‹ Villes anséatiquesChapitre 2 sur 51 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

RELATIONS COMMERCIALES DUMOYKN AGE, AN- TÉRIEURES A LA FORMATION DE LA LIGUE

v.N-i itique. -—Navigation delà mi.diter- RAHi i . — Commerce de \ i nisi , d'Amalfi,

DE PlSE, DE GÈNES, DE M LR81 ILLE. — EX- TENSION DU COMMERCE VERS LE CENTRE ET LE NORD DE L'EUROPE.

Les villes anséatiques occupèrent un rang illustre parmi les peuples du moyen âge. Elles durent à la navigation et au commerce leur situation florissante : l'ascendant qu'elles obtinrent dans le nord de l'Europe y devint un bienfait pour la civilisation ; il y propagea les institutions auxquelles les contrées du midi devaient, leurs progrès : il accoutuma les diverses nations à lier entre elles leurs intérêts, à mêler leurs opinions , à s'enrichir de leurs ressources mutuelles.

Le tableau de ce développement intellectuel embrasse des objets si nombreux que , pour mieux en saisir les rapports et l'ensemble , il devient nécessaire de les examiner séparément.

Notre but n'est pas de recueillir une stérile abondance de faits ; mais de choisir ceux qui eurent quelque portée, de nous rendre compte de leur influence, et de suivre à travers les siècles du moyen âge la marche des peuples les plus civilisés. Leurs relations , telles que nous avons à les peindre, ne se bornent point à un simple trafic , à l'échange matériel des objets nécessaires à la vie : elles tendent également à faire circuler entre les nations les idées, les usages, les institutions', propres à développer leur génie et

lre Livraison. (Villes anséatiques.)

leurs connaissances. Les hommes, en se rencontrant, se modifient, et les plus éclairés exercent leur empire sur les autres. Tel est l'inévitable pouvoir de la pensée : elle s'étend , elle se communique; et les nations empruntent les unes des autres tout ce qu'elles avaient séparément découvert pour accroître leur bien-être. Ce mouvement de l'esprit humain ne fut pas sans oscillations; tantôt progressif, tantôt rétrograde, il échappait à l'erreur, il s'y replongeait, pour s'en affranchir de nouveau, et l'Impulsion naturelle de l'intelligence humaine la portait à se développer incessamment.

Si la guerre et d'autres orages vinrent quelquefois en affaiblir l'action , le retour de la paix et de la sécurité la rendit ensuite plus puissante et plus régulière : on vit les arts et l'industrie se développer de proche en proche, passer d'un pays à l'autre , et former entre les hommes de nouveaux liens.

En recherchant de quelle contrée d'Europe étaient dérivés ces premiers bienfaits, nous en trouvons la source chez ce peuple qui avait soumis tous les autres à sa domination. Rome avait porté ses institutions dans tous les pays où ses armes avaient pénétré; et, lorsqu'après avoir perdu l'empire de la force, elle devint la capitale du monde chrétien , elle acquit un autre genre d'influence : elle étendit avec ses opinions religieuses la plupart de ses institutions sociales; elle les mit sous la protection du saint-siége , et

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ne devint étrangère à aucun des progrès que firent les peuples du moyen âge dans la voie de la civilisation.

Pour ne pas dépasser les bornes de notre sujet, nous ne remonterons à aucune recherche antérieure au neuvième siècle. Les premières années de cette ère nouvelle furent signalées par le rétablissement de l'empire d'Occident, dont les domaines s'étendirent vers le nord jusqu'aux rivages de la Baltique. Plusieurs villes, destinées à entrer un jour dans la ligue anséatique, furent fondées à cette époque : elles reçurent la plupart des institutions dont jouissaient les autres cités de l'Empire, et participèrent, autant que le permettait leur position nouvelle , aux progrès sociaux qui se faisaient plus spécialement remarquer dans les contrées du midi.

Une longue chaîne de navigation était alors établie entre les différents rivages de la Méditerranée : elle partait des pays d'Orient pour embrasser successivement tous les autres.

Les négociants allaient échanger, dans les Échelles du Levant, les plus riches productions de l'Europe et de l'Asie; et l'Italie recueillait la principale part de ces avantages : les Républiques de Venise, d'Amalfi, de Pise, de Gènes se disputaient souvent la prééminence du commerce maritime, et Marseille en attira une partie vers la France. Essayons de faire connaître les différentes directions qu'il suivit, les voies nouvelles qu'il parvint à s'ouvrir à travers le continent, et sa tendance vers les rives de la Baltique. Tout est lié dans un sujet semblable : le mouvement imprimé à chaque ligne commerciale se fait sentir jusqu'à ses extrémités, et l'on ne comprend bien le système de ces communications qu'en se rendant compte de celles qui unirent d'abord entre eux les rivages de la Méditerranée. Les Vénitiens entrèrent les premiers dans la carrière ouverte à leur navigation : c'est par eux que cet examen doit commencer.

Les habitants de la Vénétie, retirés, depuis la ruine d'Aquilée, dans les lagunes situées au fond de l'Adriatique,

n'eurent longtemps pour objets d'échange que la fabrication du sel et les produits de la pèche : ils portaient ces articles dans les contrées voisines, qui leur fournissaient des vivres et d'autres approvisionnements. L'habitude de faire ces envois sur leurs propres navires étendit par degrés leurs expéditions : ils tirèrent des différentes contrées d'Italie les laines, les soies , le coton , le safran , l'huile, la manne, toutes les productions qui pouvaient s'écouler en Allemagne ; et comme leur position les rapprochait des marchés du Levant, ils devinrent les intermédiaires d'une partie de ses relations avec l'Occident et le Nord de la Méditerranée : Le Pô et l'Adige facilitaient leurs communications avec la haute Italie; ils pénétrèrent dans la Lombardie et dans les vallées des Alpes. La vente de leurs sels prit des accroissements considérables : ils avaient celui qu'ils recueillaient dans leurs lagunes; ils en fabriquaient d'autres dans les salines de Cervia que Bologne leur avait affermées, dans celles de l'Istrie et delà Dalmatie, des rives du Pont-Euxin, du Palus-Méotide et même de la mer Caspienne.

