SCÈNE SIXIÈME
CLAUDE
Enfin, quoi? que veux-tu?
MARCELLE
Je veux la confesser, Et si son cœur est pur...
CLAUDE
Moi, je veux la chasser!
MARCELLE
Eh bien, et le petit?... tu veux qu'elle l'emporte Pour qu'il meure de froid sur le pas de ta porte Ou qu'il vive chétif, n'ayant pour tout berceau Qu'un fossé de la roule ou le lit d'un ruisseau?
CLAUDE
C'est l'enfant d'une gueuse!
MARCELLE
Et de ton fils!
CLAUDE
Peut-ôtro Je ne le connais pas ni ne veux le connaître !
MARCELLE
Mais il te connaîtra, lui, quand sa mère en pleurs
Un soir lui contera sa vie et ses douleurs.
Et les longs jours sans pain, et les nuits sans refuge.
Et ses plaintes montant vers Celui qui nous juge.
Et, résumant d'un mot tous les malheurs passés,
Ton nom, le nom du vieux qui les aura chassés!...
Alors, si sous le coup d'une misère noire,
La pauvre meurt de faim pour finir son histoire
Et qu'un passant demande à l'enfant resté seul :
« Qui donc t'a fait du mal? » Il dira : « mon aïeull >
CLAUDE, ému.
Tu parles là bien haut, femme !
HARCELLE
Je parle comme On parle à son mari, quand c'est un honnête homme Que la colère pousse en un mauvais chemin !
(Mouvement de Cbudo.)
Oui, Claude !.. Et si plus tard, las de tendre la main.
Ton petit-fils, le sang de ton sang se révolte
Et vient fouler ta vigne ou brûler ta récolte,
Ta grange, ta maison, étant lâche et brutal
Pour n'avoir pas appris à se garder du mal?...
Et s'il fait pis, vivant de rapine et de fraude,
Il assassine afin de voler, dis-moi, Claude,
Dormiras-tu tranquille et de bon appétit
Mangeras-tu ton pain, alors que ton petit
Crîra dans son cachot, étant né ta victime :
« Grâce ! c'est mon aïeul qui m'a conduit au crime ! »
CLAUDE
Assez ! Marcelle, assez! tu parlais autrement Tantôt, quand je tenais tête à ton garnement ! Tu n'avais pas l'œil dur et la parole amère Pour ton Claude !
MARCELLE
Ah ! tantôt!... je n'étais pas grand'mèrel
CLAUDE
L'es-lu donc? Est-il né? Vit-il pour t'empaumer? Moi j'attends d'avoir vu les gens pour les aimer I