‹ Villes anséatiquesChapitre 29 sur 51 · TU · texte numérisé non relu

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duisaif à des opérations frâuduleuses un grand nombre d'hommes qui, pour rappel d'un bénéfice illicite, tentaient (le se soustraire à la rigueur des prohibitions et à la surveillance des autorités. Les longues souffrances du commerce ne déterminèrent pas les belligérants à révoquer la sévérité de leurs premières mesures : le gouvernement anglais ordonna, le '2l\ avril 1809, que l'on considérât comme bloques par les forées britanniques tous les ports appartenant à la Hollande jusqu'à PEms inclusivement, tous les ports de France, et ceux des colonies et possessions qui dépendaient des deux puissances, et tous les ports de la partie septentrionale de l'Italie, depuis Pésaro et Orbitello inclusivement.

On ne pouvait encore prévoir aucune modification à des actes si désastreux : l'empire de la force était partout substitué au droit : en invoquant les privilèges des neutres , on les enfreignait de part et d'autre, et c'était du voile de la justice et du prétexte de la défense que l'on couvrait un système d'hostilités qui atteignait les amis comme les ennemis et rompait toutes les relations internationales.

Si l'on ajoute aux effets ruineux des mesures dirigées contre le commerce tous les malheurs inséparables de la guerre, on pourra aisément s'expliquer tout ce que les villes anséatiques eurent à souffrir, quand les belligérants se disputèrent entre eux l'occupation de leur territoire.

Après la bataille de Iéna et la ruine d'une armée prussienne, une partiede ses débris s'était dirigée sur Lubeck, et s'y était renfermée, dans l'espoir de s'y défendre; mais cette ville fut emportée d'assaut le 26 novembre 1 806 parle corps d'armée du. général Murat , et fut exposée à tous les malheurs d'une place que l'on a prise de vive force. Bientôt elle eut encore à subir les effets et les réactions du système continental, la saisie des marchandises anglaises qui avaient échappé au pillage , la stagnation absolue du com-

merce, la réquisition des effets d'habillement , des denrées, ou de tout

autre article nécessaire aux besoins de l'armée. Hambourg, occupe comme.

Lubeck et Brème par un corps de troupes françaises, eut à supporter des charges beaucoup plus onéreuses, et put regarder comme un triste avantage sa supériorité commerciale sur les deux autres villes. Il est rare, dans de telles conjonctures, que les dilapidations particulières ne se joignent pas aux réquisitions légales, et qu'il ne surgisse pas de la misère publique quelques fortunes inattendues. L'armée ne profitait pas seule de tout ce qui avait été demandé pour elle : toute la valeur des confiscations n'entrait pas dans le trésor public; et quand l'excessive rigueur du système continental l'eut enfin rendu inexécutable, on put acheter des licences, pour échapper à l'exécution de la loi, et souvent on eut recours à la corruption ou à la ruse , pour endormir la vigilance des douanes ou pour la tromper.

Mais nous n'avons point à nous étendre sur des fa i ts qui ne peuvent avoir qu'un intérêt local ou momentané : chaque événement n'est pas digne d'arriver à la postérité; et pendant l'occupation militaire des villes anséatiques , la guerre qui se poursuivait au travers de l'Europe, depuis les rives de l'Elbe jusqu'à celles du Niémen, allait amener d'autres résultats, et induer d'une manière plus marquée sur la situation et la destinée de toutes les régions du nord.

Les campagnes de Prusse et de Pologne, glorieusement terminées par la prise de Dantzig et par la victoire de Friedland, furent suivies des négociations de Tilsit; et les traités de paix que la France conclut avec la Russie et avec la Prusse, le 7 et le 9 juillet 1807 , créèrent le duché de Varsovie, rendirent à Dantzig son indépendance, réduisirent le territoire de la Prusse , firent reconnaître la confédération du Rhin , les nouveaux rois de Naples , de Hollande , de Westphalie, et rendirent à leurs souverains les

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duchés d'Oldenbourg et de Mecklembourg. De nouveaux princes accédèrent à la confédération du Rhin et ils en devinrent membres : les villes anséatiques continuèrent d'être occupées par la France, et le système continental prit encore plus d'extension : les ports de Russie étaient fermés à la navigation et au commerce de l'Angleterre; la Prusse publia, le 20 juin 1808, un règlement contre l'importation des marchandisesanglaises: la Suède, lorsqu'elle eut conclu avec les Russes ce traité de paix du 17 septembre 1809 qui la dépouillait de la Finlande, adbéra pleinement et entièrement au système continental, par un nouveau traité conclu avec la France le 6 janvier suivant; et l'empereur d'Autriche, contre lequel la guerre s'était rallumée en 1809, s'engagea lui-même, par le traité de paix du 24 octobre, à suivre le système prohibitif adopté par la France et la Russie , et à faire cesser toute relation avec la Grande-Bretagne.

Le général Bernadotte, prince de Ponte-Gorvo, avait reçu, dès le commencement de la campagne de 1809, l'ordre de rejoindre la grande armée.

Lorsqu'il était chargé du commandement dans les villes anséatiques, il y avait acquis une réputation de justice , de modération et d'humanité, qui fit regretter son administration, et qui contribua peut-être à le faire choisir, le 21 août 1810, pour prince héréditaire de Suède, par la diète du royaume, assemblée à Orebroe.

Bientôt une mesure, plus rigoureuse encore que toutes les autres, allait frapper le commerce de l'Angleterre et celuidesescorrespondantsdansune grande partie de l'Europe : un décret rendu à Fontainebleau, le 19 octobre 1810, ordonna de brûler publiquement toutes les marchandises anglaises qui se trouvaient en France dans les entrepôts et dans les magasins de douanes , toutes celles qui se trouvaient en Hollande , dans le grand-duché de Berg, dans les villes anséatiques, et sur les rives du Rhin depuis le Mein jusqu'à la mer , dans le royaume d'I-

talie, dans les provinces illyriennes, dans le royaume de Naples, dans les provinces d'Espagne occupées par les troupes françaises, et dans toutes les villes qui se trouvaient a leur portée.

