‹ Villes anséatiquesChapitre 32 sur 51 · VIL M S \ W.\TIQUES · texte numérisé non relu

VIL M S \ W.\TIQUES

grande ligue commerciale, destinée à donner un jour plus d'ensemble

et d'unité ;m système de la confédération germanique. Bile l'attacha d'abord a taire cesser entre elle et ses nombreux voisins des causes habituelles de mésintelligence, en négociant avec eux dei conventions spéciales, sur l'extradition des malfaiteurs qui se réfugiaient d'un paya dans l'autre, sur l'accord à établir entre les autorites de la frontière pour arrêter et punir les délits forestiers, sur la suppression du droit d'aubaine et la libre disposition des héritages, sur la protection à accorder aux droits des auteurs et des libraires, pour empêcber la contrefaçon des œuvres qu'ils publiaient. Des conventions de même nature furent conclues entre d'autres États de la confédération Germanique : ils se rapprochaient les uns des autres par de communs intérêts, par de semblables institutions civiles et commerciales; et l'on doit compter au nombre des causes qui devaient rendre leurs relations plus intimes la libre navigation d»j l'Elbe, du Wéser, du Rhin et de leurs affluents. En mêlant les intérêts des pays voisins de ces grands fleuves, en facilitant la circulation de leurs richesses, et en n'assujettissant leur commerce qu'a des droits plus modérés, moins nombreux et plus réguliers, on faisait tomber les barrières qui avaient entravé leurs communications.

L'irrégularité des limites de plusieurs puissances, et les enclaves des petits États dans les plus grands , rendaient plus difficile la surveillance des douanes et favorisaient les importations frauduleuses : la Prusse, dont les possessions occidentales sont entremêlées à celles de quelques autres souverains , reconnut de bonne heure l'avantage de s'unir commercialement avec eux par un même système de douanes, et par un mode de perception qui fût uniforme. Elle conclut, le 14 février 1828 , avec le grand duché de Hesse, un traité de commerce et de douanes, en vertu duquel la législation prussienne, relative aux

droits d'entrée, de sortie et de transit, devint commune au grand duché.

y fut substituée a eelie que l'on avait suivie jusqu'alors, et y fut mise a •ution pour le compte des deux États, qui partagèrent entre eux, proportionnellement a leur population respective, le produit de la perception des droits. Tout changement ultérieur dans le tarif ne put être fait que du consentement mutuel des deux gouvernements. Les droits d'entrée , de sortie et de transit ne devaient plus se percevoir sur la ligne de démarcation tracée entre la Prusse et le Grand-Duché; et les produits de l'un des deux États pouvaient librement entrer dans l'autre et y être consommés; à la réserve de quelques objets qui se trouvaient nominativement designés.

Le même système d'association commerciale avait commencé à s'établir dans le midi de l'Allemagne. Un traité de commerce et de douanes avait été conclu le 12 avril 1827 entre les rovaumes de Bavière et de Wurtemberg; et les deux puissances avaient supprimé toute espèce de droits sur la ligne de démarcation de leurs États , ■fin de ne laisser subsister leurs douanes que sur les autres frontières. Le Wurtemberg avait conclu , sous la même date, un traité semblable avec les deux branches de la maison de Hohenzollern , dont les domaines étaient presqu'entièrement enclaves dans ses Etats.

L'avantage qui résultait de ces premières réunions fit concevoir le projet de donner à l'une et à l'autre plus de développement; et la Saxe royale, les grands ducs de cette maison, et les autres princes dont les États séparaient les deux associations dédouanes, furent vivement sollicités par la Prusse d'entrer dans sa confédération. Legrandducde Radel'était également par les cours de Bavière et de Wurtemberg : mais alors ils ne se prêtèrent point à leurs demandes :

Bade voulait garder son indépendance ; et la Saxe et les autres Etats intermédiaires formèrent entre eux

L'UNIVERS

une troisième confédération commerciale, et s'unirent par un traité du 24 septembre 1828. Ce traité comprenait la Saxe royale et ses différentes branches, le Hanovre, le grand duché d'Oldenbourg, la Hesse électorale, les duchés de Brunswick et de Nassau , d'autres princes, compris dans cette région, et les villes libres de Francfort et de Brème.

