‹ Vincent de GournayChapitre 26 sur 90 · avril 17.54, lettre citée dans la note précédente · texte numérisé non relu

avril 17.54, lettre citée dans la note précédente

députés des villes, que l'or ou l'argent serait faufilé sur de la soie verte ou bleue. La soie jaune ou blanche était exclue pour éviter la fraude.

C'est ainsi que, dans les plus petits détails, l'administration se croyait obligée de protéger le public contre les abus des fabricants qu'elle entendait également protéger. Les règlements donnaient naissance à la fraude ; la fraude entretenait la méfiance ; la méfiance provoquait les règlements. On tournait dans un cercle, dont personne, hormis Gournay, n'imaginait qu'on pût sortir.

Les désordres causés par l'intervention gouvernementale étaient encore plus graves dans le commerce des céréales que dans l'industrie de luxe, parce qu'ils touchaient aux besoins les plus impérieux. Aux yeux de l'administration, tout marchand de grains était un monopoleur, tout propriétaire ou cultivateur qui faisait des provisions, un accapareur qui cherchaità s'enrichir en créant la disette. L'exportation des céréales hors du royaume était interdite ; les officiers de police pouvaient, en temps de cherté, pénétrer chez les particuliers pourvérifier si leurs approvision-

nements n'excédaientpas les besoins de leur maison; l'autorité pouvait arrêter la circulation des grains dans une province ou dans une localité, sous prétexte d'y retenir les subsistances nécessaires aux habitants. Machault avait fait largement usage de ce pouvoir exorbitant et avait arrêté la circulation du blé à rintérieur du royaume. Il avait d'abord, en 1746, interdit l'exportation pour les pays étrangers en permettant le cabotage ; l'année suivante, il avait supprimé le cabotage et favorisé des Compagnies particulières en interdisant la sortie des céréales hors de la Guyenne.

Gournay n'avait pas, comme intendant du commerce, à s'occuper de la question des grains, mais toutes les fois qu'il en avait l'occasion^ il signalait à ses chefs les effets de la réglementation, quel qu'en fût l'objet.

C'est ainsi qu'en 1752, il disait à Trudaine à titre d'exemple :

« Les gênes que l'on met sur le commerce )) du blé, les recherches que l'on fait chez le » laboureur, le risque qu'il court d'être puni » ou de passer pour mauvais citoyen si on » lui en trouve en réserve, l'obligation qu'on

» lui impose d'en porter tant de sacs au mar- » ché, tendent à détourner les sujets du roi » de la culture du blé, en ce que la posses- )) sion de cette denrée les expose à des » recherches et à des gênes qu'ils n'éprou- » veraient pas s'ils n'en avaient point du

)) tout'. ))

Cet intéressant passage justifie ce que Turgota écrit en 1770 à l'abbé Terray- : « Lorsque ^I. Du Pin, M. de Gournay, ^I, Herbert et beaucoup d'autres, » ont réclamé la liberté du commerce des grains, (( aucun des écrivains qu'on nomme économistes n'avait encore rien publié dans ce genre et on leur a fait un honneur qu'ils n'ont pas mérité lorsque, pour déprimer l'opinion qu'ils ont défendue, on leur a imputé d'en être les seuls promoteurs », c'est-à-dire que Quesnay et ses disciples n'ont fait que suivre un mouvement imprimé par d'autres et notamment par Gournay.

1. Septembre 1752. Passage déjà cité en partie par M. Biollay, Le Pacte de faininr. Gournay donnait cet

exemple à propos des vérifications que l'intendant de Lyon faisait sur l'origine des soies et qui pouvaient dégoûter les sériciculteurs .

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