DES MAÎTRISES ET DES JURANDES
On a pu remarquer, dans le cours du moyen âge , comme on l'a fait à d'autres époques , que l'opinion des peuples sutit par intervalles de puissantes révolutions, dont le mouvement se communique rapidement d'un pays à l'autre, et tend à entraîner vers un même but toutes les nations qui avaient des rapports entre elles.
Cet empire de l'opinion, qui se propageait d'une manière irrésistible et qui créait la puissance des villes, en affaiblissant celle des souverains, contribuait aussi à fonder sur les mêmes principes l'organisation municipale des différentes cités : elles s'érigeaient en républiques ; et si des querelles y survenaient encore entre les magistrats et le peuple, entre les riches et les pauvres, ces débats étaient généralement favorables à la démocratie :
chaque parti, après avoir épuisé ses
L'UNIVERS
forces dans une guerre intestine, où il faisait quelquefois intervenir les étrangers, signait avec ses adversaires une trêve ou une réconciliation.
Leschangements de règne et même de dynastie, dans les États dont ces villes relevaient encore, n'altéraient pas les institutions civiles qui réglaient les droits des personnes et qui s'appliquaient à leurs contrats, à leurs propriétés, à tous leurs autres intérêts : les suzerains pouvaient être changés par la conquête, sans que l'organisation des villes en souffrît. Souvent même elles voyaient dans ces mutations un moyen d'étendre leurs privilèges. Si elles se trouvaient placées entre deux adversaires qui désiraient les ménager également , elles cherchaient à obtenir de chacun d'eux un accroissement de prérogatives : chaque concession devenait un point de départ pour arriver à d'autres privilèges , et les améliorations se succédaient , tant qu'il restait à espérer de nouveaux avantages. Ce fut ainsi que se dévelop-
{)èrent par degrés les principales viles du nord auxquelles la ligue anséatique dut son origine et ses premiers progrès.
Les guerres du Danemark avec les comtes de Holstein, qui étaient alors maîtres de Hambourg , avaient exposé cette ville à changer plusieurs fois de domination : elle fut prise en 1223 par le roi de Danemark , qui en céda la propriété au comte Albrecht d'Orlamunde; et les Hambourgeois ayant acheté de ce prince leur affranchissement, modifièrent la forme de leur administration. Les chances de la guerre ramenèrent bientôt dans cette place les comtes de Holstein , et Hambourg obtint d'eux la confirmation de ses nouveaux privilèges : on peut faire remonter à cette époque l'affermissement de son indépendance.
Lubeck avait également appartenu aux comtes de Holstein, auxquels elle s'était volontairement remise en 1 192, pour se soustraire à la domination de Henri le Lion, duc de Saxe. Le roi de Danemark s'en empara dix ans après ; mais cette ville, fatiguée du joug de
Waldemar, envoya en 1220 une dépu tation à l'empereur Frédéric H , pour recourir a s'a protection et redevenir domaine immédiat de l'Kmpire. Ces envoyés rapportèrent des lettres de Frédéric, adressées a l'archevêque de Brème et aux autres princes et seigneurs voisins, pour qu'ils rétablissent à Lubeck et dans leurs propres domaines L'autorité impériale.
Dès que le roi de Danemark eut connaissance de, cette résolution , il leva une armée, et s'avança vers la place, pour faire rentrer dans le devoir les habitants qui avaient chassé de leurs murs la garnison danoise ; il avait pour auxiliaires les troupes du Dittemark et du Limbourg : mais Lubeck se mit en état de défense : les princes appelés à son secours parurent à la tête de leurs troupes, et le commandement général en fut confié au comte de Holstein, Adolphe IV, auquel la ville de Hambourg devait déjà sa délivrance.
Le 22 juillet 1227, jour de la Sainte-i\Iagdeleine,les deux armées en vinrent aux mains près de Bornhœft.
Cette bataille allait décider du sort de Lubeck , et la fortune se déclarait d'abord contre ses défenseurs qui, ayant le soleil devant les yeux , étaient comme aveuglés-par ses rayons ; mais l'intervention d'un nuage les sauva.
Les troupes du Dittemarck, peu attachées aux Danois , se séparèrent d'eux pendant l'action ; et les bonnes dispositions prises par le comte de Holstein assurèrent la victoire aux Lubeckois et à leurs alliés. Le duc de Lunebourg fut fait prisonnier, et le roi de Danemark s'échappa avec peine du champ de bataille, en montant sur le cheval d'un de ses serviteurs. Les légendes des couvents ont rapporté que , dans cette journée sanglante, Marie-Magdeleine avaitétendu son manteau devant le disque du soseil , pour prêter une ombre favorable aux guerriers armés pour la cause juste : cette croyance était conforme aux opinions religieuses du siècle, et, sous ce rapport, nous l'avons crue digne d'être rapportée.
\ Il 1 I s A.NS1 LT1Q1 ES.
Ce mémorable succès rendil .1 Lubeok mi privilèges, son gouvernement et le titre de ville impériale qu'elle n'a jamais perdu depuis ; mais
il ne désarma pas ses ennemis; et Waldemar il lit de nouveaux efforts pour troubler dans la Baltique et dans la mer du Nord le commerce de Lunées, et celui de Hambourg dont, les intérêts étaient étroitement liés.
Lubeck fut attaquée de nouveau parles Danois en 123-4; mais elle parvint à leur résister seule, et gagna contre eux une bataille navale. La croisade entreprise par Adolphe IV, pour soumettre et convertir les païens de Livonic, suivit de près ces événements : les forces maritimes de Lubeck, de Brème, de Hambourg, eurent part à cette expédition, et affermirent en Prusse l'établissement de l'Ordre teutonique, qui fut chargé d'accomplir l'entreprise commencée.
Adolphe voulut alors acquitter un vœu (ju'i! avait fait au milieu de la bataille de Bornbœft : il déclara en 1240 aux états du Holstein sa résolution d'abdiquer et de se consacrer à la vie religieuse : ii vint se renfermer à Hambourg dans un couvent de franciscains qu'il avait bâti; et après y avoir accompli, pendant deux ans, dans une rigoureuse pénitence, tous les devoirs du noviciat , il lit à pied le voyage de Rome , et sollicita du pape Innocent IV les dispenses qui lui étaient nécessaires, comme marié et ancien homme de guerre, pour recevoir les ordres sacrés. Revenu dans le Holstein, il fut ordonné prêtre, célébra sa première messe dans un couvent qu'il avait érigé à Bornhocft, et se retira ensuite dans un autre monastère à Kiel : ce fut là qu'il attendit la mort, avec une profonde humilité, et sans jamais avoir paru regretter les grandeurs humaines. Son épouse avait elle-même embrassé, depuis 1246, la vie religieuse, et avait fondé près de Hambourg le couvent de Harvestehwde , où elle acheva sa carrière.
Il n'était pas rare de chercher alors à terminer ses jours dans une pieuse
retraite. C'était pour les coupables un lieu d'expiation; c'était pour les
consciences pures un abri contre les
tentations du siècle; et comme les esprits enthousiastes se portent BJsénient aux partis extrêmes, on s'attn-
chait de préférence a la règle la plus rigoureuse. Celle de saint François d' \ssise s'était nouvellement introduite : elle prescrivait une renonciation complète à tous les biens : elle imposait l'obligation de ne vivre que d'aumônes, et faisait regarder ce dernier terme d'humilité comme le comble de la perfection chrétienne. La charité publique vint en aide à ces pieux cénobites ; et dans un temps où les autres ordres religieux commençaient à se relâcher, les hommes timorés embrassèrent avec ardeur celui qui ordonnait le plus de privations.
Adolphe avait été le bienfaiteur de Hambourg; il avait étendu son territoire, ses privilèges, il lui avait assuré l'indépendance de son administration municipale, et la ville fit ériger sur une de ses places publiques un monument à la mémoire de ce prince. Quelles qu'aient été ensuite les vicissitudes des événements, la reconnaissance a fait respecter cette image : on aime à rencontrer, dans le cours des générations qui se succèdent, quelques familles dont le nom traverse honorablement les siècles, et qui doivent à de grands actes de bienfaisance l'hommage qui leur est rendu.
Lorsque Adolphe IV eut abdiqué , Hambourg obtint du comte Jean son (ils et de la régence établie pendant la minorité de ce prince , la confirmation de toutes ses prérogatives. Sa population, son commerce faisaient de rapides progrès , et ses franchises attiraient un grand nombre d'étrangers, qui l'enrichissaient de leur industrie : Hambourg et Brème se faisaient remarquer par l'activité de leuTS"1al^fîqiies ; celles de la bière étaient particulièrement encouragées ; on comptait à Hambourg jusqu a cinq icenls brasseries. La bonté de leurs
L'UNIVERS
produits les faisait rechercher dans toute l'Allemagne, en Hollande, en Angleterre, dans le nord de la France, où l'usage du vin était plus dispendieux et moins répandu; et cette branche d'industrie devint pour Hambourg et pour Brème l'objet d'un monopole qu'elles ont conservé pendant plusieurs siècles.
Aussi longtemps que dura l'isolement des villes commerçantes, elles furent exposées aux attaques des États plus puissants. Les richesses dont ellesjouissaient faisaient convoiter leurs dépouilles : souvent elles n'obtenaient que par des sacrifices pécuniaires la conservation d'une paix nécessaire au maintien de leurs relations ; l'esprit militaire y était moins favorisé que celui du commerce : on recherchait la protection d'un prince, \ pour s'épargner les embarras de sa , propre défense. CepejidanJ.jûn__ay ait / plusieursjois reconnu rjnsuffisance d'jun s^côursIeEanger :"TïâLÎnEûiirg , attaquée brusquement et à l'improviste, avait~eTé saccagée plusieurs fo]s; Lubeck et d'autres villes, réduite.s à leur territoire, avaient éprouvé le même sort : les auxiliaires arrivés trop tardj)our les ITëcôurlr ne pouvaient plus que les venger : il fallait qu'une cité se relevât de ses ruines ; et ses pertes étalent à peine réparées que le danger d'une attaque se renouvelait. On reconnut enfin le besoin de fonder sur un autre système le principe de sa force, et d'unir pour une commune défense les villes dont les intérêts et les périls étaient les mêmes.
