‹ Villes anséatiquesChapitre 31 sur 51 · ÉTATS PLACÉS EN DEHORS DECETTE LIGNE DE · texte numérisé non relu

ÉTATS PLACÉS EN DEHORS DECETTE LIGNE DE

douanes. — Progrès des arts et des sciences- — résumé et conclusion.

Les princes souverains et les villes

libres d'Allemagne qui composaient

la Confédération germanique avaient

senti la nécessité d'en affermir les

23* Livraison, (villes ANSÉmorES.)

bases, et de rendre indissolubles les liens de paix et de bienveillance mutuelle qui devaient les unir. Leurs plénipotentiaires s'assemblèrent a Vienne; et un sénateur lubeckois représenta dans cette réunion les villes libres de Lubeck, Rréme , Hambourg et Francfort. L'acte final de leurs Conférences fut signé le 15 mai 1820; la diète l'adopta ensuite, et il devint une loi fondamentale de l'Empire.

La base de cet acte fut que la confédération germanique formait , quant à ses rapports intérieurs, différents États séparément gouvernés, mais liés entre eu\ par des droits et des devoirs réciproques et librement consentis; qu'elle constituait, quant à ses rapports extérieurs, une puissance collective, fondée sur des principes d'unité politique. Le maintien de l'ordre , dans l'intérieur de chaque État appartenait à son gouvernement seul : cependant quand on avait à craindre qu'un mouvement séditieux ne se communiquât aux États voisins, ou lorsqu'un gouvernement , ayant épuisé tous les moyens constitutionnels, demandait l'assistance de la Confédération, la diète devait lui porter de prompts secours , pour rétablir l'ordre légal.

Le but de ses premiers soins était de concilier les différends qui lui étaient soumis; et si elle ne pouvait les pacifier elle-même, elle en renvoyait la décision à la cour suprême d'un État confédéré : le tribunal qu elle avait désigné remplissait alors les fonctions de cour austrégale. La sentence rendue devait s'accomplir; et , en cas de refus , la diète pouvait recourir à des mesures d'exécution, et en charger un ou plusieurs gouvernements qui ne fussent pas intéressésdans ces débats.

Après avoir réglé par un acte trèsétendu les rapports politiques destinés à consolider le système de la Confédération, la diète prit, le 3 août 1820, une autre résolution, pour déterminer d'une manière plus précise les attributions de la cour des Austrègues, et la marche qu'auraient à suivre

L'UNIVERS

les gouvernements chargés de l'exécution de leurs sentences arbitrales.

La constitution militaire de la Confédération germanique fut ensuite établie par les décrets de la diète du 9 et du 12 avril 1821. L'armée fédérale dut se composer des contingents de tous les États , et l'on fixa par un règlement la répartition des forces que chacun d'eux aurait à fournir : le contingent ordinaire était d'un centième de la population. L'armée devait être mise complètement sur pied , dès

Qu'elle en serait requise par le chef e l'Empire : on détermina la proportion de nombre que devaient avoir entre elles les différentes armes d'infanterie, de cavalerie, d'artillerie, de mineurs et de sapeurs,

L'armée se divisa en sept corps simples, dont chacun appartenait à un même État, et en trois corps combinés, dans la formation desquels on faisait entrer les contingents de plusieurs États moins étendus : les villes auséatiques étaient de cette seconde classe.

Afin que chaque contingent pût marcher et entrer en campagne au premier signal, le matériel de l'armement devait être toujours prêt, en nombre suffisant et en qualité convenable : une partie des hommes restaient constamment sous le drapeau, et tous ceux du contingent devaient rejoindre leurs corps chaque année, et s'exercer pendant un mois au service , au maniement des armes et aux manœuvres.

Toutes les dispositions prises par la diète, soit pour l'organisation politique et civile de l'Allemagne entière, soit pour la composition de son armée, affermissaient la Confédération germanique, et l'animaient d'un principe de vie et de force, bien supérieur à celui qu'avait eu la Confédération du Rhin, momentanément établie par Napoléon. Le démembrementqu'il avait fait de l'empire d'Allemagne en 1810 ne pouvait pas être maintenu par sa volonté seule; et il ne suffisait pas d'un simple décret , pour changer les habitudes d'un peuple, renverser de

vieilles institutions , rompre tous les liens de nationalité , et tous ceux qui tiennent à la communauté des mœurs, des coutumes et du langage.

Napoléon consuma dans de nouvelles entreprises les forces qui auraient pu consolider son ouvrage. Il avait créé la Confédération du Rhin pendant un armistice de courte durée, et dans un temps où l'Europe était fatiguée de la guerre : les souverains qui cédaient alors à ses volontés, retirèrent leur adhésion quand ils crurent le moment venu de l'accabler tous à la fois ; et ces projets d'empire et de suprématie qui devaient, dépasser la puissance de Charlemagne s'évanouirent comme des rêves de fortune et d'ambition.

L'établissement de la Confédération germanique , telle qu'elle fut constituée par les actes du congrès de Vienne, et par ceux de la diète de Francfort, n'avait pas à craindre les mêmes vicissitudes : la paix semblait promise pour longtemps à l'Allemagne, et celui qui avait imposé des lois à l'Europe rendait en ce moment le dernier soupir.

Amis ou ennemis n'apprirent pas sans une vive émotion la mort de l'empereur Napoléon, expiré le 5 mai 1821 , sur les rochers de l'île de Sainte-Hélène. La postérité avait commencé pour lui dès le jour de son exil, et on en avait recueilli les premiers jugements : cependant elle était trop voisine de ses actions pour les juger avec impartialité. Le monarque déchu n'avait encore que des admirateurs ou des détracteurs , et l'on était extrême dans l'hommage ou le dénigrement ; mais une période de six années s'était écoulée depuis; et l'opinion publique avait appris à balancer ses grandes actions et ses fautes, son triomphe sur l'anarchie et ses atteintes à la liberté, la gloire militaire qui avait répandu un si grand éclat sur son règne , et les désastres funestes et déplorables où son ambition l'entraîna.

Ses admirateurs furent plus sobres de louanges; mais aussi la voix de ses ennemis lui devint moins contraire :

VILLES ÀNSKATIQUES.

on vit on lui le législateur! et un des plus grands capitaines dont l'histoire nous ait laisse le souvenir. Son paya lui avait donne le nom de Grand a l'époque de ses prospérités, et il sera toujours plaee parmi les hommes Illustres; mais nos neveux pourront seuls fixer le rang qui doit lui appartenir. L'homme puissant dont l'élévation et la ehute eurent une si grande influence sur la destinée des villes anséatiques, y reçut de ses partisans un dernier hommage de regrets, et ses ennemis mêmes durent plaindre tant de rigueur et d'infortune.

