‹ Vincent de GournayChapitre 55 sur 90 · Autre circulaire du 27 septembre · texte numérisé non relu

Autre circulaire du 27 septembre

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manufactures, payé jusque-là par les fabricants; une requête fut adressée au roi, à reffet cFûbtenir pour Nantes le droit réservé à Alarseille de faire le commerce du Levant; une autre fut présentée en vue de faire abroger les lois qui interdisaient aux raffineurs d'envoyer du sucre à l'étranger et dans les provinces réputées étrangères'.

Enfin le 11 décembre 1756, les États nommèrent une « Commission de commerce »

composée de six membres de chaque ordre, pour s'occuper d'autres réformes à préparer ou à solliciter. Un négociant de Nantes, Montaudoin de La Touche, proposa de constituer une Société qui, à l'instar de la Société d'agriculture de l'Irlande, s'occuperait de tout ce qui concernait l'agriculture, les arts et le commerce de la province. Gournay engagea la Commission du Commerce à adopter ce projet'.

La Société fut bientôt créée. Elle fut divi-

1. Corps d'observations de la Société d\ifjriculiure de Bretagne.

2. Le rapport de la Commission fut fait par l'abbé de Notre-Dame de Villeneuve, de Pontual, noble, et de Bémion, maire de Nantes.

sée en neuf sections, une par évèché, reliées entre elles par un bureau central séant à Rennes et dont un économiste de talent. Abeille, fut le secrétaire. Les statuts en furent arrêtés le 2 février 1757 et approuvés par le roi le 20 mars suivant.

La Société d'agriculture^ rendit les plus grands services ; elle facilita la mise en valeur des terres de la Bretagne, alors inculte sur les deux tiers de sa superficie, et contribua grandement, par la publication d'un exposé de la situation économique de laprovince, dû presque entièrement à la plume d'Abeille' et rempli de laits intéressants, à tourner les esprits du côté de la liberté industrielle.

Son exemple lut bientôt suivi ; des Sociétés d'agriculture se créèrent successivement dans les diverses provinces favorisant, par les encouragements qu'elles donnaient et par les instructions qu'elles répandaient, le développement de l'art agricole.

1. Six personnes par évêclié en faisaient partie sans distinction d'ordres.

2. 11 renferme aussi des Mémoires de Montaudouin, dont un sur la suppression du droit d'aubaine.

Dans rinteinralle de ses tournées, Gournay agissait à Paris, signalait aux ministres les vices qu'il avait constatés, défendait les intérêts des petits artisans contre les industriels privilégiés qui savaient trouver des appuis à la cour, et provoquait la réforme d'une foule d'abus. 11 faisait honneur de ses vues aux fonctionnaires qu'il avait rencontrés sur son chemin^ mais poussait jusqu'à l'importunité ses efforts auprès des ministres en faveur de ceux qu'il protégait.

Il encourageait vivement aussi ses amis à faire de la propagande en faveur des idées libérales. Les privilégiés se sentant menacés, en appelèrent de leur coté au public; alors s'engagea, entre les intérêts particuliers et les défenseurs des consommateurs et des contribuables, une lutte qui fut le prélude de celle que sont encore obligés de soutenir les économistes contre le protectionnisme.

La première escarmouche date de 1755; elle eut pour prétexte une question qui paraît bien secondaire aujourd'hui, mais qui, à cette époque, avait une réelle importance, la question des indiennes.

Le corameice des indiennes ; prohibitions inutiles.— Brochure de Forbonnais. — Note de Gournay. — Cabale contre lui. — Brochure de Morellet et brochures en réponse. — Arrêt de 1759.

L'indiejine était^ an xviii'^ siècle, un objet de consommation presque générale ; on s'en servait pour recouvrir les meubles, pour faire des rideaux, pour faire des robes ; les femmes du peuple portaient de l'indienne hiver comme été ; l'hiver, elles renforçaient la doublure. On évaluait l'importation annuelle de ce produit à 20 millions de livres; deux millions étaient réexportés en Guinée, trois millions aux Antilles; le reste étaiî consommé en France.

Cependant, l'entrée de l'indienne était prohibée, dans l'intérêt des étoffes nationales, et il était défendu, pour que la douane pût exercer plus facilement sa surveillance, d'imprimer et de peindre aucune toile. Il n'y avait d'exception que pour Marseille où s'imprimaient des toiles à destination du Levant.

C'est la contrebande qui alimentait le marché .

La prohibition datait de 1686\ Elle avait été tout d'aJjord si mal respectée, qu'en 1697 et en 1700, il avait fallu la rappeler et faire des i^'xemples en opérant des saisies chez les marchands et cliez les artisans soupçonnés de vendre des indiennes ou d'imprimer des toiles. De grosses amendes furent infligées aux contrevenants. Le public se passa quelque temps d'indienne et se rejeta sur la siamoise, étofPe mélangée de soie et de coton. Le Gouvernement interdit la fabrication de la siamoise'. Le public revint alors à l'indienne et la contrebande s'ingénia à le satisfaire ; elle installa à Paris des magasins d'indienne <lans les lieux privilégiés où la police ne ])ouvait pénétrer : à l'enclos du Temple, à Tenclos Saint-Jean-de-Latran, à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés. Un arrêt du 24 août 1706 ordonna des perquisitions dans ces asiles ; ainsi annoncées à l'avance, les perquisitions ne donnèrent rien. Le taux des amendes fut élevé ; la fa])rication clandes-

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