VILLEMARIE, E
des et aux blessés. C'était Mlle Jeanne Mauce, que Dieu avait choisie pour venir travailler dans cette nouvelle vigne.
Les premiers mouvements de la vocation de cette pieuse fille eurent lieu vers le milieu de 1640 par suite des détails qu'un chanoine de Langres lui donna sur la’ Nouvelle-France, sur les Ursulines et les Hospitalières établies à Québec, ajoutant enfin que Dieu donnait toutes les apparences de son désir d’être particulièrement honoré et servi dans ce pays par des personnes de l’un et l'autre sexe. Mile Mance, pour résister à ces divins attraits de la grâce qui la poussaient vers la Nouvelle-France, faisait de sérieuses réflexions sur la faiblesse de sa constitution, sur ses maladies fréquentes, sur les dangers de tout genre pour une femme dans ce pays sauvage, elle ne pouvait arriver à cal mer l'inquiétude et les souffrances de son cœur qui la poussait sans cesse vers le Canada. Elle s'en ouvrit plusieurs fois à son confesseur qui, voyant que rien ne pouvait la calmer, lui conseilla de se rendre à Paris, auprès du R. P, Ch. Lallemant, qui avait soin des affaires du Canada. Elle vint donc à Paris, eut des conférences avec le P. Lallemant et le P. Saint-Jure, recteur du noviciat des Jésuites, et enfin, au bout de trois mois,le P. Saint-Jure lui dit que sa vocation était une marque évidente de la volonté de Dieu, qu'elle ne devait plus la dissimuler mais bien au contraire la déclarer à ses parents et à tout le monde.
Ravie de ses paroles, Mile Mance fit part de ses projets à ses parents ; puis comme cette vocation faisait grand bruit, les plus grandes dames voulaient la voir et lui parler. La Reine même la fit appeler auprès d'elle pour l'interroger. Elle répondait toujours “ qu'elle savait
“ bien que Dieu la voulait dans le Canada, mais “ qu'elle ne savait pas pourquoi, qu'elle s’aban- . donnait pour tout ce qu’il voudrait faire d’elle ‘“’aveuglément. ” Entre temps, elle fut présentée par un Récollet, le P. Rapin, à une pieuse et grande dame, Mme de Bullion, qui, après l’avoir vue plusieurs fois, lui demanda si elle ne voudrait pas prendre soin d’un hôpital qu'elle avait le dessein de fonder à Villemarie. Mille Mance ayant répondu que, malgré sa mauvaise santé, elle s’abandonnait entre les mains de Dieu, Mme de Bullion la chargea de s'informer de ce qu'était la fondation de l'hôpital de Québec, faite, en 1637, par la duchesse d’Aiguillon.
Le printemps était arrivé et avec lui le moment de s'embarquer. Mile Mance, toute joyeuse, fut faire une dernière visite à Mme de Bullion qui, en l’embrassant, lui remit une bourse de 1200 livres en lui disant : “ Recevez ‘ les arrhes de notre bonne volonté en attendant “ que nous fassions le reste, ce que nous accom- “ plirons lorsque vous m'aurcz écrit du lieu où ‘vous serez et que vous m'aurcz mandé l’état “ de toutes choses. ”
À la Rochelle, où Mille Mance s'était rendue pour l’embarquement, elle fit la connaissance de M. de la Dauversière et sur ses instances entra dans la compagnie des Associés de Montréal, dans laquelle M. de Maisonneuve était entré quelque temps auparavant.
Enfin arriva le jour de l'embarquement ; M.
de Maisonneuve monta avec 25 hommes dans un vaisseau, Mile Mance et le P. Jacques de la Place, Jésuite, dans un autre avec 12 hommes seulement. Après une traversée fort heureuse, Mile Mance arriva à Québec le 8 août 1641, et M. de Maisonneuve,qui avait éprouvé de furieu-
ses tempêtes, le 20 du même mois.
mois après ils arrivaient à Villemarie.
Les Associés de Montréal, en devenant propriétaires de l’île, s'étaient engagés à y fonder une colonie et à y établir : 1” un séminaire d’ecclésiastiques destinés à l'exercice du culte, à la prédication, à la conversion des sauvages ; 2 une communauté de religieuses institutrices pour les filles ; 3° un hôpital pour le service des malades. Ces trois communautés s'engageaient à honorer Jésus, Marie, Joseph et à participer à l'esprit de leur auguste patron. L’'intention formelle des Associés était de confier la direction de l'hôpital aux hospitalières que M. de la Dauversière allait établir en l'honneur de saint Joseph, la direction du séminaire à M. Olier qui allait fonder Saint-Sulpice et enfin ils espéraient charger de la communauté d'institutrices la personne que la Providence aurait choisie pour ce dessein. C'était la sœur Marguerite Bourgeoys, spécialement destinée à faire honorer la très sainte Vierge Marie dans la nouvelle colonie. Ce qui va suivre montrera comment furent exécutés les pieux desseins des Associés de Montréal et de quelle protection constante la divine Providence a toujours entouré cette colonie établie par, ses fondateurs pour la plus grande gloire de Dieu.
Quelques