je m'y prendre?... Ahî mon Dieu, c'est lui, je l'entends... c'est lui, et je n'ai encore rien trouvé... ma foi, tant pis, je me sauve... et je ne reviendrai que lorsque j'aurai trouvé quelque chose...

Elle sort par la gauche ; dès qu'elle est sort entre Jacques par la droite.

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