CHAPITRE XVI
COMMENCEMENTS DE LA CONGRÉGATION NOTRE- DAME.—POSE DE LA PREMIÈRE PIERRE DE LA CHAPELLE DE NOTRE- DAME DE BON-SECOURS.
En 1658, enfin, la sœur Marguerite Bourgeoys put remplir la mission pour laquelle elle était venue dans ce pays.
Plusieurs enfants étant nés et la population devant s’'augmenter, M. de Maisonneuve jugea que le moment était venu de remplir l’engagement pris en 1640 parles Associés de Montréal, de fonder unecommunauté chargée d'élever les enfants français et sauvages. Il donna donc, le 22 janvier 1658, à la sœur Bourgeoys, qui jusques alors avait habité dans le Fort, une maison pour s’y loger et pour y recevoir les enfants.
“ Quatre ans après mon arrivée, dit la sœur “ Bourgeoys, M. de Maisonneuve voulut me “ donner une étable de pierre pour en faire une “ maison et y loger les personnes qui feraient l’école. Cette étable avait servi de colombier ‘et de loge pour les bêtes à corne. Il y avait un “ orenier au-dessus, où il fallait monter par une échelle par dehors pour y coucher. Je la fis nettoyer, j'y fis faire une cheminée et tout ce qui était nécessaire pour loger les enfants. J’y entrais le jour de sainte ‘'atherine de Sienne,
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30 avril 1658. Ma sœur Marguerite Picault, “qui avait été ensuite Mme Lamontagne, demeurait alors avec moi, et là je tàchais de recorder je peu de filles et de garcons capables ‘“ d'apprendre.” Cette maison, située près de l'hôpital, avait trente-six pieds de long sur dixhuit de large, un terrain contigu de dix-huit perches était destiné à servir de lieu de récréation aux enfants.
Trente avril 1658 ! date mémorable ; car elle fixe les commencements, commencements bien humbles, comme on le voit, de cet institut qui a poussé des rameaux si vivaces et si multiples, non seulement au Canada, mais aux Etats-Unis, où il possède de nombreux et superbes établissements pour ‘“ le plus grand avantage de l4 religion et de la société.”
Le zèle de la sœur Bourgcoys ne s'étendit pas aux seuls enfants en âge d'aller à l'école. Elle voulut aussi donner de bons exemples aux jeunes filles d'un âge plus avancé et leur faire connaitre Ja piété et la charité. Dans ce but, elle établit, le 2 juillet 1658, à l'instar de ce qui se faisait à Troyes, /a Congrégation externe qui lut alors, pour Villemarie, comme elle l’est encore aujourd’hui pour Montréal, la source de bénédictions constantes. De là est venu le nom de Congrégation donné à la maison d'école où se réunissalent ces demoiselles,
L'établissement naissant devait ses soins aux enfants sauvages aussi bien qu'aux français ; son importance était même plus grande alors pour les enfants sauvages, car c'était à eux surtout qu'il était essentiel de faire connaitre Dieu, et de leur apprendre à l’aimer et à le servir. Aussi M. de Maisonneuve ayant obtenu qu'une Iroquoise lui donnât sa fille âgée de neuf mois, dont
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elle prenait peu de soins, s’empressait-il, après
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l'avoir tenne sur les fonds baptismaux et lui avoir donné le nom de Murie des Neiges, de la confier à la sœur Bourgeoys. “ Le P. LeMoyne “ dit-elle, a assuré que c'était la première bapti- ‘ sée des Iroquois, et cette enfant est morte à “dix ans dans notre maison. ”
En parlant de la mort de cette jeune enfant, M. Dollier de Casson dit : “ Le 11 du mois “ d'août 1662, une petite sauvagesse nommée “ Marie des Neiges, qui promettait beaucoup, “est morte à la Congrégation chez la sœur ‘ Bourgeoys qui l'avait élevée dès l'âge de dix
mois avec des soins et des peines bien consi- ‘ dérables, dont elle a été payée par la satisfac-
tion que l'enfant lui donnait. A cause de * l'amitié qu'on portait à cette enfant, on a voulu ‘ ressusciter son nam par une autre petite sau-
ragesse, à laquelle on à donné le même nom
au baptême. Cette deuxième étant aussi décé-
dée, on en a pris une troisième envers laquelle on s’est comporté de la même façon et à qui ‘on a donné le nom de Marie des Neiges. Que si ‘ celle-ci ne meurt pas plus criminelle que les
autres, après avoir demeuré 1ci-bas toutes trois ‘ dans la Congrégation de Montréal, elles auront ‘l'honneur d’être, j'espère, toutes trois au ciel,
pour toute l'éternité, dans cette Congrégation ‘ qui suit l’'Agneau immaculé avec des prérogatives toutes spéciales, ”?