‹ Villes mortes du moyen âge;Chapitre 1 sur 17 · Villes mortes du moyen âge; · texte numérisé non relu

Villes mortes du moyen âge;

Aux chères âmes de] deux mortes, ma mère, ma fille je dédie ce réquisitoire contre la mort.

As-tu peiné assez, pauvre mère, pour faire de moi un homme, jusqu'au jour où j'ai compris ce que je te devais, et ce jour-là p^ il a fallu nous quitter. Ton affection n'ambitionnait que deux récompenses, voir mon premier livre et tes petits enfants, mais je me suis marié en deuil et c'est près de ton lit de mort que j'ai écrit mon premier livre.

Et toi, petite fille bien aimée, Marie Anne, ton

sourire n'a-t-il été si captivant que pour nous laisser

en s'éteignant une irréparable blessure au cœur? Tu

aimais tout ce que j'aimais, en particulier les images

des monuments ; tu aimais aussi les histoires et tu

trouvais surtout un plaisir mélancolique et prématuré

dans les histoires tristes.

Je pensais que j'en écrirais pour toi, ma chérie et

2 VILT.ES MOllTES DU MOYEN AGE

que tu me donnerais le bonheur d'être compris une seconde fois, quand tu os partie aussi. Tes petites mains tenaient les mains de tes parents ; tes grands yeux dans leurs yeux disaient : « Je souffre mais je sais bien que vous me protégez ! » As-tu cru que nous t'abandonnions quand impuissants nous t'avons vue entrer avec un petit frisson dans l'insondable inconnu ? !

J'avais pourtant travaillé, Mère, pour que tu sois contente de moi, et j'avais rêvé, petite fille, de faire pour toi ce que ma mère a fait pour moi, de t'apprendre tout ce que j'aurais appris moi-même de meilleur, de te faire aimer comme moi tout ce qui est beau. Vos âmes si douces et si pures, la lumière radieuse de vos intelligences sont-elles éteintes ou seulement hors de portée, comme je suis moi-même hors déportée des vivants que j'aime au milieu de l'océan où j'écris ces lignes ?

L'injustice des choses ne peut pourtant être telle que vous ne soyez plus du tout, et que vos chères âmes restent à jamais sans contact avec ceux qui gardent au cœur votre empreinte.

C'est donc en mémoire de vous que j'écris ce petit livre, et je voudrais le faire tel que vous l'auriez aimé, alin que la mort ne me prive pas du plaisir de faire quelque chose pour vous, et afin d'arracher dans la mesure de mes forces à l'injustice de la mort et de l'oubli des œuvres du passé qui, belles et bonnes elles aussi, n'ont pas plus que vous trouvé grâce devant la haïssable loi.

J'écrivais ces lignes en 1910 sur un navire aujourd'hui torpillé, ville flottante morte au fond de la mer.

Pris depuis lors par d'autres occupations, j'avais laissé ce manuscrit inachevé dormir neuf ans dans un tiroir, suivant à la lettre, mais non tout à fait exprès, le précepte d'Horace. Quand j'écrivais ces pages, les villes mortes n'étaient qu'une curiosité; et leur mort était trop lointaine pour émouvoir beaucoup d'entre nous. Pour avoir pleuré plusieurs d'entre elles, j'hésitais à livrer leur souvenir aux indifférents. 11 n'y a plus d'indifférents aujourd'hui^ devant les ruines nouvelles qu'ont faites les fléaux de l'humanité. La mort apparaît plus que jamais haïssable, mais le monde civilisé a compris qu'il j a quelque chose de plus haïssable que la peste, cette meurtrière inconsciente; quelque chose de plus éternellement exécrable que la mort même, ce sont ceux qui volontairement sèment la ruine et la mort. Puissent ces pages contribuer à les faire haïr davantage. Elles rappelleront que les bourreaux do l'Arménie et de Famagouste ont depuis des siècles leurs âmes de bourreaux : queAValdemar le Mauvais n'est pas un de ces monstres dont l'espèce est éteinte ; que le pillage et la destruction méthodique de Térouanne et d'IIesdin n'étaient qu'une réédition des exploits des barbares du v*" siècle et auraient dû nous faire prévoir les meurtres de villes auxquels nous assistons.

