III. — Chapelle de Sainte- Croix de Jérusalem
Le plan cruciforme de cette chapelle dont les bras de la croix sont terminés en culs-de-four, sa coupole surmontée d'un campanile, ison mode de décoration, la désignent comme un des types les plus rares et les plus curieux de l'art byzantin dans nos pays.
Elle est de dimensions très petites, et n'a que trois fenêtres placées d'un même côté et prenant jour sur un cimetière dans lequel donne accès une porte latérale. C'était, selon toute vraisemblance, une chapelle funéraire, celle de l'abbaye de Montmajour, et on peut, en sa présence, se représenter par la pensée lès longues files de moines portant au lieu du repos le corps de leur frère défunt. Le cercueil était déposé dans la chapelle. Le prêtre disait les prières des morts ; les religieux agenouillés au dehors écoutaient avec recueillement. La cérémonie terminée, le corps était transporté dans un des nombreux sarcophages qui s'étageaient serrés sur le flanc du coteau, creusés dans le calcaire. Puis, la procession se reformait, et par la triple fenêtre ouverte sur le champ des morts, la lampe du sanctuaire projetait sa douce clarté.
Nous connaissons, par une charte et par une inscription du porche, la date exacte de la construction de la chapelle de Sainte-Croix. Elle est de l'an 1019.
IV. — La Tour de défense. — Nous avons vu jusqu'ici, dans notre visite à Montmajour, les moines dans l'exercice de
leur pieux ministère. La tour que nous avons sous les ^y^ux correspond à la puissance féodale de leurs abbés ; c'est un des spécimens les mieux conservés de l'architecture militaire du xiv« siècle.
Située au sommet de la colline, dominant de sa hauteur de vingt mètres son piédestal de rochers calcaires, et s'élevant bien au-dessus des constructions environnantes, la tour crénelée, avec son poste de guetteur, marquait la juridiction du seigneur abbé sur la plaine des Baux et la protection que ses vassaux pouvaient attendre de jui. Avec ce donjon comme centre de ralliement, les défenseurs de la colline de Montmajour devaient avoir fière contenance, lorsque les bandes de pillards défilaient dans la plaine, tournant du côté du nid d'aigle un regard inquiet.
La défense était sérieuse en effet; les solides murailles, à parements en bossage, ont bravé l'effort de cinq siècles. Quand on franchit la porte étroite, surmontée d'un ornement en ogive, on se trouve dans une salle faiblement éclairée, qui servait d'entrepôt et de magasin. Au-dessous, une citerne solidement construite, recevait^graceàun ingénieux système, Teau des cloîtres, qui ne se rendait dans les réservoirs extérieurs que lorsqu'elle-même était complètement remplie.
C'est là également que se trouve la naissance de l'escalier tournant qui monte sur la terrasse supérieure en passant par la salle des gardes. Celle-ci, de grande hauteur, avec une fenêtre sur chacun de ses côtés, contenait les défenseurs de la tour qui n'étaient pas de service aux créneaux, et, en cas d'attaque, les fenêtres étroites pouvaient servir de meurtrières.
Mais c'est à la partie supérieure de la tour, derrière les remparts, auprès des mâchicoulis, d'où l'on jetait des boulets de pierre et de l'huile bouillante, c'est là que la défense s'exerçait le plus efficacement, alors que, protégé par son pavillon de guet, le capitaine donnait ses ordres, explorant au loin la plaine.
V. T- Les constructions du XYIP siècle. — Ainsi que nous le disions au débuts elles offrent un médiocre intérêt archéologique, mais elles sont pittoresques, avec leurs grandes façades isolées, percées de fenêtres qui éclairent des appartements disparus, avec ses larges montées d'escaliers qui aboutissent dans le vide, avec leurs salles noa plafonnées, sur le parquet desquelles l'herbe pousse, desséchée par l'ardeur du soleil, alors que 4ans une encoignure un figuier sauvage montre sa tête verte et ses branches tourmentées.
Il y a quelques arguées, des moines de l'ordre de Saint- Benoit sont de nouves^u venus s'installer dans l'antique monastère et put essayé de le ressusciter. Leur tentative n'a pas abouti.
Montmajour avec ses ruines restera comme le témoignage indestructible d'une époque qui, pour être disparue, ne laisse pas d'évoquer de gn^nds et poétiques souvenirs.