Dès que l'organisation militaire de la Confédération eut été réglée par la diète, les villes anséatiques, dont le contingent devait faire partie du dixième corps d'armée, convinrent entre elles que Hambourg fournirait mille hommes d'infanterie, trois cents hommes de cavalerie et six pièces de canon; chacune des villes de Lubeck et de Brème eut cinq cents hommes à fournir. Le grand-duc d'Oldenbourg donnerait une demi-brigade, deux escadrons, six pièces d'artillerie, et cette troupe se réunirait à celles des villes anséatiques pour composer une brigade entière. Les grands-ducs de Mecklembours-Schverin et de Mecklembourg-Strelitz en formeraient une seconde; leHolstein et le Lauenbourg en formeraient une troisième, et ces troupes réunies composeraient une division : une autre serait fournie par le Hanovre et le duché de Brunswick ; et le corps d'armée , composé de ces deux divisions, offrirait en temps de guerreune force de quarante-cinq mille hommes, lorsqu'on aurait réuni toutes ses levées supplémentaires.

Le contingent que les Anséates avaient à fournir pour l'armée fédérale fut formé par un mode de conscription , où l'on comprit tous les jeunes gens de dix-neuf à vingt-cinq ans: le sort désignait ceux qui devraient marcher et ceux qui resteraient disponibles.

Les cadres furent remplis -sur-Ie champ. La formation d'une armée nationale était secondée par l'esprit

public: toutes les parties de l'Allemagne s'étaient soulevées pour reconquérir leur indépendance : et <••• mouvement se faisait particulièrement

sentir dans les universités, dans grands foyers d'instruction , où l'on prend l'habitude d'exercer toutes les facultés de l'intelligence, où les doctrines passent des professeurs aux eleou une jeunesse studieuse , mais ardente dans tous ses penchants, se passionne pour ce qu'elle croit juste, suit avec emportement ses idées généreuses . et dépasse quelquefois le but qu'elle avait cherche.

L'intérêt des gouvernements d'Allemagne qui voulaient s'affranchir du joug d'un protecteur avait été de s'appuyer du levier de l'opinion, et d'exciter eux-mêmes un sentiment de haine nationale contre toute domination étrangère ; mais ils avaient mis dans les mains de leurs sujets une arme dangereuse, qui se tourna quelquefois contre leur autorité propre.

Ils avaient espéré contenir dans de justes bornes cet esprit d'association, et bientôt ils ne furent plus maîtres de le diriger.

Il s'était formé en Prusse en 1807, époque où s'étendait en Allemagne la domination de l'empereur .Napoléon, une association secrète, sous le titre de tugendbund , ligue de la vertu :

elle avait pour but de délivrer l'Allemagne du joug de l'étranger: et ses moyens furent d'établir partout des affiliations entre les hommes animés du même esprit , d'agir sur l'opinion, d'aigrir le mécontentement, d'attendre et de saisir l'occasion où l'on pourrait avouer ses desseins , recueillir ses forces , et soulever la vengeance générale contre les dominateurs.

La marche de cette société était patiente et continue : elle eut d'aoord besoin de s'envelopper d'un profond mystère; mais on avait contracté l'habitude du secret; on dévorait ses peines en silence : il fallait laisser passer le torrent de la conquête ; et tandis que les armées étaient aux prises, et que le génie et la fortune militaire décidaient passagèrement du sort des

L'UNIVERS

peuples, une sourde réaction se préparait; des trésors de haine s'amassaient contre le vainqueur, et le jour de la vengeance était proche: il apparut vers l'orient, joignit à l'incendie de Moscou ses premiers rayons , éclaira la sanglante retraite des troupes de Napoléon, et donna le signal des premières défections de ses alliés.

Depuis ce moment d'éclat, l'association formée contre lui n'avait pins besoin de voiler ses projets. Elle était soutenue dans les universités, par les principes que l'on commençait à y professer; et l'un des plus ardents promoteurs de ces doctrines fut le professeur Jahn. Le gymnase qu'il fonda à Berlin était une école où l'on s'attachait à développer toutes les facultés du corps et de l'esprit, et où les élèves s'animaient surtout d'un ardent enthousiasme pour la liberté. Ces principes gagnaient la Prusse entière :

toute la jeunesse y accourut sous les armes : les pays voisins l'imitèrent; et la levée en masse qui s'opérait spontanément s'effectua de proche en proche dans tous les lieux qui commençaient a s'affranchir : elle accrut durant la campagne de 1813 les forces des puissances coalisées , et, après la bataille de Leipzick et le combat de Hanau, elle put s'étendre sans contrainte dans toutes les parties de l'Allemagne. Les étudiants des universités avaient été les premiers à s'enrôler sous les drapeaux de l'indépendance :

ils avaient réveillé dans l'Allemagne entière l'esprit de nationalité , ils tendaient à en réunir plus intimement tous les intérêts, toutes les forces; et comme leur patrie, divisée en un grand nombre d'États , avait été souvent affaiblie par ce partage, ils songeaient à la constituer en une seule nation.

Cette opinion , puisée dans les universités, avait passé dans toute la jeunesse allemande; et celle-ci ne contenait plus ses vœux et ses espérances , qui n'avaient été exprimées jusque-là que dans des associations clandestines et mystérieuses : chaque étendard était devenu pour elle un signal de réu-

nion : elle s'était armée pour rendre l'Allemagne plus libre et plus grande , et quand les vicissitudes de la guerre eurent enfin ouvert les portes de la France à l'invasion des autres peuples, ils y puisèrent de nouvelles maximes sur l'organisation delà société, et sur les établissements propres à en développer la puissance.

Une partie des troupes qui étaient entrées en France comme ennemies y avait perdu ses sentiments hostiles; et en voyant de près les institutions qu'elle était venue combattre , elle les avait comparées à celles de son pays , elle était disposée à les adopter , à les transplanter dans sa patrie, et à y faire modifier dans un sens plus libéral la forme du gouvernement.

Cet esprit d'innovation fit bientôt de nouveaux progrès en Allemagne , et il y fut spécialement secondé par le zèle des universités, et par Le concert qui s'établit entre elles. Les étudiants de celle de Iéna invitèrent en 1817 ceux des autres universités à envoyer des députés à Wartbourg, lieu devenu fameux par la retraite de Luther: ils y célébrèrent l'anniversaire de l'indépendance; et ces députés vinrent à léna , l'année suivante , former le plan d'une société patriotique, connue sous le nom de Burchenschaft, destinée à préparer des plans de réforme , et à donner une même tendance à leurs délibérations.