4 VILLES :,IOUTE.S DU r.IOYEX AGE

La science qui combat ios épidémies sauve la vie à des populations entières, mais pourrait-L-clle jamais exterminer jusqu'au dernier microbe ? L'opée qui combat l'Allemagne n'a pas droit à une moindre reconnaissance mais dans quelle mesure et pour combien de temps aura-t-elle sauvé l'humanité de ce pire fléau ?

Paris, Pâques 1918.

Quatre chapitres de ce livre ont eu une première édilion dans des revues : Dans le Mois littéraire, 1908, Champ de ruines, souvenirs de l'île de Gotland; 1911, Une ville coloniale française du Moyen Aîje, Fainagcuste. Dans la Renaissance Artistique, juin 1918, Térouanne; janvier 1919, Ninfa.

Villes Mortes du Nord

Hesdin (1) n'est pas une ville détruite mais simplement transportée à six kilomètres. Dans le déménagement un peu brutal opéré en 1554, elle a perdu ses plus précieux souvenirs et ses plus belles parures, mais la petite ville actuelle garde de jolis édifices de la Renaissance ; quelques colonnes du xiii^ siècle remployées dans l'église, de confortables maisons des XVII® et xviii® siècles dans l'une desquelles naquit l'abbé Prévost.

Son souvenir aimable et ces vestiges pittoresques

1. On peut consulter sur Hesdin : Galonné (Baron A. de) Dict, Histor. du Pas-de-Calais, arrond. de Montreiiil; cf. arrond. de Saint-Pol. (Vieil IJeedin). Dard (iJaron) Hesdin (Bull, de la Soc. des Anliqiiaires de la Morinie, 18o7 à 1871, t. IV, p. 33'J). Dehaisnes (Mgnr.) Ilist. de l'Art da77s la Flandre, l'Artois et le Hainaut. Paris, ISSj, 2 vol. in-fol. Ilouzel (J.) llcch. hist. sur le vieil et le nouvel Hesdin, Paris 1877, iu-So. Lion (J.). Hesdin [Bull. Antiq. Morinie, 1877-82, t. IV, p. 331). Mondelot (S.). Le vieil et le nouvel Hesdin, ALbcvillo, 18.:3, iu-8°. Ricluird (J.-M.), Mahaut comtesse d'Artois et de Bourcjogne, Paris, 1887, in-8''.

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s'encadrent dans un gracieux paysage, doucement vallonné, ombragé de beaux arbres, arrosé par les eaux limpides do la Ganche et de la Ternoise.

A trois lieues de là, le village do Vieil Hesdin qui fut un de ses faubourgs marque l'emplacement primitif de la ville, l'église garde quelques vestiges anciens; des pans de murs marquent l'emplacement du château et des remparts.

Les deux villes successives ont eu pour berceaux la demeure champêtre d'une princesse.

Hesdin a pour nom latin Helenum et la légende lui donne pour origine une villa de sainte Hélène mère de Constantin.

Quand Charles Quint eût ordonné en 1553 la destruction de cette ville française^ il voulut qu'elle liât rebâtie sur ses propres Etats, et la maison de plaisance de la reine de Hongrie, au Maisnil, devint le centre de la nouvelle ville.

Hesdin, connu depuis le vf siècle, a successivement appartenu à la Flandre et à l'Artois. Au début du xiv' siècle, la comtesse Mahaut en avait fait un de ses séjours favoris ; à la fin du même siècle, les ducs de Bourgogne s'étaient plu à l'embellir ; Louis XI s'en était emparé, la perdit et la reprit ; il y laissa un souvenir de cruauté en faisant pendre les douze députés que la ville d'Arras envoyait à Mario de Bourgogne.

Parmi eux se trouvait Oudart de Bussy que le roi avait nommé président au Parlement : en punition de son ingratitude Louis XI ordonna que son cadavre fût

coiffé d'un chaperon fourré : « Il est sur le marché d'Hesdin là où il préside » dit le cruel monarque dans une lettre où il rend compte de sa vengeance.