Venise dut avoir bientôt une marine chargée de protéger son commerce : elle s'en servit pour faire des conquêtes et pour fonder des colonies, lorsque l'accroissement de sa population le lui permit. Le difficile accès de ses lagunes rendait cette capitale plus aisée à défendre ; mais au delà de leurs limites , elle fut longtemps exposée aux hostilités des pirates : elle eut à les poursuivre pendant plus de cent cinquante ans, avant, d'être entièrement délivrée de leurs Incursions.

L'Empire Grec, vers lequel les re lations commerciales de Venise se dirigèrent alors plus librement, était le pays le plus riche, le plus avancé dans les arts , celui où les lettres et la civilisation s'étaient conservées, lorsque l'Italie et les autres contrées de l'empire d'Occident retombaient dans là barbarie : L'amour du bienêtre, le goût de la mollesse, du luxe, de toutes les jouissances de la vie s'y

lem.i: ■

VILLES ANSÉA NQl 1 s.

étaient répandus. D'autres | feutres penchants anal» fai-

laient remarquer dans le reste empire des Iranes, qui embrassait les l'orient et au midi de la Méditerranée. Ces circonstances donnèrent au commerce uV Venise une impulsion rapide et un reste dévi loppeinent. Les I cteurs qu'il enroj i

dans Us différentes Ki'lielles du Levant furent bientôt en relation atec les né* mis des contrées plus orientales, qui leur apportaient jusqu'aux rives de la Méditerranée les productions des Indes et des autres contrées de l\\ La direction de ce commercé changea plusieurs fois ; les routes qu'il sui\it se multiplièrent; mais elles aboutissaient toutes aux rivées de la Méditerranée ou de la mer Itoire, et enitiens cherchèrent à établir des entre us tous les lieux où ils

pouvaient négocier avec avantage.

La ligne la plus septentrionale que suivit îe commerce de l'Inde avec l'Europe fut celle de l'Oxus. de la mer Caspienne, du Volga, du Tanaïs et du Palus Meotide : une autre route s'était ouverte entre la mer Caspienne et le Pont-Euxin. par ie Kur et le Phase, d'où les marchandises étaient dirigées sur Constantinople.

Pour arriver du midi de l'Asie aux bords de la Méditerranée, tantôt on profita des eaux du golfe Persique. de î'Euphrate et del'Oronte qui baignait les murs d'Antioche. tantôt des caravanesqui passaient à Palmvre. D'autres négoeiants suivirent la mer Rouge et gagnèrent le cours de Nil , pour se rendre ensuite à Alexandrie. Cette dernière ville fut longtemps le principal marchédes Vénitiens, qui avaient aussi des établissement à Tyr. à Bayrouth.

à Ptolémaîs et dans lès autres Échelles du Levant.

Venise fournit de nombreux moyens de transport aux pèlerins qui se "rendaient en Orient pour visiter les saints lieux : une partie des Occidentaux prenaient la route de terre, beaucoup plus longue et plus pénible: et tous les autres traversaient la Méditerranée. Les navigateurs italiens prêtè-

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au transport des armées i Ils prii

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importants que \ ur rendit lui

valurent en Orient de nombreuses pré* i gatir es. ( ette République arma en

ï une flotte de cl . ii x cents navires de guerre, qui se rendit sur les côtes de li Palestine, et vint y bloquer différents ports, assi< igés du côt terre par Godefroy de Bouillon. En 1123 les Vénitiens remportèrent, près de Jaffa. une victoire navale sur les Sarrasins; ils concoururent ensuite a la prise de Tyr. à celle d'Ascalon : on leur donna eh propriété le tiers de ces deux places . et ils obtinrent des marchés, de^ des rues entières dans toutes les villes du royaume drusalem. Ce royaume "ne dura que quatre vingts-ans: et lorsque Saladin en eut reprïs la capitale, les négociants de Venise et des autres Républiques d'Italie se retirèrent à Ptolémaîs. ou chaque nation latine eut des quartiers séparés . et où l'on vit souvent éclater leurs jalousies commerciales et leurs dissensions.

Quand les Latins s'emparèrent de Constantinople en 1204. et choisirent pour empereur Baudouin, comte de Flandre, les Vénitiens qui avaient pris part comme les Français à cette grande entreprise obtinrent! dans le partage de l'Empire, la souveraineté àe> de l'Archipel ; mais leur gouvernement n'en prit pas possession lui-même , il accorda aux plus riches familles de Venise le droit de s'en emparer, et de les conserver comme autant de fiefs de la République.

Les relations des Vénitiens dans tous les pays d'Orient et en Egypte s'étaient également étendues sur les' côtes de Barca . de Tunis , de Tanger.

Leurs négociants allaient charger en Afrique du grain . des laines , des gommes, des parfums, des dents d'éléphant , de la poudre d'or, des étoffes, des huiles, des esclaves, et ils répandaient ces différents objets de trafic s les ports de la Méditerranée et de l'Océan . où leur pavillon était ad

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Le gouvernement faisait servir aux transports du commerce une partie des vaisseaux de l'État, en louant des galères aux négociants occupés de ces expéditions. Plusieurs escadres partaient chaque année pour les ports d'Orient : la première suivait les côtes du Péloponèse; elle y faisait le cabotage et se rendait à Constantinople.

