‹ Vincent de GournayChapitre 45 sur 90 · Quesnay a pris aussi une fois le pseudonyme de De l'Isle · texte numérisé non relu

Quesnay a pris aussi une fois le pseudonyme de De l'Isle

2. Le Gouvernement avait institué depuis plus de vingt ans un bureau composé d'un conseiller d'l<]tat et

La grande rélorme conleiiiie dans l'édit de février 1776 n'eut, sans doute, qu'une durée de six mois ; mais plusieurs professions restèrent définitivement libres et les droits de maîtrise ne furent pas remis à leur ancien taux. En ce temps de réaction contre les idées libérales, le (iouvernement n'osa pas complètement détruire l'œuvre de (lournay, reprise par Turgot. L'opinion publique savait maintenant ce que valait le régime corporatif; sa suppression complète n'était plus qu'une affaire de temps.

de deux maîtres des requêtes, pour opérer la liquidation et empêcher l'accroissement des dettes des communautés parisiennes. Il était donc bien renseigné sur leur situation financière. Pour les communautés de province, il n'avait pas d'indications précises ; ce fut le motif de l'ajournement de toute mesure en ce qui concernait ces dernières.

VFIT

Le commerce du Levant; lettres de Gournay (1751-1754); réforme des règlements. — Les privilèges exclusifs ; l'administration renonce à en accorder. — Privilèges commerciaux. La Compagnie des Indes : mémoire de Gournay. — Ses voyages en France et leurs résultats. — Création de la Société d'agriculture de Bretagne.

L'organisation du commerce du Levant est l'un des plus curieux exemples que Ton puisse donner des conséquences de Tintervention du Gouvernement dans une matière qui n'est pas de son domaine naturel.

Ce commerce consistait surtout dans l'envoi aux Echelles par les négociants de Marseille de draps fîns\ dit /ondriiis, que fabriquaient les manufactures de Saptes, de Clermont (près Lodève) et de Garcassonne. Depuis le commencement du siècle % les Etats du Languedoc, d'une part, le roi, de l'autre, donnaient des primes à ces manufactures, à raison de 10 livres chacun par

1. Elles ne pouvaient, en vertu d'un règlement de 1676^ fabriquer que trois sortes de draps.

pièce fabriquée ; la pièce valait au début 160 livres. Grâce aux largesses ainsi faites aux dépens des contribuables, Marseille avait pu concurrencer avec succès l'Angleterre ; de 1708 à 1720, l'exportation des londrins avait passé de 10,000 pièces à 30,000. La peste et la chute du système de Law provoquèrent une crise aux Echelles et des commerçants firent faillite ; la place de Marseille en ayant été affectée, le Gouvernement imagina, pour éviter le retour de pareils accidents, de réglementer le commerce du Levant. 11 fixa le nombre des négociants des Echelles et les oblioea à verser un cautionnement. Ces négociants, mis ainsi en possession d'un monopole, se querellèrent; chacun d'eux trouva que sa part d'affaires était trop petite comparativement à celle des autres. Le Gouvernement rétablit Tordre en fixant le nombre de balles de drap qu'ils pourraient vendre et en confiant aux consuls le soin d'arrêter les prix. Ceci se passait en 1730. Le résultat fut tout autre qu'on ne l'avait supposé. Les négociants vécurent en paix, mais employèrent des procédés de toute sorte pour s'affranchir de la tntell(> des consuls : ils achetèrent

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des draps anglais par l'intermédiaire de maisons italiennes et firent concurrence au commerce français. L'exportation des londrins ayant baissé, les Marseillais se plaignirent et le Gouvernement trouva qu'il donnait des primes inutilement. Il y remédia en limitant le nombre de pièces de drap que chaque manufacture pourrait fabriquer et le nombre d'apprentis qu'elle pourrait avoir (1744). Puis, pour favoriser la production des laines nationales, il interdit, par un règlement du 12 mars 1745, l'emploi des laines étrangères pour la fabrication des londrins.

L'effet de ces diverses mesures, auxquelles on n'avait pas craint de donner le nom d'arrangements, fut d'amener tout à la fois la diminution de la production et l'introduction de la fraude dans la fabrication.

En 1742, on comptait dans le diocèse de Carcassonne 1,103 tisserands, ayant pour la plupart deux métiers et un compagnon ; en 1753, on n'y comptait plus que 904 tisserands avec un seul métier et point de compagnons. En outre, les fabricants cherchaient à rattraper sur la qualité ce qu'ils perdaient sur la quantité, et au lieu de faire de bons draps

avec les laines crEspagne qu'ils se procuraient à bon marché, en faisaient de mauvais avec les laines françaises qui coûtaient cher\

Gournay étudia la question. Le 13 août 1751, il écrivit à Tintendant du Lanouedoc :

« J'ai lu tout ce qui a été allégué en faveur » de ce règlement^ et tout ce qui en a résulté » dans mon esprit est qu'il est absolument » opposé à l'augmentation de notre commerce » et à la concurrence si nécessaire pour le » faire fleurir et empêcher les étrangers d'in- » troduire leurs draps dans le Levant à la n faveur de la cherté des nôtres... Cette » affaire n'a point encore été mise sur le » tapis au bureau du commerce. On dit même » qu'il n'en sera question qu'après les va- » cances... »

Elle n'y fut point portée; Gournay la re-

1. Parmi les nombreux écrits publiés sur le commerce du Levant, il faut citer : les Questions sur le commerce du Lecantj 1755. Les Remarques sur plusieurs branches de commerce et de namgation, par Peysonnel, consul à Smyrne, 1757. Le Mémoire de Clicquot-Bervache sur le commerce et la fabrication des draps destinés pour le Levant (dans De Vroil). Le& nouveaux motifs pour porter la France à rendre libre le commerce du Lecantj 1755.

trouva entière lors d'un voyage qu'il fît dans le Midi, en 1753.

La Roche Aymon, archevêque de Xarbonne ', qui avait la prétention de tout diriger tlans le Languedoc, demanda à l'intendant du commerce de lui adresser un compte rendu de sa tournée. Gournay s'exécuta dès son retour à Paris.

« Pour me conformer à ce que vous avez » exigé de moi,... je ne puis que vous répé- » ter que les arrangements au Levant et la )) fixation de la fabrique sont aussi nui- » sibles à l'Etat en général qu'à la province » du Languedoc en particulier.

» L'objet des manufactures dans les vues » de l'Etat est bien moins d'enrichir tel ou tel » fabricant que de donner de l'emploi au plus » grand nombre de pauvres gens et d'oisifs, » parce que l'Etat s'enrichit certainement )) lorsque tout le monde y est occupé. D'ail- » leurs, l'efTet de la liberté est de faire » cesser les brigues et les cabales... en » procurant à chacun la faculté de négocier n aussi librement et aussi abondamment n qu'il est possible. Cette liberté est le

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