Hesdin était dès le xiii'' siècle le séjour favori des comtes d'Artois. Le charme d'un frais paysage ; l'abondance du "'ibier dans les tourbières et dans la forêt expliquent cet attrait. Le château s'élevait au bord d'un marais^ dans une position bien défendue, et comprenait dès lors^ en même temps qu'une forteresse imposante, un palais somptueux embelli par toutes les ressources de l'art.

Quand on songe à ce qu'était cet art dans le plein épanouissement du style français, on ne saurait assez déplorer la disparition d'un si merveilleux ensemble. Au début du xiv^ siècle, la célèbre comtesse Mahaut fit considérablement agrandir et embellir le château paternel, sous la direction de plusieurs maîtres d'oeuvres renommés et de deux lignées de peintres, la famille de Hesdin et surtout la famille de Boulogne, qui durant plusieurs générations mirent leurs talents au service de leurs fastueux seigneurs.

Dans le premier quart du xiv" siècle, on admirait au château d'Hesdin la grande salle, éclairée d'une immense verrière historiée, c'est-à-dire ornée de scènes à personnages. — Sa décoration comprenait une suite de têtes de sangliers sculptés en bois : ces trophées de chasse étaient sans doute les faux entraits d'une charpente lambrissée.

La grande salle avait comme annexe la bouteillerie et communiquait avec la chapelle, agrandie vers 1300

et éclairée par une très grande verrière — six colonnes surmontées d'angelots et reliées par des courtines entouraient le maître-autel. On y admirait plusieurs retables de bois sculpté, et aussi une belle statue de saint Louis on argent dore qu'avait fait faire la comtesse Mahaut en 1329.

Une longue galerie couverte d'un lambris imitant des voûtes d'ogives reliait cette chapelle à la chambre seigneuriale. Celle-ci avait une décoration très orio-inale : elle était entourée d'une frise de buste

en plâtre coloré représentant tous les rois de France (on sait que leurs statues ornaient de même la grande salle du palais de Paris) A l'avènement de Charles IV, on ajouta un buste. Toutes ces têtes portaient des couronnes d'étain doré, et sur les murs était cloué un semis de fleurs de lys du même métal. Dans une autre chambre, c'étaient des roses. On admirait aussi la chambre aux Chansons, où étaient peintes les épisodes du Jeu de Robin et Mario??. On sait que ce joli poëme du maître artésien Adam de la Halle était un drame musical ancêtre de nos opé?'as. Il fut joué à Naples à la cour du frère de Saint-Louis, et certainement aussi à la cour d'Artois. La chambre seigneuriale avait son oratoire, sa garde-robe et ses « chambres cloies > .

Parmi les plus belles chambres, il y avait encore la chambre aux papegaus, décorée de perroquets ; un fragment do fresque du palais de San Gemignano à peu près contemporain, s'orne de perruches vertes à bec rouge et peut nous donner une idée de ce que

fut cette chambre; on admirait aussi la chambre aux roses; la chambre d'Inde, revêtue d'une peinture i?îdigo.

Les ducs de Bourgogne ne cessèrent pas d'embellir le château d'Hesdin.

En 1393, ses salles principales reçurent un merveilleux pavement d'un travail et d'une valeur artistique tout à fait exceptionnels. En effet, c'étaient des carreaux peints et non incrustés, véritable faïence dont la couverte stannifère blanche était revêtue d'un décor au pinceau, motifs de vénerie tracés au brun violacé de manq^anèse avec fonds au vert de cuivre. Ils étaient exécutés et cuits par Jean le Voleur d'après les cartons tracés sur parchemin par le célèbre MelstJchior Broederlam.

Dans le parc magnifique, enclos do murs^ qui entourait le château d'Hesdin, s'éparpillaient de nombreuses constructions de plaisance : la (jlorieitc, ornée de sculptures de bois dues à d'éminents artistes^ la cïiapelledc verre, sorte de serre aux vitraux peints ; le Midi, immense cadran solaire coulé en plomb et peint, tout comme la grande fontaine de Nuremberg.