Hambourg etLubeck, habituellement exposées aux attaques de leurs voisins, ne pouvaient pas recourir à l'appui de l'empereur frédéricll, carses propres domaines étaient si violemment troubles qu'il n'aurait pudonner à ces villes aucun secours. Alors elles prirent la résolution de chercher dans leurs propres ressources une autre garantie et de concerter leurs moyens de défense, sans rompre les liens qui les attachaient à l'Empire germanique. Le traité d'alliance et de commerce qu'elles conclurenten 124Ï7le"vTnTForigine
de cette confédération qui embrassa
qui i(I n<
successivement un grand nombre de villes, et qui obtint tant de célébrité sous le nom de Ligue Anséatique.
Hambourg se chargeait d'établir jus: qu*5"Ta Trave la sûreté des communications entre les deux villes , en purgeant la route de terre des brigands qui l'infestaient : elle devait aussi protéger la navigation de l'Elbe contre les pirates. Lubeck avait à soutenir la moitié de cette dépense : les deux villes s'engageaient à se prêter un mutuel secours pour le maintien- "de leurs libertés , et à veiller en commun à* Fa prospérité de leur commerce.
Leurs Ttoues^s'étant réunies attaquèrent en~T23fj~ee"ïïe d'Erïc~TI7roi de .l^an^emarkTTnèTravag^rentTes côtes de ce royaume, s'emparèrent de la forteresse de Heckinbourg, firent une descente à Copenhague, forcèrent Eric à fajre la paix , et obtinrent pour leur comnierce^e nombreux privilèges.
' La^J^dëyt^njeTTnji entretenait avec TTambourg et Lubeck des relations amicales, fit bientôt un traité d'aUian£e a.vec 1'»"^ et l'autre :.cejje de Brunswick entra clans l'association ; et^céTpremiers confédérés attirèrent da'ns leur union d'autres villes, dont le commerce avait besoin du même genre de sécurité. Wisraar, Rostock, Stralsund, Grypswald, qu'on nommait les villes des Vendes, demandèrent avec instance à faire partie de cette ligue : leur accession allait fournir un supplément de fonds, de soldats , de vaisseaux ; et en peu d'années on vit s'accroître la hanse teutonïque dont les premières bases venaient d'être établies.
Quelques indications sur l'origine des cinq dernières villes que nous venons de désigner, et qui s'empressèrent de s'adjoindre à la ligue de Lubeck, Hambourg et Brème, nous feront mieux connaître l'importance qu'elle acquit rapidement.
JBXJULUâwjck , Brunonis vicies, passe pour avoir été bâti par Brunon, fils d'Adolphe, duc de Saxe. Henri l'Oiseleur y résida , et lorsque son fils Othon le Grand céda le duché de Saxe à Her*
man Billing, il rrlint pour lui et ses successeurs la ville de Brunswick : elle était libre el impériale; on ) tenait tous [es ans une grande foire,. OÙ se rendaient tes nïïïrcÏÏanHsTes^çfintreFs voisines.
^jsmar, dans le pays de Mecklembourg, n'était, vers le dixième siècle, qu'un grand village. Le comte de Schwérin y transporta en 1232 les habitants de la capitale de cette province, et les immunités qu'elle obtint favori sèrent son commerce. AVismar était en 126C au nombre des villes anséatiques ; et lorsque la lague eutà réunir ses forces maritimes , elles sassemhlèr e n t souvent dans ce port .
Bostock , situé sur laTVarna , à une lieue de son embouchure dans la mer Baltique, remontait au quatrième siècle; mais il ne fut longtemps qu'un village occupé par des pécheurs; les rois de Danemark s'en emparèrent; et ce lieu, devenu plus considérable, obtint les droits de cité : cette ville, dont le
}>ort est "NVarnemunde, jouissait de la îaute, moyenne et basse juridiction.
Stralsund, capitale de la Poméranie, avait reçu son nom de la petite île de Stral et" du Sund ou détroit qui la séparedu continent. Les Danois bâtirent cette ville en 1211, après la ruine d'Arcona , située dans l'île de Rugen : elle devint ensuite libre et impériale , acquit le droit de battre monnaie , et ne fut tenue dans les guerres de l'Empire qu'aux charges et aux services nécessaires à sa propre défense.
Grypswald dut à la pêche du hareng et d e l'esturgeon ses premiers accroissements : le départ pour la pécne y était toujours accompagné de cérémonfes religieuses , et l'on célébrait la messe des mariniers, pour attirer sur leurs entreprises les bénédictions du ciel : des sources d'eau salée coulaient dans le voisinage, et la fabrication du sel y devenait habituellement utile- à la préparation du poisson , au comrilerce et a la consommation dès habitants et de leurs voisins.
D'autres villes , également situées sur les rives méridionales de la Baltique, furent entraînées par l'exe'mple de
celles que nous venons de rappeler, et s'adjoignirent bientôt a une confédération si favorable à leur prospérité.
la position de Lubeck eu faisait le principal êntrepôi du commerce de la Prusse, de la Livonie, de la Russie avVc l'Europe occidentale. Les marchandises arrivées fous ceTfe ville étaient ensuite dirigées vers les plages de l'Océan et surtout vers les grands lleuves de l'Allemagne. Celles que l'on transportait à Hambourg pouvaient aussi être expédiées par la voiede terre : cette ligne était beaucoup plus courte; on pouvait même l'abréger encore en (luvranTg^ferTETB^ët la Trave un canal , qui fut effectivement creusé , et qui ne fut ensuite dégradé et aboli que par la jalousie commerciale des souverains dont il traversait le territoire.
Les passages des Belts ou du Sund ,
Sue l'on avait à franchir pour entrer ans la mer du Nord, accoutumaient la marine de Lubeck à une navigation souvent orageuse : on cherchait à multiplier les points de relâche dans le Danemark , la Suède et la Norwége :
c'étaient à la fois des lieux d'abri pour la navigation et des marchés ouverts au commerce. De nouveaux centres de population venaient à se former ; et ces bourgs , devenant plus industrieux et plus riches, influaient habituellement sur le bien-être et la sociabilité des pays voisins. Chacune de ces places , encore trop faibles pour se défendre, était quelquefois exposée aux incursions d'un ennemi et à des changements de maîtres; mais en pliant sous la nécessité, elle acquérait néanmoins quelque ascendant moral sur ces gouvernements variables et passagers : ceux-ci se croyaient intéressés à ménager les établissements que l'industrie et le travail avaient formés :
des règles, des institutions favorables au maintien de l'ordre public paraissaient l'être également à celui de l'autorité souveraine; et les citoyens, les artisans devenus plus laborieux, plus paisibles, portaient moins ombrage à leurs dominateurs, lorsque ces villes parvinrent à obtenir des immunités et des franchises.
L'UNIVERS
Cette transition fut progressive et les moyens n'en furent pas uniformes :
on cherchait , dans chaque lieu , à tirer parti de la position des gouvernements : on s'efforçait plutôt d'user les résistances que de les vaincre; et Ton achetait par des sacrifices pécuniaires d'autres privilèges plus importants.
Une ville agrandissait Insensiblement son territoire, établissait sa juridiction Propre, obtepa'l; flfjf flflrqptfag frour lajsulrël^ïê sa navigation, et taisait pénétrer son commerce dans t6u^ter[pôrts~où ses bâtimeiitsjjou- Vaient être admis : lessisclfisjicccédents avaient donné l'exemple de cette organisation municipale^ et lo temps en avait fait reconnaître les heureux résultats.
En suivant ce mouvement progressif, nous avons déjà remarqué que plusieurs villes situées sur les bords de la Baltique devaient leur origine au commerce, et qu'après avoir étendu séparément leurs relations avec les États voisins , elles unirent leurs intérêts et entrèrent dans l'association commune.
La nouvelle Ligue, à la tête de laquelle Eûbec^ggTrouvairpTâcée , avait concluTïïèTtraités avec les rois de Suède efUe i>orYÉ5^eJjejayalt obte"nu~~cfës
t^ajej>orsLege4.£l ôisTfé^Danemark
rois de Danemark unejiberte entiexe de navigation danTlèurs^États ; jt comme les Danois avaient étendu leurs co^ngjHte^soit dansTà"Scajiie^soit le lopg dgs cotes de la Poméranie , déjà Prïïssfi, dp. la i .ivmn^jae la CoïïrTârîde et jé^TEsthonie, leTprjviléges commerciaux qu'ils accordaient aux Anséàl^sqrim^ieru^ejjrapplication dans uirgrand nombre dèTleux.
Lorsqu'on embrasse dans son ensemble la confédération qui se développait alors de jour en jour, on reconnaît qu'elle comprend toutes les prinçjpjiles villélHîu" mulideJâ~BâItique , et remohteTe~côïïrs desTIeuves quî versent leurs eâùx dans ce bassinjjntérjeurou dansJajmer du JNord : les nombreuses cités qui lui appartiennent ont ellesmêmes établi leurs communications avec les régions du centre de l'Europe ; et ces lignes commerciales se multiplient, se croisent de toutes manières
sur une grande partie du continent.
Mous croyons devoir indiquer ici par ordre alphabétique, et comme notion indispensable , les noms des villes qui entrèrent successivement dans cette confédération.
Noms des villes. Situation géogiui-iiique.
Anclam Eu Poméranie.
Andernach.... Territoire de Cologne.
Arnheim Gueldre.
Ashcrleben Pays d'Halberstadt.
Berlin Marche de Brandebourg.
Bielfeld Westphalie.
Bolswerde Frise.
Boxtehude Territoire de Brème.
Brandebourg.. Marche.
Braunsberg. .. Prusse.
Brunswick.... BasseSaxe.