Deux divisions de cette flotte entraient ensuite dans le Bosphore et la mer Noire : l'une gagnait Sinope, Trébizonde, l'embouchure du Phase, l'autre se dirigeait vers la mer d'Azof, à l'embouchure du ïanaïs : elle y recueillait les produits des pêcheries du fleuve, les marchandises venues de l'Inde par la mer Caspienne, le Volga et le Tanaïs, ainsi que les divers articles apportés par les caravanes de Russie et de Tartarie. Une partie du commerce de la mer Noire servait à l'approvisionnement de Constantinople, de la Grèce, de l'Archipel, les autres articles étaient portés dans les différents marchés de l'Europe.

La seconde escadre vénitienne se dirigeait vers la Syrie : elle commençait à Alexandrette ses opérations de vente et de chargement, et gagnait ensuite le port de Bayrouth , où devaient arriver les caravanes de Damas.

Lorsqu'elle revenait en Europe , elle mouillait successivement en Chypre , à Candie, en Morée et sur les rivages de l'Adriatique, pour y opérer de nouveaux échanges. Enfin une troisième escadre allait chercher en Egypte une partie des productions de l'Asie et de l'Ethiopie : elle y importait des esclaves tirés de Géorgie et de Circassie, et toutes les marchandises que l'Europe pouvait fournir.

La flotte qui partait annuellement de Venise pour les ports de l'Océan était la plus nombreuse , la mieux armée : elle touchait aux ports de Manfredonia, de Blindes, d'Otrante, de Messine, à ceux de Tripoli , de Tunis , d'Alger, d'Oran, de Tanger : elle y prenait les productions du pays, et remettait en échange aux barbaresques du fer, du cuivre, des armes, des draps, de nombreux ustensiles et de la quin-

caillerie. Cette Hotte allait suivre, dans l'Océan, les côtes de Portugal, d'Espagne, de France, et gagnait les ports de Londres , de Bruges , d'Anvers , où elle faisait l'échange des marchandises du midi avec les négociants d'Angleterre , de Flandre et des pays du nord. Les galères s'arrêtaient , à leur retour, dans quelques ports de France, puis à Lisbonne, à Cadix, Alicante, Barcelone, sur les côtes méridionales de France et sur celles d'Italie.

Quoique les négociants fissent servir à leurs propres -entreprises vingt ou trente vaisseaux qui appartenaient au gouvernement, ils faisaient sur leurs propres navires un grand nombre d'expéditions', surtout dans les ports où les galères de l'État ne relâchaient point, et où ils n'avaient pas à craindre leur concurrence commerciale.

L'industrie manufacturière des Véûtiens avait rapidement accru leur commerce : ils attiraient chez eux les >roduits bruts auxquels ils pouvaient (appliquer leur main d'œuvre, tels que '•le lin, le chanvre, le fer, la laine, le coton, la soie,, l'or et l'argent, On tirait des forêts de Dalmatie les bois nécessaires pour la construction des vaisseaux que Venise vendait aux riverains des fleuves navigables : des troupeaux furent élevés dans la Polésine; on planta des mûriers dans le Frioul, pour nourrir des vers à soie ; la culture de la canne à sucre fut essayée dans les îles du Levant, et cette exploitation fit établir un grand nombre de raffineries.

Les Vénitiens excellaient dans la fabrication des draps, dans celle des Uoiles de lin et des tissus de coton, dans l'art de la teinture. On vantait l'habileté de leurs constructeurs, de leurs armuriers , et l'arsenal employait jusqu'à seize mille ouvriers pour ses différents travaux. Les belles dentelles, les ouvrages d'orfèvrerie, les filigranes d'or ou d'argent , la quincaillerie, un grand nombre de menus ustensiles, entretenaient l'activité des ateliers. Murano devint célèbre par ses ouvrages en verre et en cristal ; l'usage des glaces fit tomber celui des miroirs de métal , et les Vénitiens en

MLLES ANSLATIQT ! s

aomiwènm longtemps la fabrication exclusive. Leurs manufactures de bougie , de liqueurs , de savon , leurs préparations pharmaceutiques, l'art du corroyeur. les fabriques de soieries faisaient fleurir d'autres branches de travail : Venise cherchait sans cesse à développer ses nombreuses ressources : elle accueillait dans ses murs tous le> ouvriers étrangers que les troubles de leur pays portaient à s'expatrier :

ceux-ci lui payaient le prix de son hospitalité, en l'enrichissant des produits de leur industrie.

Venise, après avoir étendu sa prépondérance sur l'Adriatique, prétendit à la souveraineté d'une partie de ce golfe : elle établit un droit de navigation sur tous les vaisseaux étrangers qui s'avanceraient au nord du cap de Ravenne et de la baie de Fiume. Ce droit fut soutenu par la force : il s'étayait aussi de l'opinion du saint-siége, et Alexandre III disait au Doge : «Que la mer vous soit soumise comme l'épouse l'est à son époux, puisque vous en avez acquis l'empire par la victoire!.» Cette comparaison donna naissance à une fête annuelle, où le Doge sortait de Venise, sur le Bueentaure, pour renouveler le cérémonial des épousailles de la mer. et jeter dans les flots un anneau qui en devenait le symbole.

Cependant la puissance , qui avait d'abord joui exclusivement des bénéfices d'un grand commerce , vit ensuite s'élever d'autres nations qui devaient participer aux mêmes avantages. Les Amalfitains. placés dans la région méridionale de l'Italie, commencèrent dès le dixième siècle à faire paraître leur pavillon dans les ports principaux de la Méditerranée.