Les gouvernements avaient d'abord laissé un libre cours à l'ardeur d'une jeunesse qui avait puissamment contribué à l'affranchissement de la patrie; mais lorsqu'ils se virent menacés par cette redoutable association, et par l'empire qu'elle exerçait déjà sur l'opinion publique, ils' devinrent plus ombrageux , plus sévères , et ils furent encore plus alarmés pour l'autorité , en apprenant que Kotzebue , l'un de ses plus éloquents défenseurs , était tombé, le 23 mars 1819 , sous le poignard de Sand. L'homicide avait été successivement attaché aux universités de Tubingen, d'Erlangen et de Iéna : on le regarda comme l'instrument d'une association criminelle à

VILLES AINSÉAT1QUKS.

laquelle oc meurtre devait être imputé ; mais en n'obtint de lui aucun aveu de ce genre : il tourna contre lui le poignard dont il avait frappé sa victime; ot, après avoir employé des soins cruels pour le ramener à la vie, on la lui lit perdre sur un échafaud.

Un second attentat fut commis le 1er juillet, dans le duché de Nassau , sur la personne du président de la régence ; mais celui-ci parvint à désarmer l'assassin, qui ne Ht également aucune révélation , et n'échappa au supplice qu'en se donnant la mort.

Ce nouveau crime, imputé comme le premier à un fanatisme révolutionnaire, donna lieu à des poursuites rigoureuses contre les hommes qui paraissaientfavoriser par leurs écrits ou par leurs discours les ennemis de l'autorité. Un congrès fut convoqué à Carlsbad, pour y concerter les moyens de sortir de cette crise alarmante :

la session fut ouverte le 7 août 1819, et les ministres des principales puissances y prirent des résolutions qui furent bientôt mises sous les yeux de la diète germanique, et qui obtinrent son assentiment. Les règlements qu'elle publia sur les universités eurent pour but de faire surveiller la direction des études, d'éloigner les élèves séditieux , et les professeurs qui abuseraient de leur influence sur l'esprit de la jeunesse, en propageant des doctrines contraires à l'ordre public. Les lois contre les sociétés secrètes furent maintenues : on défendit aux universités d'avoir entre elles de communes associations : les professeurs et les étudiants qui auraient été éloignés d'une université ne pouvaient être reçus dans aucune autre. Les mesures prises contre les abus de la presse devinrent plus sévères : on soumit à la censure de l'autorité tous les écrits périodiques, et ceux qui n'excédaient pas vingt feuilles d'impression. Une commission fut chargée de faire des recherches sur les menées révolutionnaires, et sur les réunions qui auraient pour but de troubler la paix intérieure et de renverser les lois établies. Les moyens

d'assurer l'exécution de ces mesures répressives furent lixes par les mêmes règlements.

dette fermentation politique fut moins sensible dans les villes anséatiques, où le gouvernement était populaire et avait retrouvé ses anciennes institutions; mais il s'y manifestait des mouvements d'une autre nature.

Le fanatisme et la haine, qui avaient persécuté les juifs à plusieurs époques, se réveillèrent dans cette partie de l'Allemagne, et une émeute éclata contre eux à Hambourg, le 26 août 1819 : la populace les poursuivit, les maltraita; quelques-unes de leurs maisons furent dévastées , et le magistrat eut peine à rétablir le calme et à punir les chefs de la sédition. Des mouvements semblables eurent bientôt lieu à Copenhague : le roi de Danemark prit de sages mesures pour protéger les proscrits , mais les factieux osèrent lui en faire un crime, et donner au monarque qui. faisait réprimer leurs excès le titre dérisoire de roi des juifs.

Des lois équitables envers les Israélites , qui sont toujours nombreux dans les places de commerce , seraient parvenues à les unir davantage aux autres habitants , et les auraient laissés moins exposés aux persécutions. Les hommes tolérants et modérés gémissaient de leur sort ; et ils conservaient l'espérance qu'un jour une législation plus impartiale et plus juste assimilerait, sous les rapports civils, les hommes de toutes les croyances , et les ferait jouir des mêmes droits.

Les Anséates , rendus aux bienfaits de la paix, avaient eu besoin de quelques années pour réorganiser d'anciens établissements, leur assurer des dotations , attirer de nouveaux fonds dans les caisses de charité et de secours , relever les ressources et le crédit d'une banque si nécessaire au commerce, rendre aux chantiers de construction leur activité , et ranimer une marine marchande qui avait dépéri pendant la guerre.

Lubeck avait perdu une grande partie de son commerce de commission,

L'UNIVERS

depuis que les puissances, voisines de la Baltique correspondaient sans intermédiaire, soitentre elles, soit avec les différents rivages de l'Atlantique : ses relations étaient moins fréquentes avec la Russie et avec la Prusse, où l'on avait augmenté les droits d'importation ; elles l'étaient moins avec Dantzig, et il n'arrivait plus autant de grains de cette dernière place , depuis qu'on avait favorisé leur écoulement vers le midi , et leur exportation par Odessa.

Les Hambourgeois voyaient avec inquiétude les travaux que le gouvernement danois faisait exécuter pour agrandir l'enceinte du port d'Altona, à l'aide d'une longue rangée de pilotis qui empiétaient sur le lit du fleuve, et rétrécissaient l'entrée du port de Hambourg. Ils en portèrent leurs plaintes à la commission chargée de régler l'acte de navigation de l'Elbe; mais elle éluda cette question; le Danemark n'interrompit pas ses travaux, et l'on reconnut ensuite qu'ils laissaient au cours navigable du fleuve assez de largeur et de liberté, pour que le port de Hambourg continuât d'être facilement accessible.

Ce port recevait une grande quantité de marchandises anglaises et de denrées coloniales, qui souvent même excédaient les besoins des consommateurs. Il faisait un commerce étendu avec la France, d'où il recevait des bronzes , des porcelaines , des soieries , des draps, d'autres tissus de laine, différents objets d'art, de mode ou de goût, et unetrès-grandequantitédevins, qui se distribuaient dans toutes les parties de l'Allemagne. Plus de trois mille navires fréquentèrent le port de Hambourg en 1821 : les habitants de cette ville n'en avaient armé qu'une partie; mais ils étaient intéressés à l'expédition et au chargement d'un grand nombre de bâtiments étrangers.

Les principales fabriques de Hambourg étaient celles de ses indiennes, ses papeteries, ses brasseries, et surtout ses raffineries de sucre, dont le nombre commençait cependant à se réduire , depuis que la Prusse en avait

établi, et que la Russie avait chargé d'impôts l'importation des sucres raffinés.