Son vaste cadran horizontal était porté par six « hommes sauvages »; autant de lions assis servaient de supports à son soubassement; un motif central formant aiguille portait une boule et une croix.

Une autre construction curieuse était la gaiole, grande volière renfermant des simulacres d'oiseaux, gibiers aquatiques sans doute, qui jetaient de l'eau par le bec. Un dispositif semblable prenait la forme

d'un arbre sur lequel étaient perchés des oiseaux jetant j^areillement de l'eau. Mais cet arbre et cette gaiole n'étaient qu'une partie des engins d' ébattement qui furent depuis le début du xiv'' siècle la curiosité la plus populaire et la plus rare du château.

Ces engins, presque tous hydrauliques, étaient construits et entretenus par la famille des Boulogne, à la fois mécaniciens^ sculpteurs et peintres renommés.

Ils avaient le plus grand rapport avec les divertissements qui ont persisté dans nos foires et dans ceux que les américanis ont installés autour de leurs grandes villes. Des étrangers ont récemment importé dans quelques villes françaises, ces parcs de la lune ou cités magiques collections à'engins fTéhattement où se mêlent des trucs de féerie et des dispositifs propres à secouer et à bousculer les visiteurs, sans oublier ceux qui leur procurent le plaisir d'être éclaboussés d'eau sale, et les miroirs déformants qui nous transforment en caricatures.

Il y avait de tout cela et mieux dans la longue galerie du château d'Hesdin qui surplombait le marais. Ce marais alimentait de nombreux engins hydrauliques. Un petit peuple d'automates animait les galeries: on y trouvait des singes sculptés en bois et revêtus de peaux de blaireau marouflées.

Le principal automate était l'ermite : il parlait, gesticulait et accomplissait ie miracle de déchaîner l'orage à l'intérieur d'une salle. Au commandement de ce saint homme, la pluie tombait d'un ciel de bois

peint sous lequel voletaient des angelots. En même temps^ des fusées imitaient les éclairs et le tonnerre grondait.

D'autres automates, en costumes de fous, bâtonnaient les visiteurs qui s'approchaient d'eux ; on leur faisait ouvrir une fenêtre et l'une de ces poupées la refermait après avoir jeté de l'eau à la figure du patient.

Les bascules jouaient un grand rôle dans cette machinerie : des trappes s'ouvraient sous les pas et jetaient le promeneur dans l'eau ou dans une fosse remplie de petites plumes qui se collaient à ses vêtements; des sacs de farine ou de charbon se déversaient sur les têtes; un prie Dieu et un livre de ballades procuraient des plaisirs analogues aux gens qui venaient s'agenouiller ou feuilleter; en se mettant aux fenêtres, on faisait partir du sol des jets d'eau; d'autres jaillissaient du seuil de diverses portes, pour < mouiller par dessous » les dames qu'on invitait courtoisement à y passer les premières.

Un grand miroir avait été exécuté sur place en 1312 au moyen d'amalgame de vif argent appliqué sous des glaces évidemment ondulées : on y voyait « plusieurs abus > nous dirions diverses déformations.

La plupart de ces curiosités et de ces facéties de mauvais goût existaient dès le début du xiv*^ siècle : on trouve mention des travaux qui y furent faits dès 1304; depuis lors, les « maîtres des engins » n'avaient cessé d'entretenir et de perfectionner cette machinerie.

11 existait à Hesdin d'autres beaux édifices, rcli-

gieux et civils, quatre églises importantes, collégiale et paroisses un magnifique Hôtel Dieu, semblable à ceux do Tonnerre et de Beaune, un couvent de franciscains et un de clarisses^ où le cloître était orné de statues des Apôtres.

Lorsqu'on 1553 l'armée de Charles Quint eut pris et saccagé Térouanne^ elle arriva, le 20 juin, mettre le siège devant Hesdin, sous le commandement do Philibert Emmanuel, fils du duc de Savoie. Les remparts et le château, plusieurs fois séculaires n'avaient plus alors grande valeur militaire ; trois semaines suffirent à les mettre hors d'état de défense. Le maréchal de Lamark s'était enfermé dans la place avec plusieurs capitaines distingués, entre autres Horace Farnèse, qui venait d'épouser Diane, fille de Diane de Poitiers et d'Henri IL II fut tué d'une arquebusade sur les remparts.

