‹ Villes antiques: Arles gallo-romainChapitre 7 sur 62 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Monuments divers.

I. La lour de la Trouille. — Détails de construction. — II. Le fronton. — Les substructions de fhôtel du Nord. — Les caves du Collège. — III. La meta, obélisque de la place de THÔtel-de- Ville. — Murailles ; ponts et aqueducs.

Le théâtre, Tamphilhéâlre et les Aliscamps constituent les trois principales curiosités archéologiques d'Arles gallo-romain. Il est cependant indispensable de signaler à l'attention du visiteur d'autres antiquités qui, pour être de bien moins bonne conservation ou d'accès moins facile, doivent néanmoins être indiquées à celui qui veut avoir une idée assez exacte de l'ancienne capitale des Gaules. Nous voulons parler du Palais de Constantin, du Forum romain et du Cirque.

I. — Palais de Constantin. — Lorsque l'on regarde d'une hauteur, sous un angle favorable, le panorama d'Arles, on aperçoit, au-iessus des toits de quelques maisons, une muraille à peu près perpendiculaire au cours du Rhône. Elle est de construction si solide que, renonçant à la détruire, les propriétaires du quartier ont préféré s'en servir pour donner un solide appui à leurs habitations. Ce pan de mur est, avec la tour de la Trouille^ tout ce qui reste du palais de Constantin.

Celte tour, située sur le bord du Rhône, devait, avant rétablissement des quais, aux jours de crue, être baignée par ses eaux. Jusqu'à ces derniers temps, la Trouille a servi de grange. Cette masse aux pierres noirâtres marquée au sceau de la décrépitude, contraste avec Téternelle jeunesse du Rhône, témoin indifférent de la grandeur et de la décçidence des œuvres humaines.

Le soin dont on entoure de nos jours les ruines antiques mettra un temps d'arrêt à la perte de ce dernier vestige du somptueux palais de Constantin. Le zèle intelligent de Téminent architecte du gouvernement, M. Revoil, a arrêté le vandalisme de propriétaires ignorants, et découvert d'intéressants détails. C'est ainsi qu'il a retrouvé, dans l'épaisseur de la muraille, un es^ calier analogue à celui de Saint-Gilles, qui, sous le nom de vis de Saint-Gilles, passait jusqu'ici pour être le modèle original de ce genre de construction.

Des écrivains des siècles passés avaient déjà signalé la présence de tout un système de tuyaux dans l'intérieur de la muraille ; leur sagacité n'avait pas réussi à en déterminer l'emploi. Ils avaient encore constaté l'existence de somptueuses salles aux revêtements de marbres multicolores, de statues, de colonnes de granit, de corniches, de frises, etc. ; il est donc facile de se représenter par la pensée les splendeurs du palais que Constantin avait donné, pendant plusieurs années, pour demeure à sa femme l'impératrice Fausta, et pour prison dorée à son ambitieux beau-père Maximien. En dehors de l'excitation qu'elle produit sur Tima-

giualion de Tarlisle, la tour de la Trouille mérite d'être examinée au point de vue des détails de la construction. Les murailles mesurent plus de 1"»50 d'épaisseur, leurs parements sont composés de rangs de pierres de 0"13 de hauteur, alternant avec de grandes briques variant entre 0"»04 et 0"»07.

L'intérieur est rempli d'un blocage fait de ciment et de graviers du Rhône. La tour a trois grandes fenêtres de 2"*50 d'ouverture, à la partie inférieure desquelles court uîie corniche sur toute l'étendue de la construction.

A la partie supérieure, des corbeaux de pierre étaient destinés à recevoir une décoration volante en bois ou en métal.

Tels sont les faibles renseignements que Ton peut recueillir aujourd'hui sur le palais de Constantin.

L'archéologue Bonnemant (1) nous apprend, dans une de ses lettres, qu'on le pouvait voir encore en assez bon état au commencement du xm** siècle.

II. — Le Forum. — L'omnibus qui prend à la gare le voyageur nouvellement arrivé à Arles, le conduit sur la place des Hommes ou du Forum.

Elle est encadrée d'arbres séculaires ; on y tient le marelle, et dans la saison, on y vend par milliers les ag-neaux de la Crau, attachés en paquets et bêlants. Elle est bordée de magasins, de cafés et d'hôtels.

(i) JJJ« lettre, année 1771.

Sur la façade de Tun d'eux, à gauche, appuyées contre un pan de vieille muraille, on aperçoit deux colonnes antiques, cannelées, surmontées d'un riche entablement et d'un fragment de fronton.