Le commerce de Brème était moins considérable et ne pouvait pas mettre en circulation une si grande quantité de capitaux et de marchandises; mais il était plus aventureux: il aimait à s'ouvrir de nouvelles voies, il tentait les entreprises difficiles qui exigeaient de la constance, et qui pouvaient faire prévoir un brillant avenir.

Les différentes parties de l'Amérique ouvraient un vaste champ aux spéculations; et on les dirigea vers le nouveau monde, quand le système prohibitif de quelques nations d'Europe restreignit les relations qu'elles avaient entre elles. Plusieurs anciens gouvernements entrèrent en communication avec ceux qui s'étaient formés en Amérique ; et sans les reconnaître encore officiellement , ils eurent des agents dans leurs ports , ils y expédièrent des marchandises , et en reçurent des denrées coloniales.

Les régions intérieures de l'Allemagne commençaient à prendre part à ces expéditions. Il s'était formé à Elberfeld une compagnie rhénane pour le commerce des Indes occidentales: ses principaux actionnaires étaient des fabricants de Prusse, de Saxe et de la rive gauche du Rhin , qui dirigèrent leurs premières spéculations vers l'île d'Haïti : ils en firent ensuite à la Vera-Cruz et à Buénos-Ayres.

Une seconde association , où entrèrent les principaux négociants de Leipzick et de Dresde , fut organisée sous le nom de Compagnie de TEIbe : il se forma à Berlin une troisième société ; et le but de toutes ces corporations était de faire directement le commerce des Indes occidentales, sans s'adresser aux commissionnaires de Hambourg, et sanssemettredans leur dépendance; mais les ressources des négociants et des armateurs de cette ville , et la modicité des droits qu'ils percevaient, soit pour leur commission , soit pour le fret de leurs navires . déterminaient la plupart des commerçants de l'intérieur à continuer de recourir à une in-

tervention t|tii leur offrait d'ailleurs de si solides garanties.

Hambourg et Brème étaient placées aux avant-postes de l'Allemagne;

l'Elbe et le Wéser étaient les principales voies de leur commerce; tous les pays riverains devaient en jouir; et il devenait nécessaire d'assurer par

des conventions le libre Usage lie ces deux fleuves. Les actes du congrès de Vienne et ceux de la dicte de Francfort avaient établi en principe cette liberté de navigation : elle fut ensuite régularisée par plusieurs transactions entre les puissances directement intéressées à la maintenir.

Tous les États, limites ou traversés par le cours de l'Elbe, conclurent, le 23 juin 1821 , une convention, en vertu de laquelle la navigation de ce fleuve était librement ouverte jusqu'à la mer : chacune des parties contractantes se réservait le cabotage le long des rives de son territoire. Tous les droits d'étape ou de relâche forcée qui avaient été établis sur l'Elbe furent abolis. On substituait aux différents péages qui avaient grevé la navigation du fleuve, une taxe générale qui devait être perçue par les bureaux désignés dans cette convention : cette taxe portait sur les cargaisons et sur les navires; les cargaisons étaient communément évaluées au poids , et ia taxe des navires se proportionnait à leur portée. La valeur des droits fixés par cet acte ne devait être haussée que d'un commun accord. Quant aux droits de douanes et à ceux de consommation ou d'octroi, ils n'étaient pas compris dans cette taxe générale : chaque gouvernement pouvait imposer, suivant ses intérêts commerciaux, les marchandises qui devaient être introduites dans ses domaines , pour y être consommées.

La même convention déterminait les règles auxquelles les patrons de navires devaient se conformer, et celles que Ton avait à suivre pour reconnaître les fraudes et punir les contraventions. Chaque État riverain s'engageait à tenir en bon état les chemins de halage tracés sur son terri-

toire , a enlever du lit du fleuve tout <v qui pouvait en embarrasser la navigation* à porter secours en cas dé naufrage, al a veiller aux intérêts de.s naufragés ou de leurs familles.

Une commission de révision devait se reunir tous les ans, pour s'assurer si la convention était observée, pour redresser les griefs dont on aurait à se plaindre, et pour faciliter encore plus toutes les relations des Etats riverains.

Un second acte sur le commerce et la libre navigation du Wéser fut convenu, le 6 septembre 1823, entre la Prusse, le Hanovre, l'Electorat de Hesse, Oldenbourg , Brunswick, la Lippe et le gouvernement de Brème.

Les bases en étaient analogues à celles de la convention précédente; et tous les États situés dans le bassin qu'arrose le Wéser participèrent aux avantages de cette grande ligne de communication.

D'autres arrangements de même nature avaient été conclus entre les puissances qui bordent le Rhin, et quoiqu'ils n'eussent pas pour les villes anséatiques un intérêt immédiat, ils étaient si intimement liés au système commercial qui commençait à unir entre elles les différentes parties de l'Allemagne, que nous ne pouvons point les passer sous silence.

Les règlements à suivre sur la navigation du Rhin avaient été déterminés le 27 avril 1803, dans le recès de l'Empire, conclu à Ratisbonne, sous la médiation de la France et de la Russie. Le Rhin formait alors une ligne de démarcation entre la France et l'Empire germanique, depuis les frontières de Suisse jusqu'à celles de Hollande, et l'usage du fleuve était commun aux deux riverains : ils convinrent de l'établissement d'un octroi de navigation, dont la perception dut se partager entre eux ; et tous les règlements à observer sur l'exercice de ce droit furent fixés par un arrangement du 15 août 1804.

Mais quelques-unes de ces dispositions furent modifiées en 1815 par les actes du congrès de Vienne. La plu-

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part des questions territoriales n'étaient plus Ips mêmes : plusieurs domaines, voisins du fleuve, avaient changé de souverains ; et tous les États séparés ou traversés par le Rhin étaient intéressés à adopter pour principe la libre navigation du fleuve. On eut à suivre des bases uniformes pour la quotité des droits à établir:

le tarif ne pouvait être augmenté que par ail accord volontaire entre les riverains; chaque État se chargerait de l'entretien des chemins de hallage, et des travaux nécessaires dans le lit du fleuve; on n'établirait aucun droit d'étape, d'échelle, ou de relâche forcée; les taxes qui se percevaient encore sous ce titre à Mayence et à Cologne furent supprimées : on voulait que le commerce n'éprouvât aucune entrave, aucune suspension ; et il fut stipulé nue si la guerre venait un jour à se déclarer entre quelques-uns des États situés sur le Rhin, la perception du droit d'octroi continuerait à se faire librement

11 restait encore à résoudre de graves difficultés sur la navigation du Rhin, vers les lieux où il se partage en plusieurs bras, et où même il perd son nom avant que ses eaux arrivent à l'Océan. Ces discussions ne furent terminées que longtemps après , par une convention conclue entre la France, la Ravière, les grands-duchés de Bade et de Hesse, le duché de Nassau, la Prusse et la Hollande. Il fut convenu que le Leck et l'embranchement du Wahal seraient tous deux considérés comme continuation du Rhin dans le royaume des Pays-Ras, et que les navires des États riverainsne seraient pas obligés à transborder J et à rompre charge, en passant des eaux du Rhin dans la pleine mer.