Cette confédération , devenue rivale des deux autres , ne pouvait pas lutter contre elles avec avantage. Celle de Prusse faisait journellement des progrès : plusieurs principautés, enclavées dans ce royaume , s'étaient déterminées à adopter le tarif de ses douanes et la translation de leurs bureaux sur une frontière commerciale qui leur devenait commune. La Prusse, n'ayant pu attirer à elle la confédération centrale , unit alors ses intérêts a ceux de la Bavière; et un traité de commerce fut conclu le 23 mai 1825) , entre la Prusse et le grand duché de Hesse d'une part, et la Bavière et le Wurtemberg d'une autre part.

Le but de ces gouvernements était d'ouvrir entre leurs domaines une grande circulation commerciale. Ils convinrent que les produits de la nature ou de Tart , provenant des États de l'une des puissances contractantes, pourraient être importés dans les États de l'autre, sans y payer aucun droit d'entrée, et qu'ils y seraient librement mis dans le commerce , pour Ja consommation du pays. On excepta néanmoins de cette franchise, les sels marins ou fossiles, les liqueurs fermentées , les farines , et quelques autres denrées qui restaient soumises à des règlements domaniaux , ou à des droits d'octroi , perçus à l'entrée des villes : on en excepta également di • vers produits d'industrie locale, sur la plupart desquels on se bornait à des réductions de droits , ou à leur perception temporaire , afin de ne pas décourager les fabricants, et de ne pas nuire aux privilèges d'invention ou de propriété qu us avaient acquis.

On voulut favoriser le transit des

productions qui passeraient d'un État dans l'autre, pour être ensuite expédiées au dehors ; et l'on convint qu'elles n'auraient à acquitter, comme celles des nationaux eux-mêmes, que les droits de chaussée; établis par le gouvernement local , et les péages de navigation, fixés conformément aux actes du congrès de Vienne.

Les contractants s'engagèrent à mettre plus en harmonie leurs systèmes de douanes , ceux de leurs monnaies et de leurs poids et mesures.

Différents droits, tenant à la police fluviale ou à celle du commerce, furent conservés; mais ils étaient acquittés dans la même proportion, par les sujets de lune et de l'autre puissance.

Pour jouir d'un libre transit, il fallait diriger par des routes déterminées les expéditions du commerce, qui pouvaient avoir droit à cette franchise ; et l'on se proposa de faire un commun règlement, sur le tarif auquel les autres marchandises continueraient d'être assujetties. Tous les ports de Prusse seraient ouverts au commerce des Bavarois et des Wurtembergeois; et ceux-ci seraient assimilés aux Prussiens pour le paiement des droits de navigation. Les consuls d'une des puissances, employés dans les places commerçantes et maritimes, prêteraient leur protection et leur appui aux sujets des autres parties contractantes.

Les gouvernements qui accéderaient dans la suite au système douanier de Bavière et de Wurtemberg , ou à celui de Prusse et de Hesse-Darmstadt, participeraient aux avantages de ce traité. Des plénipotentiaires se reuniraient tous les ans, pour délibérer sur les moyens de le consolider, de lui donner plus d'extension , et d'en rendre l'exécution plus facile : il n'était conclu que pour douze ans; mais on se réservait le droit d'en prolonger la durée.

Plusieurs membres de la confédération centrale espéraient encore se maintenir entre deux associations rivales , et ils conclurent entre eux le

VILLES ANSÉATIQULS.

11 octobre 1829 un nouveau traité d'union et de commerce; mais bienloi cette ligue intermédiaire vint à s'affaiblir : la liesse Électorale s'en sépara , et fit avec la Prusse et le grand duché de liesse- Darmstadt un traite d'accession à leur système de douanes et de commerce. Il y eut entre les contractants une complète uniformité pour les droits d'entrée et de sortie : on convint qu'il n'y aurait entre les trois États aucune ligne de douanes, et que les bureaux en seraient portés sur les frontières extérieures.

Quelque soin que missent les gouvernements de l'association prussienne et ceux de l'association bavaroise à multiplier les relations de commerce entre leurs sujets , ils ne pouvaient pas jouir des mêmes facilités que si leurs territoires avaient été contigus.