L'exécution de ce décret vint augmenter la désolation du commerce des villes anséatiques, où se trouvait encore déposée une grande quantité de marchandises anglaises; on n'espérait en sauver une partie que par quelques arrangements clandestins : la force était aux prises avec la fraude; et bientôt la force eut l'avantage, lorsqu'un senatus-consultedu 10 décembre 1810 déclara que la Hollande, les villes anséatiques, leLauenbourg, etle.s régions arrosées par l'Ems, le Wéser et l'Elbeinférieur, feraient partie intégrante de l'empire français. Tous ces pays devaient se partager en dix départements , et les villes anséatiques se trouvèrent comprises dans ceux des Bouches du Wéser et desBouches de l'Elbe.

On détermina le nombre des députés que ces départements enverraient au corps législatif: une cour impériale, fut établie à Hambourg : les villes d'Amsterdam, Rotterdam, Hambourg, Brème et Lubeck furent comprises au nombre des bonnes villes, dont les maires devaient assister à chaque couronnement de souverain : la jonction de la mer Baltique et du Rhin devait se faire par un canal que l'on ouvrirait de Lubeck à Hambourg, de l'Elbe au Wéser, du Wéser à l'Ems et de l'Ems au Rhin.

Ce système d'agrandissement progressif nous conduit à remarquer qu'avant l'avènement de Napoléon, la France n'avait pas cherché à étendre ses acquisitions territoriales au delà du Rhin, des Alpes etdes Pyrénées, qu'elle regardait comme des limites naturelles, faciles à défendre, et enveloppant un fertile et vaste domaine, dont toutes les parties pouvaient aisément se prêter de mutuels secours.

Ce fut pendant les premières guerres du consulat et de l'empire que le système des conquêtes plus éloignées vint à prévaloir: il était encouragé, excité par une longue suite de vie-

VILLE! HtSÊATIQUES.

toires et il l'appliqua d'abord a l'Italie. Le Piém tut. Parme, Plaisance , Modène, la Toscane, l'Ued'Elbe, Piombino, Lucques, la Ligurie furent suevement réunis a la France . depuis I80Î jusqu'en 1806 : les principautés de Bénevent , de Ponte-Corvo .

île Neufchâtel turent nonférées à «les Français ; des trônes ou des duchés turent conquis pour les frères et les beaux-frères de Napoléon ;el la France

It enfin en 1810 un aurai) :

ment gigantesque, par la réuni m des Etats Romains et par celle de la Hollande et des contrées plus septentrionales : elle s'étendit alors depuis les frontières de Naples jusqu'à la Baltique . et comprit dans ce vaste ensemble différents peuples qui n'avaient ni la même langue, ni les mêmes lois , ni le même caractère, et qui ne sym pathisaient point assez pour désirer vivre sous un même gouvernement.

Une fusion si difficile à opérer, en supposant même la jouissance d'une longue paix . pouvait-elle s'accomplir au milieu des troubles et des guerres qui agitaient, qui bouleversaient encore l'Europe entière, et lorsque le conquérant , sans cesse engage dans les hasards et les périls d'une expédition nouvelle, mettait en danger les institutions qu'il avait commencées ou projetées, pour courir à d'autres combats, et lasser la fortune qui l'avait si souvent fai

Des plans d'organisation avaient été concis pour affermir la confédération germanique; d'autres devaient s'appli juer à la constitution de l'empire français, ou à celle des royaumes de Naples et de Westplialie, et des autres États qui devaient relever de cet empire et en devenir feudataires; mais cette œuvre n'était point terminée ; et le législateur avait encore besoin du temps qui pouvait lui manquer , et d'un repos dont l'Europe ne jouissait plus.

La constitution et les lois françaises ne furent pas introduites à Hambourg immédiatement après le décret d? reunion ; et dans cet intervalle l'au-

torité fut entre le m :' Il d'il ; < en-

mission de gouvernement , qui punit a\ec une extrême rigueur I s infractions au >\ -t cm* continental . exerça une police in pn nbre

des mécontents, et appesantit les charpubliques et parti eu li< :

par les requis ju'elle eut a taire

pour les besoios de l'armée, soit par l'établissement d'un système d'impôt,

plus onéreux . plus compli \\ié q ra o lui auquel les Lnsé ites avai< ni été accoutumes pnr leur administration e inservatrice et paternelle.

Lorsque les \ilies anséatiquea eurent été complet. -aient incorp a l'empire, quelques-uns de I -un citoyens les plus honorables vinrent siéger au sénat, au corps législatif, au conseil d'État, et dans les hauts emplois de l'administration et de la m igistrature : il se faisait entre I ,ncienne et la nouvelle France un mélange de fonctionnaires, qui tendait a unir entre elles toutes les- parties de. l'État; et les ressources d'ens ment et d'instruction qu'offrait la capitale de l'empire y attiraient un grand nombre d'eleves, destinés a répandre ensuite dans leur pays le goût d'une langue et d'une littérature qu'ils cultivaient avec succès. En recevant leur éducation dans un lieu qu'ils devaient regarder comme une seconde patrie, ils y contractaient des habitudes, des opinions et des liens qui pouvaient leur être chers.

Mais ce n'était point assez pour opérer une réunion : ces attachements personnels n'étaient pas ceux de la nation même, accoutumée à d'autres mœurs, affligée de ses pertes, et livrée h. ses souvenirs et à ses regrets.

Pendant la guerre de 1812 entre la France et la Russie , Napoléon . qui disposait encore des forces de l'Allemagne, n'y vit éclater aucune insurrection; mais les desastres de la retraite de Moscou en devinrent le signal; et la défection de plusieurs alliés de la France lit prévoir le moment où d'autres États allaient se séparer d'elle.