On confirma le principe, que les navires seraient affranchis de tout droit de péage et de transit, ou d'autres taxes dé navigation, et que ces impôts seraient remplacés par un seul droit, proportionné aux distances à parcourir.

Les règles que l'on adoptait pour le Rhin durent également s'appliquer

au Necker, au Mein, à la Moselle , à la Meuse et à l'Escaut, en partant du point où chacune de ces rivières devient navigable, et on n'y laissa subsister aucune servitude , aucun droit d'étape et de relâche forcée.

Il se faisait alors à Hambourg et à Brème de nombreux embarquements pour le Brésil , et le colonel Scheffer y faisait passer des détachements de recrues, qu'il avait fait enrôler dans le Hanovre et dans les pays voisins :

on y avait mêlé d'autres hommes, qui avaient cru ne s'engager que comme cultivateurs , et que l'on avait ensuite attachés au service militaire. Les gouvernements anséatiques, informés des séductions auxquelles on avait recours pour tromper ces hommes crédules, n'autorisèrent plus leur embarquement; mais il s'en fit sur d'autres points du littoral ; car les nouveaux gouvernements d'Amérique cherchaient à attirer des colonies européennes sur leur territoire; et le bas prix des acquisitions, les facilités que l'on offrait pour le payement, les exemptions d'impôts pendant plusieurs années , étaient un appât pour de nombreuses familles, que la guerre et les bouleversements de l'Europe avaient appauvries. Le malaise leur faisait désirer de changer de lieu; mais dans ces émigrations volontaires il fallait faire un choix convenable. Les mêmes contrées ne pouvaient pas également plaire aux hommes du Nord et du Midi ; et en s'expatriant pour toujours avec sa famille , on cherchait des régions et une température analogues à celles qu'on avait quittées. Aussi les colons qui partaient des rives de l'Elbe ou des autres contrées de l'Allemagne pour aller s'établir en Amérique, se dirigeaient de préférence hors des régions tropicales, et surtout vers les États-Unis. Quant au commerce, dont les relations sont instantanées et variables, il n'avait pas à prendre les mêmes précautions pour s'acclimater.

Il parcourait dans ses voyages tous les pays ouverts à ses échanges, s'arrêtant où la spéculation était favorable, remettant à la voile s'il fallait

fuir la contagion , et cherchant partout à lutter contre la concurrence de

ses rivaux. Si des événements inattendus l'exposaient a des crises périlleuses, il changeait de moyens pour leur échapper, et repoussé d'un lieu il gagnait des contrées plus accessibles. In marché B'eucombrait-il , d'autres rtitrepôts lui étaient ouverts : il quittait les consommateurs déjà pourvus, pour aller faire naître ailleurs des goûts semblables : il réglait sur la différence des situations, des penchants et des besoins, les envois à faire à d'autres nations; et si, après avoir éprouve de longues difficultés, il pouvait s'étendre plus librement et gagner de nouveaux pays , ses bénéfices allaient renaître, et il retrouvait le temps de ses prospérités.

Toutes les institutions des Anséates, leurs lois, leurs usages, leurs traités, facilitaient leurs relations avec le dehors. Le droit de détraction et de traite foraine fut aboli entre eux et la Prusse en 1823. D'autres conventions avec les Pays-Bas, avec le Danemark, avec la Russie, le supprimèrent également; et lorsque, en cas desuccession, de donation, de vente ou autrement , on eut à opérer quelque transfert de biens d'un pays dans l'autre, ces exportations furent exemptes des taxes et des impôts d'émigration auxquels on les avait assujetties. Plusieurs traités pour l'extradition des déserteurs et des criminels furent conclus par les gouvernements des villes anséatiques :

ils terminèrent avec le Hanovre , et avec les autres États, voisins de TEIbe et du Wéser, la révision de leurs règlements sur la navigation des deux fleuves et sur le commerce; ils accréditèrent des ministres près des cours de France, de Russie, d'Autriche, d'Angleterre, et ils eurent la sagesse de les choisir parmi les hommes les plus recommandables et les plus dignes de les représenter, tels que M.

Rumpffen France, et M. Godefroi à S.-Petersbourg. Ils accueillirent euxmêmes avec égard et amitié les ministres des autres puissances , et se montrèrent toujours conciliants dans leurs relations.

1/ Angleterre avait avec les villes anséatiques un commerce très-étendu : elle envoyait annuellement à Hambourg plus de -^'i»t cents navires : elle faisait acheter eo Saxe une grande quantité de laines, et après les avoir ouvrées dans .ses filatures et dans ses fabriques , elle rem oyait en Allemagne une partie des étoffes qu'elle avait manufacturées. Kn recevant ainsi des produits bruts, qu'elle ne rendait qu'après leur avoir donné une plus grande valeur, elle excitait dans ses ateliers une constante émulation, et allait répandre sur tous les marches étrangers les produits de son industrie. Ce commerce acquit encore plus d'importance , lorsque les Anséates eurent conclu avec l'Angleterre , le 2.r> septembre 1825, une convention dont nous avons à indiquer les principales dispositions.

Les vaisseaux de Lubeck, de Brème et de Hambourg ne devaient être soumis dans les ports britanniques , soit à leur entrée, soit à leur sortie, à aucun autre droit qu'a ceux qui étaient imposés sur les navires nationaux. Les marchandises et les productions que les vaisseaux anglais pouvaient légalement importer des villes anséatiques dans le royaume uni de la Grande Bretagne et de l'Irlande .

pouvaient de la même manière y être importées par les vaisseaux de Lubeck, de Brème et de Hambourg. On regardait comme appartenant aux Anséates tous les vaisseaux qui avaient été construits dans leurs ports ; quand les possesseurs et le capitaine étaient citoyens d'une de ces républiques, et que les trois quarts de l'équipage l'étaient également, ou appartenaient à un des Etats de la Confédération germanique. Tout vaisseau anséatique , venant en Angleterre après avoir relâché sur d'autres points , jouissait des mêmes privilèges que s'il était directement arrivé d'un port de la Hanse : il en était de même dans les ports des Anséates. pour tout vaisseau anglais, venant directement ou indirectement des royaumes britanniques.