La République d'Amalfi ne comprenait qu'une ville de ce nom et seize villages , situés autour de la capitale, sur le rivage maritime, ou sur la pente des montagnes qui s'élèvent à l'occident du golfe de Salerne. Cette ville , dont il paraît que les fondateurs venaient de Dalmatie et s'étaient d'abord arrêtés à Melphi dans la Basilicate, avait fleuri en même temps que les Ré-

puhli mes de Naplea et de Gante; elle

s'était rendue indépend mte des ducs

de Benérenl : et depuis un siècle elle se faisait remarquer par rétendue de m n i\ igation et de son commerce. Amalli eut des comptoirs à Païenne, i M< i-

sineet sur d autres points de la Sicile. Ses navigateurs fréquentaient le port deConstantinople, celui d'Antioche et les Échelles de Syrie, où ils jouissaient de nombreux privilèges. Son pavillon flottait dans le port d'Alexandrie, et ses établissements dans les pays oceupés par les Sarrasins précédèrent ceux des autres nations européennes.

Les progrès du commerce de cette ville accrurent rapidement sa population : elle s'éleva jusqu'à cinquante mille âmes; maïs les guerres qu'elle eut à soutenir contre les Pisans dont les forces étaient bien supérieures aux siennes la menaçaient de sa ruine; et, dans l'année 1135, une flotte de Pise de quarante-six voiles s'empara d'Amalu, la livra au pillage et détruisit sa marine. La République parvint à réparer ce désastre; mais la prospérité dont elle avait joui déclina de jour en jour; la plupart de ses habitants se dispersèrent, et Pise hérita d'une grande partie de son commerce. Les Pandectes de Justinien, dont les Pisans découvrirent un exemplaire dans cette ville lorsqu'ils s'en emparèrent . devinrent le plus précieux butin de leur conquête.

Une flotte de cent voiles pisanes reparut, deux ans après, dans les parages d'Amalfi , qui ne put alors opposer aucune résistance : les troupes débarquées prirent d'assaut les châteaux de Scala et de Scaletta qui dépendaient de cette ville ; elles en dévastèrent les principaux établissements; et ses pertes qui s'aggravèrent de siècle en siècle réduisirent enfin sa population à six mille habitants.

Pise avait recouvré sa liberté dès le commencement du dixième siècle : son port, formé par l'embouchure de l'Arno, était à l'abri des tempêtes, et facile à défendre contre une agression maritime. La République s'étendait sur le rivage, depuis les frontières de

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Lucques jusqu'à l'Ombrone; elle était bornée, vers l'Apennin, par le territoire de Florence.

Les Pisans eurent des comptoirs dans les principaux ports de la Calabre : ils battirent les Sarrasins près de Reggio, s'unirent ensuite avec Gènes pour les attaquer en Sardaigne, devinrent maîtres de l'île entière, et après avoir eu de nouveaux engagements avec l'ennemi qui était venu la reconquérir, ils y affermirent, en l'année 1050, leur domination.

La République de Piseprit, comme celles de Venise et de Gènes, une grande part aux croisades : elle envoya en Orient une /lotte de cent vingt vaisseaux , avec des troupes de débarquement, qui réunies à celles de Gènes, s'emparèrent de Gésarée en 1101. Tancrède, prince d'Antioche, accorda aux Pisans un quartier et des privilèges commerciaux dans cette ville et dans celle de Laodicée : d'autres concessions semblables leur furent faites par les rois de Jérusalem et par les comtes de Tripoli. Les Pisans prirent la croix en 1113 contre les Sarrasins, dont les pirates infestaient le bassin occidental de la Méditerranée. Leur flotte, à laquelle se joignirent quelques troupes françaises et espagnoles, s'empara, l'année suivante, d'lviça,de Majorque, et revint triomphante' à Pise.

Mais les rivalités de puissance, de juridiction ecclésiastique et de commerce, amenèrent bientôt une sanglante guerre entre les Républiques de Pise et de Gènes. L'intervention d'Innocent III parvint, en 1133, à concilier leurs différends; et ce fut dans les premières années de la paix que Pise tourna ses armes contre Amalfi dont elle ruina la puissance.

De nouvelles guerres se rallumèrent en 1169 entre Pise et Gènes. Chaque parti cherchait des alliés : les Pisans se liguèrent avec la République de Florence, les Génois avec Lucques, Sienne et Pistoie, et ces querelles se mêlèrent à celles des Guelphes et des Gibelins.

Gènes favorisait le premier parti, Pise était attachée au parti contraire; et ce fut pour reconnaître les services des

Pisans que l'empereur Henri IV leur céda tous les droits régaliens, et leur remit , à titre de fiefs, la Corse, les îles d'Elbe, deCapraïa et de Pianosa. Leur prospérité se soutint pendant le treizième siècle ; ils jouissaient dans le Levant d'un commerce très-étendu, et leurs principales factoreries dans ces parages étaient Constantinople et Ptolemais ou Saint-Jean-d'Acre, lorsqu'en 1282 ils recommencèrent les hostilités contre les Génois. Une flotte nombreuse fut armée de part et d'autre : les Pisans perdirent, le 1er mai 1284, un premier combat naval dans les eaux de la Sardaigne : une bataille plus décisive fut livrée le 6 aodt suivant, près de l'île de la Méloria, et les Pisans la perdirent encore : les Génois leur tuèrent cinq mille hommes , et ils firent onze mille prisonniers , qu'ils gardèrent pendant seize ans, afin d'affaiblir la population de cette République rivale. On ne leur rendit la liberté qu'en 1299, époque où la paix fut enfin rétablie.