Il y eut à Hambourg, le 22 février

L'UNIVERS

1813, un soulèvement gui fut d'abord dirigé contre les bureaux de douanes :

il se composait d'hommes sans aveu et d'ouvriers sans travail , que la misère poussait à l'insurrection : on avait à se préserver de l'incendie et du pillage ; et la plupart des citoyens prirent les armes pour comprimer cette émeute et rétablir l'ordre public. Un mouvement encore plus grave se lit sentir à Lubeck deux jours après; les autorités françaises y furent menacées; elles se retirèrent à Hambourg , et cette ville servit de refuge à plusieurs agents français , obligés d'abandonner Stade et d'autres places voisines de l'Elbe. L'approche d'un corps de troupes russes et prussiennes encourageait ces commotions populaires : les insurgés avaient l'espérance d'être soutenus; et enfin on apprit bientôt que le général russe Tettenborn s'avançait vers Hambourg.

Les troupes françaises y étaient alors peu nombreuses ; elles ne l'attendirent point, et se replièrent sur Brème, où quelques renforts devaient se réunir.

Tettenborn , avant d'entrer dans la place, reçut une députation de sénateurs : il exigeait que l'ancien gouvernement fût rétabli et que Hambourg reprit son caractère de ville impériale et anséatique : ce vœu fut promptement rempli; et les habitants, empressés de retrouver leurs institutions , accueillirent cet officier comme un libérateur. Il lit son entrée le 17 mars; et deux jours après il dirigea sur Lubeck un détachement qui fut reçu dans cette ville avec les mêmes honneurs. On fit une levée de troupes anséatiques : quelques riches habitants équipèrent même à leur frais plusieurs compagnies de volontaires; et on leva des contributions de guerre, pour concourir avec les autres parties de l'Allemagne au soutien de la cause commune.

Dès cette époque, toute la Germanie regardait comme un devoir de se coaliser contre la France : l'opinion publique entraînait les gouvernements, et les disposait à réunir leurs forces contre celui qui avait été le

dominateur de l'Europe. Une nouvelle campagne venait de s'ouvrir, et lorsque Napoléon, encouragé à Lutzen par un premier succès , allait occuper Dresde le 8 mai , et remporter à Bautzen, le 21 du même mois, une seconde victoire, d'autres corps de son armée avaient été envoyés sur les rivages de l'Elbe dont ils occupaient les places principales, depuis Hambourg jusqu'à Koenigstein. Le maréchal Davoust , prince d'Eckmùhl , avait été chargé de reprendre la première place, qui devait couvrir la gauche de cette longue ligne d'opération :

il marcha sur Haarbourg; les îles qui partagent en plusieurs bras cette région de l'Elbe furent occupées; et la . ville, que les ennemis abandonnèrent dans la nuit du 29 mai , se rendit le lendemain.

L'intention de l'empereurNapoléon était de la mettre immédiatement en état de défense; et le 7 juin il écrivait au maréchal : « Je veux conser- « ver Hambourg, non-seulement con- « tre les habitants, contre les troupes « de ligne, mais même contre un « équipage de siège ; je veux que si « cinquante mille hommes se présen- « tent devant Hambourg , la ville soit « non-seulement à l'abri d'un coup de « main, mais puisse se défendre, obli- « ger l'ennemi à ouvrir la tranchée , « et soutenir quinze ou vingt jours de « tranchée ouverte, Ces résultats , je « veux les obtenir, cette année, avec « la seule dépense de deux à trois mil- « lions , avec un matériel de cent à « cent cinquante bouches à feu et une « simple garnison de six mille hom- « mes; je veux que dans cette hypo- « thèse, la ville prise après un blocus « de quinze ou vingt jours de tranchée « ouverte , je ne perde rien , ni en « canons ni en hommes , et que la « garnison puisse se réfugier dans une « citadelle , et se défendre pendant un « ou deux mois de tranchée ouverte, « selon la capacité et le degré de per- « fection auquel sera portée cette cice tadelle. La simple exposition de ce « système l'explique : il faut travail- - « 1er à l'exécution sans perdre une

VILLES AKSKATIQUES.

heure. Vingt-quatre heures après

l'arrivée de mon officier (l'ordonnance, dix mille travailleurs doivent être à l'ouvrage. Nous devrez 1°, faire abattre toutes les maisons <|ui sont sur le rempart, impitoyablement, saut' l'évaluation d'indemnité, qui sera payée par la ville ; 2' vous devrez faire abattre toutes les maisons qui sont sur le glacis ; 3° toutes les maisons qui sont sur la citadelle ; 4° vous devez en même temps l'aire relever tous les parapets, en creusant tous les fossés ; 5° faire faire des ponts-levis à toutes les portes ; 6° faire faire des demi-lunes devant toutes les portes ; 7° mettre de l'eau , autant que les fossés en pourront contenir; 8° faire ce qui est nécessaire pour pratiquer une inondation dans les parties qui en sont susceptibles; 9° fermer à la gorge tous les bastions les plus importants et les plus grands avec un mur crénelé , les moins importants avec une bonne palissade ; 10° faire travailler à un chemin couvert et à un glacis ; faire palissader les chemins couverts; 11° faire placer sur chaque bastion au moins quatre pièces de canon, dont deux d'un calibre de douze ou supérieur , deux d'un calibre inférieur; 12° faire placer des mortiers pour pouvoir tourner contre la ville, dans les deux bastions les plus grands, et spécialement dans le bastion et la partie de l'enceinte qui est entre les deux lacs , et qui peut facilement être isolée et considérée comme citadelle; 13° rétablir les retranchements qui couvrent le grand faubourg, le bien palissader , y établir quelques blockhaus; 14° faire couper toutes les îles par un système de redoutes et de digues; faire même des ponts sur pilotis sur les petits bras ; faire deux bacs sur chaque gros bras, comme je l'ai pratiqué à Anvers, l'un pour la marée descendante et l'autre pour la marée montante , de manière que cent chevaux et cinq cents hommes d'infanterie puissent passer à la

«lois; relever, armer, palissader « Baarbourg. Supposez tons ces 0U- « \ rages faits, et ils peuvent l'être en « peu de mois, il est évident que qua- « tre compagnies d'artillerie et cinq « mille cinq cent s hommes d'infanterie

« seront maîtres de Hambourg. Pour « compléter le système, tracer une ci- « tadelle entre fa rivière et la ville, « de sorte que la citadelle, les îles et « Baarbourg fassent un seul système. « Cette citadelle peut d'abord être «faite en terre, avec des fossés « pleins d'eau , de bonnes palissades , « et des blindages en bois, pour les « magasins d'artillerie, pour les ma- « gasins à poudre et pour la garni- « son. Vous voyez que, la ville prise « après un siège en règle, la garni- « son se réfugierait dans la citadelle, « dans les îles et dans Haarbourg.