On pourrait croire que ces colonnes sont restées là à la place qu'elles occupaient autrefois. Un examen attentif permet de voir qu'il n'en est rien, et qu'elles ne reposent même pas sur une base antique. Elles ont été dressées contre le mur qui les soutient, pour l'embellissement de la place, dans le voisinage de laquelle elles ont certainement été trouvées. Ces colonnes sont d'un bel effet décoratif, et l'entablement est d'une grande richesse. La corniche est élégante, les modillons. ornés de feuilles d'eau ; dans la frise sont sculptés des rinceaux où couvent des oiseaux d'espèces diverses; les chapiteaux sont faits de feuilles d'acanthe encadrant un fleuron médian.

Nous n'ajouterons pas aux conjectures nombreuses présentées par les archéologues, pour donner un nom à l'édifice dont il nous reste ce majestueux fronton. On aura moins de chance de se tromper en disant qu'il faisait partie d'un des nombreux édifices qui formaient comme une ceinture au forum. On sait, en effet, par l'exemple des villes antiques exhumées en totalité ou en partie, que le forum était le centre autour duquel étaient réunis les principaux édifices publics. Or, les arcades du forum d'Arles subsistent, enfouies sous le sol de la place des Hommes et des rues avoisinantes. L*intelligent propriétaire de VHôiel du Nord a eu la

bonne idée de faire déblayer une partie des voûtes qui existent sous son immeuble, et il se fait un plaisir d'y conduire le voyageur.

Dans son plan historique d'Arles, M. Auguste Veran, architecte distingué, a fait le tracé du forum, dont Sidoine Apollinaire nous a laissé une pittoresque description. Au forum se rattache Tédifice dont une partie se voit encore dans les sôus-sols du collège. Les murailles, dont Tune de forme courbe, sont faites de grandes pierres de taille ; dans leur épaisseur on aperçoit deux niches, cintrées à la partie supérieure, encadrées de colonnes. On a, comme toujours, cherché à donner un nom à cet édifice. Les uns Font appelé Panthéon, les autres Basilique. Nous connaissons le danger que Ton court à baptiser ainsi des monuments, en dehors des renseignements que fournit Tépigraphie.

Il est cependant des ruines qui, quoique disparues depuis longtemps, ne laissent aucun doute sur leur destination. Nous voulons parler du Cirque.

III. — Le Cirque. — Il était situé à la partie méridionale de la ville, sur le bord du Rhône, qui, dans une de ses inondations, a bouleversé de fond en comble les terres où il se trouvait. Il s'étendait du levant au couchant. Les auteurs anciens rapportent que de grandes fêtes y furent données.

Nous n'eussions peut-être pas parlé de ces ruines complètement disparues si la meta, obélisque autour duquel tournaient les chars dans les courses du cirque,

ne se dressait pas aujourd'hui sur l'une des principales

places de la ville.

rec un peu plus de souci de lui conserver son Hère, on eut pu, au lieu de l'appuyer sur le dos de re lions en bronze, lui donner la base qu'il avait , et que l'on peut voir au Musée. Sur ce piédestal tique, dont il n'existe, il est vrai, qu'une partie, sont ées des courses de chars. La sculpture en est assez dère^ et laisserait supposer que le cirque, ou du is la meta qui le décorait, est d'une assez basse ue. Cet obélisque de granit a pour cadre, aul'hui, le magnifique portail de Saint-Trophime, 5^ante façade de THôtel de Ville d'Arles et la elle gothique qui sert aujourd'hui de Musée ariogique.

>us arrêterons ici notre étude sur les monuments ins d'Arles. Pour être complète, elle devrait être plus étendue ; mais nous avons annoncé, au début, ) intention de ne pas attarder le visiteur à explorer uines auxquelles le savant seul prendrait intérêt, i nous contenterons-nous de signaler, sans l'exar de près, l'enceinte fortifiée d'Arles, visible encore :erlains points, mais le plus souvent entièrement •lie, et n'existant plus que comme substruction. ville s'étendait, mais sans qu'on y ait retrouvé de 5 d'enceinte fortifiée, de l'autre côté du Rhône, le faubourg actuel de Trinquetaille (1), où les

[hiplex'ArelaSj Ausone, dur. wr6., VIII, 4.

travaux du chemin de fer ont donné lieu à de très importantes découvertes. Deux ponts, dontTun de bateaux (1), mettaient en communication les deux parties de la ville. On a exhumé du Rhône des tuyaux en plomb de gros calibre, aujourd'hui au Musée, qui apportaient à Trinquetaille Feau des aqueducs (2). Ceux-ci, au nombre de deux, conduisaient à Arles, de fort loin, les eaux de sources des Alpines, en franchissant, au prix de travaux qui étonnent les ingénieurs de nos jours, les profonds marais^ les vallées larges et encaissées qu'ils rencontraient sur leur passage.

(1) AusoNE, ibidem.

(2) Voir à ce sujet la savante étude de M. Gautier-Descottes, Aqueducs antiques d'Arles, dans les Comptes rendus du Congrès tenu à Arles par la Société française dArchéologie, en septembre

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