La malheureuse journée de la Méloria avait tellement affaibli les Pisans qu'ils ne prétendirent plus à l'empire de la mer : leur commerce à Constantinople et dans l'Archipel devint moins important : ils abandonnèrent leurs comptoirs dans les Échelles du Levant, perdirent ceux du royaume de Naples, ceux de la Sicile, et furent obligés d'abandonner la Corse aux Génois qui, après l'avoir successivement disputée à la République de Pise et aux rois d'Aragon , en gardèrent la souveraineté.

Les Génois entretenaient déjà avant la première croisade un commerce étendu dans les Échelles du Levant :

ils avaient obtenu des rois d'Arménie de nombreux privilèges, et vers la fin du onzième siècle Laïassa était le cheflieu de leur négoce. Les expéditions de l'Inde pour l'Europe ne suivaient plus alors la route de Palmyre; on les dirigeait sur Alep. Les navires venus des différents ports de l'Asie entraient dans le golfe Persique, remontaient l'Euphrate et se rendaient à Bassora :

d'autres embarcations plus légères

VILLES ANSÉATIQ1 ES.

continuaient le voyage, jusqu'au point ou 08 Meuve est le plus rapproché d • l'Oronte : l'intervalle qui les sépare était franchi perdes caravanes, et les marchandises embarquées ensuite sur l'Oronte gagnaient le port de Laïassa.

On déposait dans ce marché les articles tires de la Ciiicie et de r Irménie, comme les soies, les bois de construction , les esclaves : on y portait les marchandises venues de l Arabie, delà Perse, des Indes et des contrées orientales, telles que les toiles, les épiceries, les aromates, le sucre, l'indigo, les bois de teinture.

Les cargaisons des bâtiments génois, nolises pour le Levant, se composaient d'huiles de Ligurie et des autres parties de la Péninsule, de vins, de mains, d'orge, fournis par la Sicile, d'étoffes et d'autres objets manufactures à Gènes : ces différents articles servaient à l'achat ou à l'échange de ceux que l'on tirait du Levant. Les chargements d'aller ou de retour étaient ensuite expédiés aux consommateurs de Constantinople, d'Italie, d'Espagne et des îles situées dans le bassin occidental de la Méditerranée.

Gènes avait pour rivaux , dans ces différentes branches de commerce, les négociants de Venise, de Pise, d'AmaJfi, de Catalogne, de Marseille : Les navires et les galères qu'elle faisait servir à ses expéditions commerciales étaient armés en guerre.

Cette République avait obtenu des rois d'Arménie la diminution ou l'exemption de plusieurs droits de vente et de péage : elle pouvait faire acheter et exporter des esclaves , à condition de ne pas vendre aux Sarrasins ceux qui seraient chrétiens. Le consul qu'elle avait placé à Laïassa étendait sa juridiction sur les Génois établis dans cette ville et sur les équipages de leurs navires : les Génois pouvaient acquérir des possessions dans ce royaume ; ils jouissaient à Sisi, à Tarse, à Malmistra du droit d'avoir une église, des magasins et un quartier séparé.

Les services qu'ils rendirent pendant la première croisade, soit par leurs

faits d'armes, soit par des transport!

de troupes, leur valurent en Syrie et

en Palestine de nombreux privilé Baudouin, roi de Jérusalem, leur accorda, eu 1 L 04, des établissent ntsdans sa capitale, a Césarée, PtolémaTs, Jaffa,Tyr et Ascalon. Il l'engageait

à leur céder, après l'expulsion des Sarrasins, le tiers de Chacune des places

qu'il aurait conquises. L'entrepôt

qu'ils eurent a .laffa y attirait fies commerçants arabes et égyptiens : ils y faisaient de nombreux échanges de draps, de soie, d'épiceries et d'autres articles précieux. La part que les Génois prirent en 1109 à la conquête de Tripoli décida le comte Bertrand , fils de Raymond , à leur accorder une partie de cette ville qui devint un entrepôt pour le commerce d'Egypte et des Indes. Bohémond, comte d'Antioche, récompensa les services qu'ils lui avaient également rendus, en leur accordant une liberté entière de commerce dans sa résidence et dans les ports de Soldi , de Laodicée, de Stabulo, où ils jouissaient aussi de la juridiction consulaire.

Cette nation, qui multipliait ses établissements entre Antioche et Ptolémaïs, donnait les mêmes développements à son commerce dans l'empire d'Orient. Elle acquit en 1155, par une convention avec Manuel Comnène, le droit de débarquer, de vendre ses marchandises, et de prendre d'autres chargements à Constantinople. Elle obtint, cinq ans après, un quartier dans cette capitale; et l'empereur lui accorda, en 1174, un lieu de relâche vers l'entrée du Pont-Euxin, où elle faisait aussi pénétrer sa navigation.

Les différents privilèges que Gènes avait obtenus en Syrie lui furent confirmés, dans le treizième siècle, par les barons du royaume de Jérusalem , lorsqu'ils occupaient les places deTyr, de Sidon , de Bayrouth , de Ptolémaïs, d' Ascalon, de Jaffa. Cette nation cherchait à jouir dans chaque ville du droit d'établir des magasins , de se servir de ses poids et mesures, d'être exempte des taxes et des gabelles publiques, de percevoir même une partie des

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droits d'échelle, et d'assurer ses immunités réelles et personnelles, en les mettant sous la garantie de ses propres lois.