« Tout cela peut se faire dans l'an- « née. Les années prochaines, je fe- « rai revêtir la citadelle en pierre, et « lui donnerai toute la force possible. « Voilà le système défensif que j'ai « adopté pour Hambourg : je donne « l'ordre au général Haxo de l'étu- « dier, de le tracer et de l'exécuter, o Mais il est bien important que « vous profitiez du premier moment, « pour jeter à bas toutes les maisons « qui gêneraient l'emplacement de la « citadelle, comme je l'ai dit plus « haut. Je sais que le général Haxo « avait projeté de placer la citadelle « du côté d'Altona : cela n'est pas « possible; cela effraierait les Danois. « D'ailleurs mon intention est que la « citadelle soit une tête de pont sur « la rive droite, Haarbourg une tête « de pont sur la rive gauche, les îles « un moyen de communication. Vous « savez que je n'ai point vu Hambourg, « etquerondoitétudierl'espritdel'or- « dre que je donne, et non la lettre ; « de manière que, au 15 juillet, il n'y « ait aucune difficulté à laisser six « mille hommes isolés à Hambourg, « et que leur communication avec la « rive gauche soit à l'abri de toute in- « quiétude. »

En adressant ces instructions au prince d'Eckmuhl, Napoléon s'occu-

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paît aussi dos travaux à faire exécuter à Cuxhaven, qui domine l'entrée de l'Elbe , et à Lubeck, qu'il voulait également mettre en état de soutenir un

sié^e.

On paraissait néanmoins conserver encore quelques espérances de pacification : un armistice venait d'être conclu le 5 juin entre les belligérants : il se prolongea jusqu'au 17 août : on ouvrit même à Prague, vers la fin du mois de juillet, des négociations de paix, sous la médiation de l'Autriche; mais quelques-unes des conditions proposées à Napoléon lui parurent inadmissibles : les alliés demandaient la dissolution du duché de Varsovie et le partage de ce territoire entre la Russie, l'Autriche et la Prusse, le rétablissement des villes anséatiques dans leur indépendance, celle de la Hollande, la cession des provinces illyriennes à l'Autriche, et quelques autres dispositions de territoire. Ces demandes parurent exorbitantes à Napoléon, qui n'avait encore éprouvé aucun revers depuis l'ouverture de la campagne. Cependant au moment où l'armistice allait se rompre, il parut prêt à accéder aux cessions demandées , à l'exception de celle de la Hollande et des villes anséatiques, qu'ildésirait garder en dépôt jusqu'à la paix maritime, pour en faire un objet de compensation avec l'Angleterre. Ces propositions furent les derniers actes de la négociation. Bientôt on put reconnaître que la Ptussie, la Prusse, la Suède, renforcées par l'alliance de l'Autriche qui venait de changer de parti , et par les secours de l'Angleterre qui avait conclu avec les puissances continentales de nouveaux traités d'union et de subsides , n'avaient voulu, en temporisant, qu'assembler de plus grandes armées et reprendre avec vigueur les hostilités^ Napoléon avait lui-même profitéde l'armistice pour faire arriver ses renforts : son armée , en y comprenant tous les corps dispersés dans différentes parties de l'Allemagne, était de trois cent mille hommes , et les ennemis en avaient cinq cent vingt

mille: depuis l'accessionde l'Autriche, leur armée du nord était sous les ordres du prince royal de Suède ; et leur principale armée, commandée par le prince de Sehwartzenberg, perdit, le 28 août, la bataille de Dresde Mais cette journée , glorieuse pour les armes de Napoléon, fut suivie des revers de quelques-uni de ses généraux, à Peterswald en Bohême, à Gros-Buren, à Dennewitz dans la haute Saxe. L'empereur ne voulut pas se renfermer dans Dresde : il quitta cette ville le 7 octobre, et y laissa une garnison de trente mille hommes, sous les ordres du maréchal Gouvion Saint-Cyr, tandis qu'il se rapprochait lui-même du centre de sa ligne d'opération et de ses autres corps d'armée.

Une nouvelle bataille dans les plaines de Leipzickfut engagée le 19 octobre, et se renouvela les deux jours suivants : l'armée française était de cent vingt mille hommes et celle des alliés était beaucoup plus nombreuse : la victoire appartint à la multitude :

les Français laissèrent sur le champ de bataille vingt mille morts et sept mille blessés : la destruction du pont de l'Elster retint sur la rive droite du fleuve plusieurs corps de troupes que les ennemis enveloppèrent et firent prisonniers : l'armée française poursuivit sa marche sur Erfurt," où elle arriva le 22 octobre : elle eut, le 29, à s'ouvrir un passage près de Hanau , à travers l'armée du roi de Bavière, qui à son tour se déclarait contre Napoléon après avoir été son allié ; et ce dernier succès assura du moins la retraite de l'armée jusqu'aux frontières de la France.

De nouvelles conventions avaient été faites à Leipzick, le 21 octobre, entre les puissances coalisées , pour opérer la réunion de toutes leurs forces disponibles, et pour régler l'administration des provinces qu'elles occuperaient. Elles établirent pour toute l'Allemagne un même système militaire : on dut former, indépendamment des corps de volontaires et des troupes de ligne, une Landwehr, tenue de combattre partout où la

VILLES ÀNSËÀ.TIQUES.

guerre l'exigerait ,el une Landstarm, destinée a servir dans l'intérieur du pays et pour la défense de ses propres foyers.

ï/ Allemagne al lait se couvrir de nouvelles levées, et une commission fut établie, le 2 1 novembre, pour partager en divisions militairesce vaste territoire : on en forma huit arrondissements , à chacun desquels était attaché un corps d'année. Les villes anséatiques

devaient faire partie du second arrondissement, qui comprenait aussi le Hanovre , Brunswick , les duchés d'Oldenbourg et de Mecklembourg-Schwe-

rin et Strelitz.

