Morellet, Mémoires
2. Quelques j^èjlexions sur un article du Journal de l'Empire, 1806.
3. Note sur les économistes, en tête de l'Élof/e de Gournat/.
pires des vues de Goiirnay, bien qu'ils aient pu avoir des relations personnelles avec l'intendant. Quant à Malesherbes^ il est excessif de le ranger parmi les économistes. Ses Remontrances témoignent d'un esprit vraiment libéral ; il s'éleva avec autorité en 1756 contre Fimpôt sur le revenu et montra qu'il aboutit nécessairement à l'arbitraire ; il demanda au roi dans une autre occasion de rendre aux communes « le plus inaliénable de tous les droits, celui de régir leurs propres affaires ». Mais nulle part, dans les écrits de Malesherbes, on ne rencontre d'indications permettant de supposer qu'il ait pénétré au delà de la superficie dans les questions économiques. Le seul de ses écrits où il ait fait connaître un peu complètement sa pensée est un Mémoire sur les moyens (V accélérer les progrès de V économie rurale enFrance\ et il en résulte que, pour lui, l'économie politique était non une science, mais un recueil de préceptes d'administration, dont les trois principaux étaient:
On ne peut faire fleurir le commerce qu'en le rendant libre;
L'imposition sur les terres n'est juste que ([uancl elle est proj)oi-li()iinée au produit net <{u'en retire le propriétaire ;
La dépense pour la confection des chemins doit être supportée par les propriétaires des terres dont le nouveau theniin augmentera la valeur.
C'était voir les (;hoses par le petit côté.
L'ins(;ription de Boisg-elin et de Cicé, parmi les disciples de Gournay, ne nous paraît pas mieux fondée. Ces deux prélats avaient étéles condisciples de Turgot à laSorbonne; en gardant Thabit ecclésiastique, ils avaient plusobéi àleurambition([u'àleurs (^onvictions religieuses, car ils ont donné, dans leur vie privée ou dans leurs écrits, des j)reuvesun peu trop marquées de leur scepticisme\ Parvenus rapidement à Fépiscopat et ayant eu, en cette qualité, à prendre part à l'administration de grandes provinces, ils ont su défendre la liberté du commerce ; c'est par cet unique point qu'ils se rapprochent de Gournay.
Mais leur conduite fut parfois remarquable.
1. Boisgelin, traducteur et auteur de poésies erotiques^ figure dans le Dictionnaire des Athées. Cicé s'est fait remarquer par l'irrégularité de ses mœurs.
Ainsi on 1772, lorsque la disette se fit sentir en Provence, Boisgelin, aloi-s archevêque (l'Aix, s'opposa aux mesures restrictives que l'abbé Terray voulait prendre pour assurer l'approvisionnement de la généralité et réclama pour les Etats le droit d'ouvrir les barrières. L'abbé Terray résista longtemps avec impatience et aigreur, puis déclara à l'archevêque qu'il le rendait personnellement responsable des suites de l'événement. Le prélat accepta, rencontra en Provence même des difïïcidtés de tout genre pour l'exécution de son dessein, et parvint néanmoins à préserver les habitants de la famine en maintenant la liberté\
Convient-il de compter aussi Maynon d'Invau parmi les disciples deGournay? Nommé contrôleur général par l'influence de Choiseid, dont il était l'ami ])ersonnel, d'invaii a imprimé à l'administration une direction libérale. Il a favorisé les économistes, pris les conseils de Morellet, d'Abeille et de Du l^ont de Nemours; mais nous ne savons exactement dans quelle mesure il partageait les idées de Gournay.