CHAPITRE DEUXIÈME
Les Arènes ou TAmphithéâtre.
Le quartier des Arènes au xviiP siècle. — Assielle de Tédiflce. — Plan et dimensions. — Caractère architectural. — Le podium ; combats d'animaux.
Sur la hauteur de Mouleyrès, semblables à une immense couronne murale, les Arènes d'Arles dressent leur double rangée de portiques. Leur conservation n*est pas aussi bonne qu'à Nîmes : à l'intérieur, les gradins se montrent en bien moins grand nombre, et on aperçoit au contraire, de toutes parts, les bouches béantes des voûtes qui servaient jadis d'appui à la maçonnerie.
Est-ce parce que l'aspect en est désolé, que notre impression est plus vive, ou bien la grâce et l'élégance dé leur architecture nous séduisent-elles davantage que la massé imposante de l'amphithéâtre de Nîmes? Pour analyser nos impressions, nous allons non pas entrer dans une étude détaillée de cet édifice, qui a été construit sur le même plan que tant d'autres arènes, mais après avoir donné une vue de l'amphithéâtre, alors qu'il renfermait une agglomération de maisons et formait un des quartiers d'Arles, nous examinerons d'abord l'assiette tout artificielle que, par suite de la disposition des lieux, l'architecte avait dû donner au monument.
Nous esquisserons ensuite la simplicité des dispositions prises pour assurer un accès facile aux spectateurs ; et après avoir donné les principales dimensions de Tédifice, nous distinguerons, dans son architecture, Tempreinte profonde que l'art grec a marquée à Arles, jusque dans ce monument éminemment romain. Enfin, nous essaierons de déterminer les genres de spectacles qui s'y donnaient.
Les Arènes d'Arles sont aujourd'hui entourées d'une grille en fer : depuis quelque vingt ans seulement, elle^ sont à Tahri des dégradations de tout genre. Le respect de l'antiquité est une vertu de notre siècle. Pendant longtemps, l'amphithéâtre a servi de carrière aux constructions du voisinage et d'habitation aux pauvres gens, naturellement plus soucieux de s'installer commodément que de conserver intacte cette relique des temps passés. Elles ont également servi de forteresse contre les Sarrazins (1). Une vue, qui date de 1666, nous les montre comblées de terre jusqu'à la moitié de leur hauteur, et, sur cette terrasse artificielle, à l'intérieur des gradins, surmontés eux-mêmes de chétives habitations, entre les quatre tours sarrazines, on voit se dessiner des places et des rues. L'installation des habitations n'était pas luxueuse, mais il en coûtait si peu pour établir sa demeure. Autant d'arceaux, autant de maisons : les deux piliers, étant rejoints par une cloison dans laquelle
(1) C'est à cette époque que remontent les tours dites sarrazineSy qui existent encore aujourd'hui.
on laissait deux ouvertures en guise de porte et de fenêtre, formaient la chambre, close sur les trois autres côtés par des murailles romaines. Au besoin, un plancher, établi à mi-hauteur, doublait l'espace disponible. Les voûtes des arceaux donnaient à ces maisons improvisées une toiture dont la solidité était à toute épreuve. C'est au commencement du siècle, sous Tadministration de M. Laugier de Charlrouse, que Tamphithéàtre fut dégagé, et que les déblaiements, poussés activement, mirent à nu, avec le sol de Tarène, les antiques substructions. Elles sont d'une ampleur considérable : la colline de Mouleyrès n'offrait pas aux Romains une surface suffisante pour le développement de l'édifice. Le temple de la Bonne Déesse s'élevait peut-être au sommet delà colline, dont le penchant septentrional fut utilisé pour l'établissement des Arènes ; les Romains l'entaillèrent sur une assez vaste partie, et, en contre-bas du sol, ils établirent leurs substructions.
Elles comprennent quatre murailles concentriques, formant alternativement des galeries et des chambres, dont les unes étaient utilisées, et dont les autres avaient pour objet d'assurer la solidité de l'édifice, tout en évitant l'emploi de coûteux massifs de maçonnerie. Les voûtes des galeries étaient horizontales, celles des chambres étaient inclinées vers le centre. Galeries et chambres souterraines n'existaient d'ailleurs pas sur tout le périmètre de l'arène. Là où les Romains avaient rencontré le rocher formant une assise suffisamment
solide, ils ii'avaienl eu garde de négliger cet avahtage^ de sorte que la galerie extérieure n'existe que sur une partie du périmètre de Tamphithéâtre. On rencontre même, à un certain endroit, une muraille épaisse, parementée en petits moellons, et faite intérieurement d'un blocage caractéristique. C'est l'ancien mur de la ville, peut-être de l'époque de Jules César, mur antérieur à l'amphithéâtre, et qui, paraissant constituer des fondements assez solides, fut conservé par l'architecte.
Toutes ces constructions de la première assise échappent aux regards, sauf d'un côté, sur la face septentrionale, où une porte, aujourd'hui disparue, donnait accès dans ces souterrains et sur le sol même de l'arène, C'est par cette porte que l'on entrait les cages des animaux féroces, qui, en attendant le spectacle, étaient placés dans les chambres obscures dont il a été parlé.
Le plan de Fédifice, au-dessus des substructions, était aussi simple que bien compris. Soixante arcades donnaient accès dans la galerie extérieure du rez-de-chaussée, communiquant elle-même avec une galerie intérieure desservant le podium. Un entremêlement de vingt-huit arcades voûtées, de vingt-quatre escaliers, mettait en communication les deux galeries du rez-dechaussée, et permettait d'arriver à une galerie d'entresol qui desservait la deuxième précinction. D'autre part, des escaliers donnaient accès au portique extérieur du premier étage.
Celui-ci communiquait de plein pied avec Une autre
galerie qui desservait la troisième précinclion, dont les vomitoires renfermaient, dans leur épaisseur, des escaliers d'accès à la partie supérieure de rampliithéâtre.
Ces dispositions ont été découvertes grâce à une observation attentive de quelques parties qui, çà et là, ont subsisté dans les étages supérieurs. Quant aux gradins, ils ont disparu, sauf sur les points qui ont été préservés par les déblais accumulés jusqu'au début du siècle. Les cinq gradins de la première précinction sont à peu près intacts ; il n'en reste plus que six de la deuxième.
Il serait fastidieux d'entrer dans le détail des dimensions de l'amphithéâtre ; nous croyons plus intéressant de placer sous les yeux du lecteur un tableau d'ensemble des principales proportions relatives des amphithéâtres d'Arles, de Nîmes et de Rome (le Colisée).
Grand axe de la construction . . .
Petit axe