Alexandrie était devenue le plus riche entrepôt du commerce que les Indes et l'Arabie faisaient avec l'Europe. Les navires partis de Calicut, de Malabar, de Ceylan, du golfe de Bengale, des îles de la mer des Indes, s'avançaient le long des côtes jusqu'à Aden : ils pénétraient ensuite dans la mer Rouge ; et leurs chargements, débarqués à Bérénice ou Myos-hormos , étaient ensuite transportés vers le Nil : d'autres navires continuaient leur traversée jusqu'à Suez, d'où leurs marchandises étaient envoyées au Caire.

Tout ce qui arrivait sur le Nil passait ensuite à Alexandrie. Un consul génois résidait dans cette ville ; il y jouissait de la juridiction la plus étendue.

Pour assurer et agrandir leur commerce avec le Levant, les Génois formèrent des établissements intermédiaires dans les îles qui pouvaient leur servir de points de relâche. Ils eurent, avant le treizième siècle, des entrepôts et des colonies en Chypre, où l'on trouvait du bois de construction, des chanvres, des mines de fer et de cuivre , et tous les objets nécessaires à l'équipement des vaisseaux :

on y faisait aussi des chargements de grains , d'huiles et de vins exquis. Les Génois obtinrent dans cette île en 1218 la franchise des taxes d'entrée et de sortie , le droit de consulat maritime, l'investiture d'une terre près de Némosie , d'une autre près de Famagouste , et une indépendance entière de juridiction, excepte dans les cas de félonie, de rapine ou d'homicide. Ils eurent à Candie un autre établissement, et ils en firent un point de relâche , dans leurs voyages en Egypte , à Smyrne, dans l'Archipel ou à Constantinople : leur commerce s'y exerçait librement; et le comte Henri, qui était alors possesseur des îles de Malte et de Candie, leur en accorda même la propriété , dans le cas où il mourrait sans enfants. Au reste cette concession ne se réalisa point.

» La Sicile, située entre les deux grands bassins de la Méditerranée, offrait aux Génois d'autres stations commerciales : les ports de cette île leur étaient ouverts depuis le dixième siècle. Le roi Guillaume, (ils de Rogpr, les exempta en 1154 des droits (l'entrée et de sortie dans le port de Messine, et il n'établit dans celui de Palerme qu'un modique droit d'entrée.

Quoique les relâches des Génois en Corse et en Sardaigne leur permissent d'y prendre différents articles qu'ils introduisaient ensuite dans le Levant, ces deux îles leur servaient plus spécialement d'entrepôt , dans leurs relations avec les côtes de Barbarie et avec les ports occidentaux de la Méditerranée.

Le principal commerce de Gènes dans les autres pays commençait à changer de nature, et, après s'être longtemps borné à l'exportation et à l'échange des richesses de la terre , il s'appliquait aux produits des manufactures. Celles des draps et des étoffes de laine s'étaient multipliées en Ligurie, comme à Florence et dans d'autres parties de l'Italie. Gènes attirait dans son port une grande partie des objets fabriqués dans les pays qui n'avaient pas de côtes maritimes. Ce commerce de commission devenait une branche de ses bénéfices ; et ses ateliers , comme ceux du dehors , lui fournissaient de riches expéditions pour le Levant , l'Afrique et les ports de France et d'Espagne. Les vaisseaux marchands n'étaient plus armés en guerre; mais ils voyageaient de conserve , au nombre de trois ou quatre bâtiments, et ils étaient convoyés par des galères, ou par d'autres navires plus légers, destinés à faire avec eux le cabotage.

Afin de pourvoir aux besoins des manufactures de draps et des filatures, Gènes tirait d'Espagne et des côtes de Barbarie une grande quantité de laines. Le roi de Tripoli, en Afrique, lui avait accordé de nombreuses pré' rogatives, et un traité de 1236 lui assura un commerce illimité. Ses im*

porterions consistaient en or et en argent monnoyés ou en lingots, en bois de construction , en vins, en liqueurs , en étoffes de soie ou de drap, entoiles, en drogues, eu quincaillerie. On exportait a Afrique des grains, des laines , des huiles pour le savon , des plumes d'Autruche, des pelleteries , de l'ivoire , de la cire , des fruits de Barbarie. Les Génois avaient à Tripoli des entrepôts et des magasins , où ils pouvaient librement effectuer leurs échanges.

Leur commerce avec Tunis était beaucoup plus important. Ils fréquentaient déjà ce port dès Tannée 1200; mais ce ne fut qu'un demi-siècle après qu'ils eurent avec. le roi de Tunis un traité de commerce. Cette convention leur accordait les mêmes libertés qu'à Tripoli, et une plus grande réduction de droits d'entrée , de vente et de sortie. Un nouveau traité, conclu en 1272, confirma leurs privilèges : la possession du quartier qu'ils occupaient leur fut garantie; ils eurent le droit d'en exclure les étrangers. Les Génois entretenaient à Tunis un agent, chargé de présider aux intérêts de leur nation ; et les nouvelles diminutions de taxes qu'ils obtinrent successivement leur firent préférer le marché de cette place à celui des autres États barbaresques : ils y trouvaient également toutes les productions d'Afrique , et ce commerce était un de ceux qui donnaient le plus d'activité à leur industrie et à leurs manufactures.