Brème Sur le Wéser.
Campen Over-Yssel.
Colberg Poméranie.
Cologne Sur le Rhin.
Cœsleld Pays de Munster.
Culm Prusse près de la Vistule.
Dantzig Prusse sur la Vistule.
Demmin Poméranie.
'Déventer Over-Yssel.
Dorpat Livonie.
Dortmund.... Westphalie.
Duisbourg. . . . Pays de Clèves.
Eimbeck Contrée du Hartz.
Elbing Prusse.
Elbourg Gueldre.
Emmène Clèves.
Francfort Sur l'Oder.
Golnow Poméranie.
Goslar Hartz.
Goetlingue Hanovre.
Groningue Pays-Bas.
Grypswald — Poméranie.
Hall Prusse.
Halberstadt.... BasseSaxe.
Ham Westphalie .
Hambourg Sur l'Elbe.
Hameln Sur le Wéser.
Hanovre BasseSaxe.
Harderwick. . Gueldre.
Helmstadt. ... Duché de Brunswick.
Hervorden.... Westphalie:
Hildesheim . . . BasseSaxe.
Kiel Holstein.
Kœnigsberg. . . Prusse.
Lemgow Westphalie .
Lippe Westphalie.
Lubeck Sur la Trave.
Lunebourg. .. Sur l'Illmenau.
| Magdebourg.. BasseSaxe.
Mtnden Sur le Wéser.
Munster Westphalie.
Nimègue Gueldre.
Northeim Basse Saxe.
Osnabruck. .î. Westphalie.
Osterbourg. .'. Yieille-Marche.
Paderbom Westphalie.
Quedlimbourg. Près d'Halberstadt.
Revel Esthonie.
Riga Livonie, sur la Dwina.
Rostock Mecklembourg.
VILLES AN S l::\ TIQUES
Noms ni s vu i M. tel ktlOH Gl OC!» u'iimi i .
Poméranle.
(iueldre.
Vieille-Marche.
Danois, et m releva vers la m <la même siècle.
Les villes de Stargardl . Stolpen, Rugenwald, Golnow, Colberg était ut également situées en Poméranie. Kugenwald ava»t été occupée par les Rugi eus, avant qu'Us s'établissent dans 111s qui a rem leur nom ; elle lut dans la suite possédée par l'Ordre teutonique. Stargardt, ancienne ville des Vendes ts'élevail sur les bords de l'Unie, un des affluents de roder :
. Golnow, bâtie sur la même rivière, avait été fortifiée en 1 1 SO par Bogislas, roi de Bohême. Les produits de la eliasse et de La pêche y étaient abondants; il se tenait dans cette ville trois I marches annuels. Colberg , près de \ l'embouchure de la Persante, était l une ville forte qui tirait de son com- La nomenclature qui précède nous Miierce et de ses salines d'abondant* s
Rugeowald Ru remonde Seehaueen.
Soltwedei Sur l'Elbe.
Sœsl Westphalie.
Stade Près de l'Elbe.
Stargardt Poméranie.
Stavera Friae.
Stendal Vieille-Marche.
StetUo Sur roder.
Stolpe Poméranie.
Stralsund Poméranie.
Swoll Gueldre.
Thorn Pi'
l ii/cu Lunebourg.
l'niia Westphalie.
Venloo (iueldre.
Warboarg Prusse, sur le Dymel.
Werden Vieille-Marche. *
Wé>el C lèves.
Wisbj Ile deGothland.
Wlsmar Hecklembourg.
Zutphen Sur l'Yssel et le Breckel.
indique les vastes développements que la Ligue anséatique devait recevoir; elle nous fait aussi connaître à quelle région géographique chacune de ces villes appartient; mais une désignation si concise ne suffirait point à nos lecteurs : elle ne ferait pas connaître les rapports d'intérêt ou de voisinage qui unissaient plus spécialement entre eux les différents membres de cette association; elle n'assignerait pas leur rang véritable à ceux qui prirent plus ou moins de part à de si grands intérêts. Nous avons donc besoin de nous arrêter sur quelques noms et de donner plus de corps et de relief à ces notions premières, afin de mieux faire apprécier l'étendue et les ressources de la Confédération.
Parmi les villes qui accédèrent à , la Ligue anséatique , et qui sont situées à l'orient de Stralsund et de Grvpswald, nous rencontrons Anclam sur la Pêne : on y tenait une foire au commencement de l'année : cette ville fut agrandie et entourée de murailles en 1193 ; elle jouissait d'une pêche abondante; ses environs étaient assez fertiles , on élevait de nombreux troupeaux dans ses pâturages. Demmin , située sur la même rivière , était une ville ancienne, qui reçut le christianisme en 1128, fut ruinée par les
ressources. Ce dernier avantage était
commun à d'autres villes de la Baltique : on y fabriquait le sel , en faisant bouillir et évaporer les eaux qui en étaient saturées; et l'on n'avait pas encore recours à des bâtiments de graduation , où ces eaux tombant de fascine en fascine commencent à s'évaporer dans l'air ambiant, avant d'être soumises à l'action du feu qui doit compléter cette opération.
Stettin sur l'Oder avait le droit de battre monnaie; il s'y tenait trois foires par année : cette ville jouissait du droitd'étape, ettoutes les marchandises qui descendaient ou remontaient le cours de l'Oder devaient être déchargées à Stettin. Boleslas, roi de Pologne, s'était emparé de cette ville en 1121, et il y avait introduit le christianisme : elle revint ensuite sous la domination de l'Empire , et fut gouvernée par les mêmes lois que Magdebourg, où l'on suivait l'ancien droit saxon.
La fondation de Dantzig remonte au règne de Waldemar Ier, roi de Danemark. Ce prince érigea en 1165 une forteresse de ce nom sur les bords de la Vistule , dans un lieu déjà occupé par les ducs de Pomérelie : l'Ordre teutonique agrandit cette ville vers la fin du treizième siècle ; elle se gouverna
L'UNIVERS
ensuite sous la protection des rois de Pologne, et devint l'entrepôt le plus considérable du commerce de ces vastes contrées, dont les principales exportations consistaient en grains.
L'heureuse situation de cette ville , dont les fortifications du Hakelsberg assuraient la défense , et qui pouvait alors recevoir dans son port ou dans celui de Weckselmunde les grands navires de la Baltique, lui réservait un des premiers rangs dans la Ligue dont elle fit partie.
Culm fut fondé en 1233 par l'Ordre teutonique, sur une hauteur qui domine la Vistule; le grand maître fit fortifier cette place, pour la défendre contre les Prussiens qui étaient encore idolâtres. Thorn, bâti huit ans après sur les bords du même fleuve, fut bientôt occupé par l'Ordre teutonique, dont la puissance, secondée parlesAnséates,qui avaient concouru a sa formation , s'étendait de jour en jour. Elbingsur la rivière de ce nom, Braunsberg sur la Passarge , qui toutes deux se jettent dans le Frischhaff, furent fondées vers la même époque.
Kœnigsberg mont-royal, située sur les collines qui bordent le Prégel , fut bâtie au treizième siècle par l'Ordre teutonique, et reçut ce nom, en l'honneur d'Ottocare , roi de Bohême , qui avait secouru cet ordre contre les païens. Le commerce y était florissant : les contrées voisines y envoyaient des bois , des cuirs , des fourrures, du miel, du lin, du chanvre.
L'occident y expédiait des draps, des vins, de la bière, du plomb, de l'étain, du fer et un grand nombre d'objets manufacturés.
Riga, située sur les rives de la Dwina, était devenue, dans le douzième siècle, la métropole de toutes les églises qui s'établissaient en Prusse, en Livonie et en Courlande. Cette ville, commencée et accrue par des négociants de Lubeck et de Brème, continua de favoriser les relations commerciales de ses fondateurs; et Dorpat et Rével , situées encore plus à l'orient, ouvrirent également leurs ports à la navigation des Anséates,
et s'unirent à la même association.
■ Cette longue chaîne de stations maritimes et commerciales, qui s'étendait jusqu'au fond de la Baltique, se liait à d'autres lignes de communication, dont les unes partaient des bords de la Trave, pour gagner l'Elbe, le Wéser, le Rhin et leurs affluents, et dont les autres suivaient les rivages de la mer du Nord , ou remontaient le cours de ses principaux fleuves , pour atteindre les différentes villes de l'Europe occidentale, qui étaient alors les plus avancées dans les arts, et les plus intéressées à la prospérité et au développement de l'industrie. On avait vu s'agrandir, sous le règne de Henri l'Oiseleur et de la famille desOthons, la plupart descittés qui devaient un jour appartenir à ya Ligue anséatique; leur commerce fut Soutenu par les privilèges dont elles jouissaient : elles durent à leur union un nouveau principe de force, et leur I bien-être vint accroître celui des con- Urées environnantes. Peut-être il n'est pas inutile d'indiquer par quelques remarques particulières, comme nous venons de le faire pour les rives de la Baltique , le degré d'importance que pouvaient acquérir dans la Ligue anséatique la plupart de ses principaux membres. Sans nous arrêter à de nombreux détails, il faut du moins rappeler ceux qui peuvent nous aider à classer et à développer sans confusion les événements auxquels chacun des associés eut à concourir.
^Cologne, destinée à jouir d'une si grande influence dans leurs délibérations, était une des plus anciennes villesdjuJUiin. Quand elle devint chrétienne, son église dépendit d'abord de l'archevêché de Worms : le pape Etienne III l'érigea en métropole vers le milieu du huitième siècle, et les évêques d'Osnabruck, de Munster et de Liège devinrent ses suffragants.
Cette ville fut brûlée en 881 par les Normands : Othon le Grand la rétablit; un frère de cet empereur en fut nommé archevêque, et il accrut les privilèges de ses habitants. Ce prince ecclésiastique ne relevait, dans son
VILLES LNSEATIQ1 ES.
gouvernement temporel, que du chef de l'Empire : un de ses successeurs acquit le titre d'Anti-bcUateur entre le Rhin et le w éser : il y veillait au maintien de la paix ; il exerçait le <lr«ut de conduite et d'escorte dans les paya
situes entre les deux lieuses, et Ton ne pouvait y ériger sans son aveu aucune fortification.
