Baron
2. Elle était fille d'éeuyer Jean Séré, sieur de la Ville Materre, conseiller, secrétaire du roi, et de Jeanne Guichet. (D'après l'acte de mariage de Claude Vincent.)
3. Une rue porte à Saint-Malo le nom de Vincent-de- Gournay ; mais ce nom a été donné au hasard ; on ne sait ni dans quelle maison, ni même dans quel quartier Gournay est né. Nous n'avons non plus trouvé nulle part de portrait de lui.
4. Jean-Baptiste, baptisé le 10 mai 1713. Jean-René, le 20 avril 1714.
Joseph-François, le 8 septembre 1715, mais il avait
été ondoyé le 12 mars précédent.
Françoise-Thérèse, le 19 août 1716.
Pierre-Jean, le 29 octobre 1717.
Reyne-Jeanne-Félicité, le 20 octobre 1718. Bernard, le 21 mai 1720.
La conséquence était que les enlants devaient embrasser une carrière de bonne beure ; aussi dès que Jacques-Claude eut achevé son éducation qui, au témoignage de Baron, avait été très bonne, i'ut-il envoyé à Cadix faire du commerce. Il avait dix-sept ans à peine.
« Abandonné de si bonne heure à sa propre conduite^ il sut, dit Turgot qui semble constater avec quelque complaisance ce trait de ressemblance avec lui-même, se garantir des écueils et de la dissipation trop ordinaires à cet âge. Pendant tout le temps qu'il habita Cadix, sa vie fut partagée entre Tétude, les travaux de son état, les relations sans nombre qu'exigeait son commerce et celles que son mérite personnel ne tarda pas à lui procurer. » Par son intelligence, par sa probité, par l'aménité de son caractère, il sut, en effet, conquérir la considération de tous ceux qu'il connut.
« Son active apjilication, dit encore Turgot, lui fit trouver le temps d'enrichir son esprit d'une foule de connaissances utiles et de ne pas même négliger celles de pur agrément. »
Vincent séjourna quinze ans en Espagne et fit plusieurs voyages à Madrid et dans les provinces; il put donc observer sur place le • protectionnisme industriel dans toute sa beauté ; dans ce pays^ comme en France, rien n'avait été négligé pour limiter le travail et les échanges, sous prétexte de les favoriser.
Le commerce des colonies de l'Amérique du Sud était réservé à la métropole, et dans ce but, le Gouvernement avait interdit aux colonies de communiquer avec l'étranger, et même de communiquer entre elles. Se ville, par sa situation sur l'Atlantique, avait d'abord accaparé de fait le commerce colonial; elle avait ensuite obtenu un monopole de droit pour les retours d'Amérique, et plus tard pour les expéditions, La dimension des vaisseaux de long cours ayant toutefois augmenté, il était devenu impossible de leur faire remonter le Guadalquivir, et Cadix s'était substitué peu à peu à Séville. Au moment où le jeune Vincent s'installa en Espagne, Cadix était l'entrepôt général du commerce avec l'Amérique du Sud, non seulement pour l'Espagne, mais pour l'Europe,
car les étrangers qui voulaient établir des relations avec FAmérique devaient passer par Cadix et couvrir le nom de leur maison d'un nom espagnol.
Les autres branches du commerce et de l'industrie n'étaient pas moins réglementées et monopolisées que le commerce colonial. Les ofliciers de justice et leur subordonnés devaient être vêtus de noir, dans l'intérêt des manufactures de draps, qui, pour les draps de couleur, ne pouvaient lutter avec l'étranger. L'usage des soies, autres que les soies indigènes ou des pays alliés, était interdit; la mesure, la fabrication, le poids des étoffes étaient réglés par la loi. Les marchandises de toute espèce étaient grevées à la sortie de l'Espagne de droits énormes, qu'on augmentait sans cesse, parce qu'on se figurait que l'étranger les payait seul. A l'intérieur, certains manufacturiers possédaient des privilèges presque féodaux , qui avaient été étendus à leurs ouvriers et aux aubergistes qui leur donnaient à manger. Enfin, une foule de lois, inconnues de beaucoup de fabricants, réglementaient l'industrie et la soumettaient à la surveillance plus ou moins
arbitraire des inspecteurs des manufactures ou des alcades \
Tous ces faits éclairèrent Vincent sur les mérites des gouvernements providentiels.
Il savait observer ; il avait lu les principaux ouvrages qui avaient été publiés sur le commerce dans les divers pays, surtout chez les Anglais dont, « pour cette raison, il s'était rendu la langue familière^ ». Il avait pu ainsi se faire peu à peu des principes généraux sur une matière que les commerçants se bornent ordinairement à envisager au point de vue de leurs profits personnels.
En 1774, « quelques entreprises qui devaient être concertées avec le gouvernement français » l'appelèrent en France. Quelles «étaient ces entreprises PTurgotne s'explique pas. Nous étions en pleine guerre ; après le combat de Toulon, dans lequel Tescadre combinée de la France et de l'Espagne avait maltraité la flotte anglaise, les deux alliés s'étaient brouillés. Le voyage de Gournay se rattachait-il à cette circonstance; avait-il
1. Ustarritz, Thcofic et pratique du conunorrr et de. la marine (1721) ; traduction libre de Furhonnais, 1755. — Raynal, Histoire pliilosophù/iie des deux Indes.
2> Turgot, Éloge.
pour but de fournir des renseignements pour le projet de descente en Angleterre dont il fut alors question? C'est un point qui reste à éclaircir.
Ce qui est certain, d'après ce que nous affirme Turgot, c'est que Vincent, entré en rapport avec Maurepas, alors secrétaire d'Etat de la marine, fut apprécié de ce ministre, et entretint depuis avec lui une correspondance suivieV
En 1745 et en 1746^ il se rendit à Hambourg, en Hollande et en Angleterre pour étendre le cercle de ses affaires et, chemin faisant, recueillit des observations, dont il fit part à Maurepas, sur le commerce, la marine, et la législation des pays qu'il traversa. Au cours de ces voyages, il s'attira la confiance d'hommes de mérite dans tous les genres et des ministres des diverses puissances. « La Cour de Vienne et celle de Berlin voulurent se l'attacher et lui firent des propctsitions très séduisantes. » Mais Vincent n'avait d'autre ambition que de continuer son commerce.
1. Nous en avons vainement cherché la trace aux Archives du Ministère de la marine.
Il s'apprêtait à rentrer en France, pour aller visiter l'Allemagne et l'Italie, et retourner ensuite en Espagne, quand il apprit que l'associé de sa maison était mort en lui léguant tous ses biensV II était encore en Angleterre quand cette nouvelle lui parvint. Se jugeant assez riche « pour ses désirs modérés », il quitta les affaires, s'installa à Paris, et prenant le nom d'une terre dont il avait hérité, s'appela désormais ^M. de Gournay, ou plus exactement M. le marquis de Gour-
Le Gouvernement, sans doute à l'instigation de ~Maurepas, songea à l'envoyer défendre les intérêts commerciaux de la France aux conférences de Breda, que la France, l'Angleterre et la Hollande avaient ouvertes au mois de septembre 1746 pour aviser aux moyens de faire la paix. Le projet échoua, parce que les conférences furent brusquement rompues*, à la suite de l'entrée en Hollande des troupes françaises. MaisMaurepas tenait à ce