LIVRE PREMIER
Contrées ou se forma la ugui anséati- QUE. — Fondation et AGRANDISSEMENT Dl-S PREMIERES VILLES. — CONQUÊTES DE
Cdarlemagne jusqu'à la Baltique; insntution8 cjtiles et reugieu8e8 de ce prince. — Accroissement nu nombre di a
TILLES. — Premiers ESSAIS DE COMMERCE m de navigation. — expéditions maritimes des peuples du nord; leurs etablissements dan»; les régions du midi, leurs découvertes dans les meus boréales. — fréquentes hostilités. — Anarchie du moyen âge. — Ligues défensives ENTRE LES VILLES INTÉRESSÉES A
s'unir. — Concessions qu'elles obtiennent DE DIFFÉRENTS PRINCES; PROGRÈS DE LEUR INDUSTRIE ET DE LEUR PUISSANCE, AFFERMISSEMENT DE LEURS FRANCHISES.
Le nombre et la situation actuelle des villes anséatiques ne nous donneraient qu'une idée très-incomplète de l'étendue et de l'importance de la lieue qu'elles formèrent dans le moyen âge. Les villes de Lubeck , de Brème et de Hambourg sont les seules dont l'union et le caractère primitif aient survécu à cette grande association :
elle embrassait autrefois la plupart des villes de commerce situées au Nord f de la Franconie, de la Bohême, de la Silésie et de la Pologne. Les unes occupaient les rivages de la mer du nord et de la mer Baltique; les autres étaient baignées par les différents fleuves qui se dirigent vers l'un et l'autre bassin. La navigation de ces grandes rivières et de leurs affluents facilitait les communications du commerce à travers ces vastes contrées ; et l'on voyait couler dans les pays où se forma cette confédération les eaux du Rhin, de l'Ems, du Wéser, de l'Elbe, qui sont tributaires de l'Océan, et celles de la Trave, de l'Oder, de la Vistule, du Prégel , du Niémen, de la Dwina qui sejettentdans la Baltique. Un grand nombre de rivières navigables versaient leurs eaux dans ces différents fleuves et , en remontant le cours de tous ces affluents, on faisait pénétrer vers le centre et le midi de l'Allemagne les productions
des contrées du nord, on établissait entre des pays éloignés d'utiles échanges de commerce, de connaissances, d'industrie, et les intérêts drs différents peuples se mêlaient davantage.
Si nous ne perdons point de vue le tableau général de ces vastes régions, ' qui comprenaient d'occident en orient la Hollande, la Frise, la Westphalie, la basse Saxe, le pays des Vendes, la Prusse, laLivonie; si nous nous représentons les grandes villes qui s'élevèrent dans ces contrées, l'état de prospérité où elles parvinrent , et les nombreuses ramifications d'un commerce qui fit fleurir tous les pays environnants; si nous remarquons enfin qu'elles furent redevables de tous ces avantages à la ligue anséatique, que cette association s'étendit jusqu'au nombre dequatre-vingts villes, liées par de"Tïïûtû"elles obturations, mettant en colhmun leurs ressources et fèHT^forces, prêtes à s'entre-secourir dès qu'un membre de la ligue était menacé, nous sommes conduits par ces observations générales à ne point borner nos recherches et nos annales aux villes anséatiques dont l'union subsiste encore , mais à les étendre à la nombreuse et puissante confédération dont ces vi lies ont fait partie. Notre sujet, considéré sous tant d'aspects différents, acquiert sans doute plus d'importance ; car nous avons à considérer de quelle manière nos lois et tous nos éléments de sociabilité pénétrèrent dans le nord de l'Europe, comment s'y établirent les villes principales qui devaient avoir le plus d'influence sur le sort des contrées voisines, quelles furent les vicissitudes des événements politiques qui changèrent leur situation , et par quelle tendance elles furent portées à confondre leurs intérêts.
La fondation des principales villes du nord y fut le plus durable monu-
L'UNIVERS
nient des conquêtes de Charlemagne.