Le nombre des princes d'Allemagne qui se déclarèrent contre la France, augmentait depuis qu'elle éprouvait des revers. Le roi de Wurtemberg conclut, le 2 novembre, un traité d'alliance avec P Autriche* et cessa de faire partie de la Confédération du Kliin : le grand-duc de Bade y renonça également, et fut admis dans la grande alliance le 20 du même mois; l'électeur de liesse suivit cet exemple, et obtint par un traité du 3 décembre la restitution des territoires que l'on avait démembrés de ses États.

Undespremierssoinsdes alliés, lorsqu'ils furent redevenus maîtres de la campagne, fut d'assiéger les places que les Français occupaient encore.

Elles étaient "trop éloignées les unes des autres, pour que leurs garnisons pussent se réunir et former un corps d'armée : toutes furent attaquées isolément : elles étaient enveloppées de toutes parts; et plusieurs tombèrent au pouvoir de l'ennemi, après avoir fait une vigoureuse défense, et avoir épuisé leurs munitions et leurs approvisionnements. La garnison de Dresde capitula le 11 novembre et celle de Dantzigle30;Stettin,Zamosk, Modlin et ïorgau se rendirent dans le cours du mois suivant; la France possédait encore les citadelles de Wurtzbourg et d'Frfurt, les places de Custrin , de Glogau , de Magdebourg , de Wittemberg , de Hambourg; et le maréchal Davoust, renfermé dans cette

dernière ville , OÙ il él lit Vivem .it

attaqué par Penne ni , multipliait

moyens de défense, et se préparait

a soutenir un long siège.

[}t\ sénatus-consulte du to avril 1813 avait suspendu le régime constitutionnel dans les départements dont les villes anséatiques faisaient partie : le maréchal était chargé par un ordre du 7 mai de lever une contribution decinquante millions sur Hambourg et Lubeck : d'autres ordres lui prescrivirent le mode de payement de cette contribution . dont trente millions devaient être acquittés en argent comptant, dix millions en bons de la ville de Hambourg , et dix millions en fournitures et en denrées. Hambourg et Lubeck étaient mis, dès le 18 juin, en état de siège. Le maréchal avait reçu l'ordre de saisir lesbrais, goudrons, et autres effets utiles à la marine, de s'emparer de tous les bois de construction, dans les magasins publics ou particuliers, de m jttre" à la charge de la ville toutes les dépenses de l'artillerie et du génie, de requérir enfin tous les moyens qu'imposerait le système de défense : il adressa le 6 novembre à Napoléon un rapport sur les principales mesures qu'il avait prises. Il annonçait que, depuis les courses des partis ennemis sur la rive gauche de l'Elbe, la rentrée des contributions ordinaires et extraordinaires était devenue presque nulle; qu'ayant été prévenu par l'intendant général que le service militaire allait manquer et que le seul moyen d'y pourvoir était de faire usage des fonds deposés dans la banque, il s'était déterminé à cette mesure. On avait fait autour de la place des travaux immenses, soit en avant du faubourg Saint- Georges , soit sur le front d'Àltona : ils allaient être incessamment achevés, et cette ville pouvait, dès ce moment, être considérée comme trèsforte. Oii allait encore entreprendre quelques redoutes du côté d'Altona :

le pont de communication ouvert entre Hambourg et Haarbourg était terminé, le fort de Haarbourg était trèsavancé , et le maréchal avait ordonné

L'UNIVERS

la construction d'un camp retranché sur les hauteurs voisines. Le corps d'armée qu'il commandait occupait toujours llatzbourg : sa droite était appuyée à Lauenbourg , et sa gauche l'était à Lubeck et Travemunde. Il avait fait établir une tête de pont sur l'Elbe, à quelques lieues au-dessus de Hambourg, afin d'assurer une seconde communication entre les deux rives.

Mais depuis la bataille de Leipzick, l'ennemi avait dirigé sur Hambourg des forces plus nombreuses : d'un coté il marchait sur Ratzbourg, de l'autre il s'avançait entre l'Elbe et le Wéser;et lorsque le prince d'Eckmiïll reçut de l'empereur l'ordre de se rapprocher de la Hollande , en laissant a Hambourg une bonne garnison , les communications lui étaient fermées , et il n'avait plus l'espérance de se faire jour à travers l'ennemi. Il ordonna , le 9 novembre, que les habitants eussent à s'approvisionner jusqu'au mois de juillet 1814, époque de la prochaine récolte; et à l'expiration d'un délai fixé, il fit sortir de Hambourg les étrangers, les gens sans aveu et ceux qui n'avaient pas fait d'approvisionnements. Telle était la situation de la défense contre l'armée de siège commandée par Bénigsen , lorsque Napoléon , de retour à Paris, assemblait de nouvelles forces, et que le sénat décrétait une levée de trois cent mille hommes. Les troupes revenues d'Allemagne allaient former sur la rive gauche du Rhin une longue ligne de défense : les étrangers étaient encore retenus sur la rive droite : ils pouvaient hésiter d'entreprendre une nouvelle campagne contre la France, et ils firent même adresser à Napoléon des propositions de paix, dont la base était que la France se renfermerait dans ses limites naturelles , le Rhin , les Alpes et les Pyrénées, que l'indépendance de l'Allemagne et celle de l'Espagne, de l'Italie, de la Hollande seraient formellement reconnues.

Ces propositions , faites le 9 novembre, amenèrent entre la France et les alliés un échange de déclarations

et une suite de conférences, qui se prolongèrent jusqu'au 20 mars, mais qui ne firent suspendre, pendant leur durée, aucune opération militaire.