Si nous descendons le l\hin et \'\ >sel jusqu'au Xuydersee. et si nous gagnons feutrée de cette mer intérieure,
nous voyons que Stavern était un des ports les plus anciens et les plus célèbres de la cote de Frise; les anciens ducs y résidaient: saint Odulfe y prêcha
l'Évangile en 830. Cette ville où relâchaient la plupart des navigateurs devint le centre d'un commerce étendu :
elle communiquait vers le nord avec les places de Bols wertb, deilarlingen, de Dockum, de Groningue, d'Emden, et vers le midi avec celles deCampen, de ZwoU, de Déventer, de Zutphen, que l'on rencontrait en remontant l'Yssel.
Nimègue, déjà connue des Romains sous le nom de Noviomagus, était située sur leWahal : le château de cette ville fut rétabli en 774 par Charlèmagne; elle fut successivement soumise aux rois d'Autrasieet aux empereurs.
Frédéric Barberousse étendit ses privilèges; elle devint ville libre et impériale. Le même titre fut accordé à Venloo , à Ruremonde sur la Meuse, à Emmerich. AYésel, Duisbourg, baignées par le Rhin. Emmerich était l'ancienne Embrici-villa , et un des principaux lieux de passage entre les deux rivesdu Rhin; Wésel fut toujours un des boulevards de cette frontière : Duisbourg eut des foires considérables qui furent ensuite transférées à Francfort; il s'y tint un concile sous l'empereur Henri Ier, et une diète sous Othon le Grand.
Munster en Westphalie reçut son nom d'un monastère que Charlèmagne y établit; cette ville devint bientôt la résidence d'un évêque : elle était libre et relevait immédiatement de l'Empire.
Osnabruck fut également érigé en évéché par Charlèmagne : l'école de
grec et de latin que ce monarqu
fonda en lit un centre d'instnielioii unir cette partie de l'Allemagne, et
ni procura un rapide accroissement.
Paderborn était d'abord un camp
retranche de Charlèmagne et un point de départ dans ses différentes expéditions contre les Saxons : il en fit ensuite un établissement permanent.
Plusieurs diètes y furent convoqué l parce prince et par Louis le Débonnaire; l'empereur Henri III y mourut en 1050 : cette ville était libre et impériale : la navigation de la Lippe en rendait le commerce ilorissant, et son lit traversait un pays fertile. Les villes de Lipstadt et de Ham acquirent de l'importance; celle de Soestfutla plus belle et la plus riche de la AVestphalie : on comptait ensuite au nombre desplacesremarquablesAVarbourgsur le Dymel, Dortmund surl'Ems, Coesfeldprès des sources du Berkel, Min den, ancienne forteresse de Wittikind ; son pont sur le Wéser était une des communications les plus fréquentées. Hildesheim, bâtie par Louis le Débonnaire, se gouvernait par ses propres lois : Henri l'Oiseleur et l'impératrice Mathilde son épouse fondèrent l'abbaye de Quedlimbourg, et ils y furent inhumés l'un et l'autre : cette ville avait une école qui devint célèbre; l'empereur Henri IV y tint des conciles en 1085 et 1105. Asherleben sur la Leine n'était d'abord qu'une chapelle : on bâtit des maisons dans le voisinage pour les pèlerins qui s'y rendaient, et il s'y forma bientôt une ville qui relevait directement de l'Empire. Halle, Dobre-sala, déjà connue avant Charlèmagne, tirait son nom de ses salines. Plusieurs sources dont on extrait le sel sont situées dans l'intérieur de la ville, et il s'en trouve un très-grand nombre aux environs.
Othon II y bâtit une ville en 983. Goetingue étaitrenommée par la bonté de son territoire : Henri l'Oiseleur, qui vainquit lesHunsen925, les poursuivit jusqu'à cette ville et y célébra son triomphe : les privilèges qu'il lui accorda furent accrus par les trois premiers Othons, et par Henri II, Lo-
ca
L'UNIVERS
thaire III et Othon IV. Goslar n'était d'abord qu'un village, situé sur la Gose; Henri Ie" y bâtit une ville au commencement du onzième siècle :
elle devint dans la suite une des plus grandescités de l'A llemagne ; plusieurs empereurs y établirent leur résidence et y convoquèrent des diètes : cette ville n'a jamais relevé que de l'Empire, et ses souverains l'ont toujours maintenue dans ses droits. Hameln, sur la rive du Wéser, n'avait été dans l'origine qu'une métairie et une église, bâtie en 712, après les conversions faites par saint Boniface : elle dépendit longtemps de l'abbaye de Fulde, et la ville qui s'éleva dans le même lieu appartint ensuite au duc de Brunswick qui lui accorda de nombreuses franchises. Hanovre, située sur la Leyne, reçut ses privilèges dans le douzième siècle de Henri le Lion, duc de Saxe : son commerce prit des accroissements rapides: on y tenait quatre foires par année; elle devint la principale villede la Westphalie. Northeim dut sa fondation à un chapitre de Saint- Biaise : une ville se forma autour de ce monastère; elle fut agrandie par le commerce, et il s'y tint également plusieurs foires annuelles. Halberstadt dans la basse Saxe fut une des premières villes où l'on érigea un évêché : elle s'éleva de bonne heure au rang des cités les plus remarquables par leur industrie.
Les principales villes delà Marche qui s'étendait au nord de cette contrée, et dont on recula progressivement les limites, étaient Magdebourg, Brandebourg et Berlin. La première ville, fut revêtue de murailles par Othon le Grand : ce prince lui accorda tous les privilèges des villes impériales; un évêché y fut fondé en 968 : cette ville était dans l'origine un boulevard pour la frontière et un poste de missionnaires pour la conversion des païens.
Brandebourg, sur les rives du Havel, qui va se jeter dans l'Elbe, eutd'abord une destination semblable : Henri l'Oiseleur y avait bâti une église sur les débris d'un temple païen ; Othon le Grand y érigea un évêché. La navigation du
Havel facilitait le commerce de cette ville , et l'on y établit un margrave qui fut chargé de la défense des frontières. Berlin sur la Sprée fut entourée de murailles par Albert l'Ours Jieery comte d'Anhalt et margrave de Brandebourg. Les villes de Werden, de Stendal, d'Osterbourg, étaient situées dans la même marche. Werden sur l'Elbe était une forteresse élevée par Henri Ier, qui remporta près de ce lieu une victoire sur les Vendes : l'empereur Henri II y tint une diète dans la première année de son règne, et Conrad leSalique y érigea un nouveau fort. Stendal était placé entre Werden et Magdebourg : le nom et la position d'Osterbourg rappelaient l'ancien pays des Ostphales, qui reçurent aussi le nom d'Osterlings.
Nous n'étendrons pas davantage ces notions locales; elles doivent se borner aux villes qui avaient le plus d'importance lorsqu'elles entrèrent dans la Ligue anséatique. Bientôt leur exemple entraîna dans la même association d'autres lieux moins considérables, qui se trouvaient placés sur la ligne de leurs communications, et que le transit des marchandises devait également enrichir : il leur était facile de se prêter de mutuels secours contre l'ambition de leurs voisins; et lorsque tous les membres de ce vaste corps se furent étroitement liés, leur prospérité s'accrut et se maintint pendant plusieurs siècles.
Cette Ligue était parvenue à fonder
en p'âysétrangéi* qUârFëétabiissém e nts
privilégies^ qui lui assuraientJTn com-
n|5rcë\jiorissanE : ses principaux
cpmptoïrs étaient situes à Novôgprod ,
Bergen , à Londres et à Bruges :
liacune de ces factoreries avait son ad-
1 i n istration, ses règlements, sesjQ ffi-
iers, une maison principale et d'au-
r es TTaBTtatîons, où les négociants
trouvaienrurïjogement etoù déjeunes élèves étaient formes au commerce. On relcé^ïrdans Tes magasins de la Hanse toutes les marchandées destinées aux pays environnants, et toutes celles \ qu'on en avait exportées : les négociants de chaque ville confédérée
VILLES ANSf.ATIQl ES.
ivaient le droit di' jouir de cet entrepôt; ils avaient celui Cacheter ou de vendre en gros et en détail, de fréquenter les marcliés voisins et d'y porter les différentsarticles qui pouvaient j trou* ver quelque débit. La Ligue anseatique ne faisait pas le commerce en son nom propre; mais elle dirigeait celui des individus qui voulaient l'entreprendre, et, sous ce rapport, elle était supérieure aux corporations qui l'exercent elles-mêmes : les intérêts généraux et particuliers ne se trouvaient pas en rivalité.
Les Anséates reconnurent de bonne heure l'avantage de faciliter, par une législation commune, leurs relations de commerce; et Hambourg vit adopter dans tous les marchés de la Ligue ses règlements sur la valeur, le titre et la division des espèces monétaires. Le marc d'argent pesait alors une demilivre ; deux marcs valaient vingt schellings, et le schelling se divisait en douze deniers. Ces diverses évaluations correspondaient à celles de la livre tournois, qui se composait de deux marcs, et se partageait en vingt sous, dont chacun renfermait également douze deniers. Les monnaies anglaises ont aussi conservé les mêmes divisions; la livre sterling, qui équivalait dans l'origine à deux marcs pesant, se divisait en vingt schellings , et chacun d'eux en douze penny. En Danemark, en Suède, en Norwège le marc représentait également la moitié d'une livre tournois.
Le numéraire en circulation avait ainsi des valeurs uniformes; et cette proportion ne vint à changer ensuite dans chaque État que par l'altération successive des monnaies, qui fut effectuée partout, mais qui ne le fut pas d'une manière semblable , et qui baissa plus ou moins les évaluations primitives du marc d'argent , admis d'abord comme type monétaire.