Ces deux confédérations, se trouvant séparées l'une de l'autre par quelques États intermédiaires, avaient besoin d'obtenir d'eux un libre transit ; et les faveurs conditionnelles qu'elles désiraient s'accorder devenaient illusoires, si le passage leur était fermé.

La Bavière était d'ailleurs séparée de ses possessions rhénanes; la Prusse l'était également des siennes , et n'avait de libre correspondance avec elles que par des routes militaires qui traversaient d'autres États , et dont plusieurs traités lui avaient assuré l'usage. Ces emprunts de territoire entraînaient des embarras; et l'on désirait s'en affranchir, en attirant les pays intermédiaires dans le même svstème de douanes, et en formant des arrondissements plus vastes^ et dont les lignes de limites fussent plus régulières.

Ainsi l'association douanière du nord et celle du midi cherchaient à se rapprocher l'une de l'autre , et leurs efforts communs tendaient à dissoudre l'association intermédiaire, qui, entourée par de puissants voisins, n'avait aucune espérance de s'agrandir.

Il était même impossible que cette troisième confédération, gênée par les deux autres dans la plupart de ses

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relations avec le dehors, put se cou soliiler et se maintenir. La Prusse était trop éclairée pour ne pas prévoir ce résultat; et lorsqu'elle tonnait ses liens commerciaux, soit avec les États compris dans la première association douanière, soit avec la Bavière et le Wurtemberg , elle ne faisait que préparer un système plus vaste , auquel d'autres États seraient entraînés à se réunir. Une si grande pensée prouve sa prévoyante administration. Cette puissance vit rapidement se développer le plan qu'elle avait conçu, d'embrasser dans un même ensemble commercial une grande partie de l'Allemagne, d'établir autour d'elle une ligne commune de douanes , de supprimer toutes celles qui avaient séparé les uns des autres les différents États de cette association, et d'affranchir leurs communications mutuelles de tous les droits de péage qui n'avaient pas été réservés par des traités.

Pour simplifier les évaluations du tarif de douanes , on devait les rapporter à un même système de monnaies , de poids et de mesures. Le produi t des droits d'entrée, de sortie et de transit, serait réparti entre les contractants , d'après les bases de leur population, dont le dénombrement se renouvellerait tous les trois ans : chaque gouvernement pourvoirait, dans l'étendue de son territoire, aux nominations des receveurs et de tous les agents qui devaient y être employés , ainsi qu'aux frais de perception et d'administration : les comptes en seraient ensuite réglés par un bureau où chacun des États de l'association serait représenté.

Le premier résultat de cette réunion douanière fut de donner une grande activité au commerce intérieur, et de mettre en commun dans un vaste pays les richesses territoriales et manufacturières de chacun des Etats confédérés. La Prusse vit grandir en cette circonstance la considération politique dont elle jouissait : sa puissance en Allemagne suivait une marche progressive; la longue étendue de ses États multipliait ses rapports de

L'UINIVEHS.

voisinage et rie commerce, augmentait son influence , lui donnait une plus grande part à la direction des affaires, et lui réservait peut-être la facilité de faire autour d'elle de nouvelles acquisitions de territoire, si la guerre venait un jour ébranler encore l'Allemagne, et si les grandes puissances belligérantes conservaient l'habitude de ne faire la paix qu'aux dépens des faibles , et de ranger sous leur souveraineté les petits États enclavés dans leur domaine.

Chaque année développait un système de confédération, si habilement dirigé : le grand duché de Bade s'y réunit par un traité du 12 mai 1835, et l'on obtint ensuite l'accession du roi de Saxe et des différents domaines de la Saxe Ducale. Ces derniers États , qui avaient d'abord uni entre eux les intérêts de leur commerce, s'étendaient comme une longue zone entre l'association du nord et celle du midi : ils étaient assujettis sur l'une et sur l'autre frontière à des règlements prohibitifs, et ne pouvaient avoir de libre communication qu'entre les diverses parties de leur territoire. La difficulté de leurs rapports avec les puissances voisines, au milieu desquelles ils se trouvaient enclavés , devenait de jour en jour plus grande; et, pour sortir d'une situation si pénible, ils se déterminèrent à faire partie de l'union douanière et commerciale, dont tous les États furent alors associés les uns aux autres, et comprirent une grande partie de l'Empire Germanique.

