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CHAPITRE TROISIÈME

Les Aliscamps.

Autrefois et aujourd'hui. -^ Les sarcophages.

Que de souvenirs poétiques les Aliscamps ne réveillent-ils pas dans Tesprit de Tartiste ! Que de pieuses légendes se rattachent à ce champ des morts, sépulture que la foi de nos pères recherchait, et où pauvres et riches voulaient être enterrés !

Involontairement on se reporte au temps oii les cercueils descendaient le Rhône, emportant avec la

(1) Bien que le cadre de ce livre le limite à l'époque galloromaine, il nous a paru impossible de passer sous silence, dans notre visite aux Ch*mps-Élysées d'Arles, les monuments religieux et funéraires que la piété du moyen âge a semés sur ec champ des morts, et dont les ruines imposantes sollicitent l'attention du visiteur.

Le portail, doré par le soleil, que l'on trouve à gauche en entrant, est considéré par les uns comme le porche d'un couvent, par d'autres comme l'entrée monumentale du cimetière établi au XII® siècle par les moines de 5aint-Victor. Les deux têtes sculptées à l'intérieur des pilastres rattachent cette construction à la période romane ; les carlovingiens empruntaient leur ornementation au règne végétal.

A quelques mètres, en dedans de ce portail, se dressent une chapelle et un tombeau que l'on reconnaît aisément comme appartenant au xv® siècle. C'est la chapelle de Saint-Accurse. Sa fondation se rattache à un tragique souvenir : deux chevaliers

dépouille du mort le prix de la sépulture, funèbres nacelles que Ton arrêtait à leur passage à Arles, pour leur donner un éternel asile dans le cimetière béni.

Bien ambitieux cependant est celui qui promet, même à ses restes, une longue paix; téméraire, celui qui, portant ses vues au de là du présent, songe à enchaîner l'avenir !

se battirent jadis à l'épée à cet endroit. L'un était robuste et aguerri, Tautre, Accurse de la Tour, sortait à peine de l'adolescence.

La lutte était inégale ; ce fut plutôt un assassinat qu'un duel. Eu expiation de son crime, le meurtrier fut condamné à élever à sa victime un tombeau monumental, une chapelle funéraire, oii une messe annuelle devait être dite à perpétuité.

Un peu plus loin se trouve la chapelle des Porcelets d'Arles, avec leur double blason, armes parlantes, sculptées sur la façade, à côté du croissant, signe de leur participation aux croisades.

Toujours du même côté, se rencontrent les substructions de Téglise de Noire -Dame des Guerres, que son vocable désigne comme appartenant à une époque que ne sigcjalait pas la douceur de ses mœurs : elle est du x* siècle.

A Fextrémité de l'allée de peupliers, se dresse dans un cadre pittoresque l'église de Saint-Honorat, dont les ruines imposantes ont conservé le caractère des différents siècles qui ont travaillé à son édification et à ^a restauration. Elle est située sur l'emplacement d'un temple païen, auquel succéda, d'après la tradition, une chapelle consacrée par saint Trophime à la Vierge encore vivante : Virginl deiparœ adhuc viventi. Les constructions carlovingiennes se distinguent encore nettement, et les archéologues admirent, malgré sa forme massive, le clocher octogone, bien caractéristique. Ses détails et profils, parfaitement étudiés, attestent, écrit M. H. Revoit, l'habileté du maître ès-pierres qui le fit élever. A côté de ces constructions primitives, un œil

Quelque grande que fut la célébrité des Aliscamps d'Arles, la force du souvenir n*a pas pu résiste^ aux besoins de Timpiloyable utilitarisme de notre siècle. D'un côté, les ateliers du chemin de fer ont remplacé le champ des morts; de Taulre, la voie ferrée est venue lui apporter d'autres bouleversements.

Les sarcophages de pierre, dont les rangs pressés

quelque peu exercé reconnaît les apports successifs des xii« et XIV® siècles.

C'est maintenant en dehors de FAllée des Aliscamps, qui, nous Tavons dit, ne représente qu'une très petite fraction de Tancien cimetière, qu'il nous faut aller chercher les souvenirs de la piété du Moyen Age envers ses morts.

Saint-Pierre de Mouleyrès s'élève sur un mamelon bordé à droite et à gauche par une ligne de chemin de fer, sorte d'Ile rocheuse préservée jusqu'à ce jour par sa dureté, mais destinée à disparaître, avec l'élégant édifice du xi° siècle qui le couronne et qui sert aujourd'hui de grange.