L'établissement de la banque de Hambourg, dont l'origine remonte à une charte accordée en 1189 par l'empereur Frédéric Barberousse, donnait au commerce de nouvelles facilités pour les payements et les transports de
fonds. Celle banque, dont les bâtes avaient été empruntées de celle de Venise, la plufl ancienne de toutes celles d'Europe, était un lieu de dépôt où
les négociants pouvaient placer leur numéraire. Ils n'avaient à retirer aucun intérêt de ces capitaux; mais la banque leur ouvrait on crédit proportionné aux sommes qu'ils avaient déposées; et lorsqu'ils avaient a faire un payement ilspouvaient remettredes délégations a leurs créanciers, lesquels devenaient ainsi acquéreurs et propriétaires des valeurs qui leur étaient transmises. La banque ne cherchait point à faire valoir les fonds qui lui étaient confiés; il fallait qu'elle fût constamment en état de les représenter, puisque chaque créancier avait le droit de reprendre les valeurs métalliques qui lui appartenaient, soit en lingots, soitenespèces monnayées. Cet établissement dont les fouds étaient morts ne représentait donc qu'une caisse de sûreté; mais ses papiers jetés dans la circulation tenaient lieu d'espèces métalliques; et comme la valeur et le crédit en étaient reconnus dans les autres villes qui avaient des relations commerciales avec cette place, on pouvait ne pas faire transporter le numéraire d'un lieu à l'autre, avantage précieux sans doute, dans un temps où il régnait si peu de sécurité dans les communications : on était également dispensé de garder chez soi des sommes considérables qui auraient pu tenter !a cupidité des malfaiteurs.
La banque était placée sous la protection du gouvernement, quoiqu'il restât étranger à ses opérations, et qu'il ne pût y puiser aucun fonds pour son propre usage : son devoir était de la défendre , comme étant la propriété de tous; et sa vigilance désintéressée donnait aux dépositaires de la banque une nouvelle garantie.
L'utilité de cette institution se trouva complétée par la création des lettres de change, à l'aide desquelles les négociants des différentes places unissaient leur crédit, se déléguaient mutuellement leurs créances, et substituaient à des envois effectifs de
L'UNIVERS
numéraire un simple mandat revêtu de leurs signatures. Ces facilités, ces garanties tendaient à simplifier et à multiplier les relations des différents pays; et si elles furent spécialement avantageuses aux négociants des villes anséatiques, l'influence qu'elles exercèrent sur la situation de l'Europe entière est trop généralement reconnue, pour que nous ne nous arrêtions pas quelques moments aux différentes causes de cette grande puissance commerciale qui fut le plus remarquable phénomène du moyen âge.
Les pays situés au centre du continent, et privés d'une communication
< directe avec la mer, formaient une zone commerciale, qui s'étendait d'occident en orient , et où venaient aboutir les relations des peuples qui jouissaient d'un littoral maritime et des ressources de la navigation. Les négociants du bassin de la Méditerranée y faisaient passer leurs marchandises par les routes de terre : ceux de la Baltique , de la mer du Nord et de l'Océan gagnaient également ces con-
V- trées intérieures : on cherchait de part et d'autre les moyens d'approvisionner leurs marchés, et Ton y venait acheter les productions du pays , ou les articles que d'autres négociants étrangers pouvaient y introduire. Il se forma plusieurs entrepôts remarquables dans les villes les plus favorablement placées, et où se rendait une plus grande affluence de voyageurs. Les rendez-vous du commerce y avaient ordinairement lieu à des époques déterminées et qui revenaient régulièrement : ces marchés, ces foires s'ouvraient avec solennité ; on y rassemblait tout ce qui pouvait offrirquelque attrait, quelque distraction à la multitude , et on les entourait de tous les moyens de sécurité , propres à protéger les opérations du commerce. Des garanties, des saufsconduits étaient donnés aux négociants, soit pour letransport et l'arrivée de leurs marchandises , soit pour le retour.
Ces voyages ne pouvaient d'abord s'effectuer que par caravanes ; souvent
même il fallait prendre une escorte de troupes : il se faisait charpie année une OU plusieurs expéditions, et l'on indiquait les époques de départ , afin nue les négociants pussent se réunir.
Souvent on parcourait successivement plusieurs marchés, qui offraient, à des époques différentes, les moyens d'enchaîner l'une à l'autre les opérations du commerce.
Quelques-unes de ces réunions avaient commencé par des fêtes religieuses, où se rendaient un grand nombre de pèlerins, pour adorer des reliques, faire des processions, et pratiquer d'autres actes de piété en l'honneur des saints. Ces lieux, consacrés par la dévotion, le furent aussi par des miracles : le commerce vint accroître ces concours; on y joignit des spectacles pour attirer la foule ; on accorda des franchises , des immunités aux négociants , des grâces , des indulgences aux pèlerins; et comme on y venait chercher les biens de la terre et du ciel, l'aflluence allait en augmentant.
Quelques saints avaient acquis plus de célébrité, et les réunions auxquelles ils présidèrent devinrent plus solennelles. La foire de Saint-Marc à Venise avait été la première; celles des autres villes eurent des patrons particuliers : ï'usage de ces grands marchés s'étendit dans toute l'Europe, et partout il favorisa les progrès du commerce et des relations sociales.
Néanmoins les entraves étaient nombreuses; on avait souvent à lutter contre la barbarie et le brigandage : la plupart des marchands cherchaient moins à résister à la violence qu'à lui échapper par des subterfuges : s'ils avaient a craindre un pillage, une rançon ou des péages onéreux, ils pouvaientquelquefois s'en affranchir, en conduisant avec eux des charlatans, des jongleurs, des bateleurs, des singes, qu'ils étaient tenus de faire jouer ou danser devant les receveurs de l'impôt : ce spectacle remplaçait la taxe; mais les exceptions étaient aussi arbitraires que l'impôt lui-même : elles dépendaient de la fantaisie et du caprice des au-
torités dont il fallait traverser le ttrritoire.
i commerce était soumis à des redevances plus réelles et plusrégu-
I dan> les villes OÙ les marchandevaient être vendues ; mais la
valeur de l'impôt se trouvait acquittée par l'acheteur ; et quand les négoriants n'avaient pas eu a subir d'avanies, ils s'enrichissaient aisément par leurs spéculations. L'accroissement de leur fortune était d'autant plus rapide , que les arts et l'industrie étaient moins généralement répandus , et ne faisaient encore fleurir qu'un petit nombre de villes. Celles du midi avaient donné l'exemple ; le commerce destine à répandre au loin leurs richesses avait remonte de proche en proche vers le nord, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, et avait établi dans l'intérieur du continent plusieurs grands marchés où se faisait l'échange des articles qu'on y apportait de part et d'autre. Les plus célèbres lieux de réunion étaient les villes de Beaucaire, de Lyon, d'Augsbourg, de Vienne en Autriche : on trouvait, en l'avançant plus au nord, celles de Reims ^ de Francfort, de Nuremberg, de Leipzig. La foule de négociants qui s'y rendaient de toutes parts tendait à vivifier, à étendre dans toutes les directions letravail et l'industrie. D'autres villes avaient commencé à se grouper autour de ces centres de réunion : séduites par un spectacle de prospérité, elles cherchaient à participer aux mêmes avantages: elles rivalisaient d'efforts pour mettre en valeur leurs propres ressources ; et comme elles étaient intéressées à obtenir des garanties pour leur sécurité et leur commerce, les unes faisaient des sacrifices pécuniaires pour s'asfranchir de leurs liens féodaux , les autres formaient entre elles des confédérations, et prenaient l'engagement de se prêter des secours mutuels, que la situation de l'Allemagne rendait nécessaires*
A l'orient de tous ces pays qui étaient entrés dans la civilisation, s'étendaient alors d'autres contrées bar- 6e Livraison ^Villes àsséatiques.)
bu. s, dont la population nomade et conquérante inquiétait souvent les
villes de la frontière et portait la d lation dans les campagnes cultivées.
I nvahisseurs pénétrèrent quelquefois jusqu'au centre de l" Allemagne, et gèrent par le fer et la flamme tous les lieux de leur passage; mais ces dévastations, si fatales pour les villes exposées à la fureur des barbares , ne purent pas du moins anéantir l'esprit des institutions civiles et les principes de l'industrie. Le petit nombre de fugitifs qui s'échappait des cités en ruine allait porter dans d'autres lieux les débris des arts et des lettres : les racine de la civilisation sont vivaces, et leur tige "s'élève et se ramifie partout où l'homme les a transplantées : ce mouvement progressif, ce grand travail de l'humanité se développe et tend sans cesse a s'accomplir.
Aussi quand une invasion passagère désolait une partie des contrées de l'Europe, le commerce, les arts, les lettres se dirigeaient vers les pays plus tranquilles où ils espéraient un refuge ; et cette espèce de fluctuation dans les masses déplaçait leur mouvement commercial et intellectuel, mais elle ne le détruisait pas : quelques moments de paix allaient lui rendre son activité.
Les plus redoutables ennemis de l'Allemagne étaient alors les Hongrois, peuples descendus des Scythes, comme les Huns qui avaient déjà occupé la Pannonie plusieurs siècles avant eux.
Sous le règne de l'empereur Louis III ils ravagèrent la Bavière et la Souabe : l'empereur Conrad Ier les repoussa; mais après sa mort ils renouvelèrent leurs incursions, s'avancèrent jusqu'au AVeser, et, après avoir incendié Brème, ils pénétrèrent jusqu'aux rives de l'Océan. Henri l'Oiseleur les vainquit, conclut avec eux une trêve de neuf ans, et profita de cet armistice pour faire de nouvelles levées et construire plusieurs forteresses. Au commencement du règne d'Olhon le Grand , ils portèrent le fer et la flamme jusqu'en Franconie: mais Othon les attaqua et remporta sur eux près de "Worms une victoire plus complète que celle de
L'UNIVERS
Henri l'Oiseleur, son père. Avant la
bataille, il avait adressé cette exhortation à ses soldats : « Vous voyez ac- « courir contre vous l'ennemi : recueil- « lez vos forces, songez a vos épouses. « Rappelez-vous que vous n'avez jamais « tourné le dos, et qu'aucune armée « ne vous a tenu tête sans que vous « l'ayez vaincue. Voilà ces Hongrois « qui n'ont de confiance que dans la «fuite; ce glaive doit les faire plier ou « tomber. » A ces mots Othon prit sa lance sacrée, poussa le premier son cheval contre l'ennemi , et remplit à la fois les devoirs du chef le plus prévoyant et du plus vaillant soldat.