L'Autriche avait été invitée à faire entrer dans cette fédération les États allemandsqui lui appartiennent; mais elle ne s'était pas prêtée à un système qui lui paraissait démembrer une partie de ses domaines: elle aimait mieux les rapprocher tous par une commune administration, et sou mettre à un système de douanes qui dépendît uniquement d'elle le commerce des différentes contrées que cette monarchie réunit.

Cependant, à mesure que l'association douanière faisait des progrès,

l'Autriche pouvait prendre quelque ombrage de l'influence que la Prusse exerçait sur cette grande confédération. La Prusse en effet avait entraîné dans ses vues la plupart des États d'Allemagne; sou système des monnaies et des poids et mesures y avait prévalu : il y avait entre tous les contractants identité de langage, 'de mœurs, d'opinion, et tout ce qui peut étroitement unir différents États , et constituer au milieu d'eux l'esprit de nationalité. La Prusse était la puissance qui comptait le plus d'Allemands dans sa population : elle avait dans cette ligue douanière l'avantage du nombre, et celui d'un grand mouvement industriel, que cette association tendait à favoriser. Ce gouvernement avait été plusieurs fois en guerre ou en rivalité avec l'Autriche; et dans cette lutte il avait eu l'habileté de lier souvent sa cause à celle des princes d'Allemagne , de servir leurs intérêts, de soutenir leurs droits. Si l'on se règle sur l'étendue territoriale et sur la population, cettepuissance était la seconde de l'Empire; mais depuis l'avènement du grand Frédéric elle en avait plusieurs fois occupé le premier rang, soit par ses succès militaires, soit par le rapide développement de son industrie et de son commerce.

Dans la dernière guerre, la Prusse, séparée de l'Empire et réduite a ses propres forces , avait été accablée par celles de la France; mais plus elle avait éprouvé de désastres, plus le mouvement de réaction de l'Europe entière lui était devenu favorable :

elle avait su profiter des avantages de sa nouvelle situation , pour agrandir son influence en Allemagne, et pour y redevenir plus puissante.

En voyant se former entre les principales parties de l'Empire une confédération dont les membres s'accoutument à mettre en commun leurs ressources, leur commerce, et la plupart de leurs règlements et de leurs institutions , on serait porté à croire qu'un jour de si nombreux, liens les conduiront à l'unité de gouvernement et à la souveraineté d'un même chef;

car cette tendance a la réunion de plusieurs Etats et a la concentration du pouvoir s'est manifestée dans tons les

pays: mais les prévisions politique!

ont ('te si souvent déçues, qu'il serait

fieut-ètre oiseux de s'engager ici dans es combinaisons et dans les hypothèle l'avenir.

La Prusse a, sur toutes les autres puissances de l'association douanière, l'avantage de leur procurer plusieurs ports sur la Baltique : elle ouvre ainsi de plus vastes débouchés à leur commerce ; et si cette confédération désire avoir un jour des forces navales, les mêmes ports lui offriront cette facilité : la Prusse sera sans doute intéressée au développement d'une puissance maritime, si intimement unie à la sienne.

Faisons au reste remarquer que le Hanovre, Brunswick et le grand duché d'Oldenbourg n'ont pas suivi l'exemple de la Saxe lorsqu'elle s'est réunie aux deux autres confédérations; et que le Holstein , les grands duchés de Mecklembourji, et les villes anséatiques, se sont trouvés également placés hors des limites de l'association douanière. Cette situation locale leur conservait plus d'indépendance; et les Anseatrs, dont nous avons à nous occuper spécialement, se bornèrent à conclure des traites et d'autres transactions avec les différents membres de la grande union. Mêlés à la plupart des expéditions maritimes et commerciales de l'Allemagne , ils cherchaient à les favoriser, sans néanmoins s'engager dans une association qui leur aurait laissé moins de liberté.

Les actes du congrès de Vienne et ceux des diètes qui ont organisé l'Empire d'Allemagne, y ont assuré l'existence des villes anséatiques : ils les ont mises au rang des Etats de l'Empire; et la neutralité et l'indépendance des trois républiques ont été regardées comme utiles au commerce de cette partie du continent.