On ne lèverait sur les propriétés personnelles, et sur les héritages qui se-

L'UNIVERS

raient exportés de part et d'autre, aucune taxe, aucun droit, plus élevés que ceux qui seraient payés par les citoyens ou sujets des pays où ces biens étaient situés.

Les parties contractantes se réservaient de faciliter leurs relations mutuelles par d'autres avantages ; et les articles dont elles conviendraient seraient regardés comme faisant partie de cet arrangement , qui était conclu pour dix années, et qui se prolongerait ensuite, aussi longtemps qu'on ne déclarerait pas, de part ou d'autre, l'intention d'y mettre un terme.

Les négociations des Anséates avec l'Angleterre coïncidaient avec les démarches qu'ils faisaient dans d'autres pays, pour y étendre aussi leur commerce. Un envoyé du Mexique était venu chercher à établir avec eux des relations, et ils nommèrent un consul à Mexico : Brème en avait envoyé un dansl'ile d'Haïti. Le pavillon colombien etceluidu Brésil commençaientà paraître dans l'Elbe et le Wéser; et lorsque la séparation et l'indépendance du Brésil eurent été formellement reconnues par la cour de Lisbonne, les Anséates conclurent avec lui, le 17 novembre 1827, un traité de commerce et de navigation , en vertu duquel tous les ports et mouillages des États respectifs , ouverts aux bâtiments d'une autre nation , le furent également à ceux des parties contractantes. Les navires qu'elles s'enverraient réciproquement seraient assimilés aux nationaux, pour les droits de port , de fret , d'ancrage , de tonnage, de visite, de pilotage, et on ne les soumettrait à aucune prohibition d'entrée ou de sortie, à moins qu'elle n'atteignît en même temps les navires des autres pays. Tout ce qui serait importé ou exporté par des bâtiments nationaux pourrait l'êtreégalement par ceux de l'autre partie. On réduisait de 24 à 15 pour cent les droits d'entrée à percevoir sur tous les articles que les Anséates introduiraient au Brésil ; et en les admettant à jouir du traitement de la nation la plus favorisée, on en exceptait seulement les privilèges réservés au Portugal Cfui , ayant eu le titre de métropole , méritait

des prérogatives et des faveurs spéciales. Si l'un des deux contractants étaiten guerre , l'autre jouirait , comme neutre, des droits commerciaux les plus étendus : la contrebande qui lui était interdite se bornait aux armes et aux instruments fabriqués pour la guerre. Les citoyens et sujets d'un pays jouiraient dans l'autre, quant à leurs personnes, à leurs biens, à l'exercice de leur culte et à l'emploi de leur industrie, des plus grands privilèges accordés aux étrangers.

Ce traité, signé par MM Gildemeister et Sieveking, était conclu pour dix ans , et si une des républiques désirait ne pas le prolonger, il resterait en vigueur avec celles qui n'y renonceraient pas.

M. Rumpff était en même temps chargé de négocier à Washington un traité d'amitié, de commerce et de navigation , entre les villes anséatiques et les États-Unis , et ce traité fut signé le 20 décembre suivant.

Toutes les importations qui pouvaient être faites dans les villes de Lubeck, de Brème et de Hambourg par leurs propres bâtiments, purent l'être également par ceux des États-Unis d'Amérique. Les droits sur le tonnage et la cargaison durent être semblables à ceux qui étaient imposés aux bâtiments nationaux, etles droits sur l'importation et l'exportation furent les mêmes que pour les autres pays étrangers. Aucune prohibition ne put leur être appliquée isolément. Tout navire fut considéré comme venant de la république à laquelle il appartenait, quoiqu'il eût touché à d'autres rivages. Les négociants, capitaines de navires, et autres citoyens de l'un des deux pays, purent librement gérer leurs affaires dans les ports de l 'autre , et y faire la consignation et la vente de leurs marchandises , en se conformant aux lois de l'État : on devait les traiter comme sujets de la république où ils résidaient , ou du moins les assimiler à ceux de la nation la plus favorisée. Ilspouvaientdisposerà leurgréde leurs biens personnels, par testament, donation ou autrement ;etsi leur qualité d'étrangers ne permettait pas qu'ils pussent

VILLES ANSfiATIQUËS.

entrer eu jouissance des biens immeubles , ils auraient un délai de trois mois pour en disposer e( en retirer la valeur. Ils suivraient devant les tribunaux leurs affaires litigieuses, aux mêmes conditions que les citoyens du pays, el ils jouiraient comme eux de tous les droits qui protègent les personneset les propriétés, \ucune faveur de navigation et de commerce ne pouvait être accordée à d'autres nations par Une des parties contractantes, sans qu'elle de\ Int aussitôt commune a l'autre partie. Il fut convenu par un article additionnel que les consuls , enun es d'un pays dans l'autre, pourraient y faire arrêter les matelots, faisant partie de l'équipage des navires de leurs pays respectifs, lorsqu'ils auraient déserte de leurs bâtiments; et que les autorites compétentes auxquelles ils s'adresseraient leur en accorderaient l'extradition. Cette convention ddt Être en vigueur pendant douze ans, et même au delà de ce terme, pour celles des parties contractantes qui n'auraient pas exprimé l'intention d'y renoncer.

En remarquant la courte durée des traités de commerce qui venaient d'être conclus , on s'en explique aisément les motifs, dans un siècle où l'industrie fait de si rapides progrès Cette brandie de la statistique éprouve de constantes variations. Le besoin d'encourager différents systèmes d'exploitations agricoles ou manufacturières peut faire changer quelques tarifs de douanes, et il est utile, il est commode de ne pas être lié par de trop longs engagement*, [.es obligations dont on aperçoit le terme sont d'ailleurs celles qu'on est le moins disposé a enfreindre : si elles sont désavantageuses on prévoit qu'elles seront réformées d'une manière légitime; mais si la durée en est indéfinie on s'irrite , et pour s'affranchir d'une charge onéreuse on en vient à une rupture. Rien n'est en effet plus temporaire que des traités conclus cà perpétuité : nous en avons vu plusieurs durer à peine quelques années; ils avaient été imposés par la force; la haine les a détruits.

Lubeck, Brème et Hambourg con-

clurent en I8SB UU traité d'amitié . de navigation et de commerce avec le

Mexique, et suivirent, les bases de leurs conventions as ce les autres ÉUtS d' \merique. Les droits de port furent les mêmes que pour les nationaux, et les droits de douane les mêmes que pour la puissance la plus favorisée.