Napoléon disputait pied à pied le territoire que les armées de l'Europe avaient envahi : Schwartzenberg y avait pénétré par Baie , Blucher par Mayence, Wellington et les Espagnols par la Navarre; et malgré les avantages obtenus par l'empereur à Champ - Aubert , à Montmirail , à Montereau, à Craonne, l'habileté de ses manœuvres ne pouvait balancer la supériorité du nombre : la France voyait épuiser ses forces, et tant de combats avaient moissonné la plus belle partie de sa population militaire. Pour " faire de nouvelles levées , on était réduit à anticiper l'âge de la conscription , a revenir aux classes déjà libérées du service, à lever en masse tout ce qui pouvait porter les armes : on était sûr de trouver de l'honneur et du courage; mais la discipline et l'expérience devaient manquer à ces troupes de nouvelle création.

Pendant les négociations de Châtillon , un nouveau traité d'alliance avait étéconcluàChaumontle 1er mars 1814, entre lWutriche, la Russie, la Prusse et la Grande-Bretagne. Les contractants s'engageaient, danslecasoùla France refuserait d'accéder aux propositions de paix qui lui étaient faites, à consacrer tous leurs moyens à la poursuite de la guerre : chaque puissance tiendrait en campagne une armée de cent cinquante mille hommes : la Grande- Bretagne remettrait aux trois autres gouvernements un subside annuel de cinq millions de livres sterling, à répartir entre eux d'une manière égale; et si quelques circonstances l'empêchaient de fournir son contingent militaire, elle le remplacerait par un autre subside.

L'engagement qu'avaient pris les alliés , de concerter entre eux toutes leurs mesures jusqu'à la conclusion de la paix , fut renouvelé par une déclaration du 25 mars : tous les obstacles de leur marche sur la capitale avaient disparu > et lorsque Napoléon

VILLES ANSÊAÏIQUES.

cherchait à les devancer dans cette ville, pour y organiser Quelque moyen de défense, il apprit le 31 mars qu'elle venait de capituler. Alors il se dirigea sur Fontainebleau , où il était encore entoure de quelques fidèles serviteurs, et d'une partie des débris de sa vaillante armée ; et il signa, le 11 avril, le traité d'abdication, par Lequel il renonçait, pour lui et sa famille, à tout droit de souveraineté sur l'empire français, le royaume d'Italie et tout autre pays.

Le maréchal Davoust conservait encore, avec une garnison, constantedans ses devoirs, mais affaiblie par les maladies, la place de Hambourg qui lui avait été confiée. 11 se tint, pendant l'hiver, sur la défensive; il tenta, vers la fin de mars, une expédition sur la rive gauche de l'Elbe, pour enlever des fourrages , et il pourvut ainsi jusqu'à la récolte aux besoins de la cavalerie et des équipages d'artillerie. Les ennemis qui attaquaient la place n'avaient encore fait aucun progrès, lorsque le général Bénigsen fit connaître aux assiégés que, d'après une déclaration du sénat français , Louis XVIII avait été reconnu pour souverain. Cette nouvelle, donnée par l'ennemi, ne parut point officielle :

le maréchal crut devoir en attendre la confirmation , et ce ne fut qu'après avoir reçu, le 28 avril, les actes de déchéance, de renonciation et de nouvel avènement, qu'il envoya au monarque un acte de soumission aux constitutions du royaume et de fidélité à sa personne. Le maréchal Gérard , auquel il était chargé de remettre le commandement, ramena de Hambourg la garnison française, réduite à quelques milliers d'hommes; et cette place , remise aux puissances alliées, espéra recouvrer une paisible existence et les institutions qui l'avaient fait fleurir pendant plusieurs siècles. Hambourg était , lorsqu'il se rendit, entièrement cerné, depuis plusieurs mois, par les assiégeants; et on pouvait l'attaquer du côté du Holstein, comme du côté de la Fierlande, depuis que le roi de Danemark

avait été réduit par les armes des coalises a signer, le 1 1 janvier 1814, un traité de paix, qui l'obligeait a renoncer à tous ses droits sur la Norvég se joindre aux alliés, pour continuer la guerre contre la France, et à leur fournir un corps de dix mille hommes, qui prendrait part à leurs opérations.

En vain les habitants de la Norvège voulurent résister à la cession de leur pays , se donner une constitution , défendre à main armée leur indépendance, et assurer la couronne de ce royaume au prince Christian, héritier présomptif du Danemark. Les levées militaires qu'ils firent pour soutenir leur résolution furent battues en plusieurs rencontres par les troupes de Suède : ils conclurent à Moss , le 7 aodt, une convention d'armistice :

le prince Christian adressa aux Norvégiens une proclamation, par laquelle il déclarait que, pour prévenir la ruine de leur pays, il quittait volontairement le poste auquel leurs suffrages l'avaient appelé; et une diète qui fut convoquée à Christiania reconnut pour souverain le roi de Suède , par un acte du 4 novembre suivant.

La cession de la Norvège , où était situé le comptoir anséatique de Bergen, ne changea rien à ses relations de commerce; et Lubeck, Brème et Hambourg conservèrent dans ce port leurs anciens privilèges : le traité de Paris du 30 mai 1814 rompit les derniers liens de leur réunion avec la France; et toutes les puissances qui avaient été engagées dans cette guerre promirent d'envoyer des plénipotentiaires à Vienne, pour régler dans un congrès général les arrangements qui devaient compléter les dispositions du traité de paix.

Le congrès de Vienne s'occupait depuis plusieurs mois des nombreuses questions sur lesquelles il avait à prononcer, lorsqu'il reçut la nouvelle inattendue du débarquement de Napoléon dans le golfe de Juan, et de sa marche rapide à travers le midi de la France. Les puissances, représentées au congrès , déclarèrent le 13 mars qu'elles uniraient tous leurs efforts et

emploieraient tous leurs moyens, pour maintenir les différentes dispositions du traité de Paris, et pour le compléter et le consolider. Un nouveau traité, immédiatement conclu entre elles, eut pour but de recommencer la guerre contre Napoléon et contre tons ceux qui se seraient ralliés à sa cause; et pendant qu'il poursuivait vers Paris sa marche triomphale, à travers les populations accourues sur son passage, l'Autriche, la Russie, la Grande-Bretagne, la Prusse reprenaient les armes contre lui : d'autres pays se joignaient à cette coalition.