L'Allemagne y forme ses entrepôts, la circulation dés marchandises y est favorisée par la libre navigation de l'Elbe et du Wéser, ou par celle de la

Baltique : on peut, dans les guerres mêmes de l'Empire, ne pas y craindre d'hostilités; et tandis que les autres par ties de l'Allemagne étaient ravagées, des négociations s'ouvrirent quelquefois dansées lieuxd'asilc pourrendrela paix à ^Europe. N'est- il pas de l'intérêt du commerce, de la politique et de l'humanité, de conserver à ces gouvernements paisibles leurs plus beaux privilèges, de n'embarrasser par aucune autre association celle qui les unit entre eux depuis six cents ans, et qui avait autrefois rallié sous la bannière anséatique un si grand nombre de villes?

Nous avons indiqué à plusieurs reprises la part que prirent les Anséates au développement des sciences et aux progrès de l'esprit humain. Ce vaste théâtre s'est graduellement réduit à quelques villes; maison y voit encore briller des noms éclatants. L'amour des lettres était entretenu à Hambourg par d'illustres exemples : l'auteur de la Messiade avait passé dans cette ville les trente dernières années de sa vie , il y mouruten 1803; et une inscription gravée sur la façade de la maison qu'il avait habitée fut un dernier hommage rendu à son génie. On avait également consacré, comme but de promenade ou de pèlerinage littéraire, un arbre antique , voisin de la route de Habstehude, et à l'ombre duquel Hagedorn avait composé une partie de ses ouvrages : un siège circulaire entourait la tige vénérable, et les admirateurs du grand poète venaient y lire encore les productions variées de sa vive et féconde imagination.

La gloire poétique ne se transmet point par héritage : elle est sans aïeux comme sans postérité; elle est le fruit d'une inspiration divine qui va, de siècle en siècle , animer quelques hommes favorisés du ciel. Mais la littérature a d'autres carrières qu'il est honorable de parcourir; et, sans prétendre au même genre de célébrité , plusieurs personnages remarquables se firent un nom dans les lettres et les sciences , et consacrèrent spécialement leurs études à la patrie. Otto Giseke écrivit

L'UNIVERS

en 1792 une histoire de Hambourg, et le docteur de Hess fit paraître en 1810 un ouvrage beaucoup plus étendu sur sa topographie , sa politique et son histoire. Une nouvelle chronique de cette ville fut publiée eu 1820 par le professeur Zimmerman, et un manuel de sa constitution le fut en 1828 par le professeur Buek. Le même sujet avait occupe M. le bourgmestre Barthels, déjà honorablement connu par d'autres écrits ?ur les intérêts de son pays, et par ses lettres sur la Calabre et la Sicile. Le docteur Lappenberg continuait ses savantes recherches sur les annales de Hambourg et sur les actes de la Ligue Anséatique : le professeur Lehman, directeur du jardin botanique, répandait sur l'histoire naturelle de nouvelles lumières :

Ebeling avait publié, en 1810, une géographie de l'Amérique du nord, de ce pays dont les descriptions vieillissent promptement, et dont on aime à suivre l'accroissement progressif et les hautes destinées.

Parmi les hommes à grandes vues et au noble cœur, qui eurent une influence marquée sur les progrès des institutions sociales, on doit citer le baron de Vogt, vieillard vénérable, qui avait visité les villes d'Europe les plus renommées par leurs établissements d'instruction publique, de bienfaisance et d'humanité, et qui parvint à faire adopter dans sa patrie les améliorations dont il avait vu l'exemple. Il ne rechercha point les magistratures, mais il exerça le pouvoir que donne le génie du bien : il fut souvent consulté sur les moyens d'adoucir lesort des classes indigentes; et après avoir été recherché et répandu dans les rangs les plus élevés de la société, il vint dans sa retraite de Flotbeck, près de Hambourg, suivre son goût pour les lettres, jouir de la prospérité des établissements qu'il avait formés, et s'approcher sans trouble du terme d'une longue carrière qu'il avait dignement parcourue.