Le commerce pouvait se faire indistinctement sur les navires de l'UM et de l'autre partie contractante; les citoyens qui se rendaient d'un pavs dans l'autre y étaient places sous la protection des lois; ils pouvaient y avoir des magasins, y faire le commerce, y disposer de leurs biens, et en exporter la valeur, sans être soumis à des droits de detraction plus élevés que pour les nationaux : ils et, lient exempts de tout service militaire, de tout impôt forcé; et en cas de rupture, ils avaient six mois pour régler leurs affaires et disposer de leurs biens : ils avaient même la faculté de continuer leur résidence, en se conformant aux lois du pays.

L'extension que procuraient au commerce des Anséates leurs traités avec l'Amérique multipliait aussi leurs relations avec l'intérieur de l'Allemagne, où ils versaient les productions du Nouveau Monde. Ils conclurent avec la Prusse, le 4 octobre. 1828, une autre convention commerciale, dont les dispositions sont analogues à celle des derniers traités que nous avons analysés.

Ces similitudes donnent lieu de remarquer combien s'est simplifiée la théorie des relations du commerce avec l'étranger. Le code, maritime et le code commercial des différentes nations deviennent plus uniformes, à mesure qu'ils sont plus impartiaux et plus justes; car chaque pays est alors intéressé à les adopter. 11 résulte de ce système d'unité et de concurrence , qu'il s'établit partout une louable émulation , et que les avantages sont mutuels; mais que la balance doit néanmoins pencher en faveur des nations les mieux éclairées sur leurs intérêts , et les plus habiles à mettre en valeur les ressources qu'elles doivent à leur travail , à leurs pro-

L'UNIVERS

grès dans tous les arts utiles, aux richesses de la terre et à la navigation.

Le commerce de Brème allait avoir une nouvelle importance , depuis les arrangements pris par le sénat de cette ville, pour acquérir un second port, plus rapproche de l'embouchure du Wéser , et où les grands vaisseaux pussent commencer leur déchargement ou compléter leur cargaison.

Jusqu'alors on n'avait eu pour points de relâche que les petits ports de Bracke ou de Végésach ; niais l'entrée en est souvent obstruée par les glaces de l'hiver, et l'on n'avait pas à craindre les mêmes embarras de navigation, en créant un port à l'embouchure de la Geeste.

Le gouvernement de Hanovre avait eu depuis longtemps le projet de former lui-même cet établissement ; mais les dépenses nécessaires à l'exécution l'avaient fait constamment différer ; et les événements , amenés par la révolution française et par les guerres de l'Europe, "y avaient mis ensuite d'autres obstacles. Cependant ce dessein n'était point abandonné; et le Hanovre devait y tenir d'autant plus qu'il n'avait aucun port, vers l'entrée du Wéser, et qu'il se trouvait pour tous ses arrivages maritimes, dans la dépendance d'un autre gouvernement.

La république de Brème jugea qu'il lui serait avantageux d'exécuter le plan qu'on avait formé, et de se charger des dépenses d'un nouveau port, pourvu qu'il lui appartînt. Il fallait en obtenir la cession du gouvernement de Hanovre; et cette négociation fut confiée à M. le bourguemestre Smith, homme distingué par ses lumières, et par son dévouement au service de son pays. Il fit remarquer aux ministres hanovriens que les intérêts commerciaux des deux contractants ne pouvaient pas être séparés , et que les mêmes moyens favoriseraient les relations de l'un et de l'autre; qu'il était urgent de creuser ce port , afin d'assurer au Wéser des avantages semblables à ceux que procurait à l'Elbe la situation de quelques ports

voisins de son embouchure, et que si Brème acquittait les frais de cette entreprise , les bénéfices en seraient néanmoins communs aux deux parties. Le Hanovre pourrait effectuer sur ce point les débarquements de son artillerie et de sa cavalerie : il conserverait le droit de défendre l'entrée du fleuve, d'y avoir une batterie, d'y occuper une position militaire, et de jouir dans le port des mêmes avantages commerciaux que les Brêmois. Le négociateur anséate consentit aisément à recevoir à Geestdorf une garnison hanovrienne, parce que Brème se trouvait déjà enclavée dans le système de défense du Hanovre :

les contingents militaires de l'une et de l'autre partie étaient compris dans le même corps d'armée , et devaient, en temps de guerre , être commandés par un même chef. L'acte de la confédération germanique l'avait ainsi réglé , et cette mesure n'était point regardée comme une restriction à l'indépendance; elle tenait au projet de mettre sous la protection générale de l'Empire chaque partie qui serait trop faible pour se défendre séparément. En faisant cette concession au Hanovre, le gouvernement de Brème ne crut pas avoir à craindre un empiétement dejuridiction : il se réserva une souveraineté entière sur le port dont il fit exécuter tous les travaux , et les droits de navigation y furent levés et perçus en son nom.

Ce traite , conclu le 27 janvier 1827, fut immédiatement suivi des opérations nécessaires, pour le creusage du port, les bassins, les digues, les chantiers et tous les établissements maritimes , et l'on eut ensuite à régler par différentes transactions les rapports commerciaux de Brème avec le Hanovre et les autres États voisins. Geestdorf pouvait devenir un entrepôt considérable : les grands navires y abordaient aisément : ce lieu offrait un refuge aux bâtiments qui avaient à attendre des vents favorables pour sortir du Wéser et prendre la mer; et si la navigation du fleuve était quelquefois interrompue, une route de terre faciliterait le transit

VILLES ÀNSÊAflQUES.

dos marchandises , et 1rs ferait librenent arriver jusqu'à lirème.

Les efforts que faisaient les Anséates, pour sortir de la situation difficile ou Paggrandissement de plusieurs autres Ktats les avait places, n'avaient plus pour objet de ressaisir l'ancien rang politique qui leur avait appartenu : tout espoir de puissance était détruit; la prudence devait suppléera la force; et il fallait aux gouvernements autant d'habileté que de pour retenir une partie des avantages dont la Ligue avait autrefois joui. Cette situation a moins d'éclat : mais elle offre encore quelques sujets d'étude; elle nous apprend à mieux apprécier les institutions municipales qui firent longtemps fleurir les villes anséatiques. Ces institutions étaient populaires ; cependant ia puissance démocratique y avait un contrepoids ; et l'on évitait avec soin d'abandonner la marche des affaires aux passions et au zèle irréfléchi de la multitude. Ces remarques seront plus sensibles par un exemple, et nous l'empruntons de la forme de gouvernement que Hambourg a conservée.