C'est plus loin encore qu'il faut aller chercher l'église de la Genouillade, à plus de deux kilomètres sur la route de Craù, après la seconde porte de l'usine du Chemin de Fer. Elle a été construite en 1529, sur l'emplacement de l'autel élevé, dit la tradition, par saint Trophime, à l'endroit où le Seigneur apparut pour bénir les Aliscamps.

Retournons maintenant dans l'allée bordée de tombeaux, non loin de l'entrée où nous avons visité en commençant la chapelle de Saint- Accurse. C'est là que se dresse, à droite, le mausolée élevé en 1822, par la reconnaissance des Arlésiens, aux consuls d'Arles emportés par le terrible fléau qui désola la Provence.

Ce rapprochement d'époques diverses, dans la mort qui confond tout, est comme la poétique synthèse du spectacle auquel nous venons d'assister dans notre visite aux Champs- Elysées d* Arles.

s'étagent dans le flanc des coteaux, ont été déplacés, les uns brisés, les autres rangés en longues lignes de chaque côté de la promenade actuelle. Beaucoup sont anépigraphes ; les plus beaux et les plus intéressants ont été transportés au Musée de la ville, ou sont allés enrichir des collections étrangères.

Telle qu'elle est cependant, cette allée, plantée de peupliers élancés ou de gigantesques platanes, ne manque pas de caractère. L'envahissement même des usines, dont les cheminées vomissent nuit et jour de noirs torrent-s de fumée, le passage des trains, les ordres retentissants des soldats qui arrivent de la caserne voisine, établissent entre le présent et le passé un constraste qui, pour ne pas être cherché, n'en est pas moins intéressant. Contraste encore, entre l'immutabilité de la pierre et la puis#ance végétative de la nature^ qui ifait pousser des plantes de toutes sortes dans le voisinage et jusque dans les interstices des tombeaux !

Poésie plus grande encore lorsque l'on voit, et ce n'est pas rare, une fille d'Arles se promener avec son promis, entre les files de tombes béantes, échangeant des serments d'éternel amour devant des cercueils de pierre qui ne garantissent même pas l'éternité aux cendres.

On peut voir sur la gauche de la chapelle de Saint- Honorat, dans une coupe pratiquée dans la coUine, la manière dont les tombeaux étaient disposés, soigneusement serrés les uns contre les autres, de façon i ce qu'aucune parcelle du précieux terrain ne fût perdue.

Les tombeaux chrétiens sont en très grand nombre dans le cimetière que le Christ lui-même avait consacré en promettant le salut, disait la tradition, à tous ceux qui y reposeraient.

V Mais avant de devenir le cimetière chrétien par excellence, les Aliscamps étaient un champ de repos romain, et les sépultures païennes y sont encore en assez grand nombre.

On les reconnaît aux emblèmes sculptés dans la pierre, Vascia et le niveau, à l'invocation aux dieux mânes, aux formules consacrées pour un époux bienaimé, un père, dont la piété était la vertu la plus appréciée. Les couvercles des tombeaux sont souvent faits d*une simple dalle plate que Ton recouvrait de terre. Mais il y avait des sarcophages qui n'étaient pas enterrés, et qui étaient fermés par un bloc énorme taillé en forme de toit, orné de quatre ou de six acrotères. Plusieurs occupent encore la place qu'ils avaient autrefois. Il en est qui ne renfermaient qu'un seul cadavre ; les dimensions des autres montrent, au contraire, qu'ils servaient à plusieurs sépultures, et on trouverait, en soumettant chacun d'eux à un examen attentif, bien des remarques intéressantes. Tel est évidemment païen, et les cendres du mort y ont reposé pendant de longs siècles; tel autre, au contraire, enlevé à sa destination primitive, a donné abri dans la suite à un chrétien^ qui a fait graver sur la pierre, à côté d'emblèmes païens, les symboles de sa foi; souvent, une simple croix, entaillée à la haie dans le couvercle du

indique la nouvelle prise de possession.

18 Toccasion, au cours de notre étude sur lécrire plusieurs des sarcophages du cimecaraps. Il nous suffit d'avoir donné ici uae 3le de ce champ funéraire, bien diminué mais dont Taspect impressionne toujours

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