La ville de Brème s'honorait alors des travaux d'un autre vieillard, du

docteur Olbers, célèbre par ses connaissances et ses découvertes en astronomie. La planète de Cérès avait été trouvée parPiazzi en 1801, dans l'aile boréale de la Vierge; et ce fut dans la même constellation qu'Olbers aperçut en 1802 celle de Pallas. Leur distance au soleil et la durée de leurs révolutions ont si peu de différence, qu'Olbers leur attribuait une commune origine: il supposait qu'une planète s'était brisée sur ce point, soit par l'effet d'une explosion, soit parla rencontre d'un autre corps céleste ; et que ses débris, écartés les uns des autres par la violence de l'éruption ou du choc, mais entraînés encore par un même mouvement de rotation , conservaient dans le système planétaire leur circulation, et devaient revenir au même nœud, soit dans l'aile de la Vierge, soit dans la constellation de la Baleine. Ce modeste savant , auquel nous aimions à rappeler que les cieux racontaient sa gloire , attribuait à la fortune sa première découverte ; mais il nous déclara qu'il avait été amené, par ses hypothèses et ses calculs , à chercher une seconde planète dans la région où il rencontra effectivement en 1807 celle de Vesta.

Tel est l'attrait de ces hautes contemplations, que l'illustre octogénaire passait dans son observatoire quelques heures de chaque nuit : les fatigues de l'âge lui avaient fait abandonner l'exercice de la médecine et les soins de la terre; il s'était réservé les merveilles du ciel.

Tandis qu'il s'élevait à ces spéculations, AI. Schumacher, astronome danois, résidant à Altona, appliquait à de grandes opérations géodésiques les calculs de l'astronomie , et traçait avec précision les éléments d'une carte de Danemark , dont la construction lui était confiée. Pour en déterminer les premières bases trigonométriques, il établit un de ses angles au sommet de la tour de Saint-Michel ; mais elle est si légèrement bâtie , que les vents lui faisaient éprouver des oscillations nuisibles à la justesse des calculs ; et, pour éviter ce genre d'erreurs, il

fallut chercher un autre point plus immuable.

Les villes anséatiques furent souvent visitées par les savants étrangers qui avaient dans Cette partie de l'Kurope leurs correspondants. Noua remarquons à cette époque les voyages du célèbre physicien sir Uumphrie Davy;du capitaine Sabine, plusieurs t'ois attache aux grandes expéditions des mers polaires, qui s'étendent au nord de I1 Amérique; de John Franklin, qui en parcourut les rivages glacés; du docteur Julius, connu par ses travaux philanthropiques pour l'amélioration du régime des hôpitaux et des prisons; de l'illustre de Humboldt , qui allait faire succéder à ses grands ouvrages sur les deux Amériques d'importantes explorations en Sibérie. Les naturalistes visitaient à Hambourg le cabinet minéralogiquede M. deStruve, ministre de Russie; les artistes, plusieurs recueils de gravures et de tableaux; les botanistes, de riches collections de plantes exotiques. L'étude des langues y était en honneur, et chaque idiome européen y trouvait aisément des interprètes : la connaissance de plusieurs littératures étrangères y était répandue : le théâtre, qui peut, lorsqu'il est bien dirigé, polir les mœurs, corriger le vice, écarter le ridicule, était devenu un des plus nobles délassements de la classe éclairée.

Une ville qui doit au commerce les progrès de sa prospérité se borne pendant longtemps à favoriser les établissements utiles, et les travaux qui préparèrent sa grandeur; mais l'acquisition des richesses, la culture de l'esprit, le goût des voyages, le penchant à adopter tout ce qui peut embellir la vie, conduisent par degrés à la cuituredesbeauxarts, et apprennent à en sentir le prix. Si leur première destination est de concourir à l'ornement des temples, des grands édifices et des monuments publics, les simples habitations leur sont ouvertes ensuite, et les citoyens leur doivent de douces jouissances.

Il s'était forme à Hambourg une

reunion d'amis des arts , dont le but.

était d'encourager l'émulation des artistes par d'honorables suffrages et par des récompenses. On avait ouvert en 182G une première exposition de tableaux : elle se renouvela, trois ans après, avec plus d'éclat. Dresde, Munich , Berlin , toutes les grandes villes d'Allemagne où l'on cultive les arts avec succès, avaient envoyé quelques ouvrages de leurs peintres et de leurs statuaires, et plusieurs artistes anséatiques se firent remarquer dans ce concours. C'était pour Hambourg un nouveau spectacle : il attirait la foule, il lui apprenait à comparer, et à se former par degrés à l'amour du beau.