Bade, le Wurtemberg, la Bavière, la Saxe et les autres États d'Allemagne, en y comprenant les villes anséatiques, accédaient aux vœux du congrès : l'Angleterre s'engageait à leur fournir des subsides, proportiontionnés au nombre de leurs troupes; et la France avait encore à lutter contre les forces de l'Europe entière.

Les actes du congrès, publiés le 9 juin, allaient être soutenus par une armée de six cent mille hommes; mais ceux-ci ne pouvaient pas agir tous à la fois; et Napoléon se hâta de prévenir leur réunion, en portant au nord de la France une armée de cent mille hommes, qui avaient entendu la voix de leur ancien général et qui étaient prêts à se dévouer pour lui : les Anglais et les Prussiens furent attaqués sur cette frontière, et la funeste bataille de Waterloo, livrée le 18 juin, termina en quelques jours une campagne dont les sanglants résultats allaient précipiter irrévocablement la chute de Napoléon, et imposer de nouveaux sacrifices à la France.

La suspension des hostilités fut signée le 3 juillet : la France était envahie de nouveau par toutes les troupes de la coalition : Louis XVIII, qui s'était retiré en Belgique pendant les cent jours, revint dans sa capitale; et ce monarque mit ses soins à cicatriser les blessures de la patrie qui lui était rendue. Mais il ne pouvait en réparer tous les malheurs : il fallut subir les charges d'une nouvelle occupation militaire : une croisade avait été en effet

prêchée contre la France; elle prit le nom de sainte alliance; d'autres gouvernements y adhérèrent bientôt, et la Saxe, le Wurtemberg, les villes anséatiques furent du nombre. Le traité de paix signé à Paris le 20 novembre 1815 fixa à une somme de sept cents millions l'indemnité que la France avait à fournir aux autres puissances; et Hambourg fut compris pour vingt millions, Lubeck pour deux millions et Brème pour un million , dans la répartition de cette somme, qui devait être acquitée complément dans le cours de cinq années.

Le roi avait pris l'engagement de liquider les créances étrangères, il voulut indemniser la ville de Hambourg des pertes que sa banque avait éprouvées en 1813, lorsque les fonds en avaient été enlevés; et cette créance resta iixée à une somme de dix millions de francs, et de quelques intérêts , dont le remboursement fut effectué, en vertu d'une convention conclue entre les deux gouvernements le 27 octobre 1816.

La réintégration des villes anséatiques dans leurs anciens droits et dans leurs liens avec l'Empire avait été formellement reconnue par les actes du congrès de Vienne : on y avait déclaré que les princes souverains et les villes libres d'Allemagne établissaient entre eux une association perpétuelle qui porterait le nom de Confédération germanique • elle avait pour but le maintien de leur sûreté intérieure et extérieure , de l'indépendance et de l'inviolabilité de leurs États. Les membres de la Confédération étaient égaux en droits , et ils s'obligeaient tous également à maintenir l'acte qui constituait leur union. Les affaires seraient confiées à une diète fédérative, où les villes libres de Lubeck, Francfort, Brème et Hambourg auraient leurs plénipotentiaires, ainsi que les autres États : les mêmes villes pouvaient avoir un tribunal suprême qui leur serait commun. Quelques-uns de leurs autres rapports , relatifs à la navigation des fleuves qui baignent leur territoire, durent être détermi-

nés par des conventions spéciales.

La première pensée des \nseates, redevenus indépendants, fut de ranimer leur commerce qu'une longue

guerre avait t'ait languir, et île lui rendre ses relations avec L'étranger;

mais ou ne pouvait pas le ramener partout dans les mêmes voies, et il se trouvait force à changer de direction et a s'ouvrir île nouveaux marches , quand la plupart de ceux d'Europe lui avaient été fermés.

Les vicissitudes du commerce avaient été également sensibles dans d'autres pays. kinsilaGrande-Bretagee, n'ayant plus les mêmes facilités pour tirer des bords de la Baltique les bois de construction, les mâtures, les goudrons, les fers nécessaires à sa marine, trouvant d'ailleurs plus d'avantage à les extraire du nord de l'Amérique, faisait venir du Canada une partie de ses approvisionnements. Ainsi la France, entravée dans ses relations de commerce avec le dehors pendant vingt années de guerre maritime et continentale, avait cherché dans ses propres ressources un dédommagement de ses pertes , en étendant s js exploitations agricoles; en suppléant, par quelques plantes indigènes et d'une facile culture, aux bois de teinture d'Amérique et à la canne à sucre ; en élaborant d'autres produits végétaux et d'autres substances minérales que l'on négligeait autrefois; eu perfectionnant enlin les fabriques, les manufactures, et en demandant à l'industrie de nouvelles créations. La France apprit , dans son isolement, à mieux connaître ses richesses, à les mettre en valeur, à les multiplier, et à donner à son commerce intérieurd'autant plus d'activité qu'elle était réduite à se suffire à elle-même. Cette épreuve eut été périlleuse pour un ktat pauvre et sans énergie : la France en sortit , mieux assurée de l'étendue de ses ressources.

Ce mouvement industriel qui s'était manifesté dans des moments de crise, et qui était alors l'ouvrage de la nécessité , se maintint après la conclusion de la paix. On voulut con-

server les avantages qu'on avait ac-

3uis : un plus grand nombre de prouctions et d'objetl manufacturés entrèrent alors dans le commerce et trouvèrent des consommateurs : en acquérant plus de bien-être on avait contracte plus de besoins.

Les Anséates se ressentirent heureusement de ces améliorations progressives. C'était pendant leur réunion à l'empire français que l'habile ingénieur Beautemps -Beau pré avait sondé avec précision tous les parages de l'embouchure de la Trave, et les abords et le lit de ce Meuve jusqu'à Lul>eck : il en avait dressé une carte hydrographique où toutes les mesures de ce sondage étaient indiquées ; et le même ingénieur avait fait un travail semblable sur le cours inférieur de l'Elbe, sur celui du Wéser, et sur les différentes passes que l'un et l'autre fleuve ouvrent à la navigation. Ces travaux , et tous ceux que l'on exécutait sur d'autres points du littoral, se liaient au projet de multiplier les arrivages du commerce dans les contrées nouvellement réunies. Des jurisconsultes, connus par leurs lumières, y substituaient des codes uniformes et réguliers à une législation et à des coutumes plus compliquées; et si la guerre et ses désastres vinrent arrêter des entreprises commencées et des institutions qui se développaient à peine, du moins tous ces projets ne furent pas stériles. On fit un choix entre les innovations, pour conserver celles qui parurent favorables, pour rejeter celles qui entraînaient quelques périls.