Les relations de Gènes avec Constantinopie, la Romanie, et les différents ports de la mer Noire, furent longtemps contrariées par la rivalité des Vénitiens et par les guerres qui éclatèrent entre les deux nations. La part que les Vénitiens prirent à la fondation de l'empire Latin y fit bientôt prospérer leurs établissements, et ils fermèrent souvent à leurs rivaux l'entrée du Pont-Euxin : mais les Génois conservèrent un commerce florissant à Nicée où s'étaient retirés les empereurs grecs, ainsi que dans toute PAnatoiie. Leurs vaisseaux continuaient de fréquenter les différents

ports de la Propont ide : ils avaient tonne, pour servir de points de relâche a leurs expéditions , des entrepôts à Sinyrne, a TénédOB, aScio,à S.ilo-

nique; et quand Michel Paléologue

parvint à rétablir le siège de l'empire grec à Constantinople, les Génois

qui l'avaient secondé dans son entreprise, profitèrent de la faveur de ce prince, pour étendre et affermir leur commerce. Le monarque leur conserva tous les privilèges dont ils avaient joui dans l'empire de Kicée :

mais en leur accordant le faubourg de Galata, il autorisa aussi dans sa capitale la résidence des Vénitiens et des Pisans qui voudraient s'y fixer, et il leur promit des franchises semblables. Un Podestat génois, un Bayle de Venise, un consul de Pise eurent pour mission de protéger leurs compatriotes, et d'exercer sur eux la juridiction la plus étendue. Le même empereur céda en fief aux Génois l'île de Chio; et les Vénitiens gardèrent les autres îles de l'Archipel qui leur étaient échues en partage après la fondation de l'Empire latin.

Cette première conquête, qui remontait a l'année 1204 eut donc l'influence la plus durable sur la direction du commerce des Républiques d'Italie:

celles-ci ne furent pas dépossédées de leurs privilèges par les vicissitudes des événements; et leurs avantages survécurent à la durée des gouvernements qni les avaient accordés.

Si chacune de ces villes obtint successivement de plusieurs souverains le même genre de prérogatives, on peut aisément s'expliquer un tel résultat. L'ambition des princes qui se disputaient la couronne de Byzance pouvait élever de nouveaux empereurs ou les précipiter du trône; mais, quelles que fussent les révolutions du pouvoir, l'intérêt commercial des peuples ne changeait pas ; et l'habitude des jouissances , les besoins de toutes les classes rendaient également nécessaires l'exercice de l'industrie, l'activité du travail et tous les échanges du commerce.

Les guerres pouvaient quelquefois

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suspendre une partie de ces rapports commerciaux : elles portaient les compétiteurs à favoriser l'intérêt de leurs .'illiés, à révoquer les privilèges de leurs ennemis; mais les interruptions n'étaient qu'accidentelles : lorsque la paix était rétablie on reprenait les communications premières, et le commerce général rentrait dans les canaux qui ne lui étaient plus interdits. L'Empire grec était porté à favoriser une concurrence, propre à faire abonder les marchandises dans ses ports; et si les guerres d'Orient eurent quelquefois pour résultat d'ouvrir au commerce des routes nouvelles et de les faire momentanément préférer , du moins elles ne fermèrent pas d'une manière absolue celles qui avaient été suivies précédemment.

Elles tendirent plus souvent à augmenter les relations des peuples qu'à les restreindre; elles multiplièrent les comptoirs, où l'échange de leurs richesses pouvait s'accomplir.

Cependant on peut voir, après la destruction de l'empire Latin en 1261, Venise et Gènes donner une direction différente à leurs expéditions maritimes , Venise envoyer les siennes dans les ports d'Egypte, où elle cherchait à attirer le commerce d'Asie, et Gènes tourner ses voiles vers le Pont-Euxin, où elle avait formé de grands établissements depuis le onzième siècle.

Cette différence de direction commerciale était l'effet naturel de la rivalité des deux nations : elles se disputaient l'empire de la mer et les marchés de l'Orient. Leurs guerres , suspendues par quelques trêves passagères, s'étaient rallumées en 1293 : une flotte vénitienne vint, l'année suivante, jusque vers les murs de constantinople, attaquer et brûler le faubourg génois de Galata; et les Vénitiens perdirent, cinq ans après, la bataille de Curzola, où les Génois leur brûlèrent soixantesix galères, en conduisirent dix-huit à Gènes, et firent sept mille prisonniers, au nombre desquels était le fameux voyageur Marco Polo, récemment revenu dans sa patrie.

La paix qui fut signée l'année sui-

vante entre les deux Républiques rendit une nouvelle activité au commerce des Vénitiens en Egypte et à celui des Génois dans le Pont-Euxin. Les génois en parcourant de proche en proche les rivages occidentaux de cette mer intérieure, y avaient fondé de grands établissent ts, dont on trouve encore les ruines et les derniers vestiges à Sizéboli, à Phinopolis, à .Midia, à Varna et sur d'autres plages, où le nom de ce peuple n'a pas cessé de se joindre aux autres traditions du moyen âge : ils s'étaient avancés vers le nord jusqu'à la Chersonèse taurique; ils en avaient visité le territoire, et avaient apprécié de bonne heure tous les avantages que ce pays pouvait offrir à leur commerce. Les conventions qu'ils conclurent avec Ralou-Khan , chef des Tartares et conquérant de la Tauride, leur permirent de fonder la ville de Caffa. Ce n'était d'abord qu'un camp retranché où s'élevaient quelques magasins : bientôt on y transporta des pierres et d'autres matériaux de construction : on occupa un terrain plus vaste; des maisons se bâtirent, l'enceinte fut fortifiée; les Génois la mirent en état de soutenir un siège; et cette place devint le chef-lieu de la colonie génoise de Gazaria, qui s'étendit insensiblement sur les rives méridionales et occidentales de la Crimée : la même nation jeta ensuite les fondations de Soldaïa, de Cembalo, de Cerco, de Cemano et des autres comptoirs de la Péninsule.