'Ces peuples firent, par intervalles, d'autres incursions en Allemagne jusqu'au commencement du douzième siècle : ils massacrèrent, pendant les premières croisades , un grand nombre d'hommes qui traversaient la Hongrie pour gagner l'Orient; mais ils entrèrentenûndanslafamilledes nations civilisées , se convertirent au christianisme etempruntèrentles lois de leurs anciens ennemis. Alors ils devinrent les intermédiaires du commerce qui se faisait entre l'empire grec et le centre de l'Allemagne. La ligne de navigation du Danube aidait à ces relations :
Semlim, située sur la frontière méridionale de la Hongrie, était devenue l'entrepôt principal des marchandises qu'on y envoyait de part et d'autre; et, dans un siècle où le transit en pays étranger était devenu aussi périlleux que pénible, chaque nation effectuait ce transport sur son propre territoire.
Les marchandises grecques étaient
Èrises à Semlim parles trafiquants de longrie , qui les transportaient à l'abbaye de Lorrisch, second entrepôt situé sur le Danube, vers la frontière d'Allemagne. Les négociants du pays remontaient le fleuve jusqu'à Ratisbonne, point central d'où ils se dirigeaient par de nouveaux rayons, les uns vers Forcheim , Erfurt , Magdebourg, Leipzig, Dresde, Soest, Brunswick, les autres vers Francfort, Mayence, Coblentz, Cologne et les Pays-Bas : unetroisième ligne gagnait Strasbourg ; une autre pénétrait à tra-
\<rs la Suisse, et allait aboutir aux rivages du Rhône.
L'activité du commerce intérieur, et ses nombreuses relations avec 10 rient, l'Italie et les peuples du Nord , auraient rendu florissantes un grand nombre de villes , si d'autres principi s d'anarchie n'avaient arrête les progrès de leur prospérité. La querelle des investitures divisa longtemps les empereurs et les papes , surtout depuis l'année 1073, époque de l'avènement de Grégoire VII. L'Empereur donnait alors l'investiture aux évêques de ses Ltats , en leur remettant l'anneau et le bâton pastoral : les évêques ne pouvaient entrer dans l'exercice de leur ministère qu'après cette cérémonie; et il en résultait que leur élection, quoique faite par l'autorité ecclésiastique, était en effet à la disposition del'Empereur, et qu'il devenait nécessaire de s'assurer d'avance de son adhésion.
Grégoire VII ne voulut pas reconnaître la prérogative impériale , et il lança l'excommunication contre tous les princes qui osaient s'en prévaloir. Sa politique dey int celle de ses successeurs qui , sans agir avec la même violence que lui, contestaient néanmoins aux empereurs le droit d'investiture. Ce ne fut qu'après une longue suite de discussions et de guerres, occasionnées par les prétentions contraires des souverains pontifes et des empereurs , que Calixte II et Henri V convinrent en 1122 d'un arrangement, pris dans le concile de Wirtzbourg , sur la manière de conférer les biens des évêchés et les autres bénéfices. Il fut stipulé que les élections se feraient en présence de l'Empereur : celui-ci accorderait aux évêques élus les droits de régale et les biens qui relevaient de l'Empire et qui leur imposaient des obligations envers lui. Cette collation ne se ferait plus par la crosse et l'anneau pastoral , mais par le sceptre. Elle ne s'étendrait pas aux biens qui appartenaient en propre à l'Église et dont le titulaire pouvait jouir librement. Quant aux domaines qu'il tenait de l'Empire , ils se trouvèrent alors assimilés aux bénéfices laïques et aux autres fiefs, dont l'Empe-
VILLES ANSÊAT1QUES.
reur conservait la suzeraineté, et qui entraînaient l'obligation de le servira la guerre et de partager les char publiques.
Los durs, les comtes, les evêques,
devenus grand vassaux el princes de l'Empire, n'exerçaient pas toujours
une autorité immédiate sur leurs liefs.
Nous avons vu qu'ils inféodaient à leur tour une partie îles \ illes et des terres dont ils étaient seigneurs; qu'en accordant a leurs arrière-vassaux un commencement de juridiction ils les préparaient à se gouverner séparément . et que les empereurs cherchèrent à les affranchir de toute autorité intermédiaire, afin qu'ils relevassent directement de l'Empire, sans avoir à remplir d'autres devoirs de vassalité.
On comptait au nombre des villes les plus privilégiées Augsbourg , Aix-la- Chapelle , Metz et Lubeck. Elles avaient droit de suffrage dans les diètes, comme les princes et États de l'Empire; elles jouissaient de la supériorité territoriale , des droits de régale, de justice et de police; elles pouvaient battre monnaie, lever des impôts, contracter des alliances; et lorsqu'elles s'unissaient pour résister aux entreprises des princes dans le territoire desquels leur banlieue était enclavée, elles étaient soutenues par les secours et la protection des empereurs. Elles pouvaient y recourir également lorsqu'elles avaient étédépouillées de leurs privilèges pendant la guerre , et qu'elles demandaient à rentrer dans la jouissance de leurs franchises.
Toutes les villes impériales n'avaient pas obtenu la même étendue de prérogatives : plusieurs devaient quelque forme d'hommage aux princes du pays où elles étaient situées, et qui avaient été leurs seigneurs : on pouvait, en diverses occasions, en appeler à eux, et on leur reconnaissait différents droits de juridiction. Quelques-unes des villes étaient regardées comme mixtes; elles jouissaient du droit de s'administrer; mais elles relevaient d'un .prince pour leur territoire; elles n'assistaient pas aux diè-
st n'étaient pas considérées comme États de l'Empire.
Celle différence de situation explique comment les ligues particulières que plusieurs villes commençaient à tonner ne reposaient point sur une base semblable, et pouvaient renfermer quelques principes de dissolution.
Ces ligues avaient pour but d'échapper aux troubles de l'Empire; elles devinrent plus nombreuses à mesure que les malheurs publics se développaient davantage. La licence était à son comble vers le milieu du treizième siècle : c'était l'époque d'un interrègne qui dura vingt-deux ans , et qui donna lieu au déchaînement et aux violences de tous les partis.
Cette anarchie était particulièrement nuisible aux relations du commerce, souvent interrompues par des troupes d'aventuriers qui parcouraient les provinces, arrêtaient les voyageurs et s'emparaient de leur dépouille. La sécurité et la paix publique étaient troublées dans l'Allemagne entière, lorsque les villes de Mayence, Spire, Worms, Bingen Oppenheim se liguèrent pour protéger dans les pays voisins les transports par terre et la navigation.
Bientôt le comte palatin, les archevêques de Mayence, de Cologne, de Trêves, lesévequesdeMetz, de Strasbourg, de Baie, se joignirent à cette confédération , qui, en 1254, comptait soixante villes ou bourgs et un grand nombre de seigneurs. L'année suivante , les députés de la ligue s'assemblèrent à Mayence, dressèrent un règlement, et en demandèrent la confirmation à Guillaume, comte de Hollande et roi des Romains, qui la leur accorda.
Chaque membre de la ligue conservait ses prérogatives, et ne devait recevoir aucune loi de ses alliés ; mais quoiqu'il eût le droit de régler luimême l'organisation de ses États, tous les associés formaient ensemble un même corps, pour agir en commun contre les ennemis de leur commerce.
S'il survenait un différend entre
GB
L'UNIVERS
plusieurs membres, la ligue employait la voie de représentation pour les rapprocher; elle choisissait des arbitres, charges de les concilier, ou de prononcer sur les questions en litige.
La guerre et la paix ne se faisaient que parle consentement unanime des confédérés : ils devaient s'entre- secourir : aucun d'eux ne devait fournir des vivres ou des munitions à l'ennemi; aucun ne pouvait s'allier avec lui , sous peine d'être exclu de la confédération.
Tous les bateaux qui passeraient devant une ville du Rhin seraient visités : on saisirait ceux qui appartiendraient à l'ennemi.
Chaqueseigneur, chaque villepourrait envoyer quatre députés aux assemblées générales de la ligue.
Toutes les villes situées dans le bassin du Rhin devaient équiper sur ce fleuve cinq cents bâtiments , et les munir d'équipages, d'armes et de vivres, pour protéger la navigation.
Les villes du haut pays, depuis la Moselle jusqu'à Bâle, devaient également y entretenir cent bâtiments armés.
Tous les faux-bourgeois étaient obligés d'acquitter les charges publiques dans les villes où ils avaient leur domicile , et de renoncer à leurs droits dans tout autre lieu.
On comprenait dans l'association du Rhin les villes suivantes situées sur les rives de ce fleuve ou de ses principaux affluents :
Andernach
Aschaffenbourg Baccherach.. ..
Baie
Bingen
Bonn
Boppart
Braunbach
Brisach
Colraar
Cologne
Diebourg
Francfort
Fribourg
Fridberg
Fulde ,
Gelnhausen
Haguenau
Hasse-feld
Sur le Rbin.
Sur le Mayn.
Sur le Rhin.
idem .
idem .
idem .
idem .
idem .
Brisgaw.
Haut-Rbhi. Sur le Rhin.
Hesse-Darmstadt.
Sur le Mayn.
Brisgaw.
Près Francfort .
Sur la Fulde.
Sur la Kinlzig.
Bas-Rhin .
Grand-duché de Bade.