Un instinct naturel aide à le discerner; on s'arrête bientôt devant les meilleurs ouvrages; et une partie de ceux qui étaient le mieux accueillis pendant l'exposition furent achetés par la Société des amis des arts , pour être ensuite mis en loterie, et pour enrichir les collections qui commençaient à se former.

Un peintre du premier ordre, Overbeck, jouissait alors d'une juste célébrité : né à Lubeck en 1789, il avait commencé ses études à Vienne, les avait perfectionnées à Rome, et avait envoyé à sa ville natale son beau tableau de l'entrée de Jésus à Jérusalem; composition capitale, où la naïveté des figures, leur caractère, leur expression , et la simplicité des poses et des draperies, sont un des plus beaux types de l'école allemande, perfectionnée par la correction du dessin, par le choix d'une belle nature , et par une plus grande souplesse dans les attitudes et les mouvements.

Ne soyons pas surpris que le génie des arts aille d'abord se développer vers le Midi, où il est animé par les beaux spectacles qui l'environnent, où la nature brille dans tout son éclat, où la vie semble avoir plus d'expansion, où les monuments anciens et la découverte des statues qui les ornaient nous offrent encore de si parfaits modèles. D'autres grands artistes, nés sur les bords de la Baltique, allèrent chercher en Italie de nouvelle?

L'UNIVERS

inspirations, et concourir par leurs ouvrages à l'illustration de leur patrie : Sergel, le grand sculpteur suédois, avait de dignes successeurs : les bas-reliefs deThorwalsen devaient un jour embellir à Copenhague le palais des rois. Chaque artiste, formé par les grands maîtres qui l'avaient précédé, revenait exercer dans son pays une influence favorable aux propres et au goût des arts. Ce goût s'étendait de proche en proche: les villes anséatiques participaient à ce grand mouvement; et comme elles avaient souvent donné de nobles exemples aux autres pays, elles aimaient aussi à emprunter d'eux tout ce qui pouvait contribuer à la prospérité, à l'ornement, aux douceurs de la vie sociale.

Cet échange de vues , de connaissances , d'opinions , qui se fait entre les peuples civilisés , et qui les amène par degrés à une espèce de niveau intellectuel, est le résultat heureux et inévitable de l'activité de leurs relations , et de ces nombreux voyages occasionnés par le commerce, par les loisirs de la paix, et par tous ces intérêts qui rapprochent les sociétés, et leur font un besoin de s'entre-secourir.

Les villes anséatiques se trouvent

()lacées sur la route des voyageurs de 'occident et du midi de l'Europe, qui vont visiter les contrées du nord : ils aiment à s'y arrêter, à les connaître, à les comparer à ce qu'elles furent autrefois ; et s'ils ne les voient plus jouir exclusivement de leurs anciens avantages commerciaux, ils ne regardent point cette situation comme un état de décadence qui puisse leur être imputé. Le commerce, dont les A nséates avaient eu le monopole, s'est graduellement étendu dans les pays civilisés : ses bienfaits ont été mis plus à la portée de toutes les populations; et, après avoir été longtemps concentrés dans les villes de la Hanse, ils se sont répandus dans toutes les contrées environnantes ; semblables à ces bienfaisantes eaux qu'un bassin réunissait, et qui s'épanchent ensuite,

par d'innombrables canaux d'irrigation, dans les plaines qu'elles doivent fertiliser.

L'affluence des étrangers qui se renflaient a Lubeck était considérable, depuis qu'il s'était établi dans cette ville plusieurs services réguliers pour la navigation de la Baltique; et ce concours fut encore plus grand lorsque les bâtiments à vapeur vinrent accélérer les traversées de Lubeck à Copenhague, à Stockholm, ou à Saint- Pétersbourg.