Ce monarque établit sur le rivage des grands fleuves plusieurs postes retranchés qui devaient couvrir ses frontières; et à mesure qu'il étendit ses domaines, il éleva, pour en assurer la garde, d'autres forteresses plus avancées. Ehresberg, Paderborn, Munster, Osnabruck devinrent les chefs-lieux d'autant de colonies nouvelles : Brème sur le Wéser fut agrandie et fortifiée pour défendre le passage du fleuve :
un bourg, fondé dans la contrée de Ham , que baignent les eaux de l'Elbe, prit le nom de Hambourg; et lorsque les armes du conquérant eurent pénétré jusqu'aux rives de la Baltique, Lubeck dont il fit un poste militaire fut en même temps destiné à devenir l'entrepôt du commerce de cette mer intérieure, et à la couvrir un jour de ses forces navales.
La vaste étendue des États de Charlemagne les aurait promptement exposés à quelques démembrements , si le génie et l'infatigable activité de ce grand homme n'avaient constamment, protégé son ouvrage. La guerre rappela tour à tour au midi des Alpes, pour y ceindre la couronne des rois Lombards, au delà des Pyrénées où la Catalogne fut soumise, chez les Saxons dont il conquit le territoire, sur le Danube où il s'étendit jusqu'à l'Esclavonie. Son empire touchait d'un coté à celui d'orient, de l'autre aux rivages de l'Èbre et à la domination des Maures.
Les peuples soumis profitèrent plusieurs fois de son absence pour reprendre les armes, et Vitikmd, roi des Saxons, fut son plus redoutable ennemi : vaincu sans être découragé , et chef d'une nation redoutable et fière, il se releva cinq fois de ses défaites; mais pouvait-on traiter de rebelle un chef qui servit avec persévérance la cause de sa patrie? Il vengea les injures de sa nation; et lorsqu'il vit enfin que les pertes des Saxons étaient irréparables, qu'une plus longue guerre accroîtrait leurs calamités, que des populations entières étaient détruites, ou prisonnières, ou condamnées à
l'exil, il quitta des dieux qui n'avaient pu le défendre, et il se fit chrétien. Sa conversion entraîna celle d'une partie de ses sujets, et le vainqueur put entreprendre de nombreuses améliorations; car ces guerres, si souvent renouvelées contre les Saxons, ne doivent pas être attribuées au seul désir de prolonger ses conquêtes. Le grand projet d'étendre à la fois le christianisme et la civilisation caractérise la politique de Charlemagne.
Les nations du nord étaient redevenues un sujet d'effroi pour les pays plus civilisés : elles étaient encore plongées dans les ténèbres de l'idolâtrie, et descendaient de ces tribus innombrables qui avaient ravagé et détruit l'empire romain. Leurs mœurs, leur esprit belliqueux étaient les mêmes, et le temps n'avait pas adouci leur férocité. Plusieurs fois ces peuples s'étaient jetés sur lescôtesde l'Europe :
ils avaient couvert de ruines la Grande- Bretagne, avant d'y former un plus solide établissement; ils avaient dévasté plusieurs fois les régions maritimes de la France et en avaient remonté les fleuves , pour ravager les provinces intérieures. Les flottes que Charlemagne assembla et fit stationner à l'embouchure de la Seine, de la Loire, de la Gironde, purent en fermer l'entrée aux corsaires du nord; mais elles ne protégeaient pas les côtes intermédiaires. Les barbares effectuaient leurs descentes sur des rivages plus déserts ; et Charlemagne ne crut pouvoir arrêter leurs invasions qu'en portant la guerre dans leur propre pays, et en changeant les mœurs de ces nations sauvages.
Il entrait dans l'esprit de son siècle que ce prince fit servir la religion à ses grands desseins; et si nous reportons notre pensée à l'époque où il prit les armes contre les Saxons, nous ne pouvons être surpris de l'obstination d'une guerre, où les opinions religieuses et toutes les passions humaines étaient aux prises, où l'on voulait changer les croyances et les habitudes invétérées d'une nation entière , où les avantages de l'ordre social et d'une vie