LA PREMIÈRE MESSE À VILLE-MARIE
Le 18 mai 1672, M. de Maisonneuve, à la tête de sa recrue, arrivait au lieu déjà choisi par Champlain et qu'il avait surnommé la flace Royale et qu'occupe encore aujourd'hui en partie la ville de Montréal ou Villemarie.
En débarquant du petit bâtiment qui l'avait amené de Québec à Montréal, M. de Maisonneuve se jeta à genoux pour adorer Dieu et s'offrir à lui, Sa recrue, à laquelle s'étaient joints à Québec plusieurs Pères Jésuites, Mile Mance, M. de Montmagny, M. de Puiseaux, Mme de la Pelterie avec sa demoiselle de compagnie, ayant imité avec transport son exemple, tous commencèrent à chanter des psaumes et des hymnes de reconnaissance. Comme on arrivait de grand matin, on fut ravi, avant de rien entreprendre dans ce lieu, de pouvoir y célébrer le saint sacrifice.
Mlle Mance et Mme de la Pelterie furent chargées de parer l’autel qu’on venait d'élever, Elles s'acquittèrent l’une et l’autre de ce religieux office avec une joie inexprimable, ne pouvant se lasser de remercier le ciel qui les avait choisies pour élever de leurs mains le premier autel de cette colonie,
Elles firent de leur mieux et surent donner à la parure de l'autel un éclat et un bon goût extraordinaires. Pour rer: placer la lampe du ta-
bernacle qu'on ne pouvait faire brûler, faute d'huile. on suspendit une petite fiole de verre blanc fin, et aussi une sorte de petit lustre environné de réseaux où étaient enfermées des mouches luisantes qui donnaient la nuit une clarté semblable à celle de plusieurs bougies.
L'autel étant disposé et les colons réunis autour, le R. P, Vimont, Jésuite, entonna le Veni Creator, qui fut chanté par toute cette vaillante troupe. 4 grand'messe, la première célébrée en ce lieu, commença ensuite,
Dans l’allocution adressée après l'Evangile par le R. P. Vimont, se trouvent ces paroles, véritaLie prophétie, que les événements arrivés jusqu’à nos jours se sont amplement chargés de justifier :
“ Ce que vous voyez ici, messieurs, n’est qu'un “grain de sénevé ; mais il est jeté par des mains ‘si pieuses et si animées de foi et de religion, “qu'il faut sans doute que le ciel ait de grands “ desseins, puisqu'il se sert de tels instruments ‘pour son œuvre; oui, je ne doute nullement ‘que ce petit grain ne produise ur -rand arbre, “qu'il ne fasse un jour des progrès .nerveilleux, ‘ne se multiplie et ne s'étende de toute part. ”
Ce qui voulait dire, ajoute M. Dollier de Casson, dans son manuscrit si précieux pour les commencements de Montréal : ‘“ Le ciel ne commence présentement son ouvrage que par une quarantaine d'hommes ; sachez qu’il a bien d’autres desseins. Vos cœurs ne peuvent suflire pour lui rendre les louanges qu'il prétend recevoir dans ce lieu ; mais il les multipliera en remplissant de peuples toute l'étendue de ces contrées dont nous prenons possession de sa part en lui offrant ce divin sacrifice. ”
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