En 1289 Caffa était déjà puissante; elle envoya trois galères au secours de Tripoli de Syrie, qui était attaquée par le Soudan d'Egypte. Les Vénitiens firent en 1296 une expédition contre cette ville, ils la surprirent et la saccagèrent ; mais la disette et la mortalité les obligèrent d'en sortir l'année suivante, et la colonie génoise y reprit ses opérations de commerce. Une force militaire fut organisée pour sa défense; Gènes équipait tous les ans quelques galères , pour protéger ses côtes pendant la saison navigable. Des conventions amicales firent cesser les incursions des Tartares, voisins de son

territoire; et là sécurité dont jouirent alors les établissements de Gazaria accrut leur prospérité. Ils profitèrent de la fertilité du sol, pour foire dv* envois considérables de blé aux pays qui n'eu avaient pas. La boute des pâturages, l'abondance de la pèche leur fournissaient d'autres cargaisons pour Constantinople et pour les ports de la Romanie et de la Grèce, d'où ils tiraient des vins. On exportait une grande quantité de bois pour la Syrie, PÉgypte et les côtes de Barbarie ; les Russes venaient y prendre des chargements de sel, et ils y vendaient de précieuses pelleteries : les Tartares y portaient des toiles de coton, des étoiles de soie, des armes, d'autres articles qu'ils avaient reçus d'Asie par les caravanes d'Astracan.

Gènes n'avait jamais restreint les relations de cette colonie avec l'étranger; et chacun de ses ports recevait, suivant sa position , les marchandises des différents pays, baignés par le Tanaïs, ou le Palus Méotide, ou le Pont-Euxin, qui alors était plus souvent désigné sous le nom de mer Majeure. Gazaria étendait ses relations au midi du Bosphore et des Dardanelles , vers File de Chypre, la Syrie, l'Egypte et les côtes" de Barbarie : les esclaves faisaient partie de son commerce avec Alexandrie : Michel Paléologue avait accordé aux Génois l'autorisation de faire entrer tous les ans dans le Pont-Euxin un ou deux navires, expédiés d'Egypte, et destinés à ce trafic : ils gagnaient les rivages occupés par les ïartares , et ils prenaient à bord un grand nombre d'esclaves : les uns étaient poussés par la misère a s'offrir d'eux-mêmes aux acheteurs, d'autres étaient vendus par leurs pères ou leurs maîtres : ils allaient former en Egypte ces redoutables corps de Mameloucks, qui firent souvent trembler leurs ennemis et leurs propres souverains. Des négociants génois, vénitiens, catalans , achetaient aussi sur les côtes de Cilicie un grand nombre de jeunes gens de l'un et de l'autre sexe, et ils les transportaient au marché d'Alexandrie. Plusieurs

bulles furent publiées par le saintsiège, pour empêcher du moins que des chrétiens ne fussent livres aux infidèles; mais l'appât du gain lit

transgresser cet ordre, et les esclaves de toute religion furent indistinctement vendus.

Ce fut par la colonie génoise de Gazaria , et par quelques établissements

vénitiens fondes sur la rive orientale du Palus Meolide, qu'une nouvelle ligne commerciale se prolongea vers le nord, à travers les États de Moscovie : elTe se dirigea sur Novogorod , et ce lieu devint l'entrepôt principal du commerce de l'Orient avec la Baltique.

D'autres routes plus occidentales allaient suivre vers le nord une direction semblable; et les communications qu'elles devaient ouvrir entre les nations barbares et cellesquiétaientalors les plus civilisées tendaient à propager au loin les progrès de l'ordre social, et à changer la face de l'Europe entière, devenue plus industrieuse et plus éclairée.

Marseille, ancienne colonie phocéenne, dont les flottes avaient quelquefois partagé l'empire de la mer, contribua, comme les républiques d'Italie , à une révolution si salutaire. Le voisinage du Rhône y faisait affluer toutes les productions de l'intérieur de la France et des pays limitrophes.

Les marchandises qui avaient remonté le Rhin, la Seine , la Loire et les affluents de ces grands fleuves, étaient transportées par terre jusqu'à la Saône dont elles suivaient le cours ; Lyon qui leur ouvrait la navigation du Rhône était devenu l'entrepôt du commerce du nord et de l'occident avec le midi : cette ville étendait au loin ses relations avec le port de Vannes, peu éloigné de l'embouchure de la Loire, avec Paris qui était devenu la capitale de la France, avec Trêves et les autres grandes villes des bords du Rhin.

La France fut une des régions de l'Europe, où le commerce et les arts du moyen âge se développèrent le plus rapidement : on citait, dès le huitième siècle, les progrès de ses fabriques d'étoffes, le fini de ses ouvrages sur

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métaux, l'activité et le nombre de ses ateliers. Ses relations de commerce suivirent la destinée politique de ce royaume : tantôt elles lurent entravées par ses troubles intérieurs, tantôt favorisées par, ses agrandissements successifs; et lorsqu'enfin cette monarcbie , si souvent démembrée , eut été réunie sous les lois de Cbarlemagne, ce fut par le pouvoir de ses armes et par l'influence de ses institutions que le commerce s'ouvrit des routes nouvelles vers le centre et le nord de l'Allemagne.

Quelque opinion qu'on puisse se former sur les vues ambitieuses de ce monarque, on doit reconnaître que la vaste étendue de ses domaines servit à rendre uniformes, dans une grande partie de l'Europe, les établissements qu'il avait créés, et à faire naître entre des peuples longtemps ennemis ces liaisons d'intérêts, ces rapports de religion et de mœurs, et toutes ces relations intellectuelles dont les contrées du midi leur donnaient l'exemple.

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