Heidelberg
Hirschfeld
Kaysersberg. . .
Landau
Lauterbourg. ..
Marbourg
Mayence
Metz
Mulhausen
Munster
Nuys
Neustadt
Oberhenhcim. .
Oppenheirn. ...
Rosheim
Schélestadt
Sélingstadt
Spire ,
Strasbourg. . ..
Trêves
Turckheitn
Weissembourg.
Wésel
Wetzlar
Wirnpfen
Worms,
Près du Necker.
Sur la Fulde.
Haut-Rhin.
Sur la Quesch.
Bas-Rhin.
Sur la Lahn.
Sur le Rhin.
Sur la Moselle.
Haut-Rhin.
Bas-Rhin,
Sur le Rhin.
Bas Palatinat.
Bas-Rhin.
G. -duché de Hesse.
Bas-Rhin.
Sur FUI.
Hesse-Darmstadt.
Sur le Rhin.
Bas-Rhin.
Sur la Moselle.
Haut-Rhin.
Bas-Rhin.
Duché de Clèves.
Près Coblentz.
Hesse-Darmstadt.
Sur le Rhin.
D'autres lieux moins considérables entrèrent dans la confédération du Rhin; et une semblable association se forma entre les principales villes situées sur les rives du Danube ou de ses affluents, et généralement comprises dans les limites des bans de Souabe et de Franconie : on en pourra reconnaître l'importance par la nomenclature que nous joignons ici:
Augsbourg Sur le Lech.
Biberach Sur la Reuss.
Buchau Wurtemberg.
Buchorn G. -duché de Bade.
Dinckelspiel. ... Sur la Wernitz.
Donawert Sur le Danube.
Eslingen Sur le Necker.
Gemunden Sur le Mayn.
Gengenbach. ... G. -duché de Bade.
Giengen Sur la Brentz.
Hailbronn Wurtemberg .
Hall Sur leKokher.
Hallein Sur la Saltza.
Kauffbeuren Sur le Werdach.
Kemptein Sur l'Iller.
Leulkirch Près de l'Iser.
Lindau Sur le lac de Constance .
Méningen G. -duché de Bade.
Nordlingen Bavière.
Nuremberg id.
Offenbourg G. -duché de Bade.
Pfullendorf Sur l'Andelspach.
Popflngen Sur TEger.
Ratisbonne Bavière.
Ravensbourg . . . Wurtemberg.
Reutlingen Près du Necker.
Rotembourg Bavière.
Roth id sur la Rednitz.
Schweinfurt Sur le Rhin.
VILLES INS1 ITIQ1 ! M
n g. -duché de Bade. terrègne; elles furent ensuite <-'»nfir-
«:::,■;,;:::::::: StSASS?- """i"v"
\n,.,i sur la wunn. enel elles rédiusisseol les prero-
\Vebw*nbourg . . Sur la Rednilz. gatives du suzerain ; car il en resul-
)NJ1rl,u'im ïurTcïacd.-Ztii tait qu'un grand nombre de seigneu-
el de principautés, qui aur
La confédération du Rhin et celle du revenir à l'Empire par droit de
du Danube embrassaient toutes les déférence, eurent désormais i
villes de l'une et de l'autre région, héritiers qui empêchaient ces rever-
qui avaient le plus d'importance par sions.
leur population et leur commerce. L'établissement des austrègues
et qui pouvaieut le plus aisément se monte aussi au grand interrègne.
porter secours, dans un temps de Plusieurs seigneurs, plusieurs villes,
desordre et d'anarchie, où leur nom voyant les lois sans force, l'Empire
de villes impériales n'était plus qu'un sans chef, les démêles sans juf
vain titre, et ne pouvait leur assurer instituèrent et nommèrent des arbi-
aueune protection. très, qui connaissaient des procès des
Le voyageur qui parcourt ces con- seigneurs, soit entre eux, soit avec
trées v retrouve encore les vestiges leurs vassaux ou avec les villes fran-
d'un grand nombre de forteresses qui ches : ces austrègues étaient renou-
servaient alors de repaires aux viola- vêles tous les six mois : leur juridic-
teurs de la paix publique : on voit tion avait d'abord ete indépendante,
aussi dans le voisinage de ces ruines elle fut ensuite subordonnée a celle
les places fortes qui furent érigées par de l'Empire.
la confédération, pour défendre le On cherchait, pendant l'interrègne, pays et garantir la sûreté des corn- tous les moyens d'arrêter les désormûnications. Ces monuments servent dres publics": plusieurs princes tirent de preuves aux traditions historiques rédiger les lois de leurs Etats : I a piuqui nous rappellent les violences exer- part des villes libres eurent le même cées contre le commerce, et les soin : elles suivaient, pour assurer movens mis en usage pour s'en pré- leur indépendance, les mesures quelserver, les avaient d'abord prises pour se dé-
D'autres ligues se formèrent, à fendre contre l'anarchie. On voyait
l'exemple de celle du Rhin ; et il s'é- s'élever ainsi dans toute l'Allemagne
tablit en Allemagne une nouvelle con- et sous différents noms une foule de
fédération entre plusieurs princes, prétendants à la souveraineté. Un si
qui, craignant de ne pouvoir se main- grand nombre d'autorités distinctes
tenir isolément, s'unirent par une n'avaient pas alors décentre commun
confraternité héréditaire : ils se pro- autour duquel elles pussent se réunir;
mettaient les uns aux autres, et par mais tous ces éléments épars allaient
une donation éventuelle. la succession bientôt aider a réorganiser l'Empire;
de celui dont la postérité masculine et les villes libres qui ne relevaient
viendrait à s'éteindre. Pour que cette plus que de lui conquièrent une
convention fût valable, il fallait v partie essentielle de sa puissance,
faire intervenir les trois ordres de's lorsqu'un chef lui eut été rendu,
provinces intéressées à un tel chan- La lisue que ces villes avaient
gement, et obtenir la confirmation formée dans les vallées du Rhin et du
des empereurs et des États de l'Em- Danube était distincte de celle des
pire , sans l'aveu desquels on ne pou- villes anséatiques. Les unes et les
vait disposer d'un fief; mais les em- autres fleurirent en même temps; et
pereursseprêtaientàdesarrangements quoique leurs intérêts fussent sou-
qui tendaient à rétablir l'ordre public, vent en rivalité, parce qu'elles aspi-
Lâ plupart de ces confédérations raient également a des préférences
avaient été faites pendant le long in- commerciales, elles contribuèrent
L'UNIVERS
toutes à propager en Europe les progrès des arts, à multiplier entre les peuples les voies de communication, a donner à l'état social de plus rapides développements.
Si l'on se représente en efft*t les différents membres de ces grandes associations, épars sur un vaste territoire, enclavés dans d'autres États, et souvent exposés à leur jalousie, à leurs hostilités, on reconnaît le besoin où ils étaient de s'entendre, de se concerter sur de communs intérêts, sur les périls de leur situation et sur les moyens de s'en préserver.
Attaquer un membre de la confédération c'était la provoquer tout entière : chaque ville devait se mettre en état de défense : on lui donnait une enceinte de fortifications ; on organisait ses milices , et il fallait aussi qu'un contingent militaire fût prêt à marcher au secours des confédérés dont on aurait violé le territoire ou les droits. La navigation des fleuves facilitait quelquefois l'arrivée et la réunion de ces secours : on rencontrait plus d'obstacles dans les communications par terre ; mais on cherchait à se ménager des intelligences dans les pays qu'il fallait traverser, afin d'y obtenir un libre passage : on trouvait des auxiliaires, on unissait ses forces ; et s'il fallait céder à celles d'un ennemi , le vainqueur lui-même pouvait se croire intéressé à épargner les villes qu'il avait soumises. La puissance qui s'empare d'un pays ne tarirait pas impunément les sources de sa prospérité; elle en éprouverait elle-même le premier dommage. La richesse publique ne lui prête-t-elle pas une force nouvelle ? N'accroît-elle pas l'éclat de sa gloire, les ressources de ses finances , le bien-être des nouveaux sujets dont la paisible soumission lui devient nécessaire? Cette situation et le besoin même des gouvernements nous expliquent comment les villes commerçantes du moyen âge ont pu prospérer et se maintenir, à travers les guerres et les révolutions auxquelles elles ont survécu.
Cette époque commerciale est d'au-
tant plus digne de remarque qu'elle est aussi celle où plusieurs principes du droit des gens commencèrent à se fixer, et où ceux du droit de guerre reçurent d'importantes modifications qui tendaient à en diminuer la rigueur. L'intensité des guerres privées, dont le fléau avait si longtemps désolé l'Europe, se trouvait déjà restreinte par l'établissement de la trêve de Dieu, qui avait réduit à deux nuits et trois jours par semaine le temps où deux ennemis pouvaient se poursuivre, et qui leur avait interdit tout acte d'hostilité pendant l'avent, le carême, les quatre-temps, et à l'époque des principales fêtes de l'Église. Un armistice de cent quatre-vingts jours par année était le résultat de cette première institution , dictée par la religion et l'humanité. La paix de Dieu fut ensuite proclamée. Elle devait constamment s'observer envers les femmes, les enfants , les prêtres, les religieux. On l'étendit bientôt aux négociants qui se rendaient d'une ville à l'autre; et les marchandises qu'ils transportaient avec eux jouirent d'une égale sécurité.
Ce privilège accordé au commerce dut contribuer à ses progrès, non-seulement dans les villes qui s'étaient confédérées, mais dans celles qui, sans jouir d'une même protection, désiraient participer à ce grand développement des relations sociales et du travail.