L'emploi de la vapeur, appliquée soit à la navigation, soit aux chemins de fer , accoutume à se rendre avec tant de rapidité à sa destination , que l'on prend l'habitude de ne pas s'arrêter dans les lieux intermédiaires. Le commerce, qui les enrichissait à son passage, se concentre bientôt dans les villes placées aux extrémités : la fortune s'attache aux lieux où il vient lui-même se fixer ; le marché se déplace, de même que la population ; et la distribution des habitants d'un pays ne s'y fait plus dans des proportions semblables : la classe commerçante gagne les villes principales, et les anciennes stations de transit sont négligées, à moins qu'elles ne soient encore animées par l'industrie et le mouvement des manufactures.

Mais sans doute ces déplacements commerciaux n'atteindront pas les villes anséatiques : chacune d'elles devient un lieu naturel de départ ou d'arrivée, auquel commencent ou aboutissent de grandes expéditions commerciales. Ces nobles cités reçoivent et échangent les tributs de la mer et de la terre : elles doivent à leur indépendance le bien-être dont elles jouissent; et nous répéterons ici , en l'appliquant à chacune d es. villes anséatiques, le vœu qui fut exprimé à celle de Hambourg, dans sa dernière fête séculaire : Puissent la paix, la fortune, la gloire, lui conserver la force, la prospérité, la splendeur!

La population de Lubeck, cette ancienne capitale de la confédération, avait été beaucoup plus nombreuse, et ses priucipaux établissements pu«

TILLES ANSEATIQUES.

fcfiCx remontent à B6S plus belles époques. (>n remarque, parmi les monuments de son antiquité et d grandeur, ses premiers édiGœs religieux, l'arsenal, la bourse, les chantiers de construction , les magasins maritimes et commerciaux , ou l'on dépose encore toutes les marchandises des bords de la Baltique.

autrefois les archives de la Dicte Anséatique forent établies a Lubeek :

la plupart ont péri au milieu des ravages de la guerre ou de l'incendie :

d'autres ont été disséminées dans les différentes villes de la Hanse; mais plusieurs hommes, reeommaiulubles par leurs lumières, se sont attachés à les recueillir. Les uns appartiennent aux villes anséatiques, comme Krantz, Sartorins , M. Lappenberg, et ils ont été soutenus dans leurs laborieuses recherches par le désir de rendre hommage à leur patrie, et de perpétuer le souvenir des actes qui l'ont honorée : d'autres, tels que Fischer dans son histoire du commerce, et M. Pardessus dans ses savantes observations sur la législation maritime des différents siècles , ont donné une plus grande étendue à leurs tableaux et à leurs remarques.

Éclairés par de si lumineux ouvrages, mais ayant à considérer sous d'à titres points de vue le sujet historique dont nous nous sommes occupés, nous désirons que nos travaux aient également pour résultat de consacrer la gloire que la Ligue Anséatique a si justement obtenue. Ses illustres cités offrent une longue suite de grands exemplesqui méritentd'être conservée, et dont les traditions doivent être fidèlement transmises aux générations

suivantes, comme titres d'honneur et objets de vénération.

•vices que cette ligue rendit au moyen âge ont laisse des traces que le temps na [Kimt effacées, et Ion peut regarder comme une faveur réservée aux bonnes lois, la conservation des villes qui ont survécu a cette grande confédération. L'Allemagne entière avait été ébranlée dans B6S fondements , et une partie de ses antiques établissements s'était écroulée; lorsqu'au milieu de ses ruines s'éleva l'indépendance de quelques villes, dont les gouvernements furent assez sages, assez habiles pour éviter tous les périls de leur situation, et pour rester fidèles aux institutions qui les avaient protégées longtemps. Déchues de la puissance, elles maintinrent leur activité commerciale : n'ayant plus à combattre, elles négocièrent; et les succès que les armes ne leur promettaient plus furent le prix de leur prévoyance et le résultat de leurs traites.

C'est par de tels avantages que s'affermit la prospérité des Etats; et nous en avons souvent trouvé la preuve en suivant les annales des villes anséatiques à travers les différentes révolutions qui s'accomplissaient autour d'elles. Si d'autres peuples nous ont offert, par intervalles, des traditions plus éclatantes, ils ont aussi éprouvé plus de vicissitudes dans leurs destinées, et quelques-uns d'entre eux n'existent plus. La puissance n'est donc pas la plus sûre gardienne de la durée des États; et la prudence et la justice peuvent donner aux faibles des principes de vie qu'épargne le temps.

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