SCÈNE TROISIÈME
JACQUES
Ce n'est pas la même chose...
LUCIB.
Gomment cela...
JACQUES
Les femmes, d'abord, valent mieux que les hommes... elles valent mieux tout au moins à un certain point de vue. On pourrait, en plaisantant — je ne dis pas que la plaisanterie serait de très bon goût — mais enfin Ton pourrait soutenir que tous les maris trompent leurs femmes...
LUCIE
Qu'est-ce que vous dites !...
JACQUES, à part.
Je la prépare... (Haut.) Et vous m'accorderez, je pense, que toutes les femmes ne trompent pas leurs maris...
LUCIE
Vous croyez ça, vous !...
JACQUES
Dame, oui, je le crois... j'ai tort?
LUCIE
Où prenez-vous d'abord que les femmes valent mieux que les hommes, nous valons beaucoup moins, au contraire...
JACQUES
Voilà qui est nouveau...
LUCIE
Je dois m'y connaître, n'est-ce pas, puisque je suis femme... Eh bien, vous reculeriez épouvanté si je trsdiissais le secret
professionnel et si je vous montrais la femme telle qu'elle est... avec toutes ses ruses, tous ses mensonges, toutes ses petitesses...
JACQUES
Allez toujours, mais je vous avertis qu'avec moi vous perdez votre temps, j'ai de vous toutes une trop haute opinion...
LUCIE
Ahl oui, c'est vrai... vous êtes un honnête homme, vous... c'est très fâcheux que vous ayez de nous toutes une si haute opinion... tout n'en irait que mieux si vous nous laissiez â notre vraie place, pas très haut... Vous prendriez alors certaines choses moins au tragique. Nous ne vous indignerions pas tant quand nous... quand nous faisons nos bêtises... Elles vous mettraient moios en colère et vous en seriez moi as malheureux.
JACQUES
Ah çà ! mais quel intérêt avez-vous à me dire tout ça ?...
LUCIE
Moi, mais je n'ai aucun intérêt...
JACQUES
Bien vrai?
LUCIE
Bien vrai.
JACQUES, en riaot.
Souffrez alors que nous changions de conversation... J'aime tant les femmes que, même à vous, je ne peux pas permettre d'en dire du mal.
LUCIE
Changeons de conversation si cela vous plaît. De quoi parlerons-nous?...
SCÈ?fE TROISIÈME. 11
JACQUES
Youlez-Yous que nous disions du mal des hommes ?
Non, je ne veux pas.
JACQUES
Voulez-vous que j*aille dans le salon prendre un des livres que nous avons apportés, je vous ferai la lecture.
LUCIE
Oui, je veux bien.
JACQUES se lëre. Ta jusqa'à la porte et s'arrête, à part.
Nous ne marchons pas. Je n'arrive à rien.
LUCIE, à part.
Il faut absolument que je trouve autre chose...
JACQUES, à part.
Qu'est-ce que je pourrais trouver ?
LUCIE, à part.
J*ai bien là comme un commencement d*idée...
JACQUES, èpa-t.
J*entrevois bien quelque chose...
LUCIE, èpart.
Mais il me fait peur, mon commencement d'idée.
JACQUES, k part.
C'est grave ce que j'entrevois, c'est très grave...
LUCIE, le regardant.
Eh bien, qu'est-ce que vous faites là ?
JACQUBS.
Moi?
Oui, TOUS...
LUCIE
JACQUES
Je vous ai offert d'aller dans le salon prendre un des livres...
LUCIE
Et je vous ai répondu que je ne demandais pas mieux.
JACQUES
J'y vais alors.
tort.