Très atteinte par le bombardement et presque démantelée, Hesdin se rendit le 17 juillet. Pendant que se signait la capitulation, la poudrière fit explosion, par suite, croit-on, d'un accident : de nombreux morts et de nouvelles et graves ruines s'ajoutèrent aux ravages du bombardement ; en prenant possession de la ville pour la détruire, les Impériaux trouvèrent la besogne à moitié faite.

Par la destruction d'Hesdin et de Térouanne, Charles Quint avait assouvi sa rage et avait cru prendre sa revanche de la perte des Trois Evêchés et do l'échec humiliant subi devant Metz. Il regretta bientôt d'avoir effacé du sol la ville d'Hesdin, si célèbre dans les

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fastes de la Maison de Bourgogne, et dès 1554, il donnait l'ordre de la rebâtir.

Philibert Emmanuel fut donc chargé de relever les ruines qu'il avait faites. Il en profita pour changer de quelques lieues l'emplacement de la ville, qu'il transporta au hameau du Maisnil, en lui donnant pour centre et pour palais communal la maison de campagne de la reine de Hongrie.

Les ingénieurs, Sébastien d'Oia et son fils fournirent le tracé de l'enceinte flanquée de cinq bastions ; elle fut achevée en moins d'un an.

Philibert Emmanuel voulut joindre la devise de sa Maison au nom de la ville reconstruite : il l'appela Hesdinfert, mais le nom traditionnel et plus court a prévalu.

Quant à la maison royale qui fut adaptée à l'usage d'hôtel de ville, elle a été rebâtie en 1563 sous la direction de Dom Dupont de Bryas; c'est un édifice très simple. La bretôche originale qui en fait le plus gi^acieux ornement est une addition des premières années du xvii*^ siècle, dans un style archaïque; le beffroi, en pans de bois, dérase à la P\.évolution, a été rebâti de nos jours.

L'église du nouvel Hesdin, bâtie en brique et pierre dans le style flamboyant, pourrait être l'agrandissement d'une église rurale préexistante^ et il semble qu'on y ait remployé des matériaux apportés de l'ancienne ville, notamment les jolies colonnes du xiii^ siècle en pierre de Marquise, qui portent les arcades et la tribune de l'orgue.

Le sol du Vieil Hesdin a fourni, moins que celui de Térouanne, des sculptures du Moyen Age et de la Renaissance et de menus objets des mômes époques ; un très petit nombre de débris des célèbres carrelages peints ont été retrouvés au pied des ruines informes de ce qui fut le château somptueux des comtes d'Artois et des ducs de Bourgogne.

AlMMi

Dans cette terre d'Artois, qui vient encore une fois de boire tant do sang, non loin des funestes plai-

Inscription de Gordien III.

nés d'Azincourt, le village de Thérouanne (1) aligne, dans un paysage banal, des maisons sans caractère

1. Telle est l'orthographe officielle, mais on lui préfère celle du Moyen Age. L'/t infrodtiil à la Renaissance n'a que faire dans le nom de Tarvauna.

et rien^ à première vue, ne rappelle plus la cité dont il fat un faubourg. Cependant, d'énormes boulets de pierre gisent eà et là, et si l'on traverse le pont sur l'Aa, on voit tourner les moulins du Chapitre, puis on distingue une enceinte do fossés et, à l'autre extrémité de cette enceinte, un boqueteau pousse dans des maçonneries qui furent un château.

Et c'est tout, car les barbares ont passé par là.

Lorsque César conquit la Gaule, il ne dépassa point

Fi'a^'ment romain remployé dans l'escalier du clocher.

la Belgique. Le pays des Morins,qui s'y rattache, était pour les Romains le bout du monde ; tout au moins du monde civilisé : « Ullimi hominmn Morini y>, dit

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