Le séii3t de cette république partage les fonctions législatives avec les trois collèges de la bourgeoisie; ces collèges sont celui des quinze oberalten ou anciens, celui des soixante réputés des paroisses, celui des cent quatre-vingts membres du grand conseil.

Lorsqu'une proposition de loi est faite par le sénat, qui jouit du droit d'initiative, elle est suceesssivement examinée par les trois collèges, et pour qu'elle soit mise à exécution il faut qu'elle ait obtenu leur assentiment. Les oberalten font aussi partie du conseil des soixante, de même que ceux-ci sont également membres uu grand conseil. L'influence des petits collèges se conserve ainsi dans les grands : ils continuent de prendre part aux délibérations sur lesquelles ils avaient eu à émettre un premier vote . et il en résulte plus d'unité dans l'action des différents corps de la bourgeoisie.

Si, malgré l'épreuve qu'ont subir les questions examinées et discutées dans les trois conseils, il devient nécessaire de recueillir encore l'opinion de tous les membres de la bour»

geoisie qui ont droit de Noter, ceux-ci ne s'as» mblent pas en un seul corps : on les divise par paroisses, afin de prévenir les réunions trop tumultueuses ; et chacune de ces sections est présidée par un membre des oberalten.

La sage influence de ce dernier conseil se retrouve partout : ses membres deviennent les guides et les modérateurs de toutes les assemblées : i! règne entre eux et le sénat une grande harmonie ; et la bourgeoisie leur abandonne avec confiance le soin de ses intérêts habituels.

L'institution des oberalten et les règles du gouvernement dont ils font partie remontent a l'année 1528; cette organisation suivit de près l'introduction de la réforme relisieuse.

Il y avait alors, dans chacune des quatre paroisses, douze administrateurs de la caisse des pauvres; on forma, en les réunissant, le collège des quarante-huit représentants de la bourgeoisie; ce corps, auquel on adjoignit vingt-quatre autres bourgeois par paroisse , devint le grand conseil , et pour traiter avec eux et avec ie sénat, on plaça entre eux le collège des oberalten /composé des trois plus anciens administrateurs de chaque paroisse. Telle était la première formation des conseils; et lorsqu'on eut établi une cinquième paroisse, le nombre des membres de chaque collège fut accru dans la même proportion. Ce fut sous la garantie de ces diverses autorités que les rapports d'union s'établirent et se maintinrent entre le peuple et le gouvernement.

Le 29 septembre 1828. la république de Hambourg célébra la troisième commémoration séculaire de sa constitution civile et religieuse : les ministres du Seigneur lui rendirent grâces de la prospérité dont l'État jouissait, et appelèrent sur ses habitants les nouvelles bénédictions du ciel : les troupes civiques et régulières prirent

L'UNIVERS

les armes, au bruit d es salves d'artillerie qui annonçaient une fête militaire, et s'assemblèrent autour de leurs drapeaux, où brillaient l'écusson et l'emblème des trois tours gardées par des lions. Des spectacles, des jeux, des fanfares attiraient sur toutes les places la multitude, et des chants civiques se faisaient entendre, pour célébrer la grande fête, dont chaque homme vivant ne devait jouir qu'une fois. Les collèges de la bourgeoisie, les députés des hautes administrations se rendirent à l'hôtel de ville, où M. le bourguemestre Barthels prononça un discours éloquent sur l'objet de la célébration : le président des oberalten, M. Rucker, vieillard de quatre-vingt-cinq ans , parla avec émotion et dignité, au nom de la bourgeoisie entière, et cette allocution touchante produisit une vive impression.

Un banquet solennel, auquel assistaient les sénateurs, les oberalten, les membres du collège des soixante , les députés du grand conseil , les pasteurs , les commandants militaires , les chefs des hautes administrations, s'ouvrit vers le soir : le corps diplomatique y était invité : un député du sénat de Lubeck s'y était rendu, pour prendre partà cette fête de famille; Brème avait adressé ses félicitations, et y avait joint un envoi de vins âgés de plusieurs siècles, et que l'on disait contemporains de la réformation.

La décoration du lieu de la fête, ses ogives, ses arabesques rappelaient les temps antiques auxquels on voulait remonter : la peinture du fond de la salle représentait l'intérieur de la basilique où s'étaient tenues, il y a trois siècles, les conférences des réformateurs. On avait peint, à l'autre extrémité de la salle, les portraits en pied de Charlemagne fondateur de la ville, de St-Anschaire son premier évêque, d'Adolphe de Schauenbourg qui défendit cette place contre Valdemar en 1227, et de Bogenhagen qui fut dans le seizième siècle le promoteur de la réformation et l'auteur de la constitution actuelle. Les statues

de deux chevaliers, revêtus d'une armure d'argent, s'élevaient aux deux côtés de la salle sur des piédestaux, et semblaient saluer les convives, en tenant leurs bannières inclinées : une longue suite de drapeaux était suspendue à la voûte. Les premiers artistes exécutèrent une cantate nationale ; et tandis que l'on s'abandonnait a la joie dans cette réunion solennelle, le sénat faisait distribuer des secours aux pauvres, dans tous les quartiers de cette grande cité : l'alégresse était générale; tous les bâtiments du port étaient pavoises, et la nuit qui survint fut éclairée par une brillante illumination.

L'attachement des Anséates aux institutions qui avaient fait leur prospérité, les disposait aussi à s'intéresser aux efforts tentés par la nation grecque pour recouvrer son indépendance. Lorsque des secours en hommes et en subsides furent recueillis en Europe, pour servir une si noble cause , les Anséates ouvrirent des souscriptions, et il se lit dans leurs ports quelques embarquements, pour cette espèce de croisade , où l'on s'engageait par sentiment de religion et d'humanité. Dès les premiers temps de cette lutte, on avait vu briller dans les rangs de la Grèce de grands citoyens qui rappelaient les héros de ses anciens jours : Canaris, isiiaulis, Botzari avaient attaché leur gloire à la délivrance de la patrie : le sang des plus illustres martyrs avait coulé pour elle; mais elle n'était pas encore affranchie, quand la France, l'Angleterre, la Russie se portèrent pour médiatrices entre la Porte Ottomane et la Grèce : elles cherchaient à mettre un terme à cette guerre d'extermination; et le maréchal Maison, envoyé eu iUoréeavec un corps de troupes françaises, fut chargé de l'exécution de ce grand projet. L'Europe en attendait avec impatience la réussite; et quelques puissances y voyaient une espèce d'expiation de leur indifférence sur les partages de la Pologne.

La Prusse commençait alors h se placer en Allemagne à la tête d'une

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