La plupart des villes que nous avons indiquées dans le tableau de la ligue du Rhin et dans celui de la ligue de Souabe sont encore remarquables aujourd'hui par l'activité et le nombre de leurs manufactures. L'origine de leur industrie est ancienne; il existait entre elles dans le moyen âge une utile émulation. Chacune éprouvait le besoin de concourir à la prospérité commune; et comme leur association n'avait d'abord été formée que pour quelques années, elles eurent soin, pendant toute la durée de l'interrègne, de renouveler et de prolonger une ligue défensive devenue si nécessaire à leur sûreté ; mais lorsque Rodolphe de la maison de Habsbourg eut été pro-
■lamé empereur, et eut pris d'une main ferme les rênes du gouvernement, là compression de l'anarchie et la sécurité rendue a l'Allemagne y Qrent cei les confédérations particulières <m\quelles on avait eu recours pour suppléer a la foret' publique*
Mais il ne pouvait pas en être ainsi de la Ligue Anséatique, formée entre les villes du nord. De nouveaux rapports qui dérivaient de leur situation , de leurs périls, de leurs intérêts, les liaient plus étroitement. Les villes les plus importantes voulaient jouir de l'indépendance, et ne se croyant pas assez fortes pour se soutenir isolément, elles avaient besoin de s'assurer une mutuelle garantie.
Au commencement du quatorzième siècle et lorsque le centre de l'Allemagne voyait cesser les confédérations d'un grand nombre de villes, les contrées encore plus méridionales, désignées alors sous le nom de liante Allemagne , allaient être bientôt liées par des associations semblables contre cette maison de Habsbourg qui avait reçu la couronne impériale. Les domaines qu'elle possédait dans les vallées des Alpes, baignées par les lacs de Scbwitz et des quatre cantons , étaient durement administrés par des gouverneurs, dont les violences et les exactions révoltèrent un peuple pauvre, intrépide et ami de la liberté. La révolution fut commencée par trois hommes, Melchtal, Stauffacher, Walther-furst, qui, s'étant engagés par serment à délivrer leur pays, entraînèrent dans ce nobledessein les villages de Schwitz , d'Urv , d'Underwald. Le nom du lieu où cette ligue sainte prit son origine devint celui de la confédération , qui devait successivement réunir et embrasser toutes les régions séparées de la Souabe par le cours du Rhin, et bornées sur les autres points par la Bavière, l'Italie et la chaîne du mont Jura. Cette association primitive, promptement affermie par la victoire de Morgarten et par de nombreux actes d'héroïsme et de dévouement dont Guillaume Tell et Arnaud de "Winkelried avaient donné l'exemple, devint
la base d'une république fédérative et indépendante, qui prit un honorable rang dans la famille des puissances européennes. Il >ulé plus de
cinq siècles depuis la première proclamation de ses libertés; et cet édifice
social, toujours majestueux et respecte , n'a pas encore été ébranle sur ses fondements.
D'autres confédérations subsistaient en Italie, dans le treizième et le quatorzième siècle; elles avaient
également été formées entre les \illes qui desiraient échapper a la domination d'un souverain, ou opposer une digue à l'anarchie; mais ces différentes ligues ne pouvaient pas avoir un même caractère de durée. Elles n'étaient pas protégées par le boulevard des montagnes et par cette énergie que donnent ia simplicité des mœurs et la vie pénible et laborieuse des habitants. Les factions, la jalousie, l'esprit de conquête portaient le trouble au milieu de ces associations; ils en affaiblissaient les liens, et soumettaient à quelques villes plus importantes les cités voisines qui d'abord avaient été placées au même rang. Les droits n'étaient plus égaux entre elles; et de nouveaux gouvernements monarchiques ou populaires succédaient à ces réunions premières, qui n'avaient eu pour but que de mettre en commun tous les droits, tous les intérêts des confédérés.
Deux spectacles très-divers, dont l'origine était cependant la même , purent donc s'offrir en même temps , l'un vers le midi , l'autre vers le nord de F Europe. L'indépendance de la plupart des villes d'Italie allait se perdre a la suite des longs efforts qu'elles avaient faits pour la garantir; et tandis qu'elles se rangeaient sous l'autorité de quelques chefs, la ligue anséatique parvenait au contraire à consolider sa propre existence , en multipliant le nombre de ses membres, en réglant leurs obligations et leurs droits, en concluant de nouveaux traités avec les puissances étrangères, surtout en faisant pénétrer dans l'intérieur de l'Allemagne le commerce qu'elle faisait
sur tous ses rivages, et en attirant dans ses ports les productions des pays les
filus éloignes. Cette circulation entre es richesses de la mer et de la terre s'étendait incessamment : elle établissait de proche en proche de nouveaux lieux d'entrepôt , de nouveaux moyens d'échange; et de même que la navigation sur l'Océan et la Méditerranée aidait aux relations des peuples du nord et du midi , de même les routes de terre et le cours des fleuves ouvraient également entre eux de nombreuses lignes de communication. Les nations les plus industrieuses ne l'étaient pas de la même manière. La variété de leurs produits offrait de nouveaux aliments à leur commerce; elles empruntaient les unes des autres les différents procédés des arts ; et quelques événements politiques vinrent, au milieu du moyen âge , favoriser ce mouvement progressif.
L'influence que la fondation de l'empire latin avait eue sur la direction et l'activité du commerce fut également sensible dans plusieurs branches d'industrie qui n'avaient jusqu'alors fleuri qu'en Orient. Le temps où Baudouin régnait à Constantinople, où Guillaume de Champlitte était prince de Morée, Villehardouin seigneur de Coron , Othon de la Roche grand sire de Thèbes et d'Athènes, Louis de Blois duc de Nicée, et Venise maîtresse de l'île de Chypre et d'une portion de l'Archipel , ce temps fut celui où la plupart des manufactures des Grecs furent établies dans différentes parties de l'Europe. On était à portée d'en connaître, d'en imiter les procédés, et de transplanter ailleurs des colonies d'artisans. L'exemple de ces émigrations avait été donné immédiatement après la conquête. Un grand nombre d'objets d'art furent alors emportés par les Occidentaux qui retournaient dans leur patrie : la plupart restèrent à Venise , plusieurs furent envoyés en France ou dans d'autres parties de l'Europe; et ces premiers fruits de la victoire servirent de modèles aux imitateurs. On établit dans quelques villes des manufactures d'étoffes de laine ou de soie;
l'art de travailler le fer et de fabriquer des armes , des ustensiles de toute espèce , fut perfectionné. Les arts libéraux , l'architecture surtout, firent des progrès; les églises devinrent plus somptueuses; le style byzantin fut imité dans les plus grands édifices qui appartiennent à cet âge et aux siècles suivants.
Mais ce n'est point encore dans les villes du nord et de la Baltique que l'on remarque ces dernières imitations.
Avant que les arts de luxe y fissent des progrès, on avait à se livrer aux arts nécessaires. Les premiers de tous étaient ceux qui pouvaient servir aux constructions maritimes et avancer les progrès de la navigation :
aussi voyons-nous ce genre d'industrie se multiplier avant tous les autres, dans les ports de la Baltique et dans ceux de l'Elbe et du Wéser. Il suffirait , pour en avoir la preuve , de parcourir les noms des iues et des quartiers de chacune de ces différentes villes ; car alors on donnait le nom d'une profession aux rues où les ouvriers d'une même classe se trouvaient cantonnés. La plupart de ces arrondissements ou de ces lignes d'habitations étaient occupés par les charpentiers, les ferronniers, les tisserands, les cordiers , les fabricants des divers agrès , utiles à l'équipement des navires. Il serait superflu d'en indiquer ici la nomenclature, et nous n'avons point à détailler la statistique industrielle de tous ces établissements.
L'bistoire doit s'attacher plutôt à peindre l'esprit des institutions qu'à relever pièce à pièce tous les échafaudages qui ont servi successivement à l'élévation et au couronnement de l'édifice social.
Pour favoriser dans chaque ville les différentes branches de fabrique et de travail , on érigeait en corporations les artisans. L'effet de ces assemblées d'arts et métiers était de mieux surveiller la main-d'œuvre, de la perfectionner, d'assurer à chaque individu la protection et les secours de ses associés. C'était dans la même vue qu'on avait assigné à cha-
YILLKS ANSKATIQURS.
que profession un quartier spécial : ce rapprochement de magasins et de marchandises analogues servait en même temps de guide aux acheteurs, et l'on pouvait aisément reconnaître le genre d'industrie auquel chaque ville s'était attachée.
I^es apprentissages, les maîtrises, les jurandes furent au nombre des institutions du moyen âge ; et pour les juger sans prévention, il convient de se reporter au temps où elles furent établies et aux avantages qui en résultèrent. Si elles exigeaient l'instruction desouvriers, elles imposaient aussi des engagements aux chefs d'ateliers; et les uns et les autres étaient soumis à de nombreux règlements. Les communautés d'artisans avaient d'abord choisi dans leur sein un ou plusieurs arbitres, chargés de concilier leurs différends et de faire l'application de leurs statuts. Chaque corporation formait une tribu, d'où l'on pouvait exclure ceux qui avaient commis un crime. Les apprentis étaient surveillés dans leur travail, encouragés dans leurs progrès : ils passaient dans la classe des maîtres, lorsqu'ils avaient exécuté un chef-d'œuvre, approuvé et reconnu pour tel par les jurés : l'examen qu'ils avaient à subir portait sur leur conduite , comme sur leur degré d'habileté , et l'on conservait ainsi l'honneur de la corporation à laquelle ils appartenaient. Les jurés étendaient aussi leur droit de surveillance sur les articles destinés au commerce, soit pour en vérifier la qualité, soit pour en constater le mesurage ou le poids, quand il fallait les évaluer ainsi. On ne pouvait exercer un métier, sans qu'ils eussent reconnu qu'on appartenait à une corporation : cette règle écartait la concurrence des étrangers et devenait exclusivement favorable à l'industrie des nationaux ; mais elle empêchait aussi les pauvres d'acquérir des maîtrises qui leur auraient imposé des charges pécuniaires. Ces frais d'admission s'accrurent progressivement, et les abus de vente et de monopole qui s'introduisirent plus tard dans le régime des jurandes en devaient en-
traîner la réforme ; mais elles avalent eu quelque utilité temporaire; c'en est assez pour les recommander a nos souvenirs.