Les dures épreuves du siège que Hambourg avait souffert faisaient penser au sénat qu'une grande ville , dont la prospérité se fonde sur la liberté du commerce et sur la neutralité, doit prudemment écarter ce qui peut attirer sur elle les malheurs de la guerre. Si des remparts la mettent en état de défense , la possession en est plus vivement convoitée par les belligérants: cette place devient le but de leur attaque, de leur résistance; et ses assaillants, ses défenseurs mêmes

L'UNIVERS

l'appauvrissent tour à tour : le commerce est suspendu ; les approvisionnements sont bientôt épuisés par de si nombreux consommateurs; etquand le siège se prolonge, la famine et les maladies qui s'attachent à la misère dévorent la population. Le sénat fit détruire les ouvrages de fortification qui avaient été multipliés autour de la place, et il ordonna également la démolition du pont de l'Elbe, dont la conservation lui parut impolitique.

On aimait mieux se réserver la barrière du fleuve que d'en faciliter le passage : les têtes de pont élevées sur chaque rive furent abattues , et Hambourg cessa d'être considéré comme place de guerre. Les habitants, fidèles a la Confédération germanique dont ils étaient membres, ne se refusaient à aucun devoir envers elle , et ils étaient prêts à servir et à défendre la commune patrie ; mais ils désiraient éloigner de leurs murs le théâtre de la guerre , ne pas changer en arsenaux leurs magasins, et préserver de la foudre une des cités les plus florissantes. Pendant la durée de leur réunion à la France, les Anséates avaient pu envoyer leurs bâtiments dans la Méditerrannêe, sans craindre pour eux la rencontre des Barbaresques . et ils avaient alors le droit de se rendre dans les ports des Régences, et d'y être assimilés aux autres Français"; mais , dès le moment de la séparation, ils cessèrent de jouir des mêmes sécurités , et le pavillon des Anséates fut exposé aux attaques des Algériens, qui s'avançaient jusque dans la mer du Nord, et; vers les embouchures de l'Elbe et du Wéser, pour y faire leurs captures. Une longue interruption du commerce maritime avait laissé sans emploi les corsaires africains , car les Européens se chargeaient eux-mêmes d'arrêter alors les bâtiments neutres ; mais le tourdesBarbaresques vint ensuite quand le commerce eut repris ses expéditions; et ils firent courir sus aux navires des États qui n'avaient pas de traités avec les Régences et qui pouvaient leur offrir une facile proie.

Plusieurs bâtiments de Lubeck et de

Hambourg furent enlevés par les Barbaresques ; et leurs déprédations donnèrent au commerce assez d'inquiétudes pour faire hausser le prix des assurances. Les villes anséatiques eurent recours aux puissances maritimes , pour les inviter à s'opposer à ces agressions, dans les parages voisins de leurs domaines; et l'Angleterre, accueillant cette demande, fit réclamer près des Régences les prises qui avaient été conduites dans leurs ports. L'Angleterre appuyait sa réclamation sur les anciens traités qu'elle avait conclus en 1G82 avec le dey d'Alger, et qui avaient expressément stipulé qu'aucun commandant de navire algérien n'entrerait dans le canal d'Angleterre , et ne croiserait en vue de quelque partie des domaines de sa Majesté Britannique. Ces traités avaient été confirmés depuis :

ils étaient également applicables aux autres Régences; et l'Angleterre était d'autant plus autorisée à en réclamer l'exécution, qu'elle venait de renouveler en 1816 ses traités de paix avec le dey d'Alger, et avec les beys de Tunis et de Tripoli. Son négociateur était lord Exmouth , commandant d'une escadre anglaise dans la Méditerrannée; et le bey de Tunis avait déclaré, le 17 avril, à cet amiral qu'à l'avenir aucun prisonnier, fait sur les puissances chrétiennes, ne serait mis en esclavage, qu'ils seraient tous traités avec humanité , et suivant l'usage établi en Europe, jusqu'à ce qu'ils eussentété régulièrementéchangés.

La flotte s'étant ensuite rendue devant Tripoli, le pacha de cette régence suivit l'exemple des Tunisiens; mais quand lord Exmouth se présenta devant Alger pour réclamer, au nom des grandes puissances , la suppression de l'esclavage, le dey demanda que cette question fût soumise au Grand-Seigneur : il obtint une suspension d'armes ; et ce fut dans une seconde expédition que lord Exmouth, après avoir bombardé la ville et incendié la flotte algérienne , dicta les conditions de la paix.

VILLES ANSEATIQT'ES.

Le dey d'Alger signa, le 28 août

1816, une convention d'armistice, dans laquelle il déclara formellement

qu'il reconnaissait l'abolition de l'esclavage des Européens, et qu'il remettrait immédiatement en liberté ceux qui étaient en son pouvoir.

Celait là sans doute une heureuse innovation dans le code maritime des Karbaresques; mais elle ne suffisait pas pour rassurer la navigation anseatique contre les courses de leurs forbans au midi du canal de la Manche, et surtout dans la Méditerranée :

les bâtiments pouvaient être capturés avec leurs cargaisons, et la seule condition favorable aux équipagesde leurs navires était qu'ils ne seraient pas réduits en esclavage. On put même s'apercevoir bientôt , et à plusieurs reprises, que les Régences d'Afrique reprenaient le barbare usage de faire des esclaves européens, et de traiter comme tels les prisonniers que le sort des armes leur avait remis ; et l'on reconnut dans la suite qu'il fallait d'autres mesures pour remédier à un mal si invétéré.

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